‹ Congo & [i.e. et] Belgique; à propos de l'exposition d'AnversChapitre 8 sur 14 · LE BA5SIN DU CONGO · texte numérisé non relu

LE BA5SIN DU CONGO

Laneienne mer intérieure d'après A J.'^'aulers .

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Voici le relevé des caféiers clans quelques stations de l'Etat Indépendant, à la fin du premier semestre 1894 :

Borna 435

Matadi 80

Région des Cataractes .... g3

Stanley-Pool 14,520

Kwango-Oriental 37

Equateur 4,3o5

Nouvelle-Anvers (Bangalas). , . 27,225

Basokos 2,65o

Oubanghi-M'bômou 1,200

Total . . . 50,545

Dans les stations précitées, 200,000 baies étaient en terre à la même date.

Je ne possède pas les chiffres de Loulouabourg, Lousambo, Stanley-Falls, etc

A côté de l'Etat, les factoreries et les missions créent aussi des parcs plus ou moins étendus de caféiers.

La mission de Bolengui (Equateur) possédait à mon départ (1893), 5oo plants de café, dont i5o en pleine force.

Devant ce développement surprenant d'une culture de grand rapport, l'Etat s'est empressé d'envoyer au Congo un certain nombre d'agronomes, et de planteurs noirs recrutés à San-Thomé et à Monrovia.

Une société s'est formée dernièrement pour l'exploitation des produits du sol au Kassaï ; son principal objectif est l'établissement de grandes plantations de café.

Actuellement, des essais de culture sont tentés avec des semences de San-Thomé, Guatemala et ]%iva.

Plusieurs fonctionnaires de l'Etat ont été chargés d'aller étudier, à San-Thomé particulièrement, les plantations qui sont une des richesses de cette île équatoriale.

Bref, rien n'a été négligé pour assurer le développement d'une grande ressource.

D'après les rapports de M. Van Buggenhoven, agronome des districts de l'Oubanghi-Ouèllé et de l'Equateur, avant deux ans il y aura à Nouvelle-Anvers (Bangalas) 100,000 caféiers en pépinière ou transplantés.

Si on considère que quatre ou cinq ans après, chaque caféier pourra donner un rendement moyen minimum de 5 livres (ce qui est un chiffre trop faible), on arrive pour la seule station de Bangalas à une récolte annuelle de 5oo,ooo livres, représentant une valeur brute d'un demimillion de francs et un chargement de 3o wagons pour cette unique station.

Les districts « Equateur», « Stanley-Pool », « Arouwimi-Ouèllé », le « Manyéma», les « Sultanats du Nord» auront, avant deux ans, au moins chacun 5o à 60,000 caféiers en pépinière ou transplantés, soit, avec l'hypothèse de tantôt, une récolte annuelle pour chaque région, à partir de igoo, de 25o à 3oo tonnes de café.

Un coup d'œil sur le tableau donné tantôt des caféiers existant en station à la fin du premier semestre 1894 montre, en ce qui concerne le café, la pauvreté du Congo-Moyen à côté du Haut-Congo; il en est ainsi- pour plus d'un produit, et c'est une des causes qui assurent au chemin de fer du Congo un trafic pour ainsi dire indéfini.

Il est entré en Belgique, en i8g3, 41,847,957 kilos de café, dont 23, 608, 334 ont été bus dans le pays. Valeur moyenne 2 fr. i5 à 2 fr. 80 le kilo.

Le « Cacao ».

Les merveilleux résultats obtenus avec le café, l'ont été également avec le cacao, à propos duquel j'aurais à redire tout ce que j'ai dit pour le café.

Ci le tableau des cacaoyers enstationau i*^^ mai 1894 :

Matadi 18

Stanley-Pool 2400

Equateur 76g

Bangalas 2790

Basokos 910

Je n'ai pas les chiffres des autres districts. Il est entré en Belgique en 1893 :

1,877,084 kilos de cacao, fèves et pelures, à 2 fr. 20 le kilo, dont 1,035,294 kilos pour notre usage;

204,596 kilos de beyrre de cacao à 3 fr. 20, dont 85,2i5 emplo3'és en Belgique;

747,481 kilos de cacao préparé à 3 fr. 5o, dont 348,799 kilos consommés ici.

A Equateunille les premiers cacaoyers furent mis en terre en 1891.

Les fruits apparurent en deux ans et demi et aujourd'hui ce sont ces premiers plants qui assurent les plantations du district.

Au camp de Basokos, du temps du capitaine Chaltin, on buvait du cacao qu'on pouvait bien qualifier de congolais, car il y entrait la poudre obtenue par la torréfaction et la pulvérisation de graines recueillies dans la station, le lait des chèvres et des moutons du

camp, et enfin le sirop de canne à sucre lait par des femmes noires.

Le café et le cacao sont surtout les deux « denrées coloniales» dont le développement est aujourd'hui assuré; d'autres produits sont à l'essai, tels la vanille, l'indigo, et ces essais se compléteront progressivement avec le gingembre, le poivre, le cinchona (quinine), le thé, etc., etc.

