‹ Conformité du langage françois avec le grecChapitre 72 sur 243 · Dialogues du langage firançois Ualiariisé, p · texte numérisé non relu

Dialogues du langage firançois Ualiariisé, p

4. ffist, univ., 1. XXIII, t. I", p. 791 de l'édit. in-1^ de Londres. Cf. Scaligerana II , p. 55 et 76.

5. Voy. ses Lettres : 1. 1", p. 240 de Tédit. Reveillé-Parise.

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des mots , et pour le Juste choix des exemples ^ » Ajoutons que, puisées aux sources mêmes, les citations sont toujours rapportées à leurs auteurs. *

On concevra donc qu'en mettant la dernière main à cette grande entreprise, renouvelée sous nos yeux avec un 8i noble dévouement pour la gloire de la typographie française ^ , Henri Ëstienne ait pu se représenter abattu par la fatigue, consumé par la Ûèvre et réduit à s'avouer vaincu : a Omnino succumbere et manus victas dare cogor. » Quelle force et quelle étendue d'esprit , quelle abondance et quelle sûreté de savoir, quelle ferme et saine critique exigeait en effet l'accomplissement d'un tel travail ! En outre, quelle persévérance de caractère et quel courage I Mais aussi son utilité ne devait pas être seulement d'initier les esprits à la connaissance de la plus belle des langues. Pénétrer si avant dans cette étude , déployer avec une telle profusion les ressources qu'elle renferme, classer avec tant de rigueur, définir avec tant de précision ses termes presque innombrables , ce n'était rien moins qu'enrichir la pensée humaine ellemême, en enseignant à parcourir tous ses détours et à pénétrer tous ses secrets. La sagacité intelligente et rérudition profonde, enfin les autres qualités éminentes

1. M.Victor Le Clerc, Journal des Débats, 25 avril 1832. Cf. le Prospectus du Trésor de la langue grecque,,,, publié par M. Hase..., in-f', Paris, 1830.

2. La nouvelle édition du Trésor de la langue grecque, donnée par MM. Didot, a été commencée en 1830 , le lendemain d^une révolation, et poussée depuis avec beaucoup d'activité. Remarqaablepar les améliorations apportées à l'œuvre de Henri Ëstienne, cette troisième édition, si avancée, est de beaucoup supérieure à la seconde qu'avait publiée TAngleterre. La nomenclature déjà enrichie précédemment, y reçoit, chaque jour, des accroissements aussi considérables que judicieux.

Conformité, e

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que réclamait cette vaste composition , paraîtront dès lors prendre place bien près du génie.

^ A voir le mérite supérieur de cette publication et l'accueil dont elle fut l'objet , on croirait volontiers qu'elle était très-propre à relever et assurer la fortune de Henri : ce fut tout le contraire. Elle porta à son commerce déjà compromis un coup irréparable. Par l'effet du Trésor y a-t-il dit en jouant sur ce mot, il est devenu vieux de jeune qu'il était et pauvre de riche :

. . . . .Ex divite reddit egenum , Kt facit ut juYenem ruga senilis aret.

Les patrons magnifiques ne manquèrent cependant pas à son œuvre : elle se produisit sous les auspices de Charles IX , de Terapereur d'Allemagne Maximilien II , d'Elisabeth d'Angleterre et de différents princes du saint Empire MMais cet appui était plus honorable que fructueux. Ce n'était pas, en particulier, du violent et fantasque Charles IX qu'il fallait attendre , pour cette merveille de l'érudition, des largesses pécuniaires. Quant aux acheteurs , dont ne sauraient se passer les meilleurs livres , le nombre en était naturellement restreiut pour le Trésor, à cause de son prix élevé. Que l'on songe de plus à l'année où il vit le jour : c'était celle de la Saint-Barthélémy. Par nos fureurs civiles et religieuses, un marché considérable, la France, se trouvait presque entièrement fermé à H. Estienne. On se rappellera enfin quel préjudice lui fit éprouver l'Allemand Jean Scapula : celui-ci, qui était à son service en qualité de correcteur, profita, à ce que l'on raconte , de la connaissance des épreuves qu'il était chargé de relire,

1. Yoy. ses dédicaces à ces potentats, dont il obtint des privilèges pour la vente de son livre.

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pour préparer sur elles son Lexique, qui parut peu après*; et cet abrégé arrêta encore le débit d*un ouvrage qu'il rendait moins nécessaire.

