‹ Congo & [i.e. et] Belgique; à propos de l'exposition d'AnversChapitre 7 sur 14 · XXV. — Bois analogue au cèdre · texte numérisé non relu

XXV. — Bois analogue au cèdre

Ces bois si nombreux, si divers ne sontils pas une des richesses de l'Afrique? Si.

Voici ce qu'écrit Hutton, le commerçant de

Liverpool :

ce Actuellement le principal genre de bois exporté

d'Afrique est l'acajou, et pendant les années 1891-92 le

commerce s'en est étendu énormément.

» Il y a quelques années les exportations étaient

virtuellement nulles, tandis qu'en 1892, elles ont monté à

environ 8 à 9000 tonnes pour le seul marché de Liverpool. » Ce bois est si prisé des acheteurs qu'on peut dire

que le tout a été mis en consommation.

)> L'acajou de Liverpool vient surtout de la Côte

d'Or et la meilleure qualité vient d'Axim, Assinie et les

environs. »

On a commencé aussi à importer de la côte d'Afrique

le cèdre qui, jusqu'ici, venait principalement de la Floride

et d'Alabama.

Le cèdre est employé surtout à la fabrication de

cra3'ons et de boîtes à cigares, et arrive, soit en blocs, soit

déjà débité en petites planchettes larges de 8 à 16 centimètres.

Voici , d'après M M . Westphal et Spiess de Hambourg,

un aperçu général des entrées en bois étrangers, à

Hambourg, en 1891 :

Cèdre pour boites à cigares. . 56o tonnes Cèdre pour crayons .... 23o »

Noyer i,763 »

Buis 237 •>•>

Acajou 557 »

Bois de satin 116 »

Teck 195 »

Grenadille d'Afrique. . . . 430 » (en 1892)

Ebène 639 »

Jacaranda d'Afrique .... 486 »

A côté de ces bois, dont beaucoup viennent déjà d'Afrique, se pla-

quels on s'attaque, il faut lo mètres au-dessus du sol, à entre leurs contreforts.

cent quantité d'autres essences : l'olivier ; les bois de violette, de perdrix ; l'écaillé de tortue...

Tout fait espérer que les équivalents de ces bois se trouveront au Congo et augmenteront encore l'importance déjà si considérable du domaine forestier.

Un dernier mot :

on voit débiter couramment à Loukolèla, par les missionnaires anglais, des arbres fournissarit20oà225 planches de 3 mètres de long sur 3o centimètres de large.

Et encore on ne dispose pas de moyens suffisants pour abattre et débiter les vrais géants de la forêt ; et les arbres auxles aller entamer à 8 et l'aide d'échafaudages calés

i3 octobre 1894.

J'ai abandonné ce travail pendant quatre jours, pour aller recevoir Dhanis à Flessingue, et n'eussé-je pas eu, comme raison première, la joie de donner l'accolade au plus tôt au camarade d'école militaire et d'Afrique, que je me réjouirais encore d'avoir pris part à l'émotionnante rentrée du valeureux jeune officier. Je me réjouirais parce que c'était une douceur pour nos cœurs d'hommes, une fierté pour nos cœurs de Belges, une récompense pour nos cœurs d'Africains, que le spectacle de cette foule dont les acclamations enthousiastes emplissaient les airs, dont l'élan spontané disait le sentiment d'absolue sympathie pour ce courageux, en qui tous personnifiaient momentanément la grande œuvre du Congo et qui, à ce titre, avait vu sur son passage, de Flessingue à sa ville natale, s'incliner des

pavillons français, anglais, allemands, néerlandais

Et ce n'était pas le salut banal de bateau à bateau, car durant que ces pavillons étrangers lentement descendaient très bas, les équipages envoyaient au vainqueur un triple hourrah et des vivats où trois noms vibraient triomphants : le Koi — Congo — Dhanis !

Une œuvre est grande, un pays est sur du respect des peuples, qui savent par leurs actes aller chercher au

tréfonds des âmes les sentiments de noble fierté, de patriotique reconnaissance, d'enthousiasme national (jui viennent de s'affirmer si nettement sur la tète du petit lieutenant belge.

Et nous, nous nous réjouissons pour IVcuvrc coloniale réalisée à travers tous les obstacles par le Roi- Souverain, continuateur de la pensée paternelle, dont aujourd'hui le legs redoutable est bien près d'être revendicjué par la nation tout entière.

Comme je rentrais ayant encore aux oreilles et le chant national et la Marche Dhaiiis, je n'ai pas su me remettre de suite au travail ; j'ai ouvert des carnets de notes de là-bas, pour y relire des pages en harmonie avec ce que je venais de voir et d'entendre. Et j'ai lu pour la dixième fois, ces lignes écrites à Lousambo par le commandant Fivé :

(( 25 février i8g3.

)) Cette nuit un courrier arrive annoncer c]uc

Brasseur a doublé hier l'étape et qu'il sera sur l'autre rive, en face de Lousambo, à g heures du matin.

» Ça n'a l'air de rieji, n'est-ce pas? de lire a doubler

l'étape! »

)) Mais hier après-midi il y avait 40" de chaleur, et je puis vous assurer (|ue c'est dur d'aller dix heures de marche par monts et par vaux !

)> Arrivée des troupes de Loulouabourg!

)) Deux coups de feu les annoncent à l'autre rive.

)) Le steamer que nous avons fait mettre sous

pression, répond par un long coup de sifflet, et part aussitôt pour le transbordement.

» Un quart d'heure après l'on entend le son des tambours et des flûtes ! A mesure qu'approche le bateau, on distini^ue l'air! C'est ma foi la Brabaiicounc qu'ils jouent, ces soldats!

)) Pas un de nous qui ne sente ses veux se gonfler de larmes lorsqu'ils défilent musique en tète î Rien ne peut donner une idée de la bizarrerie de cette troupe. Dépenaillés, maigres, les bonnets chargés de plumes, secs et les veux brillants de fièvre comme des gens qui viennent de marcher et de combattre pendant un mois, ils sont malgré tout très crânes, ces loqueteux ! Ils rappellent, avec leur barbe, leurs cheveux incultes, leurs allures de déhanchés, les vieux grenadiers de Napoléon 1"='". Leurs fusils sont ornés de mille façons ; ils traînent derrière eux une population de 12 à i,5oo individus. Le steamer doit faire sept passages pour amener tout ce monde, parmi lesquels deux grands chefs noirs : Zappo-Zap et Kanda-Kanda.

» Les blancs sont Brasseur, Doorme, et deux sousofficiers.

» Pendant que cette colonne fait son entrée dans la station, débouchent, venant de l'Est, des gens de Gongo-Loutèté, amenant des prisonniers faits aux Arabes.

» Il V a plus de 5, 000 personnes dans la station de Lousambo.

)) Les 125 soldats Elminas et Baloubas manœuvrent, sous la direction du lieutenant Doorme, à faire rougir les soldats belges. Ils exécutent le maniement d'armes, l'école'de compagnie, les tirailleurs, avec un ensemble remarquable.

» Leur défilé, musique en tête, est tout bonnement splendide î

)) L'entrain est grand!

Doorme, qui a déjà prolongé son terme de huit mois, vient encore de se décider à rester. »

« Vendredi 3 mars.

» Premier départ.

)) Les soldats de Loulouabourg partent, musique en tête, sous le commandement du lieutenant Doorme.

» Très crânes tous ces soldats qui s'en vont en chantant.

» Ça empoigne! Il n'y a pas à vouloir lutter contre ce sentiment!

» Ces gens qui partent avec des airs de casseurs d'assiettes pour aller se faire tuer en chantant, sont tout ce que vous voudrez... des sauvages... des fous... c'est possible, mais ils sont admirables. »

« Vendredi lo mars.

» La colonne est en route vers Nyangoué. Huit cents personnes !

» Aucune description ne pourrait rendre un pareil départ de sauvages en appareil de guerre : depuis le fusil à pierre préhistorique jusqu'au Mauser, tous les systèmes de fusils, — des couteaux, des lances, des arcs, des flèches, des bâtons pointus, — toutes les coiffures, plus bizarres et plus couvertes de plumes les unes que les autres : chapeaux de paille, de feutre, d'étoffe, de peau, — bords sans fond, les cheveux crépus mêlés de plumes remplaçant le fond, — bonnets de police en flanelle rouge, bonnets grecs, bonnets de coton

» Et tout ce monde part gaiement.

» Et au loin nous voyons la colonne serpentant dans la montagne, le grand drapeau bleu étoile flottant en tête Le steamer a fait demi-tour, et nous redescendons la rivière. Un coup de sifflet prolongé, strident, en signe d'adieu, auquel de la montagne répond un immense cri : « Moyio! » (ami).

» C'est plus émouvant qu'il est possible de le croire.

ces bordées de patriotisme au milieu de ce sauvage paysage.

)) Ah ! ces Arabes nous auront donné bien de la tablature, mais quel succès si nous parvenons à en débarrasser le pays

» Lorsque ces nouvelles arriveront en Belgique, nous serons ou vainqueurs et alors nous occuperons le Manyéma; ou vaincus, et alors gare la casse! »

Et de fait, nous sommes vainqueurs. Mais lorsque les premiers bulletins de victoire arrivèrent ici, ce fut presque l'incrédulité générale qui les accueillit. Il fallut accumuler les bulletins glorieux; il fallut marcher de victoire en victoire pour convaincre le pays que ses enfants lui conquéraient de la gloire, que plusieurs, hélas ! payaient de tout leur sang. Ponthier, de Wouters, de Heusch sont tombés lace à l'ennemi, et nous n'oserons pas vouloir désormais qu'ils dorment plus long- ■ - temps en terre étran-

gère

Je reviens à l'Exposition, content d'avoir dit une fois de plus un peu de ce qui me tient tant au cœur.

Une des plus grandes richesses de ces pays, où nous avons trouvé du lustre pour le nom belge, est le caoutchouc.

Le caoutchouc du Congo est fourni actuellement surtout par des lianes du genre Landolphia, ^ yà portant de nombreuses fleurs ^^ 'S^blanches^ de parfum exquis.

Les indigènes* n'utilisaient guère de ces lianes que leurs fruits, dont d'aucuns du volume et de la forme de très grosses oranges; d'autres petits, ronds et bruns; d'autres encore allongés en poire et rougeâtres; ces fruits renferment de grosses graines entourées d'une pulpe à saveur acide, très recherchée des noirs.

Il y a trois à quatre ans à peine, le f latex des lianes à caoutchouc n'était guère exploité que dans le sud de l'Etat du Congo, surtout dans les bassins du Kwango, du Kassaï, et dans le Katanga ; le commerce du caoutchouc était, dans

ces régions, très actif et très rémunérateur. Dans

le reste de l'Etat, à peine les indigènes recueillaient-ils, bon an mal an, quelques kilogrammes de la précieuse substance, dont ils n'avaient guère d'emploi, sinon pour garnir les mailloches de leurs tam-tam.

La présence de l'Européen, initiateur d'une exploitation raisonnée, a fait qu'aujourd'hui on peut considérer toutes les populations congolaises comme ayant compris l'immense valeur de cette richesse naturelle.

Diagramme montrant le développement de l'exploitation du caoutchouc.

A l'examen de cette courbe, on ne s'étonnera pas d'apprendre que la capacité maximum du portage à dos d'homme, insuffisante depuis longtemps pour l'amenée des marchandises de Matadi à Léopoldville, est devenue également insuffisante pour le transport, de Léopoldville à Matadi, des stocks de caoutchouc envoyés de tous les points du Congo; ce qui n'empêche qu'il y a quelques mois nous avions la grande surprise, le commandant Van Gèle et moi, de nous entendre demander par un

ingénieur électricien, grand industriel très connu à Bruxelles, s'il y avait du caoutchouc au Congo. Nous nous expliquâmes, par cette demande, l'opposition systématique qu'il faisait à l'œuvre du Congo.

Il nous paraît intéressant de dire ici un mot des diverses méthodes d'exploitation du caoutchouc au Congo.

L'Exposition d'Anvers met sous nos yeux du caoutchouc portant comme indications les lieux de provenance : Kassaï, Lopori, Kwango, Loulou, Arouwimi, Quelle...

Ces divers caoutchoucs, examinés par les courtiers des marchés de Liverpool, d'Anvers, de Hambourg, ont été estimés à des prix divers, allant de 4 fr. à 7 fr. 5o le kilo.

Cette différence de prix, pour autant qu'on puisse se prononcer actuellement, ne parait provenir que du mode de cueillette et non d'une différence dans les plantes productrices.

AVjici les petites boules dites caoutchouc-cerise; elles valent 4 francs le kilo.

Pour les préparer, l'indigène incise la liane, recueille le suc dans le creux de la main, puis s'en barbouille les bras et la poitrine. Sous l'influence de la chaleur, grâce aussi à la grande surface d'évaporation, le latex se coagule; l'indigène le détache alors de sa peau et le met en boules.

Ce procédé est usité presque partout; il est long et fatigant.

Dans le Kwango on coupe toutes les petites branches des lianes, on recueille les racines ; on bat le tout après avoir trempé dans l'eau chaude; on obtient ainsi une masse très mélangée de fibres et de débris d'écorce, ce qui en diminue naturellement la valeur.

