‹ Conformité du langage françois avec le grecChapitre 97 sur 243 · Cette Iiarangue est terminée par ce vers · texte numérisé non relu

Cette Iiarangue est terminée par ce vers

Mil desperandam Chrtsto duce et auspf ce Christo.

Toujours philologue (il faut le remarqner, néanmoins, comme un trait piquant de caractère) , H. Ëstiennc place à la fin de cette publication, p. 208, des observations curieuses sur notre langue. £o constatant que nous avons pris plusieurs termes à Tarabe, au persan, etc., il signale, entre autres mois d'emprunt, celui de toque, qui nous vient des Turcs : « Nam tocca et toc, dit-il, est iineom capitis tegumentum turcicum. »

Con for mile. g

( CXLVI ) i

]e même temps deux pièces de vers, animées d'an belli- ^ queux enthousiasme, par lesquelles, nouveau Tyrtée, ^ il se proposait d* échauffer les soldats armés pour une ^ si belle cause et de les convier à la victoire.

Les Turcs n'avaient pas cessé d'épouvanter l'Europe; on sait qu'ils l'inquiétèrent jusqu'au moment où le roi de Pologne Jean Sobieski leur infligea sous les murs de Vienne une défaite qui les dépouilla à jamais du rôle d'agresseurs. Cette composition ne manquait donc pas tout à fait d' à-propos. A la passion politique qui l'avait suggérée , se mêlait en outre la passion des lettres anciennes. Les savants et les littérateurs, dans cette époque, n'avaient point encore pardonné aux conquérants et aux oppresseurs d'une contrée qui avait été si fertile en chefs-d'œuvre. Parmi eux circulait un dernier reste de cet esprit qui avait produit les croisades *. Érasme avait lui aussi, mais avec la mesure et la prudence qui lui étaient propres, demandé la guerre contre les Turcs': avant de les combattre , il invitait d'abord les chrétiens à se réformer eux-mêmes , pour mieux mériter que Dieu protégeât leurs armes. On rappellera enfin qu'au commencement du xviie siècle , M"® de Gournay , en célébrant la naissance du jeune Louis XIÎI, lui montrait dans l'avenir la défaite et l'expulsion des musulmans comme un devoir et une gloire réservés à son âge mi&r*.

1. Consult. à cet égard des poèmes , récemment édités par Taa* demie des Jeux Floraux et que nous fait connaître un article de j:i Revue des Deux- Mondes , n" du i" décembre 1850, p. 935 et suiv., notamment p. 944: on verra combien le vieux levain des croisades fermentait encore vers ce temps , en particulier chez les poëtes du^midi de la France.

2. De belle Turcîs inferendo consultatlo : voy. t. V de Tédil. des OEuvres d'Érasme en 10 vol. in-f».

3. les Avis on les Présens de la demoiselle de Govfifiay, éé\l

( GXLYII )

Henri Estienne s'était , en qualité de clirétien et ^helléniste y déclaré depuis longtemps leur ennemi. )éjà, dans ses Dialogues du françois italianisé, en 1578, il s'indignait de la puissance que possédait leur souverain, trop véritablement digne, suivant lui, du Qom de Grand Seigneur; il reprochait aux princes chrétiens de lui prêter l'appui de leur mollesse et de Leur incurie* ; il préludait à ce cri d'alarme qu'il jeta alors dans l'assemblée de Ratisbonne. Un an après , il donna encore contre ces formidables voisins le signal d'une guerre d'extermination, et ces accents chevaleresques se retrouvent là où l'on ne s'attendrait guère à les rencontrer , dans un livre de critique littéraire sur le style de Juste Lipse^.

Joseph Scaliger , peu favorable à Henri Estienne et qui le blâme souvent à tort , est fondé cette fois ^ans sa critique , lorsqu'il lui reproche de perdre de Tue son sujet pour s'égarer dans une digression illimitée : aussi propose-t-il plaisamment d'intituler l'œuvre hybride du philologue au cœur martial : De Latinitate lipsiana adversus Turcam *.

Ce travail , considéré dans son but principal , devait susciter à Henri Estienne beaucoup d'ennuis, et fournir on argument à ceux qui ont accusé son humeur malveillante et agressive. On n'oubliera pas cependant que le style tourmenté de Juste Lipse avait fondé en Alle-

dc Paris, 1641, in-4'', p. 80. — Ces idées deva'ent même subsister «n delà de cette époque. Cf. Balzac, c. V du Prince, etc.

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