Je passe aux produits alimentaires dont plusieurs seront à signaler pour l'exportation.

L'exposition d'Anvers nous a mon-

tré des légume; fruits.

des nrraines et des

Les légumes étaient une quin- Y^ zaine de variétés de haricots , dn petit piment, des patates douces, des ignames, et enfin du manioc.

Ces produits ont été souvent décrits et je n'y reviendrai pas, sinon pour dire que le manioc, la plante nutritive par excellence des nègres, fait l'objet d'un trafic considérable en Angleterre pour pâtes alimentaires; on en fait le tapioca, et la farine de manioc est la base de la fameuse Revalenta- Arabica. Un hectare de manioc peut fournir au bout de deux ans 5o,ooo kilogrammes de tubercules.

Les graines alimentaires exhibées étaient : le maïs, le ri:j, le sorgho.

Du maïs, je dirai seulement qu'on en peut faire trois récoltes par an sur le même terrain, et que le rendement peut atteindre par hectare 10,000 kilogrammes, soit trois fois environ les rendements d'Europe.

Le riz cultivé au Congo est le riz de montagne, pour la culture duquel il ne faut nullement lesterrains humides et marécageux que réclame le riz chinois.

Le riz vient en tous les points du territoire de l'Etat et constitue un aliment des plus précieux pour le blanc comme pour le noir.

Au cours de l'Exposition un officier de l'état-major russe, le colonel Léonide d'Artamonoff prit des échantillons de ce riz sec, afin de le signaler dans son pays pour la culture dans l'Askabad Transcaspien.

Le sorgho entre surtout dans l'alimentation des peuplades musulmanes et arabisées, qui en font des bouillies, de la farine, de la bière et même de l'alcool.

Ou le trouve actuellement dans la plupart des stations. A ce propos, son introduction à l'Equateur mérite d'être racontée.

En i8go, étant sous-commissaire de district à Loukoungou, je profitais des heures si rares de loisir que nous laissait le transport pour courir les environs en compagnie d'un état-major noir composé d'un Zanzibarite, d'un Houssa, d'un Sierra-Léonais, d'un Bangala, d'un Bas-Congo.

Ces gens avaient pour mission de me donner le nom et l'usage de tout ce que nous rencontrions de plantes et d'arbres.

Par un de ces amusants jours de promenade, nous

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avisons, au milieu des herbes ordinaires, une touffe de graminées plus hautes et dont la tige, analogue à celle du maïs, était terminée par un gros épi formé d'une multitude de petites graines, à épisperme brun noirâtre, à intérieur farineux et blanc; des bandes de bengalis becquetaient à môme ces épis.

— What is that? Enké ïaye? Kitou gani? O yo n'di? Qu'est cela?

— (( Dicidia », me dit le Zanzibarite ou le Houssa. Et dans mes notes, je transcris le nom et l'aspect

de la plante, avec cette mention : « C'est peut-être le sorgho. »

Puis je fais cueillir les épis mûrs et, en rentrant à la station, on les suspend sous notre vérandah. Les femmes zanzibarites me disent qu'elles connaissent cette graine dont, chez elles, on fait du pain.

J'en fais faire de suite, et le i^r juillet i8goce pain noir est goûté par nos invités.

Avis unanime : trop lourd.

Je gardais les derniers épis pour semailles, attendant la saison des pluies, lorsque je reçus l'ordre d'aller organiser le district de l'Equateur, resté jusqu'alors sans administration propre.

Je n'eus garde, en quittant Loukoungou, d'oublier d'emporter avec moi deux des épis que je croyais bien être du sorgho. En arrivant à Equateurville, j'en remis un au lieutenant Baert, qui commandait alors les Bangalas, et je semai le mien immédiatement.

Les essais de Nouvelle-Anvers et de l'Equateur réussirent complètement.

C'était bien le sorgho que j'envoyai plus tard aux camarades Chaltin à Basokos, et Simon dans le district de Banane, (jui m'avaient demandé ces envois.

On voit de quelles circonstances fortuites peut dépendre l'introduction dans ces pays neufs de produits précieux, car parmi ses différents usages, voici l'immense parti que nous tirions du sorgho : chaque jour des femmes le réduisaient en farine; celle-ci, employée seule, donnait, je l'ai déjà dit, un pain trop lourd, bien qu'un agent de la Société belîje lui ait trouvé assez de ressemblance avec le pain bavarois pour s'en faire confectionner par plaisir.

Ajoutée à quantité égale de farine d'Europe, la farine de sorgho donne un fort bon pain ; mais la proportion qui nous parut la plus avantageuse était : 2 3 de farine d'Europe pour i 3 de farine de sorgho.

Nous obtenions ainsi un pain gris, léger, extrêmement sapide, levant parfaitement, tandis que la farine venant d'Europe, restant enfermée dans des boîtes en 1er blanc soudées, parfois pendant plus d'un an, devient insipide et donne un pain mal levé, malgré l'excellente levure que fournit le malafou.