Actuellement, sous notre impulsion, la cueillette du caoutchouc se fait en pratiquant des entailles dans les lianes (qu'il faut avoir soin de ne jamais couper), et en recueillant le jus dans des récipients où on produit la coagulation par l'addition d'ingrédients divers; ainsi dans le district de l'Equateur on a trouvé récemment qu'il suffisait de quelques gouttes du jus d'un fruit sauvage pour obtenir la coagulation parfaite du latex des landolphia. Ce fruit sauvage est le « ntoundoulou » de la région des cataractes, lequel n'est autre chose qu'une amome, Yamomum citratum dont l'aire de dispersion couvre tout le territoire de l'Etat Indépendant du Congo, et dont les fruits, d'un beau rouge brillant, ont une pulpe d'une saveur acidulée et parfumée, fort agréable, qui les fait vivement apprécier des noirs et des blancs.

Selon la forme du récipient, et aussi la quantité de latex recueilli on obtient des blocs de caoutchouc pur, de formes et de volumes des plus variés.

A côté des lianes, l'arbre à caoutchouc a été signalé au Congo par Le Marinel dans le Kassaï; une des photographies de l'exposition porte comme mention : Sniida, arbre à caoutchouc.

En 1892, étant en reconnaissance dans la

Boussira, mes hommes m'amenèrent, au village

Boukouti, devant un arbre encore en buisson en

me disant : « Voici un arbre dont on tire du

caoutchouc ».

Je cassai quelques branches qui laissèrent suinter un latex d'une blancheur parfaite, épais et se coagulant entre les doigts. Heureux de ma trouvaille, je cueillis une ramille pour la rapporter à l'Equateur comme échantillon, mais lorsque je voulus me rembarquer, le chef me pria de ne pas emporter la branche cueillie dans son village : « Mes hommes assurent que tu vas t'en servir pour nous jeter un sort. » Je dus m'exécuter pour ne pas compromettre inutilement l'alliance que nous venions de conclure.

Quoi qu'il en soit, je pense pouvoir avancer l'existence d'un arbre à caoutchouc exploitable dans le district de l'Equateur.

Les applications industrielles du caoutchouc sont telles, et s'étendent encore journellement de telle façon, que l'on n'a nullement à craindre d'en inonder les

marchés au point d'en faire baisser la valeur; et le Congo pourrait en envoyer annuellement 10,000 tonnes en Europe qu'on ne lui demanderait qu'une chose: en envoyer le double. Pourra-t-il le faire ! c'est-à-dire les essences à caoutchouc ont-elles un assez grand développement pour assurer une pareille production? Je crois pouvoir répondre affirmativement en me basant sur le fait suivant : la factorerie de Bongandanga (Lopori) établie à la fin de i8g3, en une région où l'indigène ne connaissait pour ainsi dire pas le parti qu'il pouvait tirer du caoutchouc, rapporte actuellement environ 2 tonnes de caoutchouc par mois. On estime que le rayon d'action de cette factorerie, s'étend à 25 kilomètres en amont, 25 en aval le long des rives. Ces chiffres montrent qu'en un an 24 tonnes de caoutchouc sont actuellement recueillies sur 5o kilomètres de rives abordables aux vapeurs du Haut- Congo. Or, le réseau navigable aux steamers, actuellement reconnu en amont de Léopoldville, est de 3o,ooo kilomètres, ce qui représenterait d'après les résultats de Bongandanga un total de '~ x 24 = 14,400 tonnes de caoutchouc, ce (jui, au prix moyen de 5 francs le kilo, représenterait en Europe une somme de 72 millions de francs, tout en assurant aux finances du jeune Etat, à raison de 40 centimes de droit de sortie au kilo, la jolie somme de 5,760,000 francs.

Pour le moment le caoutcliouc du Eopori vaut 6 fr. 75 le kilo.

M. Eug, l^avoux, ingénieur et industriel bruxellois expose de façon très intéressante les transformations industrielles et les pioduits manufacturés du caoutchouc du Congo.

Il est entré en Belgique, en i8g3, 854 tonnes de caoutchouc brut et 2,200 tonnes de caoutchouc ouvré.

A l'étude du caoutchouc se rattache une importante question : Y a-t-il au Congo de la gutta-percha?

Je crois pouvoir répondre affirmativement, et je vais tâcher de le prouver.

En i8gi et en 1892 le gouvernement de l'Etat reçut deux échantillons d'un produit d'exploitation, envoyés, l'un par Van Gèle et provenant du Haut-Oubanghi, l'autre de l'Equateur et provenant de la Louàpa (Haute- Boussira).

Je n'ai pas la lettre d'envoi de A'an Gèle.

Mon premier échantillon était ainsi présenté :

<c A^oici un produit dont les indigènes se servent pour fixer les plumes de leurs flèches, les têtes de leurs pipes sur les tuyaux, pour calfater les vases fêlés, etc. Tf

» C'est la première fois que ^^^-tt^t. je remarque ce produit. Mes hommes me disent qu'il existe à 'Equateur. »

Un mois plus tard, de retour à Coquilhatville, je pouvais m'assurer que mes noirs ne m'avaient pas trompé, car, en une demi -journée, ils m'apportèrent une trentaine de kilos du dit produit, qu'ils nommaient : o bouloungou ».

C'est une sorte de poix végétale, visqueuse à sa sortie de l'arbre, s'accumulant à terre en gros blocs d'un beau jaune de soufre. Peu à peu leur surface rougit; ils se durcissent et finalement s'effritent en lamelles dures et noires.

Pour dégager cette résine de ses impuretés (terre, écorces, feuilles), les indigènes la font chauffer avec de

l'eau et la malaxent fortement; ils en façonnent des espèces de courtes et grosses saucisses après avoir eu soin de se huiler légèrement les mains.

L'examen que nous en fimes avec le docteur Charbonnier nous les fit. caractériser comme suit :

(( Le produit obtenu est dur et d'aspect brunâtre, cassant au marteau, à arêtes nettes et tranchantes; il est amorphe, sa densité est très voisine de l'unité.

» Enfin le bouloitngoii est très peu soluble dans l'alcool froid et complètement soluble dans le chloroforme et l'éther. »

Ces caractères rapprochent considérablement le bouloungcu de la cire Carnamba ou èire du Brésil, utilisée pour durcir la paraffine et en retarder le point de fusion.

Voici maintenant la suite qui fut donnée à l'envoi de Yîxn Gèle et aux miens :

Analyse du capitaine Gody,

professeur de chimie à l'Ecole d'application,

ly janvier i8ç3 :

« Divers essais faits pour qualifier d'une façon précise la nature de cette substance prouvent que c'est de la gutta-percha mêlée à quelques résines et à un peu de calcaire. »

A nalyse faite à A nvers

par les soins de

M. A. de Browne de Tiège :

(( Gutta-percha valant de g à 17 francs le kilo.

Analyse faite A Anvers

par M. E. G r isard,

1^'' février i8ç3 :

« Ce produit n'est ni du caoutchouc ni de la guttapercha,

)) Il s'agirait là d'une résine laque assez impure emploN'ée dans la fabrication des vernis. »

Analyse faite à Hambourg

par les soins de MM. Westphal et Spiess,

8 février iSç3 :

« Sorte de cire végétale. Dans l'état actuel nous ne ne savons pas si ce produit touverait acheteurs. »

Recherches

de M. le conservateur Bominer,

du Jardin botanique de F Etat :

« Malgré de longues et minutieuses recherches dans nos collections et bibliothèques, nous ne sommes pas parvenu à découvrir la nature et le nom de cette

A la suite de tous ces avis contradictoires, l'un affirmant que le bouloungou était de la gutta-percha, un autre qu'elle n'avait de ce produit que le nom, un troisième (ju'il n'avait qu'une valeur minime, un quatrième que c'était un produit inconnu, le gouvernement de Bruxelles a prié Borna de demander de nouveaux échantillons à l'Equateur et dans l'Oubanghi - M'bômou, afin de reprendre et de compléter les premières expériences.

Entretemps, l'attention était éveillée et le Secrétaire d'Etat de l'Intérieur se mit en relations, à l'effet de se

procurer des graines et de jeunes plants pour l'introduction de la gutta-percha au Congo, d'abord avec le directeur des K Royal Gardens » de Kew, près de Londres, ensuite avec le gouvernement des « Straits Settlements, » aux Indes.

Le consul belge de Smgapore, M. de Bernard de Fauconval, s'employa très activement à répondre aux vues congolaises. Grâce à lui furent réunis 1,200 plants d'un Dichopsis donnant une gutta aussi bonne que celle fournie par VIsonandra Percha véritable.

Ces plants , après avoir été examinés par AL Ridley, directeur des forêts, furent embarqués à bord d'un bateau allemand quittant Singapore pour Anvers, où M. Van Heurck, directeur du Jardin Botanique, en lit la réception.

Les soins les plus minutieux avaient été pris par M. de Fauconval, qui avait promis une récompense à un des stewards du bateau si les \ plants arrivaient à Anvers en bon état; les dits plants étaient placés dans des caisses spéciales, au nombre de vingt, mises au départ dans une cabine de 3^ classe.

A l'arrivée à Anvers il fut constaté que les vingt caisses avaient été empilées sur trois rangs de hauteur, et qu'au lieu de bien aérer la cabine, ainsi que cela avait été recommandé expressément, elle avait été rendue inaccessible par l'accumulation dans l'entrepont de plusieurs centaines de sacs de riz. Dans ces conditions, les

caisses supérieures ayant seules reçu de la lumière, surtout celles voisines des hublots, contenaient des plantes saines.

Le directeur du Jardin Botanique soigna le mieux possible la centaine de plants arrivés en état de reprendre vigueur, et le 6 décembre i8g3 ces plants partaient pour Boma, confiés aux soins d'un agent ayant reçu de M. \'an Heurck les instructions nécessaires aux soins à leur donner en cours de route et à la plantation à en faire à Boma, d'où le gouverneur général écrivait à la date du 25 janvier 1894 :

« Une centaine des boutures de gutta-percha envoyées de Singapore par Anvers, sont arrivées à Boma avec quelques chances de i^prendre ; dès leur arrivée elles ont été plantées avec beaucoup de soins dans le jardin de la force publi(pic.

•» L'examen fait après trois semaines de mise en terre a montré qu'une trentaine de boutures seulement reprennent, »

L'envoi de ces boutures a coûté 2,5oo francs et causé un échange de correspondance extraordinaire. C'est un des exemples si nombreux montrant les difficultés de tout genre avec lesquelles se trouvent aux prises les colonisateurs belges, et le gré qu'on doit leur savoir de ne jamais se laisser décourager.

En revanche, que ne peut-on récompenser à leur juste valeur les négligences qui compromettent les soins et les efforts des consciencieux !

Pour en finir avec la gutta-percha, signalons que d'après divers renseignements, le « Maloumbo » du Bas- Congo serait si pas 1' « Isonandra- Percha » ou guUa de première (Qualité, du moins la « Balata » cjui remplace

dans certaines industries la gutta-percha. j'ignore ce qu'est cet arbre appelé « Maloumbo » dans le Bas-Congo, Il serait intéressant de s'assurer si ce n'est pas le sapotillier (açliras sapota), très commun au Soudan français et qui laisse exsuder par incision un suc laiteux qui n'est autre que la gutta-percha.

Ce fait est reconnu depuis peu de temps ; les nègres qui apportaient ce produit à la côte se le voyaient régulièrement refuser par les négociants, comme étant un caoutchouc de mauvaise qualité.

Le hasard fit qu'un jour un échantillon tomba entre les mains d'un pharmacien de marine qui le rapporta en France pour l'analyser ; le résultat de cette analyse fut que le produit dont il s'agissait n'était nullement du caoutchouc, mais bien de la gutta-percha.

Les graines de sapotillier renferment un corps gras qui prend la consistance du beurre, mais qui n'est pas utilisé. L'écorce est employée en pharmacie; le fruit, la sapotille, est sucré, fondant, et contient un parfum très

CléllCat. 'Xotife nf» \ sur les Colonies frniiçaisps.)

De tout ce que nous venons de dire, il nous parait résulter que l'exploitation de la gutta-percha se fera au Congo dans un avenir qui ne parait pas éloigné. Or, ce produit peut atteindre 17 francs le kilo : ce prix se passe de commentaires.

Arrivons aux gommes-résines et autres produits importants d'exsudation "végétale. Les gommes Congo ou gommes copal sont fournies par les « Bursera ».

'Im\

.HiÀ

En 1892, j'envoyais au Gouvernement quelques blocs de gomme-résine recueillis dans le district de l'Equateur, avec la note suivante :

(c Gommes-résines très nombreuses dans la plupart

des îles. J'en ai trouvé au lac N'toumba et dans le Rouki,

particulièrement une résine tantôt l^lanche, tantôt brune,

tcjujours transparente, brûlant à l'air libre avec une

flamme éclairante, fuligineuse, se liquéfiant sous l'action

d'un feu modéré et se dissolvant à chaud dans l'huile.

)j Une dizaine d'hommes peuvent aisément recueillir

en un jour 25 à 3o kilos de ce produit, appelé par les

riverains du Congo « mpaka •», chez les Mongos

ht; *' *^ i-tchoua », et employé partout à l'éclairage du

'^ \^\^ soir; d'aucuns en confectionnent de véritables

,i torches. ■»

Presqu'en même temps le capitaine Chaltin envoyait de Basokos des échantillons de ces mêmes gommes-résines.