Henri Estienne éclata en plaintes violentes : il n'était pas homme à supporter un tort en silence. Avec la fougue de son caractère il a déclaré maintes fois son spoliateur digne de la corde; et, d'après sa coutume, mêlant le badînage à l'injure, il s'est en outre vengé de lui par le plaisant distique qu'il a placé sur un frontispice nouveau de son Trésor * ;

Quidam è7riTé(tv(i)v me capulo tenus abdidit ensem ; iEger eram a scapulis : sanus at bue redeo.

Scapula s'est disculpé : mais de son temps, comme aujourd'hui , il a passé généralement pour serviteur déloyal et pour plagiaire '. Au reste , un ouvrage

1. Lexicon grœco-latinum , BMe , in-f, 1579. Très-souvent réimprimé.

2. Ce n'est pas le frontispice seul qui a été reproduit : un nombre assez considérable de feuilles a été réimprimé ou pour corriger des fautes ou par suite de quelque accident inconnu. (Test ce qui a fait croire à plusieurs qu'il avait été donné par l'auteur, et à des dates assez rapprochées^ une seconde et même ne troisième édition du Trésor : mais des yeux attentifs et clairvoyants ont établi l'erreur de cette opinion. Il a été prouvé qae Henri Estienne n'avait pas fait de réimpression totale de son œu?re, bien qu^il s'y fût préparé, comme Pindique un exemplaire de la bibliothèque impériale de Vienne, chargé de notes de sa ioain , et où il est aisé de reconnaître , d'après le soin minutieux des corrections , des additions et des renvois , une copie destinée à une édition nouvelle. MM. Didot ont eu à leur disposition et ont mis à profit ce précieux exemplaire.

3. Voy., à ce sujet, Maittaire, p. 360 et suiv. Cf. Morhof, PolyhistOTy I, 9; et J. Fabricius, plus indulgent que les autres, qui a dit de Scapula, Htst, BibL Fab,, t. III, p. 251 : n Plagiariisne annumerandus sit , an secus , sub judice lis est. » Baillet , prenant un moyen terme, le blâme d'un mauvais procédé^ m^\^

tel que le Trésor ne pouvait manquer d^abréviateurs. Tout abrégé d'un bon livre est un sot livre ^ a-t-on dit assez justement Cet axiome , vrai d'ordinaire en littérature , ne i*est pas également en librairie : on ajoutera même, en philologie. Par la nature de son travail, Henri devait promptement trouver y dans son imprimerie ou ailleurs , un Scapula qui profitât de son mérite et s'enrichit de ses peines.

L'effet le plus triste de la gène commerciale qui ne cessa dès lors d'affliger Henri Estienne fut de rendre sa vie aventureuse et errante. En présence de cette instabilité continue d'esprit et de corps, dont le spectacle va désormais nous affliger, on se demandera ce que cette intelligence si ferme et si féconde , dans une assiette calme où elle se serait reposée, eût été capable de produire. Que n'était-il pas permis d'en attendre^ à la faveur d'un temps ordonné plus sagement et de forces mieux ménagées, quand on songe que Henri Estienne venait seulement d'atteindre quarante ans lorsqu'il fit paraître son Trésor, Son père avait donné le sien à peu près au même Âge : double et bien digne fruit d'une maturité saine et vigoureuse.

Mais , à partir de l'année 1573 , cette paix nécessaire aux grands travaux manque à H. Estienne. La marche entravée de son imprimerie est fréquemment suspendue; son commerce languit. Il faut qu'il s'agite et se fatigue pour lui rouvrir sans cesse des issues qui tendaient à se fermer. Surchargé de livres qu'il a entassés dans ses magasins avec plus d'ardeur que de prudence , il voyage çà et là pour en chercher le placement difficile : on le

il le loue d'un travail utile, en observant qu'il a bien mérité de la jeunesse, à qui il a rendu la science plus accessible par le bon marché de son livre : Jugements des savants , in-4°, t, II ^ p. 596.

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