Nous faisions donc, grâce au sorgho, un pain gris goûté de tous. Pourtant, ne voulant pas que mes agents perdissent absolument le goût du pain blanc, j'avais donné ordre d'en faire une fois par semaine, le dimanche. Ce furent mes agents eux-mêmes, sans exception, qui demandèrent que, le dimanche comme les autres jours, il y eut du pain gris, du pain de sorgho. C'était un critérium certain de la valeur de ce produit, qui offrait de plus cet énorme avantage d'augmenter de moitié nos ressources en farine, car à deux caisses de farine d'Europe, si nous ajoutions une caisse de farine de sorgho, nous obtenions trois caisses de mélange à faire notre pain. Et certes, nul ne s'est jamais mal trouvé de cette heureuse augmentation.

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Les fruits du Congo offrent aujourd'hui une variété des plus avantageuses. Anvers n'en expose qu'une partie, savoir :

La « Banane » grande et petite ;

L' « Ananas >> ;

La « Papaye •>■> ;

Le (c Corossol » ou a Ccciir-dc-Bœnf )> ;

Le fruit de 1' « Arbre à Pain » ;

La (c Barbadinc » ((( Maracoiijas )>) ;

La <c Pomme Cannelle » ;

La « Pomme d'Acajou » [« Anacardier »);

La « Goyave )> ;

L' <c Avocat )) ;

L' (C Amomiim Citratum » ;

Les (( Fruits de la Liane à Caoutchouc » ;

Le « Sapho ->•> ;

L a « Mangue » .

La (C Banane » .

Fruit d'une grande plante herbacée et vivace qui peut atteindre de 4 à 6 mètres de haut. Les fruits, disposés en grappes ou régimes, ont une chair blanche, riche en amidon. Les bananes sont un des éléments importants de l'alimentation dans les régions tropicales; après les avoir fait cuire sous la cendre, on les mange comme du pain.

La banane est susceptible de servir avantageusement à la fabrication du sucre.

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Une des meilleures manières d'accommoder les bananes bien mûres est de les cuire dans la poêle, avec de la graisse fondue. C'est une préparation excellente et qui mériterait d'être mise en conserve pour l'expédition en Europe.

Deux préparations ont déjà été imaginées pour la conservation et l'expédition des bananes. L'une est la farine de banane, l'autre est constituée par la banane mûre, séchée au soleil ou au four. La première se prépare avec les bananes vertes, la seconde avec des fruits bien mûrs.

Les bananes vertes sont coupées en tranches minces, séchées au feu sec, puis pulvérisées en farine. Cette farine est connue en Angleterre sous le nom de (c Conquin Tay ».

Les bananes mûres, pour l'autre préparation, sont pelées, fendues en long, cuites et séchées en partie au feu, puis séchées au soleil dans les pays où l'on a un soleil assuré, ou au feu ' ailleurs. On les appelle dans les colonies espagnoles « Platano pasado », et dans les colonies françaises de l'Océanie « Pierc ». Le Piere de Tubuaï a une réputation océanienne bien établie; cette préparation est d'ailleurs excellente.

La banane donne, sur place, un vin très agréable dont la distillation fournit un alcool savoureux.

Nous avons signalé parmi les fibres textiles la fibre de bananier.

Certaines espèces, le bananier abaca par exemple, se cultivent pour la matière textile fournie par les feuilles; le chanvre de Manille, qui nous vient des iles Philippines,

est fourni par cette espèce ; les cordages en chanvre de Manille sont très résistants.

Enfin dans nos climats on cultive certaines espèces de bananiers comme plantes ornementales ; ce sont surtout les musa coccinea, ornata et rosacea et aussi le magnifique bananier à feuilles entièrement rouges, à nuances métalliques superbes, qui est bien la plante la plus ornementale qu'on puisse voir.

Le bananier pour végéterbien et facilement demande un climat chaud, égal et humide, exempt de grandes sécheresses et de grands vents; il veut un sol fertile, un peu frais mais point inondable. C'est en se rapprochant de l'Equateur qu'on trouve en général les meilleures conditions pour sa culture en grand.

En grande culture, le bananier peut produire de 3o à 5o,ooo kilos de fruits à l'hectare, et un poids extraordinaire de tiges et feuilles fraîches qui, hachées grossièrement peuvent se donner à quelques animaux, notamment au porc.

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Dans l'emploi des fruits, la peau et l'axe du régime représentent un quart de déchet environ.

L'entretien des bananiers ne demande, dans les pays pourvus de pluies suffisantes, que quelques sarclages et la suppression d'une partie des rejets. Le régime met environ 2 12 à 3 mois à prendre son développement.

On coupe la tige et on cueille le régime lorsque le fruit a acquis sa grosseur, mais qu'il est encore vert et ferme, sauf la première couronne supérieure qui doit commencer à jaunir. Il mûrit promptement à la maison, surtout dans l'obscurité.

Si l'on recherche exclusivement une grosse production, un fort rendement, il faut planter de préférence le bananier de Fernambouc (Brésil), le Purohini, le bananier de Chine et le Djernang de Malaisie.

Un hectare planté des deux premiers peut donner dans les meilleures conditions 200,000 kilos de substance alimentaire.