Bruxelles les soumit à l'examen des courtiers de commerce et des fabricants de vernis.

Je dois ici entrer dans quelques détails à propos des gommes à. vernis, pour donner une idée exacte de la valeur des gommes du Congo.

Les gommes à vernis, quelle que soit leur origine, sont classées en gommes dures, demi-dures et tendres.

Les gommes sont d'autant plus recherchées qu'elles sont plus dures.

C'est une cause de diminution pour elles que d'être laiteuses, car cette particularité indique que la gomme contient de l'eau, ce qui aurait pu être modifié peut-être

par une exposition convenable au soleil avant l'expédition.

La meilleure gomme est brun clair; la trop brune donne des vernis trop colorés.

Mais la différence la plus importante entre les gommes du commerce provient des lieux d'origine.

Voici les principales gommes arrivant sur nos marchés et qu'exposent, du reste, la maison Claessens frères, d'Anvers (importante maison ayant des dépôts et agences générales à Londres, Paris, Lille, Cologne, Francfort, Madrid, Milan), ainsi que la maison De Keyn, de Bruxelles :

i) « Gomme Kaiiri d'Australie », importée par l'Angleterre, moins transparente que la gomme Congo; i fr. 80 à 3 fr. 5o le kilo.

2) « Gomme Manille dure », venant par la Hollande; I fr. 5o le kilo.

3) « Gomme Niger ->■>, vendue souvent jusqu'ici sous le nom de « Gomme Congo », inégale comme dureté, d'où une fusion à feu nu irrégulière et entraînant une réelle difficulté de fabrication : l'une partie se brûlant alors que l'autre n'est pas encore fondue.

4) (c Gomme Bengiiéla », très dure, très sèche, brune; bonne gomme, malheureusement recouverte d'une couche terreuse.

5) « Gomme Angola rouge », venant par l'Angleterre, très dure et très bonne.

6) « Gomme Angola blanche », de valeur moindre que la précédente; i franc à i fr. 5o le kilo.

7) (c Gomme Caillcu », affectant la forme de cailloux roulés, vient par Hambourg; assez bonne.

8) « Gomme Madagascar », très dure et très bonne.

9) « Gomme Zanzibar », dite « Gomme Salem »,

caractéristique par son aspect extérieur rappelant exactement la chair de poule. C'est la gomme atteignant le prix le plus élevé : 6 à S francs le kilo.

Telles sont les principales gommes du commerce, auprès desquelles commencent à prendre place les « Gommes Congo )>.

}^IM. Lievens et Bloos, fabricants de vernis à Bruxelles, ont bien voulu me fournir leur appréciation d'usinier sur les o;ommes Cons^o.

La voici textuellement :

« La gomme copale du Congo doit être rangée parmi les gommes dures. Elle est bien triée et ne donne pas de perte par le coupage. On ne rencontre pas de morceaux contenant de l'eau,

» Elle fond régulièrement, étant composée de morceaux ayant la même dureté.

)) La fusion se fait à un degré assez élevé.

5) Le vernis fabriqué avec cette gomme est pâle, séchant en quelques heures et durcissant rapidement.

» La gomme copale du Congo peut être rangée parmi les bonnes gommes copales que l'Afrique nous envoie,

» Sa place est toute marquée dans les annales de la fabrication du vernis, et les fabricants belges ne seront plus obligés, dans un temps donné, de passer par les marchés étrangers pour leurs achats de matière première, à moins peut-être que pour une ou deux espèces, ce que l'avenir nous fera connaître après expérience et mise en usage des vernis Congo. »

M^L Lievens et Bloos ont exposé à Anvers, au compartiment congolais, les vernis Congo fabriqués dans leur usine ; ce sont des vernis gras, à l'huile de lin, pour meubles ordinaires de tout genre, pour portes et pour planchers.

Leurs expériences sur les vernis d'intérieur sont terminées et décisives : les vernis Congo sont de toute première qualité. Quand on passe la main sur un meuble poli au vernis Congo, on ne voit pas trace de la buée terne et désagréable qu'offrent beaucoup de vernis ; c'est un avantage énorme.

Il y a à faire des expériences pour savoir si les vernis Congo se comporteront aussi bien comme vernis d'extérieur. Si oui, ils pourront être employés pour les voitures, le matériel de chemin de fer, etc., ce qui leur assurerait un débouché illimité.

D'après MM. Claessens, les vernis Congo possèdent, après séchage, les propriétés suivantes : adhérence intime à la surface des corps, dureté, brillant; de plus, ils ne s'écaillent pas, ne se colorent pas et ne présentent pas un aspect gras ou terne; ils résistent aux changements brusques de température et ne se couvrent pas de brouillard bleuâtre.

Etendu en couche mince sur les objets, ils leur communiquent, après dessication, l'éclat que leur donnerait une plaque de verre.

La gomme Congo est une des plus dures que l'on connaisse. En moyenne, elle entre en fusion à I45", se liquéfie à 225"^' et n'est complètement liquide que vers 240° centigrades.

La gomme copalc Benguéla jaune est la seule parmi les gommes d'Afrique qui atteigne un point de li(|uéfaction complète aussi élevé.

La production de gommes dures semble diminuer dans des proportions considérables dans certaines régions qui jusqu'ici en avaient donné à l'Europe de fortes cjuantités. La conséquence en a été que les gommes dures d'Afrique augmentent chaque année de prix.

L'existence de gommes dures sur tout le territoire de l'Etat Libre est donc une bonne aubaine pour l'industrie du vernis et l'importation de ce produit vient à son heure.

La Nouvelle-Zélande envoie en un an sur les marchés, tant des Etats-Unis que d'Europe, 8,000 tonnes de « Gomme Kauri ».

Il faut remarquer que, actuellement encore, on vend sous le nom de gomme Congo une gomme provenant des côtes de Guinée et du Gabon et subissant une perte de 3o p. c. au minimum en poids à cause de l'épaisse couche terreuse y adhérente, ainsi que des éclats de bois, des morceaux d'écorce y mélangées.

Si ces gommes, appelées faussement gommes Congo, ont, dans ces conditions, de la valeur sur les marchés, il est certain que la vraie gomme Congo, qui peut commencer à arriver par tonnes, est aussi un produit de réelle valeur. Son prix a été estimé par les courtiers de I fr. 5o à 2 fr. 5o le kilo. Aussi l'Etat a-t-il eu soin de recommander immédiatement à ses agents de faire recueillir cette gomme copale et de l'accumuler dans les stations jusqu'à ce que le chemin de fer en permette l'évacuation rémunératrice. A Equateurvillc, nous pûmes recueillir, en deux mois environ, deux tonnes et demie de ces blocs transparents; il suffisait d'envoyer à la cueillette, après l'exercice du matin, une pirogue avec dix hommes, allant fouiller les îles. La récolte d'une journée atteignait facilement 3o à 40 kilos et certains blocs pesaient jusque 4 et 5 kilos.

Les entrepôts de gomme copale conserveront pendant six, sept ou huit ans, un produit de rapport, et ce dans des conditions remarquables, car il n'a rien à craindre de l'humidité ni de la sécheresse et ne demande

pas de manipulations. Et lorsque, dans six, sept ou huit ans, le chemin de fer aura atteint Léopoldville, la sage prévoyance du Gouvernement aura accumulé des milliers de tonnes de copal qui, avec tous les autres produits que nous envisageons en ce moment, assureront à la voie du Congo un trafic dont n'avaient pas l'air de se douter plusieurs membres de notre ancienne Chambre des Représentants.

Signalons que dans son consciencieux travail sur les plantes du Congo, M. le docteur A. Dewèvre dit qu'il existe d'énormes quantités de copal fossile sur le territoire du Congo, mais que malheureusement il est considéré comme produit fétiche que les noirs refusent de rechercher. J'ignore de qui M. Dewèvre tient ces renseignements que je crois erronés.

Et puisque les vernis Congo ont les qualités (;[ue nous venons de dire, pourquoi tous ceux qui s'intéressent à l'œuvre congolaise ne s'efforceraient-ils pas, dès maintenant, d'assurer l'utilisation des produits de notre future colonie, en n'employant plus, par exemple, que des vernis Congo, et, lorsque l'importance de la commande le justifierait, en exigeant l'assurance écrite que les vernis qui leur sont fournis ont été fabriqués avec des gommes copales du Congo?

Dans cet ordre d'idées, il faut espérer qu'avant peu on pourra demander partout du café du Congo, du cacao du Congo, des meubles de luxe du Congo, etc., etc.

Nous finirons ce qui concerne les gommes en disant un mot de la gomme arabi(|ue, fournie par diverses variétés d'acacias.

A ma connaissance, on trouve au Congo l'acacia flamboyant, l'acacia blanc, l'acacia ordinaire, etc.

Ces arbres ont été plantés par nous dans nos stations; ils sont pleins de vigueur ; ainsi des acacias ordinaires plantés par noyaux à Equateurville fin i8gi, avaient atteint en juin iSgS, soit donc en vingt mois environ, huit mètres de haut. Je dis huit mètres de haut; le tronc avait quinze centimètres de diamètre.

J'ignore si ce sont ces acacias qui fournissent la gomme arabique ; il y a lieu de s'en assurer et, en tout cas, de faire rechercher si ce produit existe au Congo afin de l'y introduire le cas échéant.

C'est, en effet, un article de commerce important.

Voici, à ce sujet, des renseignements extraits de la Notice n"^ V sur les colonies françaises :

<( La gomme arabique est, après le mil et l'arachide, le produit végétal le plus important de la Sénégambie.

)) Cette gomme, presque entièrement produite par diverses variétés d'acacias, apparaît sous l'influence de certaines conditions morbides; elle provient d'une maladie de l'arbre.

)) Les gommiers se rencontrent, groupés sur des étendues plus ou moins vastes, dans tout le bassin du Sénégal.

» Au mois de novembre, vers la fin de l'hivernage, lorsque le vent sec et chaud du désert commence à souffler, les gommiers perdent leurs feuilles; leur écorce se fendille et laisse exsuder la gomme qui s'épaissit rapidement et atteint parfois un volume assez considérable.

)) Ce travail de l'exsudation est souvent aidé, sinon provoqué, par une plante parasite, le loranthiis senef^alensis.

» Au commencement de mai, les Maures se rendent

aux différentes escales du Sénégal, et bientôt Dagana, Podor, Saldé, Matam et Bakel présentent une animation extraordinaire.

» La gomme est échangée contre de l'argent ou des marchandises de troque. Aux escales, on distingue deux espèces de gommes : la gomme de Podor (du bas du fleuve) et celle de Galam (du haut du fleuve).

» Après un premiertriage, très sommaire, les gommes sont mises en ballots de 80 kilos, et expédiées à St-Louis, d'où on les dirige sur Bordeaux; dans cette ville, elles subissent un nouveau triage, très méticuleux, et le contenu de chaque balle est réparti en diverses catégories, répondant chacune à un emploi industriel. Ces catégories sont au nombre de six, plus les grabeaux, résidus provenant du frottement des morceaux de gomme entre eux pendant le trajet de la forêt à l'escale; ces grabeaux se subdivisent eux-mêmes en six catégories.

» Les gommes blanches sont employées en pharmacie pour les pâtes, les sirops, etc.; on s'en sert aussi dans

la confiserie pour les bonbons, dans la distillerie, et dans la lingerie pour apprêter le linge et les dentelles.

» Les gommes blondes et les grabeaiix sont employés en partie aux mêmes usages, mais on les utilise en outre pour les apprêts ordinaires, les impressions sur tissus, la préparation de la colle pour fournitures de bureau, étiquettes, enveloppes, etc..

)) Enfin la a govime fabrique » est employée en France, en Angleterre, en Russie, pour apprêter les tissus de laine et de coton.

» La production annuelle de la gomme est, en moyenne, au Sénégal, de trois millions de kilogrammes.

» En 1886, il a été vendu dans les escales 2,141,237 kilos de gomme de Podor (à environ 2 fr. 25 le kilo); 647,197 kilos de gomme de Galam (même prix); 26,061 kilos de gomme friable (à o fr. 65 le kilo); et, dans les rivières du Sud, 10, 225 kilos de gommes mélangées (à i franc le kilo).

» Aujourd'hui les besoins de l'industrie sont tels que la production pourrait être beaucoup plus considérable.

» Il est regrettable, dit la notice française, que personne ne songe à accroître les plantations d'acacias, arbres très rustiques, qui viennent à peu près partout et ne demandent aucun soin. On estime qu'un acacia de l'espèce vérck, tomeiitos, neboueh, etc., peut donner annuellement de 6 à 800 grammes de gomme.

» Pour des colons ou des industriels une exploitation de ce genre pourrait, au bout d'un certain nombre d'années et sans demander de grands capitaux, donner do sérieux bénéfices. »

Je ne puis avancer que la gomme arabique existe au Congo. Je puis seulement redire combien l'acacia y pousse vivace; je puis seulement signaler qu'au lac Léopold II les factoreries de la Société anonyme belge ont pu acheter, enun mois, 12 tonnes de gommes diverses à propos desquelles l'agent en chef du lac Léopold II écrit: «Cette récolte pourra continuer dans ces conditions, mais je crois devoir la restreindre jusqu'à ce que nous soyons fixés sur la nature de ces gommes, car, parmi le stock en magasin il y a certainement plusieurs espèces bien distinctes, qui demandent à être déterminées. »

Rien ne dit que parmi ces gommes, considérées toutes comme gommes copales, nous n'allons pas trouver la gomme arabique.

