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notre idiome*; et mil ne résista avec plus de ligueur et de persév^ance que lui à ce eourant funeste qui nous emportait loin de nos origines et du vrai progrès.
An premier rang de ceux qui s*y laissaient entraîner, étalent les courtisïuis^ : c'est ce qui explique Faversioa que Henri Estienne éprouve pour eux , et qu'il leur témoigne en toute rencontre par des éplthètes mordantes^. Aux bouffonneries mêlant les plus sérieux reproches , il les accuse de corrompre à la fois le caractère et le parler national. Ce sont eux y suivant lu 9 qui y infidèles aux vieilles traditions et abdiquait la plus belle partie de Théritage du passé, nous
1. Le célèbre auteur de Franco-GulUa, Fr. Hotmail, à^m Von reprochait de vouloir germaniser la France, répondait, avec quelque raison , qu'il aimerait mieux la Yoir allemande qu'italienne : car c'étaient les Français-Italiens, ajoutait-il, qui ayaient introduit dans le pays la lâcheté, la trahison, PincrédulHé et une foule d'autres Tices exécrables : voy. son ouvrage en latin macaronique, Maiagonis de MatagonibusMonitoriale...^ parliculièrement p. IS.
2. <• Comme les Français courtisans parlaient un langage français-italien , de même plusieurs des Italiens courtisans parlaient de ntalien-français : » p. 77 des Dialogues , ëdit. in-S*". Aussi la cour, suivant Henri Estienne , était la forge des mots nouveaux, tandis que le parlement était le siège du bon langage -. « Ibi licentiosus sermo tam raro quam fréquenter in aula auditur : » préface des Jfypomneses.
3. 11 les appelle, à la p. 150 des Dialogues, bien frisés, bien goudronnés, bien crespillonnés , romipètes, ânes, etc. — Non content de les attaquer en prose , il a fait contre eux nombre de Ters ; on citera seulement ce quatrain :
Maint courtisan use de mots nouveaux Qa*U n'entend pas , et si les trouve beaux ; Lui, bigarré, bigarre son langage :
Mais pardonnons au perroquet en cage.
Cf. les mêmes attaques dirigées par M"* de Gournay contre les courtisans^ dans la Défense de la poésie et du langage des poêles,
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dépouillent à l'envi de ce qu'il y avait eh ancêtres de généreux et de viril. Non cependan refuse de reconnaître Theureuse influence que I tion saine de la cour avait exercée du vivant de çois l^ sur les destinées du langage et qu'elle ressaisir plas tard ^ ; mais il n'en condamne q plus de force cet esprit courtisanesque , ignorant vole, qui dominait de son temps. Â^lors, en efl jeunes seigneurs, pour plaire en haut lieu e croire qu'ils revenaient de ces campagnes d'à des monts où nous avions recueilli moins de que d'honneur, avaient donné vogue à ce jargon i préhensible et absurde dont les Dialogues nous un curieux spécimen ^.
Henri Estlenne, pour le discréditer, met face un homme raisonnable , demeuré fidèle à l'em] notre ancien idiome, et un partisan enthousi£ néologisme emprunté à rUalie. Geitophile, ainsi s' le premier, rencontre son ami Philausone, dont indique assez le travers, et lie avec lui convers mais son interlocuteur usant à tout moment de pour rue, past pour dtner, spaceger pour se proi garbei^ouT gentillesse, go/fe pour lourd, 'et de bej de termes semblables, il s'avoue bientôt hors d'< les entendre. Le second s'en étonne et déclar
t . On sait Tautorité attribuée par Vangelas , en fait de 1 aux femmes et aux courtisans qui leur ressemblaient à p] égard. Les femmes, en effet, et la cour eurent dans le prc siècle suivant une part incontestable.
2. De la conversation , les italianismes passaient dans le et les auteurs les plus purs leur payaient leur tribut. P. rier en a signalé plusieurs dans le traducteur de Longu Plutarque. Voy. , à ce sujet , le savant et ingénieux tri M. de Bliguières sur Amyot, p. 413 et sniv.