De Humbolt avait calculé que sur la même superficie de terre, le produit du bananier est à celui du froment comme 1 33 est à i, — à celui de la pomme de terre, comme 44 est à I, — et qu'un quart d'hectare de terrain qui, en Europe ne suffirait pas à nourrir une personne, en entretiendrait 25 s'il était planté de bananiers.

Le bananier plantain du Congo peut fournir 26, 000 kil. de fruits à l'hectare. Certains régimes de cette variété atteignent le poids étonnant de 40 à 4.5 kilos, la plante ayant 10 à 12 mois. (Lieutenant Richard.)

Pour en finir avec le bananier, signalons qu'il y a quelques dizaines d'années un planteur, Brésilien jecrois, se servait du bananier pour ombrager les lignes de cafés dans ses plantations. Longtemps on se contenta de couper ces bananiers et de les jeter au rebut juscju'au jour où

iig

notre homme eut l'idée d'en lester des steamers en destination de New- York.

Aujourd'hui le marché de cette ville reçoit annuellement des bananes fraîches pour une somme de 2,000,000 de francs.

L' « Ananas ».

Pourra, avec la banane et bien d'autres fruits, arriver sur la place d'Anvers, dès que le trajet d'Anvers à Matadi sera réduit à une quinzaine de jours et qu'une ligne régrulière belote sera établie.

Le roi des fruits d'Afrique, dit le docteur Paul Briart.

Existe actuellement dans tout l'État du Congo.

Dans les îles Philippines et à Singapore on retire des feuilles une matière textile très forte qui sert à faire des filets et des cordes; on peut aussi en faire d'excellent papier.

Les Congolais tissent avec la fibre d'ananas une étoffe très solide et très recherchée.

L'ananas se propage par bouturage et sa propagation est presque spontanée; qu'un noir rejette au hasard le collier de jets de l'ananas qu'il vient de cueillir, ainsi que l'aigrette de feuilles qui surmonte le fruit, ces jets et cette aigrette rouleront de-ci de-là au gré des vents et des pluies, finiront par se fixer et par prendre racine.

Voici encore ce qu'en dit le docteur Briart :

« Le jus de l'ananas, très abondant et très sucré, est fermentescible à un haut point et donne un alcool très pur, très agréable de goût, possédant un arôme qui rappelle son origine, et qui semble exempt des produits cmpyreumatiques qui gâtent les alcools extraits de la

patate douce, du topinambour, de la pomme de terre et d'autres tubercules. Les missions françaises distillent le jus de l'ananas depuis plusieurs années. »

Ajoutons qu'aujourd'hui beaucoup de stations de l'État font de même, et appliquent aussi la distillation à la papaye tout particulièrement.

L'alcool d'ananas distillé à Nouvelle - Anvers s'appelle « la Bangaline ».

<c Cette distillation de l'ananas, qui ne se fait encore aujourd'hui que sur une petite échelle, pourrait devenir la source de réels profits ; la facilité avec laquelle il se reproduit n'exige pas beaucoup de main-d'œuvre; il couvrirait rapidement de vastes espaces (il couvre déjà actuellement des milliers d'hectares à l'état sauvage), qui ne demanderaient guère de soins que ceux que nécessiterait une production trop touffue ; partout où les Européens ont pris le soin de le planter, il s'est reproduit très aisément; ne donnât-il que la quantité d'alcool nécessaire aux besoins de chaque station pour l'alimentation propre du blanc, pour les usages thérapeutiques, pour les besoins des collections diverses et pour suffire aux échanges avec les tribus indigènes voisines, il permettrait déjà une exploitation très rémunératrice. » (Briart.)

Pour l'exportation, l'ananas du Congo pourra aussi se -mettre en boites.

La (c Papaye ».

Fruit charnu, jaune, ovale, de la grosseur d'un petit melon d'eau, de saveur douce et sucrée, très prisé des Européens et des indigènes. Le papayer donne ses fruits en moins d'un an.

On en obtient un excellent alcool dont un flacon était exposé à Anvers. C'est la « Lirangine » fabriquée à la mission française de Liranga (confluent de l'Oubanghi et du Congo).

Une particularité très curieuse du papayer est de laisser couler de sa tige, et surtout de son fruit mûr, un latex dont on extrait la papaïne, dont les propriétés, analogues à celles de la pepsine, favorisent la digestion de la viande, en transformant celle-ci en peptone.

Aussi la papaye est-elle tenue ajuste titre pour un fruit sain et éminemment digestif.

A signaler aussi qu'en enveloppant de feuilles de papayer un vieux coq aussi dur que savent l'être ces gallinacés, on le ramollit et on l'attendrit au point de pouvoir encore le préparer au riz.

Le « Corossol » ou <c Cœur -de -Bœuf » donne ses fruits au bout de trois ans; on en fait avec un peu de rhum des sorbets naturels exquis.

Le fruit de 1' « Arbre à Pain » se cuit sous la ccnd:e et se mange comme pomme de terre.

La « Barbadine », « Maracoujas « ou « Pomme- Liane » est le fruit de la « Passiflora Quadrivalvis )>.