Le capitaine américain Camp, du SS. « Henry Reed^, me remit un jour un échantillon de gomme recueillie par lui dans une île près de Loulanga, et remarquable par la forte odeur de citron qui s'en dégageait.

L'échantillon était malheureusement fort petit et je ne pus m'en procurer d'autres afin de les faire examiner convenablement.

J'ai dit qu'au lac Léopold II on avait pu en un mois recueillir 12 tonnes de gommes diverses; qu'à l'Equateur il en avait été recueilli en deux mois deux tonnes et demie. Et ces fortes récoltes se font également dans les districts de rOubanghi-Ouèllé, de l'Arouwimi-Ouèllé, etc.

En sorte que les marches belges pourraient être entièrement approvisionnés en gommes par le Congo, en attendant que les étrangers aussi s'adressent à nous.

Passons aux produits oléagineux.

Ici encore le compartiment congolais exhibe de nombreux échantillons :

I'' (c Huile, Graisse, Noix de Pahne » — « Coconots >k..

Tels sont les produits du palmier « Ela't's Guinéensis ».

Ce palmier existe en abondance dans le Congo-IMaritime, dans le Moyen-Congo, et tous les villages du Haut-Congo le possèdent et l'exploitent ; les iles du Haut - Fleuve abondent en élaïs.

Ce palmier porte comme fruits des résfimes de noix de palme l'dindins); ce sont de grosses grappes pouvant atteindre 80 centimètres à I mètre de longueur et formées de noix constituées d'an noj'au, la coconot, entouré d'une masse charnue huileuse.

De cette dernière on extrait l'huile dite de palme ou aussi beurre de palme ; elle est comestible mais surtout employée dans l'industrie pour la fabrication des savons, des bougies, etc. En Afrique, l'huile de palme joue dans l'alimentation des noirs et souvent des blancs, le rôle de beurre et de graisse.

Les coconots renferment une amande huileuse fournissant une huile industrielle dont l'extraction demande des moyens mécaniques. Aussi cette extraction se fait-elle

fort peu sur place ; les « cocouots » arrivent telles quelles en Europe.

On sait l'énorme commerce de coconots qui se fait à la côte d'Afrique et qui enrichit des villes telles que Lagos.

Après extraction d'une huile de savonnerie et de stéarinerie, le résidu forme un aliment très apprécié pour certains animaux domestiques.

Le prix des coconots est actuellement d'environ i5o à i6o francs la tonne, rendue à Hambourg.

Bien que ce prix ne soit pas élevé, le commerce des coconots est avantageux parce que ces amandes sont d'une manipulation et d'une conservation faciles et peu coûteuses; on ne les emballe même pas pour l'expédition en Europe: on ouvre la cale des bateaux et on y déverse les paniers de coconots à la diable.

Quant à l'huile de palme, on sait qu'elle s'expédie par tonneaux et qu'elle est une des branches les plus importantes actuellement du commerce dans le Congo- Maritime.

Elle vaut en Europe 5oo francs la tonne.

Pendant le i^^ semestre 1894, ^^ ^ ^^^ exporté du Congo 686 tonnes d'huile de palme valant 337,000 francs ; 2,328 tonnes de noix palmistes (coconots) valant 582,000 francs.

Ces chiffres sont relatifs aux produits recueillis dans le Congo-Maritime.

En plus, il est passé en transit par l'Etat Indépendant, pendant le même semestre, 142 tonnes d'huile de palme et 3oo tonnes de noix palmistes.

(Jn sait qu'une huilerie a été installée en i885 dans l'île de Matéba par M. De Roubaix, d Anvers. Cette huilerie appartient aujourd'hui à la Compagnie belge des produits du Congo.

Il est entré en Belgique en iSgi : 11,062 tonnes d'huile de palme, dont 10,377 ont été usinées en Belgique. Dans ces chiffres, le Congo entrait pour 1,287 tonnes.

Le « Raphia Vinifera ».

Ce palmier, appelé « nsésé » à l'Equateur, est un des arbres dont le noir tire le plus grand parti; les îles du Haut-Fleuve ne sont parfois plantées que de raphia, et dans le Lopori, par exemple, des lieues et des lieues de rives ne sont que de ces palmiers à tronc mince, souvent contourné, à allure rabougrie et d'un port peu élégant dès qu'il atteint 4 à 6 mètres de haut.

Son régime fruitier, long parfois de i'^20, est constitué par des fruits ovales, vernissés, rappelant par leurs écailles brunes imbriquées nos cônes de pin. Ces fruits sont entièrement utilisables : l'écorce fraîche est grillée légèrement et mangée telle quelle par l'indigène qui s'en régale malgré son amertume de quinine; entre l'écorce et le noyau se trouve une couche d'huile de deux millimètres d'épaisseur dont le noir récolte d'énormes pots; cette huile, dite « huile de bambou » dans le Haut-Congo, est rougeàtrc et plus fluide (jue l'huile de palme; elle est très utilisable en cuisine et surtout pour le graissage des machines de

steamer. Cette huile sera exportée en grand dès que le chemin de fer le permettra.

Le noyau du Raphia Vinifera est utilisable pour cent petits objets de fantaisie; il se travaille au tour et peut donner, comme le corozo, des pommeaux de cannes, des boutons, des fiches à jouer, des porte-cigares, etc..

Ces noyaux d'extérieur brunâtre et vermiculé sont très durs et offrent, après travail au tour, un aspect agréable à l'œil; ils ont des allures d'ivoire veiné, tacheté et coloré.

30 Le ce Pcntaclethra Macrophylla ». — Parmi les essences dont la vigueur a su vaincre les incendies annuels de la savane, tous les voyageurs avaient remarqué un arbre atteignant une dizaine de mètres de hauteur, très rameux et feuille. Les rameaux, ouverts et étalés, sont chargés de grandes feuilles, à folioles opposées. L'arbre •ressemble à l'acacia. Les feuilles sont persistantes. Le fruit qui succède aux fleurs attire l'attention par ses grandes dimensions. C'est une gousse légumineuse, à parois ligneuses, mesurant jusqu'à 55 à 60 centimètres de long sur g à 10 de large et 3 à 4 d'épaisseur. En général cette gousse a 35 à 40 centimètres de long; sa surface est brun marron, veloutée avant l'entière maturité, puis le duvet tombe.

Un sillon la partage en deux lèvres; à maturité elle s'ouvre avec élasticité et ses deux valves tendent à s'écarter l'une de l'autre vigoureusement et en dehors, projetant les sept ou huit graines contenues dans chaque gousse. Pas un voyageur dont l'attention n'ait été attirée

par ce phénomène, qui n'ait considéré ces grosses lèves recroquevillées, et ramassé les graines qui jonchent le sol à profusion. Il y a pourtant quelques mois à peine que l'on a songé à constater que cet arbre était 1' « Oicala » du Gabon, le « Moiillapanza « du Bas-Congo, connu des botanistes sous le nom scientifique de PcntachtJira Macrophvlla Boiitham. Nous laisserons à de plus autorisés (|ue nous le soin de décrire l'owala d'une manière complète. Nous n'envisagerons que l'utilisation de la graine. Les graines de ^o^vala sont très grosses (sept centimètres de long sur quatre à cinq de large), elliptiques, aplaties, minces sur les bords, à épisperme luisant, brun foncé.

L'épisperme coriace et formé de deux enveloppes de couleur brunâtre, entoure des cotvlédons très résistants, de couleur brun clair, de saveur sucrée d'abord, puis un peu amère et gorgés de matière grasse.

Au Gabon, les indigènes emploient cette graisse pour la mêler à celle de l'Oba [Irvingia Gabojiiiisis), pour la fabrication du fameux pain O' Dika, qui est une des matières les plus en honneur parmi ces populations nègres. A partir de Wéhia, sur le Haut- Lopori, j'eus l'occasion de trouver cette graine utilisée par les Mongos, qui en faisaient des pains appelés <c agakao >).

Le commandant Roget, dans ^Arou^vimi-Ouèllé, vit souvent des soldats utiliser ces grosses fèves brunes; ils recherchaient celles que contient souvent la bouse d'éléphant, ces graines ayant traversé tout le tube digestif, l'estomac et l'intestin du pachyderme sans v subir d'autre altération qu'une sorte de macération analogue à celle que doivent leur faire subir ceux (|ui les utilisent pour leur alimentation.

Au camp de l'Equateur, nous recevions des

contingents descendant du Haut-Oubanghi etde l'Ouèllé, dont beaucoup employaient des fèves owala.

Les indigènes de Manoh et de Sulimah (rivière Gallinas) mangent la graine fraîche, dont ils sont très

friands, après l'avoir torréfiée en la faisant cuire à l'état naturel dans une marmite avec feu dessus et dessous. Nulle part, dit le docteur Heckel (directeur de l'Institut colonial de Marseille) les nègres n'en extraient le corps gras qui est cependant solide comme le beurre de karité dont ils se servent pour tous les apprêts culinaires. Mais ils emploient le bois de l'arbre producteur de la graisse : ils en construisent des pirogues.

Au Congo, comme au Gabon, comme dans les rivières du Sud (Sénégambie), l'arbre ne vient pas en forêt; les pieds sont isolés; c'est à peine si l'on en trouve

quelques-uns groupés, mais toujours en petit nombre. Ils recherchent les terrains secs.

Le docteur Heckel donne la composition chimique de la partie de la graine qui est gorgée de graisse :

Corps gras, jaune pâle, fusible à 2408 25,i8o

Sucre et tanin 4,862

Corps gras et gliadine 2,oo5

Matières albuminoïdes 3o,5oo

Cellulose 15,043

Sels 2,410

Cette analyse nous révèle la présence d'une quantité considérable de matières azotées, telle qu'on n'en retrouve l'équivalent dans aucune des grandes alimentations usuelles (pois, lentilles, haricots, fèves), sauf le soja hispida et les féverolles.

C'est dire que le tourteau résultant de la pression de cette graine, après extraction du corps gras, constituera un engrais de haute valeur et, môme mieux, un excellent aliment pour les bestiaux. Le corps gras mérite une attention spéciale; il est demi-solide jusqu'à la température de 24° et ses acides gras solides ne fondent qu'à 58°. On sait que l'industrie des bougies stéariques recherche activement de nouveaux acides gras, d'origine végétale, dont le point de fusion serait le plus élevé possible, et les graisses végétales qui donnent la plus grande quantité d'acides gras. Ces deux qualités se trouvent réunies dans la graine d'owala.

Le pentaclethra existe àprofusion dans tout le Congo. L'Angleterre en reçoit de San-Thomé qui en produit abondamment.

4^^ L' « Irvingia Gabonensis )> {Oba du Gabon).

D'après Heckel, sur les renseignements du voyageur Foncière, l'Irvingia Gabonensis se trouve dans les forêts du Gabon, où, de ses 25 à 3o mètres de haut il domine la brousse; dans les bassins de l'Ogooué; dans la vallée du Xiari-Kwilou disséminé dans la forêt du Mayombé, dans la vallée du Djoué, affluent de droite du Congo, qui coule non loin de Brazzaville. Dans l'Oubanghi on le trouve depuis le confluent de cette rivière jusqu'à4^'3o' de latitude nord, au pied des rapides de Zongo.

La graine de l'Irvingia est l'une des matières premières les plus importantes et les plus méconnues de l'Afrique tropicale. Elle se perd actuellement à peu près sans profit, dans l'immensité des épaisses forêts silencieuses du Gabon et du Congo, alors qu'une des premières places dans l'alimentation et dans l'industrie européennes devrait depuis longtemps lui être réser\"ée.

L'Iningia, dit le docteur Heckel, est un bel arbre ayant l'aspect de notre chêne ; le fruit est une drupe verte, de la grosseur d'un œuf de C3'gne, recouverte d'une pulpe à saveur térébinthacée très accusée, qui a valu à l'arbre le nom de mansro sauvag[;e.

Dans l'intérieur du fruit se trouve, au-dessous d'une enveloppe dure, une grosse graine ayant la forme de notre amande et de goût agréable. C'est cette graine qui sert à préparer le pain O' Dika des indigènes du Gabon et qui contient une graisse solide appelée beurre de Dika.

Voici comment on prépare le pain O' Dika. On brise les no\-aux, les graines sont broyées dans un mortier, puis jetées dans une marmite préalablement garnie à l'intérieur de feuilles de bananier. Sous l'influence d'un feu lent et doux, la fusiun du corps gras se produit, puis

la substance refroidie se prend en une masse assez analogue au nougat rouge, tachetée de brun et de blanc. Elle est d'un gris brun, onctueuse au toucher, d'odeur intermédiaire entre le cacao torréfié et l'amande grillée; sa saveur est agréable, légèrement amère, comme la graine fraîche, d'une astringence analogue à celle du cacao. Ce rapprochement est frappant, toutefois ce produit ne possède pas l'arôme agréable du cacao ; il n'en a p)as non plus la composition chimique. O' Rorke, premier auteur d'une étude sur ce produit, avait été conduit à en façonner une espèce de chocolat (qu'il nommait chocolat des pauvres) en y joignant du sucre et des aromates.