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Paris les gens da bel air ne parlent plus autrement. Ajoutez que , non content de prodiguer les mots d'intention récente , il change la prononciation dans ceux des nôtres qu'il conserve, de manière à les rendre méconnaissables ^ Las de discuter sans pouvoir s'accorder entre eux, chacun prétendant s'exprimer dans le meilleur français, ils conviennent d'aller visiter un ami commun , Philalèthe , en vue d'exposer leur différend à cet arbitre éclairé et de se soumettre à son avis. L'heure n'étant pas favorable pour se présenter chez lai, ils continuent, en attendant, leur entretien, qui , des questions de grammaire se détourne à d'autres sujets. On apprend qu'à l'exemple des formes de langage, les coutumes et les modes italiennes s'étaient répandues en foule parmi nous : très- ridicules pour la plupart et que le monde avait accueillies avec d'autant plus d'empressement Philooelte , qu'un voyage avait éloigné depuis quelque temps , est désireux d'apprendre les changements survenus pendant son absence , les goûts et les nouveautés qui s'étaient produits. De là des détails piquants sur les bizarreries de cette époque qui choquaient fort la simplicité des vieux Français, sur la fraise à triple rang, les canons plissés, les cheveux relevés depuis la racine et dressés en raquette , le rouge et le blanc que venaient d'adopter les dames, et leurs paniers grotesques ^ On se dirige enfin vers la maison
i. PareiLempIe^on dimi maiibart pour maubert, chouse pour chose, dret pour droit: ce dernier usage a duré fort longtemps et dans le meilleur monde (les courtisans de Louis XV affectaient encore cette prononciation ).
2. On sait, a dit La Harpe, qu^à la fin du xvi* siècle « lîFres, jeux, spectacles, irètements, tout fut en France italien ou espagnol : » Cours de littérature ^ Introduction à la seconde partie, ou Dia-^ cours sur Vétat des lettres en ]^urope«
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de Philalèthe, que Ton ne trouve qu'avec peine : ce qui p permet de prolonger encore la convarsation. Elle se poursuit en effet sur les nouveaux termes de guerre comparés avec les anciens ^ Mais Th^ure s'est avancée pendant ces propos fort divers , et la visite projetée isst renvoyée au lendemain.
Ainsi se termine le premier dialogue , rempli de digressions que leur intérêt fera pardonner. On Ta justement remarqué , il ne faut pas demander aux auteurs du xvi« siècle une composition régulière et suivie. Us écrivaient sans plan bien arrêté , sans distinction nette de matières : Henri Estienne plus qu'aucun autre; ie caprice et l'imprévu ont toujours une grande part à ses productions hâtées. Avec le second dialogue la discussion recommence. On reprend le chemin du logis de Philalèthe : mais le voyage ne laisse pas d'être assez long ; les deux amis ne s'épargnent point les détours. Oubliant un peu leur sujet et leur route, ils causent du goût des somptuosités que chaque jour introduisait alors dans la société^ française, et de nombre d'usages qui tendaient à en changer la face : quelques-uns ont survécu ; beaucoup ont été très-sagement abandonnés. Viennent ensuite , avec un désordre voisin de la confusion, l'examen de plusieurs étymologies douteuses, un récit, d'après Froissart, de l'amour du roi Edouard
1. Dans ce genre surtout nos emprunts ont été nombreux et ont duré , ces mots étant comme des trophées de nos victoires. « L'usage, a dit Baillet, s'est trouvé plus fort que la raison de Henri Estienne, et a autorisé quantité de termes de stratégie et de milice, à cause du cours qu'on leur a donné pendant les guerres d'Italie , et parce qn'il les a jugés agréables et utiles : » Jugements des savants, t. Il, p. 653; cf. Bayle, Nouvelles de la république des lettres, au iiassi^ cité, et Sorel, BibUO' thèque firançoise , ip, 4.
( cxv ) l'An^eterre pour la comtesse de Salisbury, une décla* aaticm contre les buses, qui y ont résisté , et d*antres livagations encore moins graves. C'est après tant de circuits que Ton arrive à la demeure du personnage invoqué comme juge du débat. Une double question lui est posée : des deux langues italienne et française , quelle est celle qui mérite l'avantage? Y a-t-il profit pour la dernière à se pénétrer des formes de l'autre ? La réponse est facile à deviner : en accordant la préférence à notre idiome, Philalètbe veut qu'on le maintienne exempt d'un alliage étranger qui aurait pour effet de le corrompre ; surtout il décline , daiis de tels procès, la compétence des gens de cour. C'est aux hommes de lettres seuls , et principalement à ceux qui possèdent une connaissance approfondie du latin et du grec, qu'il appartient de les décider. Philausone n'a aucune objection à élever contre cette sentence. Déjà Philocelte avait réussi en partie à le désabuser des fausses opinions dont il s'était laissé prévenir. Entièrement ramené à l'amour du vrai et naïf français-, il ne songe plus qu'à oublier, pour le parler purement, sesidiotismes ultramontains.
Le plan de l'œuvre ainsi esquissé, entrons plus avant dans quelques détails pour vérifier jusqu'à quel point l'auteur a justifié l'épigraphe de son livre, exprimée par ces deux vers :
De moi auras profit sitôt que me liras ;
Grand profit , grand plaisir, quand tu me reliras.
Constatons d'abord que Henri ne pousse pas la rigueur de ses scrupules jusqu'à interdire toute communication, par voie d'emprunt, entre notre langue et les autres. Loin de lui la pensée de déclarer notre idiome à jamais fixé et de f^mer absolument la porte