Cette liane, originaire de rAméri(|ue intertropicale,

porte des vrilles oppositifoliées lui permettant de s'accrocher au fur et à mesure qu'elle grimpe en se développant.

La partie comestible est une arille très aqueuse qui entoure les petites graines ; on avale le contenu du fruit comme une gelée sucrée, très juteuse, d'un parfum très délicat.

On multiplie la pomme-liane de rejets du pied, de marcottes ou de boutures. Elle entre en fruits très rapidement. Ainsi à l'Equateur la barbadine porta en g mois certains fruits atteignant le volume de la tête d'un homme, pesant 5 kilos et renfermant 2 litres de jus.

L'écorce de la barbadine fournit avec un peu de sucre une compote aussi délicate que nos compotes d'Europe.

La barbadine se mange dans le fruit même ; pour cela on la coupe en deux et on la mange à la cuillère telle quelle ou en ajoutant un peu de madère.

Le plus bel exemple de multiplication spontanée est offert par la barbadine introduite à Tahiti (Polynésie) il y a une vingtaine d'années. Cette liane a tellement envahi la presqu'île qu'elle est devenue un véritable danger, car elle étouffe les arbressous le poids de ses tiges d'une longueur extraordinaire. Tahiti ne possédant guère d'oiseaux, la dissémination a été due aux rats ou aux

porcs.

La a Pomme Ca7iJîclle», pomme-flanc des anglais possède une chair douce, sucrée, d'un parfum délicat.

La « Pomme cTAcajou est le fruit de l'Anacardium Occidentale, introduit d'Amérique au Congo probablement par les Portugais. L'anacardier est un bel arbre

cultivé pour son fruit dans toutes les régions tropicales. Au Congo on le trouve depuis lacôtejusqu'àLéopoldville. Il commence à se développer dans les stations d'amont : il a une vague ressemblance comme port avec nos figuiers. Son fruit est une sorte de gros citron porté par un pédoncule charnu, en forme de rognon; ce pédoncule renferme une amande comestible qui se mange crue ou grillée, mais le péricarpe du pédoncule est chargé d'un principe corrosif très violent employé en médecine, et connu sous le nom de « Cardol ».

Le cardol est employé contre les verrues, les cors, les ulcères; protège les planchers contre les fourmis blanches; s'emploie dans la reliure des livres pour les mettre à l'abri des insectes.

On mange surtout le fruit, dont la saveur acide, un peu astringente, est très agréable.

La « Goyave ».

Deux espèces au Congo : la « Grosse Goyave » et la petite « Goyave-Fraise ».

Bon fruit, antidiarrhéïque.

Cultivé par l'indigène jusqu'à Léopoldville, ainsi que dans la zone arabe; introduit dans toutes nos stations.

L' « /^z'ocrt/ », corruption du caraïbe i<. Aoitaca ^^, est le fruit de V a Avocatier :>•• , a Persea gratissijiia ^y, arbre d'un port étendu et d'une grande puissance végétative. vSon fruit est une sorte de très grosse poire d'abord verte,

puis violet foncé à maturité, renfermant un gros noyau ovoïde.

On mange le fruit en légume ou en dessert. A cet effet, on le coupe par le travers et on y ajoute soit du poivre, du sel, du vinaigre, de la sauce anglaise, etc., soit du sucre et du vin, ou un alcool parfume.

Avec les premiers condiments, l'avocat rappelle l'asperge froide ou le chou-fleur au vinaigre ; avec du sucre, ce fruit donne un sorbet naturel des plus délicat.

L'(c Amomum Citratiim» pousse dans toute la brousse de l'Afrique Centrale. Nous l'avons signalé à propos de l'exploitation du caoutchouc, quelques gouttes d'amomum citratum produisant la coagulation immédiate du caoutchouc recueilli dans des récipients indigènes.

Ces fruits, de la grosseur d'une toute petite banane d'argent, et d'un beau rouge brillant, ont une pulpe d'une saveur acidulée et parfumée fort agréable (Dybowski).

Les <c Fruits de la Liane à Caoutchouc » sont très prisés de l'indigène; l'Iùiropécn les trouve trop acides.

Le « Saplio )>, fruit d'une térébinthacée, est recherché par noirs et blancs avec une véritable passion, malgré ou plutôt à cause de sa saveur bizarre de térébenthine. C'est plutôt un légume qu'un fruit; se mange bouilli ou cuit sous la cendre, avec du sel; les Anglais le mangent aussi avec du sucre.

Le sapho s'appelle parfois « Prune Bleue d'Afrique à cause de sa forme, de son volume et de sa couleur. On le rencontre sur toute la surface de l'Etat.

La c( Mangue ».

Fruit du manguier, grand arbre à feuillage épais de la famille des anacardiacées. Ressemble à un très gros abricot, dont il a la couleur à maturité; possède une chair très consistante, juteuse, à saveur de térébenthine; renferme un énorme noyau couvert de fibres.

C'est un des très bons fruits tropicaux.

N'existe chez l'indigène que dans le Congo-Maritime et dans la zone arabe.

On en trouve dans toutes nos stations.