Au Gabon les indigènes mêlent les graines d'owalaet d'oba dans la fabrication du pain O' Dika, dont les propriétés nutritives se trouvent ainsi augmentées de toute la richesse de l'owala en matières albuminoïdes(3o 1/2 p. c).

Les pains O' Dika pèsent i5 à 16 kilos et valent 16 francs environ. L'O' Dika s'associe à différents mets, notamment aux bananes cuites. Il était d'un réel intérêt de connaître à quel point ce produit est nutritif.

Voici les résultats de l'analyse faite par le professeur Schlagdenhauffen, de Nancy :

Corps gras (acides laurique et myristique) . . . 72,i5o

Glucose, tanin et matières amères 2,400

Résine o,55o

Matières gommeuses 0,623

Cendres 0,257

Matières albuniinoïdes 10,857

Cendres 3,737

Ligneux et cellulose (dittérence) 9,425

Total. . . 100,000 En résumé le pain O' Dika est un aliment complet

dont les quatre cinquièmes sont constitués par des corps gras; le cinquième restant donne lo p. c. de matières albuminoïdes, une petite quantité de sucre et autres éléments qu'on retrouve, en général, dans les graines alimentaires. C'est une matière nutritive éminemment appréciable.

Le corps gras de l'O' Dika est fusible à 40°. Quels usages peut-il recevoir?

D'après les expériences faites sur les indications de AI. Heckel, dans la grande stéarinerie de ]\IM. Fournier frères, à ^Marseille, il ne rendrait aucun service à la fabrication des bougies, mais ce serait une huile concrète de première valeur pour la savonnerie. Les expériences du professeur Leconte l'établissent sans conteste.

D'autre part, ce corps gras peut remplacer avantageusement, en raison de son prix de revient plus bas et de son degré de fusion un peu plus élevé, le beurre de cacao dans la préparation des pommades, cérats, cold creams, et surtout des suppositoires et glycérocones, aujourd'hui si employés en pharmacie.

L'Irvingia Gabonensis existe en quantité dans le Haut-Conîjo.

5° Le K Sésame ».

Est suffisamment connu pour qu'il nous suffise de le signaler. On sait qu'au Congo le sésame est surtout cultivé dans la région des graines, c'est-à-dire dans le Nord et dans l'Est.

Grâce au capitaine Chaltin, nous avons pu l'introduire aussi à l'Equateur.

L'huile de sésame est très prisée pour la cuisine par les Arabes et les Hindous de Zanzibar.

6° Le (( Ricin ».

Le ricin au Congo est indigène et l'on a à distinguer le ricin à gros grains et le ricin à petits grains.

A l'Equateur, le ricin pousse merveilleusement et devient arborescent.

Ce produit demeure actuellement sans emploi chez l'indigène, tandis que vers les grands lacs et au nord de rOubanghi, les populations savent très bien en extraire une huile de toilette.

On connaît son usage en médecine; de plus, l'huile de ricin est employée dans la parfumerie et un peu dans la teinture.

7° Le (c Pignon tVIiidc •>•>.

On appelle ainsi la fève du « Médicinier Cathartique » ((c Jatropa Ciircas », « Pourguère » ou « Noix des Barbades »), croissant partout à l'état sauvage.

Le pignon d'Inde fournit une huile médicinale analogue à l'huile de crotone.

Dans la région des Cataractes, les indigènes appellent ces fèves « poidoiika » et s'en servent pour s'éclairer; à cet effet, il les enfilent sur de longues et minces baguettes, allument la première, et la flamme passe lentement de l'une à l'autre.

Les Yorouba du Bas-Xiger s'en servent de façon analogue pour éclairer les caravanes marchant la nuit.

A Lagos et dans toute la région côtière avoisinante, le pignon d'Inde sert à confectionner de grandes quantités de savon.

D'après Moloney [Forcstry of West Africa), environ 35o,ooo « bushels » (120,000 hectolitres) de pignons d'Inde sont exportés annuellement des îles du Cap- Vert en Portugal, et de ce dernier pays ces fèves sont en grande quantité envoyées en France, — Marseille étant marché principal, — pour être employées à la fabrication de savon et de bougies.

8° L' « Arachide ».

L'arachide, ou pistache de terre, est une plante annuelle, de 3o à 40 centimètres de hauteur, velue et touffue. Elle présente cette particularité si curieuse qu'après la floraison à l'air libre, les pédoncules des ovaires s'allongent de manière à permettre aux ovaires de se terrer, de sorte que l'arachide se développe dans le sol ; elle donne des cosses longues de 3 à 5 centimètres, à surface gaufrée, renfermant généralement deux amandes, parfois une, rarement trois.

Quand les cosses sont mûres, on arrache les pieds d'arachide qu'on laisse sécher au soleil, puis on sépare les cosses des feuilles et des tiges.

Le rendement de l'arachide varie de 3o à 35 pour i.

D'après les expériences du lieutenant Richard, au camp de Kinchassa, « un hectare d'arachides donne de 80 à I GO hectolitres de graines ».

La tonne d'arachides vaut à Marseille 3oo francs en moyenne.

L'arachide est une des plantes dont, au Congo, on tire les partis les plus variés. La plante entière constitue un excellent fourrage, très nutritif; l'amande mûre se mange crue, bouillie, grillée et rappelle la noisette; on l'utilise en place de marrons pour farcer la volaille ; on en fait du nougat; grillée et pulvérisée, elle tient lieu de café ; elle donne surtout une huile excellente (46 à 5o p. c), ressemblant beaucoup à l'huile d'olives.

Dans les régions à saison sèche du Congo-Moyen, les indigènes conservent les arachides séchées dans de grands sacs coniques faits de branches de palmier et suspendus aux arbres du village, pour les soustraire aux fourmis et aux rongeurs.

Nous venons de dire que l'huile d'arachides a beaucoup d'analogie avec l'huile d'olives; aussi, dans le commerce, est-elle souvent fournie comme telle, et l'huile dont nous assaisonnons nos salades en Belgique est presque toujours de l'huile d'arachides. Elle convient aussi très bien pour l'éclairage et est très employée pour la fabrication des savons, ainsi que pour diverses préparations pharmaceutiques. Tout récemment, on l'a proposée pour la confection du beurre à la margarine; la fraude s'en sert pour le chocolat.

Enfin, le tourteau d'arachides, c'est-à-dire ce qui

reste après l'extraction de l'huile, constitue un excellent engrais et un fort bon aliment pour les bestiaux ; ces tourteaux sont parfois réduits en farine ; la teneur de cet aliment serait de 4S p. c. de matières albuminoïdes et de 8 p. c. de matières grasses.

Il y aune quinzaine d'années, le principal centre de production était l'Inde Anglaise.

Aujourd'hui, la côte occidentale d'Afrique envoie sur les marchés d'Europe, principalement à Marseille, des quantités d'arachides augmentant chaque année, et, à ce propos, nous citerons un exemple frappant et indiscutable de ce que peuvent produire les chemins de fer de colonisation : je veux parler du développement du Cayor depuis qu'on a construit le chemin de fer de Dakar à Saint-Louis du Sénégal ; la région du Cayor, en partie inculte jusqu'à cette époque, s'est trouvée mise en culture comme par enchantement, et, chaque année, au moment de la récolte, la compagnie du chemin de fer est obligée de déplover une activité extraordinaire pour transporter à Dakar, et surtout à Runsque, les envois d'arachides que toutes les stations de la ligne, sans exception, reçoivent des cultivateurs de la réorion.

En 1887. la production du Sénégal en arachides a été d'environ 70,000 tonnes, et cette production s'accroit sans cesse.

Il V a là un mouvement d'affaires de 25, 000, 000 de francs.

Il me semble certain qu'avec l'avancement des travaux du chemin de fer de Matadi à Léopoldville, la région des cataractes de l'Etat Indépendant du Congo suivra l'exemple du Cavor. Et le chemin de fer achevé, tout le Haut-Congo pourra aussi évacuer vers l'Europe la noix de terre qui pousse partout. .

En 1893, il est entré en Belgique 10,972 tonnes d'arachides, totalement employées par nos industriels; dans ce chiffre, les Indes Anglaises entraient pour 9,236 tonnes.

A côté de tous ces produits huileux exhibés à la section congolaise, existent en grand nombre d'autres essences à fruits également huileux. Cent fois j'ai ramassé, soit en forêt, soit dans les îles, des fruits tantôt petits et rouges comme des cerises, tantôt jaunes et gros comme des poires bien mûres, et dont l'intérieur était une amande bien blanche, éminemment huileuse.

Je ne connais que de nom le N'javè et le Nounegou des Pahouins et peut-être les ai-je foulés aux pieds bien des fois, ainsi que d'autres richesses encore inconnues de la forêt.

En 1893, il est entré en Belgique 242,000 tonnes de graines oléagineuses autres que coconots, sésame, arachides, etc. Presque tout a été usiné en Belgique; ces graines venaient de et par l'Allemagne, l'Angleterre, le Brésil, les Etats-Unis d'Américiue, la France, Hambourg, les Indes Anglaises, les Pays-Bas, la République Argentine, l'Uruguay, etc.

Le u Tabac >'.

Existe partout à l'état de culture. Il paraît y en avoir deux espèces, car je recueillis au lac N'toumba des feuilles longues de 85 centimètres, larges de 46, à surface poilue et tourmentée, et des feuilles de môme longueur, mais larges seulement de 25 centimètres, lisses et douces comme 1^ feuille de Manille,

D'après Dybowski, les deux tabacs du Congo seraient le (( Tabac de Virginie » et le « Tabac Rustique » [Nicotiana Rnstica).

Les noirs du Congo ont de multiples façons de préparer le tabac et l'exhibition est ici très complète.

Les uns laissent le tabac tel quel, et le réunissent pour la vente par cinq ou six feuilles, — d'autres conservent les feuilles à plat dans de grands paniers faits de feuilles de palmier (région des Cataractes, lac N'toumba), — beaucoup font avec les feuilles humides et enroulées des tresses souvent toutes noires (Manyanga, Kwango), — dans le Kassaï, le tabac, mis à sécher quelques heures sur des claies au-dessus d'un feu de braise, est pilé dans des mortiers et malaxé avec de l'huile de palme, de manière à ce qu'on en puisse former des pains coniques qu'on enveloppe dans des feuilles sèches et qui se conservent au moins un an avant d'être mis en usage ; on racle ces pains au couteau pour obtenir de quoi bourrer sa pipe.

Un procédé analogue est signalé par Dybowski chez les Langouassis, au nord de rOubanghi : on y fait tremper les feuilles de tabac dans l'eau, puis on les met en masse pour qu'elles fermentent, et enfin, réduites en pâte, on en moule la masse dans un vase en terre. Lorsque cette pâte est sèche, elle ressemble assez à de la bouse d'éléphant.

On casse cela par petits morceaux pour en bourrer la pipe, et la fumée qui en provient est acre et nauséabonde.

L'un des meilleurs tabacs du Congo est le tabac dit de Loukoléla,

Règle générale, le tabac au Congo est séché lentement selon nos méthodes, mais comme on ne le fait pas fermenter, il acquiert une saveur qui nous est désagréable ; le tabac de Loukouléla fait exception.

Ce tabac provient en réalité de l'Ali ma, rivière française; il est mis en vente sous forme d'une véritable saucisse enroulée sur elle-même ; les feuilles tordues

Mh-

Kiiyaj-noiiJfi

ensemble sont fortement comprimées clans un lacis fait d'une peau souple de liane; puis le tout est roulé en forme de saucisse, traversée par deux croisillons en bambou.

Ce procédé, qui comprime le tabac dans une véritable enveloppe, le fait fermenter et lui communique la saveur de nos tabacs de Belgique.

Aussi ce tabac est-il très recherché des Européens qui se le procurent surtout à Loukoléla, agglomération de l'Etat dont les habitants vont dans l'Alima acheter le tabac en rouleaux; certains de ces rouleaux sont épais comme le poignet et ont un mètre de diamètre.

Au lac N'toumba, les indigènes font aussi des enroulements de tabac, en forme de longs '^j)^-'2:::t^,,^ cigares, protégés par des feuilles '^fj^Jl^^^^"""**^ sèches ; mais comme le tabac est séché depuis longtemps avant d'être ainsi préparé, il n'acquiert pas la saveur de l'Alima.

Les N'gombès du Lopori fument un tabac que nous avions qualifié du nom de tabac-foin : les feuilles vertes, aussitôt cueillies, sont mises à sécher, comme dans le Kassaï, sur des claies au-dessus d'un feu de braise; le séchage dure une demi-journée et se fait en plein soleil; les feuilles se recroquevillent ; le noir les roule entre ses mains de manière à en faire une espèce de julienne qu'il conserve en paquets dans des feuilles sèches. C'est détestable mais on finit, quand on n'a plus rien d'autre, par le fumer avec frénésie.

Dans nos stations, de nombreux essais ont été faits et ont donné de très bons résultats, ainsi qu'en témoignent les échantillons de Richemond, de Maryland, de tabac turc recueillis au Congo et exposés à Anvers.

