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goayeraenent que ceux de son pays : elle voulut cor* rompre et diviser pour régner. Entourée de difficultés et de périls, tandis que d'implacables ennemis se disputaient sa puissance pour s'en accabler mutuellement, elle fat le jouet des partis, plus encore qu'elle ne les poussa à s'exterminer. .
Si le portrait est imaginaire, le tableau, du moins, est singulièrement énergique. Aucun des nombreux pamphlets, dont Catherine fut l'objet , n'a plus de relief, de saillie, de vivacité familière; et parmi tous ceux du vfV siècle, admirablement fécond en ce genre dont la Ménippée est le chef-d'œuvre, bien peu sont dignes de lui être comparés. Dans cet excellent morceau de discussion passionnée, on trouve, par intervalles , la vigueur et la véhém^ace qui caractérisent les éloquents Mémoires , faoniieur de cette époque, des d'Aubigné et des Montluc. L'accent, animé par une forte conviction, a cette Oerté mâle qui rappelle le commerce habituel de nos anoétres avec la sévère antiquité : c'est l'une des heureuses inspirations de ce noble et loyal caractère gaulois , enté sur le vieil esprit romain. Les sentiments généreux y abondent; le jugement y est sain, toutes les fois qu'il n'est pas égai'é par les préventions religieuses (on regrette, par exemple, une injuste appréciation de la reine Blanche, mère de saint Louis); le raisonnement est solide et suivi ; le style , plein de franchise et de colère , est rapide et relevé çà et là par des traits piquants, tels que les décoche volontiers la malice incisive de Henri Estienne. Ce qui, dans la manière d'écrire, le signale encore pour l'auteur de ce discours, c'est le goût des souvenirs classiques et des locutions proverbiales.
Comme témoignage historique, ce pamphlet n'est pas moins remarquable par le fond que par la forme. L'iia-
( cvni ) portance et le sérieux des détails annoncent que Técrivain possède pleinement nos annales et notre droit politique. Sur les choses et sur les hommes du xvi^ siècle il jette beaucoup de jour ; et c'est , pour en juger avec connaissance de cause , Tune des pièces les plus utiles à consulter. Il parait qu^au sujet du Discours merveilleux Catherine elle-même aurait dit (elle se plaisait à'Iire tout ce qui se publiait sur son compte) que l'auteur avait été bien Informé en plus d'un point. Elle eût ajouté en se divertissant, à ce que l'on assure, qu'elle en savait encore davantage, et qu'il eût pu trouver près d'elle, au besoin, de nouveaux renseignements. C'était railler sans doute l'exagération de l'attaque. Néanmoins, on aursi peine à croire que, si peu soucieuse qu'elle fût de l'opinion publique, Catherine ait tenp ce propos. Certes la grave diatribe d'Estienne n'était pas de nature à appeler le sourire sur les lèvres ou à provoquer des mots plaisants.
On a prétendu aussi que cet ouvrage avait d'abord été rédigé en latin. Mais la verve d'une invention primitive s'y fait trop sentir pour permettre d'accepter cette opinion. Ce qui est certain , c'est que selon une pratique familière à ce temps , cette satire eut à peine paru qu'elle passa dans le langage savant qui avait cours par toute l'Europe. On ignore si cette traduction fut l'œuvre de Henri Estienne ^ Quant à la composition originale , fort estimée des plus judicieux critiques, elle eut suffi, d'après leur aveu^, pour lui mériter le titre d'un de nos
1 . Publiée sous ce titre , qui a été ensuite modifié dans des réimpressions ultérieures , «Legenda sanctae GatharinseMediceae,» 1575, in-S**, il est fort possible qu'elle appartienne à quelque autre écrivain protestant.
2. n Henri Estienne écrivît en français aussi bien qu'homme de son temps , comme il le témoigne dans le Discours de la vie
( cix ) meilleurs écrivains. Ce titre, il acheva d^ailleurs de le )Q8tifler par ses Dialogues du français italianisé et par le livre où il s'est proposé d'établir la supériorité de notre langue sur tous les idiomes modernes : productions étroitement unies pour le but , comme elles se rapprochent en plusieurs points par les détails.
I>a première, de 1578*, est, ainsi que Ta dit M.Nodier, «le curieux et Tunique monument d'une des révolutions les plus mémorables qui aient jamais été observées dans rhistoire de la parole', jd A toutes les époques, l'imitation non raisonnée , avec ses excès puérils , a eu ses nombreux prosélytes. Juvénal blâmait jadis les Romains de leur entraînement vers tout ce qui était grec; Maittaire reprochait aux Anglais leur enthousiasme aveugle pour tout ce qui était français ; et n'a-t-on pas pu nous railler parfois nous-mêmes de notre anglomanie? En ce moment, c'était l'Italie qui semblait avoir envahi la France. L'Italie, privilégiée dans la renaissance de la gloire littéraire , pour avoir devancé par ses poètes la civilisation de l'Europe, était devenue le point
de Catherine de Médicis, qui est de main de mattre : » Bibliothèque historique du père Lelong, t. II, p. 650. Bayle a porté le même jugement et à peu près dans les mêmes termes ; Nouvelles de la république des lettres, mars 16d4; Amsterdam, 1715, in-16, 1. 1", p. 92.
1. Deux Dialogues du nouveau langage françois italianisé et autrement desguisé, principalement entre les courtisans de cetemps.., , in-s* de 623 p. La date, omise sur le livre, est fixée par une lettre de H. Estienneac^ /. Cratonem, En tète on voit une épitre de l'écrivain , qui se donne le nom de Jean Franchet , dit Philau- &one , « aux lecteurs tutti quanti. » — Il y a eu deux autres éditions de cet ouvrage, in-16, 1579, 1583, Anvers, chez Niergue, que, malgré ce titre, Ton dit être, comme la première, de Genève et de l'auteur lui-même. Dans l'une et l'autre le pseudonyme de Franchet a été conservé.