Tels sont les produits alimentaires exhibés au compartiment congolais. ]\Iais quoique nombreux déjà, ils sont loin de représenter toute la richesse du Congo; nous compléterons leur série par une nomenclature sèche.

Légumes indigènes

Citrouilles, Mbika, Béte, Calebasse, Boangila, Aubergines et Toniates anières, Choux, Feuilles de moutarde, Yembé, Oignons, Epinards, divers Piments, le

Mfoiimbou, le Kcjo, le Champignon, V Asperge, le Pourpier, le MankiVentanoii, le Mansoulou, le Moussa, les Bokabou, etc.

Légumes cultivés par les blancs :

Pommes de terre d'Europe, Pommes de terre de Madagascar, Choux rouges et verts d'Europe, Choux de Chine, Haricots d'Europe, Radis, Ramelaces, Betteraves rouges, Navets, Carottes, Laitues, Chicorées, Ail, Persil, Pourpier doré. Poireaux, Thym, Epinard tétragone cornu. Cresson alcncis. Cresson du Para, Tomates, Aubergines, Moutarde blanche. Cornichons, Concombres, Courges, Gros piments doux dEspagne, Hibiscus, Cerfeuil, Céleri, etc., etc.

Tout ce que nous venons d'énumérer donnait des résultats complets, du moins à l'Equateur, où ne réussirent pas d'autres nombreux légumes qui réussissaient très bien autre part, et pour lesquels on a probablement trouvé aujourd'hui aussi les conditions de culture à l'Equateur.

Ainsi nos petits pois ne donnaient que de maigres plantes produisant une maigre cosse ne renfermant qu'un maigre pois; les fèves de marais atteignaient i'"20 de haut, fleurissaient et brusquement charbonnaient et tombaient; les choux-fleurs avaient i""" 5o, mais s'en allaient tellement en feuilles et en tige, que le cœur ne se formait pas; l'artichaut arrivait à 3o centimètres, puis s'étiolait. D'autre part, le capitaine Chaltin, à Basokos, obtenait de magnifiques choux-fleurs, et des fèves de marais.

Graines indigènes Le Mil, le Coracan.

Graines introduites par l'Européen :

Le blé^ essayé dans la Loulongo par le lieutenant Lothaire, poussait d'abord bien, puis charbonnait; les pères français de Liranga ont réussi avec du blé venant de leur mission algérienne de Biskra; les pères blancs du Tanganika récoltent de l'orge et du seigle.

Fruits indigènes :

Citron, Orange anière, Manchéché, Cocotier, Malolo,

M'filou, M'pngix'a, Foiita, N'kn'izoïi, Kunbombo, Kandi-

sansékè, Tamarinier, Mangwcngué, Bon' dingui, IWbimbo,

Noix du Congo, un petit fruit rouge, à saveur de réglisse

si sucrée et si persistante , que pendant plusieurs

heures elle couvre le goût de tout ce que l'on

mange.

Fruits introduits par l'Européen :

Noix d^ Amérique, Pomme de Rose, Tamariiiur des Indes, Néflier du Japon, Dattier, Cerisier de Cayenne, Limonier, Mandarinier, Oranger, Grenadier, Figuier, Groseillier du Cap, Figuier -cactus , Mûriers , Vigne , Paui Saint- Jean, etc.

Le Fraisier fut essayé à l'Equateur, apporté

par M. Banks, missionnaire anglais; les fraisiers

se développèrent avec une vigueur digne du pays,

mais dès que les fraises se formaient, des légions

de fourmis en faisaient leur régal.

Les Melons devenaient gros comme nos petits melons d'eau, mais l'intérieur était régulièrement dévoré par des quantités de vers.

Les missionnaires de Liranga peuvent revendiquer l'honneur d'avoir les premiers introduit le Raisin d'Europe dans le Haut-Congo; leurs essais n'ont pas encore été couronnés du succès désirable, mais, tels quels, ils ont prouvé que notre raisin pouvait mûrir à l'Equateur. J'eus l'occasion, en 1892, de manger, chez les pères de Saint-Louis de l'Oubanghi, un grain de raisin noir, cueilli à l'unique grappe produite par une des vignes venues d'Algérie, et qui avait 4 mètres de long, mais fort peu de feuillage. Malheureusement, cette vigne mourut;

des drageons furent repris, qui venaient bien à mon départ.

Comme la vigne sauvage est signalée en de nombreux points du Congo (Berghe-Sainte-Marie, Coquilhatville, Equateur-Camp, Oubanghi, etc.), donnant des grappes dont le poids atteint parfois 4 à 5 kilos, des essais de greffe pourront être avantageusement tentés.

La vigne sauvage de l'Equateur porte de grandes feuilles d'un vert foncé, profondément incisées. Les grains mûrs sont de la grosseur du chasselas, d'un noir violet et d'une saveur assez agréable, astringente. Certes, ils ne valaient pas notre raisin, mais, tels quels, nous en mangions avec plaisir de grandes grappes.

L'indigène néglige le raisin sauvage, comme d'ail leurs bien d'autres fruits comestibles.