Je me souviens d'avoir fumé à l'Equateur des cigares confectionnés avec du tabac Manille dont les semences avaient été apportées par le lieutenant Julien et qui avait poussé vigoureusement.

Les tabacs de Bornéo et de Sumatra ont aussi donné de bons résultats.

A propos du tabac, je crois bon de raconter ce qu'il advint d'un « spécialiste », ancien planteur de Bornéo et de Sumatra, venu dans le Haut-Congo afin d'étudier la possibilité d'établir de grands champs de tabac. Le gouvernement de l'Etat, toujours bienveillant à l'égard dételles tentatives, et ne pouvant deviner à qui il avait réellement affaire, nous avait adressé des instructions nous prescrivant de fournir à cet ancien planteur le logement, la table, des outils, des locaux, des travailleurs, des terrains, et un agent de la station devait l'aider à surveiller ses pépinières et ses parcs d'essai s'il venait à s'absenter.

Le monsieur arriva, pestant et jurant contre le trajet de Léopoldville à l'Equateur, trajet qu'il avait dû faire à bord d'une petite chaloupe à vapeur, dont le confort n'atteint pas toujours celui des transatlantiques.

Nous fîmes de notre mieux pour recevoir dignement l'ancien planteur, qui débuta par l'achat de lances et de boucliers à tout prix et occupa ses premiers jours à la chasse aux papillons.

Enfin, il exhiba deux grosses bouteilles, pleines l'une de semences de tabac de Bornéo, l'autre de Sumatra : « \"oici, nous dit-il, de quoi ensemencer l'Afrique entière ! »

Et nous nous rendîmes dans les jardins, où il eut bientôt fait de choisir un carré de terrain grand comme une demi-pièce de mouchoirs.

Alors, me priant de tendre les mains, il voulait absolument me verser dans l'une son Bornéo, dans l'autre son Sumatra, afin que, par-dessus tout ce que je devais déjà lui fournir, j'eusse encore le plaisir de semer le parc moi-même.

« Cher monsieur, lui dis-je aussi poliment que possible, cher monsieur le directeur technique, je dois vous fournir le gîte, la table, les hommes, les outils, les locaux et les terrains ; si, après cela, je dois encore semer et récolter moi-même, il ne vous restera plus guère qu'à fumer le Bornéo et le Sumatra du Congo; moi, je cracherai ! »

Inutile de dire que le brave homme s'empressa de reprendre le premier bateau en destination de Léopoldville. Il avait bien séjourné en tout 5 à 6 mois au Congo, mais si on l'avait cru, du diable si on ne se serait empressé tous de déguerpir.

On est parfaitement convaincu que tout nouvel Européen ne commence à rendre des services sérieux au Congo qu'après une période d'acclimatement et d'acquisition d'expérience qu'il n'est pas exagéré d'évaluer à une bonne année.

Il est bien clair que, si savant que l'on soit en Europe, ce n'est pas par des vo3^ages de quelques mois en Afrique que l'on peut étudier ce pays en connaissance de cause.

D'abord on n'en voit qu'une très faible partie,

généralement la moins belle, ensuite on est trop tenu par les inconvénients d'une nouvelle existence.

C'est pourquoi les courts voyages scientifiques faits jusqu'ici pardeshommeséminentsauxquels, bicnentendu, nous rendons justice entière, ne sauraient avoir donné les résultats considérables qu'on doit demander à une expédition scientifique complète, faite par des hommes ayant vécu la vie noire au moins trois ans, et s'en allant pour quatre, cinq ou six ans, autant qu'il le faudra pour avoir vu longuement et patiemment, et non par les yeux de la fièvre.

Quant au tabac du Congo, que j'ai l'air d'oublier, voici comment quelques échantillons ont été appréciés en Belgique :

« Les tabacs du Congo sont appelés à un grand succès non seulement pour la coupe, mais aussi pour la fabrication des cigares.

)) Les feuilles sont très souples.

» Les cigares fabriqués avec ces tabacs ne laissent rien à désirer au point de vue de la qualité et de la combustion.

» Les tabacs du Haut-Congo sont supérieurs en qualité à ceux du Bas. » {Le Fumeur, n» lOC). D. ^^ARITZ.)

On commence à vendre à Bruxelles des cigares à lo, i5 et 20 centimes, fabriqués avec du tabac de Loukoléla ; c'est M. De Buck, le fabricant bien connu qui a pris l'intelligente initiative de commencer à lancer un produit qui, avec un peu de vogue, pourrait prendre un essor remarquable.

A ce propos, sait-on les chiffres de tabacs et cigares entrés en Belgique en i8g3? Les voici :

t6,ooo tonnes de tabac, dont un peu plus de la moitié a été consommé par les Belges.

345 tonnes de cigares, dont g5 1/2 fumés en Belgique.

Au Congo, le tabac est l'objet d'un grand commerce sur place.

On sait que les troupes françaises reçoivent une ration de tabac ; au Congo français le tabac est acheté dans le pays et les Sénégalais en sont très friands.

La maison hollandaise achète presque tout le tabac de lAlima pour aller commercer dans l'Oubanghi supérieur.

Encore un fait : près de Nyangoué un métis arabe, Mounié Moulenda, s'était établi comme planteur de tabac; il avait un personnel très nombreux, occupé à ses plantations et fournissait le tabac nécessaire aux gens de Nyangoué et de Kassongo.

Je termine en redisant que le tabac existe sur tout le territoire de l'Etat.

La <c Noix de Kola ».

Existe en forêt et à l'état cultivé dans le Congo-IMaritime et dans la région des chutes; se trouve à l'état sauvage presque partout.

La noix de Kola est la graine d'un arbre analogue à notre châtaignier, nommé Stcrculia Acummata, atteignant de i5 à 20 mètres de haut.

Il étend son habitat entre 5" latitude

Sud et iqo latitude Nord; est en plein

rapport à dix ans et peut donner jusqu'à

45 kilos de noix chaque année. Le docteur

A. -S. Dumas signale des productions

annuelles de cent kilos par pied.

A côté du vrai Kola femelle (café du Soudan) il faut se méfier du faux Kola (mâle), guttifère, ne possédant guère les vertus du sterculia.

Les graines pèsent entre 5 et 25 grammes, les unes d'un jaune blanc, les autres d'un rouge un peu rosé : de là la distinction entre les Kolas rouges et les Kolas blancs. Les graines bien emballées peuvent se conserver fraîches pendant 25 à 3o jours. Les Wangatas de l'Equateur les conservent en terre où elles germent sans pour cela devenir impropres à la consommation.

Sur le littoral les deux principauxmarchés sont Corée et les établissements de la Gambie; le prix des Kolas y varie de 225 à 56o francs les 100 kilos.

Le Kola est un anti-dysentérique et un aphrodisiaque puissant; comme le maté et le coca, il calme la faim et permet de supporter de grandes fatigues ; la mastication de la noix de Kola permet aux noirs de franchir jusqu'à

8o kilomètres par jour, sous un soleil torride, en résistant à la fatigue et à la soif (D^ Dumas). Le Kola place un sujet neuf dans les conditions d'un sujet entraîné ; chez le sujet, entraîné, elle surajoute, comme le dit Parisot, son action propre à celle de l'entraînement lui-même.

L'emploi du Kola en médecine s'étend journellement pour la cure de l'épuisement, delà déséquilibration, de l'affaissement du système nerveux, des céphalalgies violentes et rebelles, etc..

D'une étude très documentée duD'" Rançon, médecin de i'"'^ classe des colonies françaises, il résulte que le Stercidia Acuminata n'arriverait à maturité qu'à partir du 8^ degré de latitude Nord; à mesure qu'on s'avancerait vers le Sud il deviendrait de plus en plus al)ondant.

Toutefois il semblerait ne plus être cultivé à partir de 6*'3o' latitude Nord.

Le Kola ne serait donc pas cultivable au Soudan français, dit le D^ Rançon, puisqu'il n'apparaît qu'aux environs du ii^ latitude Nord, latitude à laquelle il ne produirait même plus de fruits. Or, le commerce de Kolas qui se fait au Soudan français est des plus importants, et à ce point de vue la colonie française est absolument tributaire des colonies anglaises de Sierra-Léone et de Sainte-Marie de Bathurst.

C'est parballes de 25, 5o et loo kilos que le Kola est livré aux clients de l'intérieur contre des produits en nature : arachides, ivoire, cire, caoutchouc...

Le D^ Rançon accumule les faits prouvant l'importance du commerce, en gros et en détail, des Kolas au Soudan, Dans certains villages du Bambouc, à Bakcl, à Kayes, à Médine, à Bammako, la noix de Kola se paie de lo à 25 centimes pièce, ce qui met le kilogramme à un prix moyen de dix francs.

Nous ne saurions évaluer en argent, dit toujours le même auteur, l'importance de ce commerce, mais nous pouvons affirmer qu'il est très considérable et doit donner lieu à un chiffre important d'affaires.

Or, ce que le D'" Rançon dit du Soudan on peut le dire de presque toute l'Afrique : le Kola est extrêmement recherché; de temps immémorial, les nègres africains font le plus grand cas de cette noix qu'ils chiquent avec autant de frénésie que les Annamites leur bétel; ils l'utilisent comme monnaie et selon sa couleur ils en tirent un langage symbolique : les noix blanches signifient paix, cordialité, mariage; les noix rouges, guerre, hostilité, désunion.

Dès lorsle Kola deviendra au point de vue congolais un article de commerce remarquable en Afrique même, et dans l'avenir les noix de Kola du Congo (pays couvert par l'habitat de ce fruit) gagneront toutes les provinces musulmanes, non seulement le Soudan français, mais

l'Air des Touaregs, le Tibbou et le Borkoudes Sénoussis, par le Bornou et le Tchad, par le Baghirmi et le Wadaï, par le Darfour et le Darfertit.

La (c Piassava ».

Fibre d'exportation pour corderie, sparterie et brosserie. Est fournie par le palmier Léopoldina du Brésil, dit palmier du commerce et aussi Ait aléa Fiinifcra (qui porte des cordes).

On en fait rouir les feuilles, ce qui amène la désagrégation de la base du pétiole et permet de dégager ces fibres.

On en faisait des cordages peu estimés.

Un marchand, il y a quelques années, s'en servit pour protéger son navire contre les heurts, et, à la fin de son voyage, abandonna ces tampons sur les quais de Liverpool.

Un fabricant de brosses les vit et les acquit pour quelques sous. Il en fit des brosses et des balais excellents.

D'après le docteur Briart, la chose remonterait à environ quarante ans.

Les fibres données par les raphias d'Afrique, dit encore cet observateur, sont plus souples et donnent l'imitation presque parfaite du crin de la queue de l'éléphant.

L'importation de ce crin végétal, sous forme de ligatures, de cordages souples un peu grossiers, remonte à quelques années; il provenait des îles du Pacifique (Manille).

Le raphia à piassava croit dans les îles basses, sur les bords facilement inondés des grands fleuves d'Afrique.

Le pétiole enveloppant de la feuille se désagrège peu à peu quand la feuille meurt et donne à la gaine une enveloppe épaisse de ce crin.

La piassava du Bas-Congo vaut actuellement 70 centimes environ le kilo.

Il est à remarquer que ce produit, comme beaucoup que nous avons signalés jusqu'ici et d'autres que nous allons citer, offre pour le transport l'immense avantage de n'exiger aucun emballage ; on le met simplement en bottes et il n'a cure de l'humidité ni de la chaleur.

La piassava n'est pas une fibre textile, mais ce genre est aussi représenté à Anvers, où nous voyons le coton, les fibres d'ananas, de bananier, de bambou m'poussou, de papyrus, d'hyphène, etc

Le K Coton ».

Existe à l'état sauvage et cultivé dans le Congo- Maritime, la région des Cataractes, le Kassaï.

Signalé par Dybowski dans les plaines du Chari, poussant sans soins au milieu des grandes herbes. Il se trouve dans des conditions qui sont tellement favorables à son développement, que là même où il n'est plus cultivé, par exemple sur l'emplacement d'anciens vil- .> lagcs, il se multiplie, s'indigénise et produit de belles capsules laissant échapper à maturité des flocons d'une soie très blanche.

A été introduit dans la plupart de nos stations avec un succès complet.

Là où il existe, l'indigène sait très bien le filer ot le tisser au moyen de métiers primitifs.

Dans le Moyen-Congo, le fil de coton sert à la

confection de sacs à bibelots et aussi de sacs dans lesquels les mamans noires portent leurs nourrissons.

Les tisserands noirs fabriquent des bandes d'étoffe de 5 à lo centimètres de largeur, d'une solidité remarquable.

Ces bandes sont cousues les unes aux autres pour la confection ; elles représentent des dessins obtenus par le tissage.

Les cotonniers signalés au Congo sont le Gossypiiim Anomalum dans le Kassaï; le cotonnier herbacé et le cotonnier arborescent, espèce africaine qui croîtrait spontanément au Tanganika.

Devons-nous dire aux intéressés combien il importe à notre industrie nationale de pouvoir s'affranchir de la tutelle des marchés étrangers?

Quelle certitude d'avenir pour l'industrie cotonnière de Belgique si les lieux de production de la matière première étaient belges !

