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Congo

Ces notes nous reportent aux premières années de l’œuvre congolaise. En les livrant à la publicité j’obéis à un double sentiment :

Au moment où la Belgique entre à son tour dans la voie de la colonisation qui a tenté l’énergie de tous les peuples virils aux belles années de leur histoire, il semble que le devoir s’impose particulièrement à ceux qui furent témoins des débuts de nos entreprises coloniales, de contribuer par l’apport de leurs souvenirs personnels à la formation des éléments dont il appartiendra à l’historien de l’avenir de dégager les tendances et les lignes générales de la colonisation belge en Afrique.

Il est au pouvoir de la Belgique que son expansion coloniale se résolve en un accroissement de son patrimoine moral et de sa prospérité matérielle, mais il importe qu’elle sache que le succès dépendra de la ténacité qu’elle mettra à le poursuivre. Il faut que la colonisation soit l’œuvre de la Nation, car toute l’activité, tout le dévouement d’une minorité ne suffiraient plus désormais à en supporter le poids.

Nous venons d’entrer en jouissance d’un bien précieux qui déjà éveille des convoitises. Nous ne serons certains de conserver notre domaine africain que si nous nous y attachons avec la même passion qu’à une parcelle du territoire national.

La nature humaine est ainsi faite que la valeur des

choses se mesure à l’effort qu’elles ont coûté. Il n’est donc pas de moyen plus sûr pour arriver à tresser solidement le lien moral qui doit nous unir à notre colonie que de rappeler sans cesse à la Belgique quelle somme d’intelligence, d’audace, d’esprit de sacrifice, une poignée de ses enfants a dû prodiguer pour lui conquérir un empire.

Nous avons assumé devant le monde la lourde tâche de guider vers un état social supérieur des millions d’êtres primitifs.

Pour y parvenir, nous n’avons pas le choix entre plusieurs méthodes, car il n’en est qu’une qui nous garantisse le succès. Gardons-nous de céder à la tendance qui consiste à imposer aux noirs de l’Afrique la forme de nos sociétés européennes. Ce serait stériliser à jamais un sol où fermente un levain plein d’espérances. Stimulons au contraire par une intervention intelligente l’évolution naturelle qui semble arrêtée chez ces peuples, consolidons les bases sur lesquelles repose la vie sociale indigène, en lui imprimant seulement la direction générale qui dans le cours des temps la rapprochera lentement de notre propre idéal tout en lui laissant son activité et son originalité.

Ceci exige la connaissance préalable et approfondie de l’organisation familiale, des coutumes et des institutions indigènes.

Il m’a paru qu’il appartenait à ceux d’entre nous qui ont pénétré les premiers dans l’intérieur du Congo et y ont vécu en contact étroit et prolongé avec les noirs, de noter les traits de la vie indigène telle qu’elle se déroulait à l’époque où elle n’avait encore subi à aucun degré les influences étrangères qui tendent à la déformer.

Tel est l’objet que j’ai eu en vue en publiant ces souvenirs qui n’ont d’autre prétention que d’apporter une contribution modeste à notre œuvre nationale.

L’on sera peut-être frappé au récit de certains événements se rattachant aux débuts de notre occupation du Congo, du lien étroit qui existe entre la période antérieure à 1890 et les événements mieux connus qui se déroulèrent ensuite avec une déconcertante rapidité. Les deux périodes sont étroitement unies, la seconde ne peut se comprendre qu’à la lumière des circonstances qui la précédèrent.

La conquête pacifique du Congo fut conduite par Sa Majesté Léopold II avec une remarquable continuité et une ténacité rare, suivant un programme général systématiquement conçu, ne laissant nulle place au hasard. Ce récit contribuera peut-être à mettre en évidence les lignes caractéristiques de ce plan grandiose qui devait logiquement et nécessairement amener les résultats aujourd’hui acquis.

L’histoire portera un jugement définitif sur l’œuvre accomplie par nos compatriotes en Afrique et le temps consacrera son succès. Ceux qui l’ont vécue n’en veulent plus douter, car au début de chacune de ses étapes, ils ont vu dresser par la nature hostile ou la malignité des hommes des obstacles en apparence insurmontables qui finalement ont toujours été brisés.

Liebrechts.

Juin 1909.

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