Les longues énumérations de produits d'alimentation que nous venons de faire, sont caractéristiques; l'utilisation de jour en jour plus grande des ressources du pays pour la nourriture des blancs, est un des facteurs sanitaires importants du séjour au Congo et explique, en grande partie, ce fait significatif et consolant qu'à chaque bateau, partant le 6 du mois pour le Congo, on voit de plus en plus de partants à 2"^^ et ?>^^ terme.

A bord de VAkassa du 6 août dernier, il y avait

i6 passagers dont 5 ayant accompli déjà un terme de service.

Le 6 septembre, à bord de l'Edward BoJilen, s'embarquaient 37 Belges, parmi lesquels MM. Biermans et De Reyghere, partant pour la troisième fois au service du chemin de fer, et 8 agents allant accomplir un second terme.

Le 6 octobre, ont pris place à bord du Coomassic 36 passagers; parmi eux, le D"" Bourguignon, 4™ départ; ]\L Schoii, Danois, 3"^- départ, et g agents à leur deuxième départ.

Départs du 6 novembre par VAkassa : 22 passagers belges, 8 à leur deuxième départ.

Enfin, parmi les 22 premiers partants annoncés pour le 6 décembre, je trouve : MM. Wall, 5'"*^ départ; Vleminckx,4'^«^ départ ; Weins, 3"^«^ départ, et 7 deuxièmes départs.

Où donc est le temps où les premiers explorateurs de l'Afrique Belge étaient plutôt considérés comme de mauvais génies voulant entraîner le pays dans des entreprises néfastes?

Où donc est le temps où l'on regardait avec curiosité soit, mais aussi avec un sentiment de commisération mêlée de dédain ceux qui avaient le courage et la foi d'aller conquérir à la patrie une vie plus féconde? (i)

Combien de temps pourra-t-on encore constater une différence entre notre jeunesse belge et celle d'autres pays, non même plus grands et plus encombrés que le nôtre, et qui ont, par tradition, établi des courants vers les contrées d'outre-mer? A côté d'eux il en existe d'autres,

(Ij D'après \ . Arsouli).

l'Italie, la Suisse, le Danemark, la Suède, comme nous non préparés à des exodes coloniaux par les traditions anciennes; et chez ces peuples, restés sans colonies jusqu'ici, une partie de la jeunesse, avide de plus grands horizons, n'en obéit pas moins au viril appel vers les champs d'activité et d'audace qui commencent à manquer en Europe. Le vent du large les attire et ils s'y confient d'une âme que ce grand souffle fortifie et soutient : il y a au Congo des Italiens, des Suisses, des Danois, des Suédois

Et nous voyons avec bonheur la jeunesse belge, longtemps casanière et timide, n'entendre plus l'Océan rouler le long de nos côtes sans comprendre enfin que là désormais est le grand chemin de la richesse et de la vie.

Les océans sont maintenant les routes communes de tous les peuples, et celui d'entre eux qui se refuserait de les pratiquer, serait condamné bientôt à une irrémédiable déchéance et réduit à s'épuiser dans une lutte stérile contre lui-même. Xos jeunes gens commencent à prouver que notre vieille race belge, qui opposait jadis Bruges à A'enise, qui oppose aujourd'hui Anvers à Liverpool et à Hambourg, n'est pas dégénérée et qu'elle sait conquérir les mers autrement que du fond de ses bureaux.

Il y a là-bas, au Congo, à trois semaines de mer seulement, des fleuves et des bassins, aujourd'hui ouverts aux Belges, et si nous hésitons à y aller, demain occupés par toutes les activités européennes qui auraient bientôt fait de nous en fermer l'accès. La Belgique s'en détournera-t-elle par amour du repos, rendant ainsi stériles pour nous tant de grands et héroïques efforts que l'Europe admire, et qui profiteraient à tous, hors à nous?

Nous ne pouvons le croire, et notre jeunesse prouvera que par soixante années de paix profonde, la

Belgique n'a pas vu décliner les qualités viriles qui seules font les grands peuples et seules restent les sauvegardes vraies de leurs destinées. Aucune nation ne s'est faite et ne s'est maintenue que par l'énergie de ses enfants, et la nôtre ne sera pas inférieure à la fortune qui nous échet, et que l'Europe nous concède en même temps qu'elle nous l'envie.

Je n'ai décrit jusqu'ici que les productions du sol congolais; elles suffisent pour assurer la richesse de ces territoires neufs, mais à côté d'elles nous devons signaler les ressources minéralogiques et zoologiques.

Le Congo subvient à ses propres besoins en outils, armes et ornements, grâce à ses minerais de fer et de cuivre. Nous ne nous étendrons pas sur ce sujet.

s Xous ferons remarquer seulement, une

fois de plus, que les movens primitifs dont

disposent les noirs pour la

réduction de leurs minerais,

exigent que ceux-ci soient

Tt

très riches.

Les Européens n'ont pu === .que rarement se faire montrer les lieux d'extraction des minerais; ce n'est guère qu'aux mines de cuivre de M'boko-Songo ^ (Niari-Kwilou\ visitées, «fcSSE^:^ en 18S7, par le géologue Dupont, et aux mines du Katanga, visitées par le D"" J. Cornet, que 6 des blancs ont pu étudier de visu une exploitation nègre. Presque partout ailleurs, la méfiance des noirs nous a empêchés de visiter 7 leurs mines et leurs hauts-fourneaux.