Il est entré chez nous, en 1893, 82,227 tonnes de coton, venant surtout de et par l'Allemagne, l'Angleterre, Brème, l'Egypte, les Etats-Unis d'Amérique, la France, les Indes Anglaises, l'Italie, les Pays-Bas.

De ces 82,227 tonnes de coton, 35, 000 environ ont été usinées en Belgique.

Le coton du Congo est l'espèce dite courte-soie et de qualité supérieure.

Les indigènes ne cueillent

la coque qui contient la bourre

que lorsque cette coque est

ouverte ; ce sont surtout les

femmes et les enfants qui se

livrent à ce travail.

Apres avoir étendu le coton au soleil, sur des nattes, pour qu'il devienne bien blanc, on en enlève la graine, puis on l'expose à nouveau dans des calebasses. La bourre textile qui sert à confectionner des étofi'es n'est pas le seul produit du cotonnier; les graines peuvent, par compression, fournir une huile d'excellente qualité, et, comme résidu, des tourteaux à donner au bétail.

Il y a lieu d'examiner s'il n'}' aurait pas avantage à introduire au Congo les plants de coton de Géorgie, longue soie [Gossypium Barbadcnsi).

D'après Moloney, cette espèce est cultivée dans plusieurs régions des tropiques africains, et elle produit le meilleur coton de commerce.

Les chiffres que nous avons donnés plus haut doivent faire réfléchir partisans et adversaires du Congo.

■^dM^^

Les autres fibres textiles (d'ananas, de bananes, de papyrus, d'hibiscus, etc.) n'ont guère encore d'emploi en Belgique, tandis que nos voisins non seulement recherchent toutes leurs applications industrielles, mais tâchent même d'introduire chez eux des plantes textiles nouvelles, telle la ramie en France.

L'alpha, le corossol, la jute, le chanvre indigène, les fibres de plusieurs broméliacées, d'arbres tels que le « poun<^a » du Congo-Maritime, etc., doivent attirer l'attention de nos filateurs, cordiers, fabricants de sparterie, fabricants de papier, etc., auxquels nous conseillons vivement de ' se livrer à de sérieuses expériences.

L'exposition des colonies françaises de l'Afrique, à Anvers, était, au point de vue textile, des plus complètes et des plus suggestives.

Lnportation de fibres végétales en Belgique, en i8g3 :

Chanvre : io,oig tonnes, dont g,oi5 usinées par nous.

Fils de lin ou d'autres végétaux :

1,176 tonnes, dont 23/ mises en œuvre en Belgique.

Matières textiles brutes diverses (non compris l'étoupe, la jute, la

go

laine, le lin, la soie et le coton) : 4,373 tonnes, dont 4,020 utilisées par l'industrie nationale.

Cordages : i,3o8 tonnes, dont 3gD employées par nous.

La (c Canne à sucre «.

La plante à sucre par excellence, cultivée à profusion sur tout le territoire de l'Etat; en certains points, la tige atteint 5 mètres de hauteur; elle se reproduit au Congo par boutures.

Les indigènes mangent la canne à sucre telle quelle, après l'avoir simplement pelée; elle est très N rafraîchissante et beaucoup de tribus la préfèrent à l'ananas.

On en confectionne une bière appelée « mas-

sanga », obtenue en exprimant le jus au moyen de

pilons dans des troncs d'arbres évidés; après

fermentation, on porte le liquide à ébul-

zi^^ lition.

Tous les indigènes du Haut- Fleuve et du Kassaï connaissent le <c massanga », dont ils sont friands en diable.

A l'Equateur, certaines tribus ont la spécialité de cette fabrication ; ce sont souvent des tribus agricoles intérieures, qui se rendent chez les tribus riveraines et échangent leurs produits, — dont le (( massanga », — contre du poisson ; les jours où les marchands de « massanga )>

arrivent, le tam-tam annonce au loin la bonne nouvelle et l'on consacre parfois plusieurs jours aux libations et aux beuveries accompagnées de danses spéciales : c'est la fête du « massanga », qui se renouvelle deux ou trois fois par mois.

Le « massanga ■>■> est très prisé des Européens, et dans presque toutes les stations du Haut-Fleuve on en fabrique journellement pour la table des blancs.

Le docteur Charbonnier, du camp de l'Equateur, préférait le « massanga » au vin.

Imitant le procédé de fabrication arabe, beaucoup de chefs de station du Congo-Central obtiennent du jus de canne à sucre un sirop très utilisable pour le thé, le cacao, le riz, les desserts, etc. A Loukoungou, particulièrement, les missionnaires américains là la tête desquels se trouve le digne et très aimé M. Hoste) sont arrivés à obtenir la cristallisation de ce sirop de canne à sucre : un flacon de cet intéressant produit figurait au compartiment d'Anvers.

Le rendement de la plante en sucre cristallisable est toujours supérieur à i5 p. c. ; la betterave n'arrive à ce taux que dans les très bonnes années. Dans un avenir prochain nous verrons des sucreries s'établir au Congo, et peut-être un jour en recevrons-nous du rhum, qui se boira avec le café Congo, servi sur des tables en bois de rose, en acajou blanc, en sénonné et accompagné de cigares de Loukoléla.

Le « Poivre de Malaguette ».

Ce poivre est connu depuis les premiers temps des échanges entre l'Europe et l'Afrique.

Villault, sieur de Bellefond, qui, avec Atkins, Snelgrave, Smith, Loyer, Des Marchais, etc., est considéré par l'abbé Prévost comme un voyageur paraissant avoir été plus jaloux de la qualité d'observateur que de celle de marchand, Mllault, disons-nous, visita les côtes d'Afrique en 1666 et 1667.

« La côte de Malaghette ou de Maniguette, écrit-il, se nomme ainsi à cause du poivre de Rio-Sestos, que les Français nomment ]\Ialaghette.

)) Les marchands de Dieppe donnaient le nom de Paris à la ville située à l'embouchure du Grand Sestre, par la seule raison que ce poivre y était en abondance,

:» Cette marchandise , dit encore Mllault, qui est la plus chère du pays, rapporte plus de profit qu'on ne se l'imagine, surtout lorsque le retardement des flottes de l'Inde la rend plus chère. »

L'ancienne Côte de Malaguette s'appelle aujourd'hui Côte des Graines ou Côte du Poivre. (République de Libéria.)

Le poivre de Malaguette {Aiiiomum Mclcgucta) est dit aussi Graine de Paradis, et ce nom rappelle la faveur dont ce poivre a dû jouir anciennement. Il est fourni par un fruit charnu, rouge, en fuseau, renfermant de nombreuses petites graines brunes, très aromatiques, analogues de forme à des pépins de raisin.

La plante est une sorte de jonc haut de i'"5o à

2 mètres, à longue feuille étroite, croissant à l'état sauvage, et dont je trouvai surtout des quantités sur la rive droite du Congo en face d'Equateurville.

La fleur mauve poussant au pied de la plante est de toute beauté.

L'indigène enfile les fruits de cejonc sur des baguettes qu'il suspend au toit de sa hutte où ils se dessèchent complètement ; les graines sont alors utilisées comme condiment et comme médecine.

D'après M. Dewèvre, lesEuropéensutiliscnt la graine de Paradis en médecine, et on en exporte de grandes quantités de la côte de Guinée à destination de l'Angleterre.

D'après Moloncy, la graine de Paradis est fort employée en Grande-Bretagne et dans les Etats-Unis d'Amérique à la préparation de médicaments pour le bétail, pour donner du piquant aux cordiaux, et aussi pour donner une force artificielle aux alcools, vins, bières et vinaigres. Les exportations de la Côte d'Or et principalement de « Cape Coast Castle » et d' « Accra » atteignent annuellement une moyenne de « 2,000 cwt. » (5o, 000 kilos), dontlamoitiéà peu près entre enAngleterre.

A propos de ce poivre, signalons que J. Dybowski, dans La Route du Tchad, rapporte avoir trouvé en abondance dans les environs de Bangui une espèce de poivre dont les rameaux s'attachent après le tronc des grands arbres, et qui semble très analogue au cubèbe. Ce serait peut-être, dit Dybowski, une plante intéressante à exploiter.

En i8g3 je reçus du père AUaire, de la mission de Liranga, un rameau de poivrier desséché venant, me dit-il, de l'Oubanghi; il portait des grains extrêmement parfumés.

La « Muscade de Calabash » .

Produite par une anonacée, le Monodora Myristica, arbre de i5 à 20 mètres de haut croissant au Congo. Son fruit est une grosse baie, renfermant un grand nombre de graines.

Propriétés analogues à celles de la noix de muscade. Saveur un peu plus piquante.

La (( Fève de Calabar » [Physostigma Venenosinn).

Plante médicinale dont le port ressemble à celui du haricot et dont la gousse atteint jusqu'à 17 centimètres de longueur.

Sous le nom de « Eséré », le fruit est employé comme poison d'épreuve par les naturels de « Vieux-Calabar ».

C'est une plante vénéneuse très énergique: les médecins européens l'utilisent pour faire contracter la pupille, pour combattre le tétanos et guérir certaines névralgies.

Le principe actif est un alcaloïde particulier appelé « Physostigmine •>•> ou « Esérine )> .

L' (c Orseillc ».

En certains points des algues (usnées) croissent sur les branches des arbres qui se couvrent d'une sorte de longs filaments d'un vert très clair; ils pendent en formant comme de longues stalactites. Ces végétaux parasites sont exploitables ; ils forment l'orseille employée en teinturerie et fournissent des matières colorantes bleues et pourpres. Il y en a des quantités indéfinies.

Pendant le premier semestre 1894, il en a été exporté de l'Etat du Congo envion ig tonnes valant 8,5oo francs et passant presque au total en transit.

Le a Rocoii » (ou Arnatto).

Le rocouyer [Bixa Orellana), bixacée originaire d'Amérique, est un arbuste à fleurs roses ou d'un blanc légèrement teinté de rose, auxquelles succèdent des capsules renfermant de petites graines d'un rouge pourpre.

\'oici le résultat d'une analyse faite par AL Hardman Taylor d'Anvers :

« Des graines d'une couleur chamoise on obtient une dissolution rouge jaunâtre dans l'alcool,

» Ces graines sont blanches à l'intérieur, la matière colorante reste dans la coquille. Elles sont très difficiles à moudre à cause de leur dureté.

» Il s'y trouve évidemment une quantité suffisante de matière colorante pour pousser plus loin les essais. »

A l'Equateur, l'indigène emploie le rocou comme fard.

En Europe et en Amérique on l'emploie parfois pour teindre certains fromages, colorer le beurre, principalement le beurre falsifié.

Il en a été exporté pendant le i^'" semestre 1894, ^^^ l'Etat du Congo, 3g kilos valant 45 francs.

L' <c Entada Gigalobium » [Entada Scandens). Aveline des Indes occidentales.

Immense IcGjumineuse atteignant la lonejueur de i'"5o et renfermant de grosses graines rondes de 5 à 7 centimètres de diamètre et de i centimètre d'épaisseur.

La décoction de l'écorce est un bon astringent; les graines passent pour alexipharmaques, narcotiques et vomitives.

Dans le liber et autour des graines se trouve une substance mucilagineuse et savonneuse qui sert à laver les cheveux.

La sève sert de boisson à Java.

Les feuilles sont mangées avec du riz.

Certaines tribus sous les tropiques mettent ces graines à détremper dans l'eau, puis les grillent et les mangent; elles en font aussi des boites à priser, des cuillères, etc.

La fibre de cette plante grimpante sert aux îles Ceylan à fabriquer des cordages,

L'cntada gigalobium est signalé jusqu'ici dans le Congo-Maritime et dans la forêt du Mayombe.

Le « Café Sauvage » .

Existe surtout vers le Nord de l'Etat, dans la zone arabe et au Kwango.

La culture du caféier à petits grains croissant sur les bords de l'Oubanghi, écrit Dybowski, devrait être tout particulièrement pratiquée, car le produit obtenu trouvera sur les marchés un prix de faveur à cause de son analogie avec les meilleures qualités, telles que celles de Rio-Nunez et de Moka.

Le même voyageur dit aussi que l'espèce à grande feuille trouvée par lui sur les bords de la Kémo, par les gros rendements qu'elle peut produire, pourra sans doute, elle aussi, présenter un intérêt très réel.

C'est probablement le café à petits grains de Dybowski qui a été signalé dernièrement dans les Sultanats du Nord par le lieutenant Fiévez Achille, résident chez Sémio, et qui sur les marchés est connu sous le nom de petit moka du Soudan.

Peu à peu on dégage de l'enchevêtrement des productions du sol au Congo ces différentes richesses, les plus aisées à découvrir par les occupants actuels de l'Etat, à qui les connaissances botaniques font défaut : l'emploi de la plupart des végétaux, arbres ou plantes, de la grande forêt n'est pas encore bien défini, et par suite l'industrie européenne ignore encore comment elle pourra les utiliser.

Ce n'est ni en quelques mois, ni en quelques années, qu'on atteindra ce résultat, et la patience, qui est la première règle des entreprises coloniales, est ici de toute nécessité.

