‹ Conformité du langage françois avec le grecChapitre 73 sur 243 · CI · texte numérisé non relu

CI

rencontre notamment en Allemagne, où les foires de Francfort expliquent en effet sa présence ^ Centre du grand négoce dont le principal siège est aujourd'hui Leipsick , cette ville était alors , au printemps et à l'automne , le rendez-vous des libraires et des hommes d'étude : Henri Estienne, par un opuscule de 1574 ^^ l'a remerciée de Taccueil bienveillant qu'il y trouvait. Cette pièce, écrite en prose latine , le disculpe des reproches d'ingratitude envers la savante Allemagne, qui lui ont été adressés. Bien loin de dénigrer cette contrée qui lui fut hospitalière, il rappelle ici en termes fort élogieux l'immense service que lui ont dû les lettres, la découverte de Timprimerie ; surtout il célèbre la cité qui dans ses marchés périodiques offrait à TEurope ou plutôt au monde civilisé de si précieuses richesses. Les livres ne formaient pas d'ailleurs pour elle une branche exclusive de trafic. Bien d'autres marchandises y étaient en vente, dont rénumération nous est donnée par H. Ëstienne. C'est aux consuls et aux membres du séuat de Francfort que ce morceau est dédié ; et il y félicite ces magistrats de leur active surveillance, sauvegarde assurée de l'étran-

1 . Henri Ëstienne y portait des prospectus ou catalogues de sa librairie, devenus presque introuvables. On peut voir toutefois à la Bibliothèque nationale une de ces curiosités typographiques. Elle est joint*; à l^édition originale de la lettre citée : « de suœ typograpbiae Statu, » sous le n** 1992. Composée de trente-deux pages et imprimée fort nettement, elle a le titre suivant : •> Index librorum qui ex officina Henrici Stephani hactenus prodierunt, quibus inserti sunt nonnulli ex iis auctoribus quos ejus pater Rob. Stephanus edidit, quorum paucula exemplaria apud eumdem Henricum supersunt. » Les prix ne sont pas marqués.

2. Francofordiense emporium, sive Francofordienses nundinœ, in-8". Cet opuscule, qui porte encore le titre de Francofordiensium nundinarum Encomiumfh été plus tard inséré dans roQTrage de Nicolas Beusner, de Vrbibw Germaniœ imperialibus, Francofurti, 1602, in-8".

(en) ger. Ce libre séjour , commode à tous, même dans les moments delà plus grande affluence, se recommandait, grâce à eux, par le prix modéré des habitations et des aliments, par la facilité des ressources dont il entourait la vie, comme par les jouissances qu'il procurait à l'esprit : suivant H. Estienne, on le quittait avec regret; on y retournait avec plaisir.

Sa résidence la plus ordinaire , vers cette époque , fut toutefois la France , où un prince qui lui témoigna beaucoup d'affection venait de s'asseoir sur le trône : c'était Henri III , ami du savoir et des lettres , que la natare avait doué d'autant de dispositions pour l'éloquenee qu'elle lui en avait peu départi pour l'art de régner. Soos ce monarque, Ëstienne, entraîné loin de son pays adoptif par l'inconstance de son humeur et l'embarras de ses affaires, redevint à plusieurs reprises habitant du sol natal; il vécut même, auprès du souverain , dans des rapports de familiarité bienveillante qui rappelaient la situation de Robert auprès de François l^^. Par là son histoire prend pour nous un intérêt plus direct ; en outre à ces relations, si étroitement renouées par H. Ëstienoe avec sa patrie, se rattachent trois de ses compositioDS françaises, non moins propres que les précédentes à lui assigner un rang entre les écrivains distingués da xvie siècle.

La première , à la différence des deux autres qui sont purement littéraires, est un pamphlet politique et religieux, plus court, plus grave et plus ferme que le factum dont il a été question auparavant. Les divisions, dont notre contrée était la proie, en suggérèrent la pensée à notre auteur : c'est contre Catherine de Médicis qu'il est dirigé. Le prosélytisme de secte peignait alors le caractère de cette princesse sous les plus sombres couleurs. C'était à ses conseils que l'on avait

( cin ) attrîbtié ia Saint-Barthélémy. Après ces massacres , déplorés plus d'une fois par Estienue^, les protestants avaient continué d'être Tobjet de poursuites, occultes ou manifestes, qu'on imputait à l'influence de ia reinemère. Celle-ci , revêtue de la régence à la mort du malbeureux Charles IX y conservait sur l'esprit de Henri III , depuis qu'il avait en main les rênes de l'État, une action considérable. Dévoiler le mal qu'elle avait fait et celui qu'elle voulait faire, tel est le but du Discours merveil' leux de la vie, actions et déportements de Catherine de Médieis *.

Ce libelle, qui a mérité de survivre entre tant d'autres de cette époque qu'engendra la passion ou l'intérêt des partis , n'a point d'ailleurs paru , on le devine aisément, sous le nom de son rédacteur. 11 n'était pas rare alors que des publications de ce genre coûtassent la vie m\ écrivains et parfois même aux imprimeurs ou aux libraires' : correctif important à cette liberté de la presse que l'on a dit avoir été extrême chez nous jusqu'au règne de Louis XIV. Les sectateurs de la réforme, par une circonspection nécessaire, décochaient donc presque toujours , comme les Parthes, leurs traits en se cachant C'est ce qui est arrivé à Henri Estienne. Mais on s'est

1. Voy. particulièrement, dans ses lettres latines publiées en 1830 , à Breslau, la xiii* et la xy«.

2. In-S" de 164 p., 1575. Malgré cette date, l'ouvrage semble appartenir à l'année 1574. Presque aussitôt réimprimé, il Ta été souvent et avec des titres divers. On a notamment appelé par dérision cette pièce La vie de sainte Catherine» Elle se trouve dans beaucoup de recueils , en particulier dans Tédition du Jowmal de Henri III, annotée par Le Duchat.

a. Voy. Félibien, Sist, de Paris, liv, XXÏI, § 7S. — Le libraire Martin Lhommet , chez qui furent trouvés quelques exemplaires de VÉpitre au tigre, fut, entre autres , pendu.

accordé de son temps à considérer ce discours satirique comme son ouvrage^ ; et il n*a pas y de nos Jours y cessé de passer pour tel. S'il fallait fournir des preuves à Tappui de cette opinion généralement accréditée , elles ne nous manqueraient pas. C'est la verdeur de langage et Tamère ironie que V Apologie d*Hérodote nous a déjà fait connaître. Ce sont, avec un degré supérieur de force et d'élévation , les sentiments du sectaire qui a conservé contre la Sorbonne et ses doctrines la vivacité des antipathies paternelles. C'est la même haine de la tyrannie; c'est enfin, et surtout, la chaleur patriotique qui respire dans plusieurs livres de Henri Ëstienne, dans le dialogue^, par exemple, où retrouvant déchiré par les dissensions intestines ce pays qu'il avait jadis quitté tranquille et prospère , il lui adresse ces vers pénétrés de mélancolie :

Salve, GaUia, qnam puer videbam Alta pace domi et foris fruentem ; Ât domestica bella nunc foventeni

Cerno

Ebeu l cerno manus tibi afferentem '

Quatre guerres civiles avalent en effet désolé les dernières années de Charles IX , et une cinquième guerre venait encore de signaler les débuts d'un nouveau règne

1. V. le père Lelong, Bibliothèque historique de la France, r édit. , t. IT , p. 649.

Page 1