Le pays est riche; il produit de plus en plus et avec un peu de persévérance, nous en pourrons tirer, avant qu'il soit longtemps, un parti considérable dont profiteront notre commerce et notre industrie. Oui, la brousse renferme toujours des trésors auprès desquels on continue à passer sans s'en douter. J'en citerai un exemple frappant :

Depuis bientôt douze ans, la forêt de Massamba, à l'ouest de la Loufou, est traversée par tous les Européens dépassant Matadi. De plus en plus nombreux ont été les blancs de tout métier qui ont foulé son sol; botanistes, planteurs, agronomes, ont, pendant dix ans, dégringolé les pentes de cette forêt bien connue : aucun n'avait constaté que le café y poussait naturellement. Ce n'est qu'au mois de septembre i8g3, donc l'an dernier seulement, qu'un jardinier, rentrant de Loukoungou, et ayant quitté le sentier des caravanes pour pénétrer à quelques cents mètres dans la forêt de Massamba, y trouva, à sa grande surprise, des caféiers sauvages couverts de baies presque mûres. Des mesures ont été prises pour dégager ces caféiers, dont la fève, toute petite, parait être la même que celle du café sauvage trouvé dans l'Oubanghi et dans les Sultanats du Xord.

Cet exemple n'est-il pas typique?

Dans la zone de Kassongo les troupes de l'Etat consomment en grande quantité le café sauvage.

L'an dernier M. Lehrman, commissaire du IvAvango, fît connaître au Gouvernement que son district était à même d'approvisionner en café les autres provinces de l'Etat.

Le lieutenant Fiévez Léon, à l'Equateur, signale la présence dans les iles de l'Oubanghi, entre son confluent et Zongo, d'une multitude de caféiers en plein rapport.

Le (( Bambou de Chine » .

Existe dans le Katanga et au Nord de l'Oubanghi. A été introduit par nous dans la plupart des stations et y pousse merveilleusement.

Dybowski signale rexabérance des bambous de Chine ou plus exactement « Bambous de l'Inde » vers 5° 1/2 Nord. Les tiges, écrit-il, ont de i5 à 18 mètres de haut ; ce sont des plantes superbes ; les touffes ont 6 ou 8 mètres de diamètre et les brins s'élancent en une gerbe haute et élégante et s'infléchissent en des courbes gracieuses.

En Afrique, on donne improprement le nom de bambous aux rachis d'un raphia. Il serait bon d'adopter la terminologie « Bambou du Congo « pour ces rachis.

Le vrai bambou reçoit en Europe des applications pour ainsi dire indéfinies pour la confection de milliers de meubles, de bibelots, de cannes de tout genre, etc. On en fait aussi des hampes de lances.

Tous les produits végétaux que nous venons d'énumérer et qui ont été exposés à Anvers, sont ou originaires du pays ou introduits dès longtemps avant notre arrivée au Congo.

Leur énumération descriptive aurait à se compléter des végétaux signalés comme existant au Congo, mais non représentés à Anvers.

Nous n'en donnerons que la nomenclature rapide :

Le « Ciibcbe Africain », qui pourrait peut-être remplacer le poivre noir et est utilisé en médecine.

Le « Pcntadcsma Buiyracca->-> à graine huileuse. Le <( Manglicr », dont l'écorce peut servir au 'ifc^ tannage; bois de construction.

^ Le u Borassus Flabclliformis », magnifique

;«r '^ palmier à tronc renflé, dont le bois veiné de

rnoir et très solide est un bois d'ébénistcrie et de construction, et dont les feuilles sont employées à la confection de mille bibelots, parmi lesquels les éventails chinois.

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Le « Palmier-Bambou » [Békélenguê à l'Equateur). Pris souvent pour le Raphia Vinifcra, est le plus beau représentant de la famille raphia au Congo.

Les nervures des feuilles du békélenguê sont parfois grosses comme la jambe, et fournissent pour les constructions des matériaux comparables au bambou de l'Inde; ces rachis ont jusqu'à 12 mètres de long, sont droits, réguliers et résistants ; aussi sont-ils très utilisés par les noirs et par les blancs; l'épiderme de ces nervures sert à la confection de nasses énormes, de pièges à petit gibier, de paniers de toute sorte, de nattes pour cloisonner les huttes ; — l'intérieur fournit les petites flèches de 3o à 35 centimètres de long, souvent empoisonnées : les attelets si dangereux; — les feuilles donnent les meilleurs toits indigènes connus dans le Haut-Congo ; — en plaçant ces bambous jointivement sur deux rangées, l'une verticale, l'autre horizontale, on obtient des cloisons propres et suffisantes pour des constructions provisoires à élever rapidement.

Le « Palmier Calamus » (Calamus Secundifloriis) ou « Rotang » : sorte de jonc épineux s'accrochant à tout ce qu'il rencontre ; toutes les rives en sont garnies ; la feuille est semblable en petit à celle du palmier; le corps peut remplacer le rotang venant des Indes orientales, si employé en vannerie et pour les chaises de jardin, les fauteuils cannelés dits fauteuils de Madère, etc.

Certains rotangs ont l'épaisseur du poignet et sont longs de 6 à 8 mètres; ils sont très résistants et très souples, et pourront faire, avec une autre liane (appelée (c n'godi » à l'Equateur), l'objet d'un commerce considérable ; cette liane n'godi peut servir aux mêmes usages que les joncs dont on fait les fonds de chaises, et surtout donnera, à peu de frais, des paniers d'emballage

légers et résistants pour les expéditions rapides de fruits, poisson frais, etc.

Des fleurs et des plantes ornementales dont l'import en Europe serait une richesse.

Mon ignorance en Botanique m'empêche de mettre des noms sur les très nombreuses fleurs qui parent les rives du fleuve et l'intérieur des forêts ; à certaines époques de l'année, des rideaux de lianes, dégringolant du haut des Fromagers et des Saucissonniers, se couvrent complètement de bouquets d'un incarnat violent; parfois des kilomètres entiers de rives fleurissent et l'on ne voit plus de verdure pour ainsi dire : tout est devenu rose; en d'autres points, les arbres sont chargés de fleurs blanches dont je ne sais dire ni les formes, ni les caractères. Je sais seulement combien c'était beau !

Et que d'orchidées partout, plus étranges souvent que belles, et trouvées dans des circonstances parfois curieuses. Exemple :

A certaines époques de l'année et en certains points du camp d'Equateurville, l'air se saturait d'un parfum violent d'héliotrope. On passait humant fortement ce parfum et donnant un coup d'a^il interrogateur aux environs. Comme là-bas on est toujours affairé, on ne poussait pas plus loin l'examen de ce parfum et la recherche de ses causes. A la fin de i8g3 seulement, mon attention fut attirée par une jonchée de feuilles mortes sous un arbre complètement vert. J'examine ces feuilles et je constate qu'il s'agissait non de feuilles, mais de fleurs brunes d'où émanait le parfum d'iiéliotrope. Au-dessus de ma tête, la frondaison de l'arbre d'où ces fleurs tombaient ; cet arbre était parasite d'une « Anonacée » ayant poussé au flanc d'une de ces termitières

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monstrueuses de l'Equateur. On eût dit qu'au tronc de l'anonacée à larges feuilles et à gros fruits jaunes, on avait greffé de longues branches flexibles à petites feuilles tendres et délicates, abritant à leur aisselle des fleurs en étoile, teintées de brun et de blanc seulement, mais d'un dessin plus délié, plus transparent, plus capricieux que l'aile des papillons, et d'un parfum rappelant l'héliotrope.

Guidés par ce parfum très marqué, nous trouvâmes immédiatement de nombreux spécimens de cette adorable fleur sauvage que nous, montrâmes en vain à tous les passagers, pour en connaître le nom.

Je surveillai nos arbres parasites pour voir si aux milliers de fleurs qui la couvraient allaient succéder des fruits. Il n'en fut rien; toute la floraison se flétrit sans que rien la remplaçât; ou du moins, ce fut seulement deux mois après que nous découvrîmes, en place de toutes ces fleurs, rien que deux fruits et bien bizarres : au bout de deux longs rameaux flexibles et pas plus gros que le doigt, se développaient comme deux pommes à côtes, d'un vert sombre et velouté. Pendant trois mois ces fruits étranges demeurèrent sans changement apparent, sauf qu'ils noircirent un peu; enfin, m'étant décidé à en cueillir un, je le trouvai rempli d'une multitude de petits noyaux gris-brun, semblables à des noisettes. Ces noyaux, secs, prirent une odeur très caractérisée d'angélique confite.

Cette orchidée parfumée serait ici une fleur de grand luxe et de grand prix.

Voici encore une fleur remarquable, signalée par le capitaine Camp :

(c Étoile blanche. Gloire du matin. «

« La fleur peut n'être pas classée parmi les « gloires du matin )i, mais certainement elle en a l'apparence,

excepté un léger aplatissement dans la forme. Elle présente cinq pointes d'une belle couleur de velours blanc. Ces pointes sont réunies par de petites raies d'une couleur crème plus sombre, avec de la peluche veloutée. C'est une très belle fleur mais qui n'a pas d'odeur spéciale. Elle croît dans un sol très riche, sa tige grimpant par-dessus les taillis. Elle sera certainement la bienvenue dans les jardins botaniques, »

A propos de fleurs, remarquons que l'Européen en a introduit de nombreuses variétés : roses, pourpier d'ornement, lilas, véritable épine du Christ, immortelles, corail, reines-marguerites, vigne de Chypre, balsamines, etc

Les plantes médicinales, auxquelles il faut rattacher les plantes toxiques, sont nombreuses à n'en juger que par toutes les drogues qu'en fabriquent les médicastres noirs.

Je pourrais bien parler du « Strophantiis Hispidus », de la famille des apocynées, dont on empoisonne les flèches, et qui a sur le cœur une action très marquée, ce qui en fait un succédané de la digitale ; — de 1' « Erythrophlaenm Guincense n ou du « Tephrosia Vogelii », qu'on utilise pour l'épreuve de la casque, jugement de Dieu aux pays des noirs, — et de tant d'autres csesalpiniées, malvacées, rubiacées, etc., etc

J'aime mieux dire, à ma confusion, que je n'y connais rien du tout, et m'arrêter ici dans ce que je voulais dire de la flore équatoriale sauvage exploitable, pour vous présenter deux produits introduits et cultivés par nous avec un succès étonnant : le café et le cacao.

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Le « Café )>.

Dès l'arrivée des Européens à Léopoldville, des essais de plantation de café furent faits. C'était du café de Libéria.

L'expérience réussit, mais les mille difficultés avec lesquelles on était aux prises en ce moment empêchèrent le développement en grand des plantations.

Bien plus, il y eut un moment où la population blanche de Léopoldville ne parut plus se douter de l'existence, dans les jardins, de ces arbres précieux que la brousse menaça bientôt d'étouffer.

Ce fut le lieutenant Liebrechts qui, en arrivant à Léopoldville en 1886, et ayant connaissance des essais précédemment tentés, fit des recherches et découvrit dans les hautes herbes de petits caféiers végétant misérablement, mais heureusement encore vivants. Il s'empressa de les dégager, et, grâce à lui, ils reprirent vigueur.

En i8go, la Chambre de commerce d'Anvers publiait un rapport établissant que le café de Léopoldville est des meilleurs et recommandant sa culture, car sa qualité le plaçait à côté du meilleur « Santos » et de certaines qualités de « Java » et de « Haïti », le prix variant de g5 à iio francs les 5o kilos.

A la suite de ce rapport, le regretté gouverneur Coquilhat faisait parvenir, le 7 août i8go, aux commissaires de district, des instructions prescrivant l'introduction et le développement de la culture du café dans tous les établissements de l'Iitat.

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En conséquence, Léopoldville devait envoyer, avec tous les soins voulus, les premiers plants disponibles à Loukoungou et à Bangalas (Nouvelle-Anvers), puis à Lousambo, à Loulouabourg, à l'Arouwimi.

Les instructions du Gouvernement reçurent application immédiate, et bientôt, au lieu d'envoyer quelques jeunes plants, on put envoyer des centaines, puis des milliers de baies mûres, et les résultats furent tellement extraordinaires, qu'on se refusera presque à croire les chiffres que je vais citer.

C'est pourquoi je rappellerai d'abord l'extraordinaire fertilité du sol dans le Haut-Congo; l'immense cuvette qui fut jadis la Mer Centrale est en outre plus favorisée par le régime des pluies que les bandes nord et sud de l'Etat; la composition et la profondeur de la couche arable sont presque partout des plus favorables au café. Enfin, disons que cette rubiacée est chez elle au Congo; car elle n'est nullement originaire de l'Arabie, comme son nom scientifique [Coffca Arabica) pourrait le faire croire ; elle a pour berceau l'Afrique centrale, où on la trouve en abondance à l'état sauvage.

L'exemple de la pousse des caféiers à l'Equateur est typique : les baies, provenant de Léopoldville, furent mises en terre fin novembre i8gi ; les premières fleurs apparurent juste un an et demi plus tard; quand je quittai la station, en juin 1893, les caféiers avaient 2"''5o de haut et étaient couverts de fruits; depuis mon départ, 40,000 baies récoltées sur ces premiers caféiers ont été plantées en pépinière.

A Nouvelle- Anvers, à Basokos, etc., la puissance de production du sol est identique, et les résultats obtenus sont imposants.

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