■^ En ce qui me concerne, je puis signaler l'abon-

dance du minerai de fer dans toute la boucle équatoriale du Congo.

Je rapportai de la Haute-Boussira, du village N'sombo-N'kété, un bloc de minerai réduit, ayant encore des allures de scorie et séparé par deux larges entailles en trois fragments, prêts à être travaillés par le forgeron pour être transformés en couteaux , lances, flèches, harpons, haches, outils divers

Dans toutes les rivières de l'Equateur, l'abondance du fer est rendue évidente par le bon marché des armes et des outils qui en sortent constamment, achetés par les riverains du Congo au cours de leurs expéditions commerciales dans ces rivières.

Au nord de l'Oubanghi, Dybowski signale l'existence de l'itabirite, riche minerai de fer, réduit par les N'gapous et les Dakouas.

A côté du fer existe aussi abondamment le cuivre, particulièrement sous forme de carbonate, beau minerai verdàtre, constituant l'une des richesses du Katanga : c'est la malachite bien connue.

Les lances, les couteaux sont presque toujours ornés de spirales en cuivre rouge; dans le Kassaï, les haches en cuivre rouge repoussé ont un absolu cachet artistique; les femmes se parent, au cœur du Continent noir, de gros anneaux de cuivre brun.

Disons à ce propos que les forgerons Mongos (Equateur) signent, pour ainsi dire, toutes les belles armes qui sortent de leurs mains en y incrustant un certain nombre de rivets en cuivre rouge (4 à 8), souvent peu

apparents. C'est un point ethnographique intéressant et curieux.

A remarquer les croix de Saint-André en cuivre rouofe du Katansra et les immenses fers plats en forme de fer de lance du Manyèma, échantillons des monnaies de ces deux régions.

On a signalé aussi l'existence de métaux plus précieux, ainsi l'étain et l'or dans le cuivre des ornements de rOubanghi.

A ce propos, voici ce qu'écrivait, en 1893, le capitaine américain Camp, à Léopoldville :

« J'ai trouvé dans de l'argile d'alluvion, à deux pieds sous la surface, un petit vase employé comme creuset; il doit y avoir été déposé depuis bien des temps par les hautes eaux. De tels vases ne se voient plus aujourd'hui ni ici ni ailleurs. Devant sa petite dimension, il faut croire qu'il a été employé pour les métaux supérieurs.

» J'en trouvai trois dans l'excavation susdite. L'un, qui doit être très ancien, car je le trouvai sous une ancienne cavité sur laquelle s'élèvent des arbres avant au moins 400 ans de croissance.

» l'ai de bonnes raisons de croire que même la géologie de la région a été modifiée par des soulèvements dans le même district, ce qui en constituerait un vase des plus anciens âges de l'humanité.

» J'en trouvai un autre à quatre pieds sous un banc d'argile mêlée à un dépôt de vieux vases brisés, présentant des formes et des empreintes différentes de tout ce qu'on peut voir aujourd'hui en aucun point du Congo.

» J'ai, à la mission américaine de Léopoldville, une enfant d'environ 7 ans, venant de l'Ouèllé, qui parle d'or pur, le reconnaissant à une de mes bagues, et assurant qu'il s'agit bien du même métal.

« Elle parle d'une tribu qui porte ce métal en ornements de tête, d'oreilles et de nez, et dit qu'on se le procure de pierres venant des montagnes. Elle dit encore que cette tribu ne se laisse pas voir par les autres lorsqu'elle affiche ces ornements. Sa mère lui a conté que le précieux métal existe en abondance près de leur villn':^e.

» En remontant aux sources de l'histoire ancienne, je trouve que les premiers Egyptiens. tiraient l'or, l'argent et leurs pierres les plus précieuses d'une région qui, aussi près que je puis arriver, est cette même région, c'est-àdire celle comprise entre 22° et 26^^ longitude Est de Grecnwich et entre 3° et 7° latitude Nord.

» Ce doit être à proximité ou en ce point même, et ce devrait faire l'objet de recherches, paicc qu'il est bien possible que ce creuset peu lourd soit venu de là.

» Sinon nous n'aurions aucun doute que des métaux précieux existent à proximité du point où furent trouvés les creusets, métaux qui pourraient être découverts aux eaux basses ou dans les terres plus élevées. »

On remarquera que le capitaine missionnaire Camp ne spécifie pas le point où il fit sa trouvaille; il désire probablement, à juste titre, éviter que quehju'un ne s'empare de ses découvertes à son détriment.

Le même voyageur a signalé d'assez nombreux échantillons minéralogiques parmi lesquels des pierres cju'ils pensent pouvoir être des rubis, des améthystes, des sardoines, des agates, etc.

Quoi qu'il en soit, on peut se demander si la découverte de mines d'or et d'argent serait si avantageuse pour l'Etat du Congo ? Beaucoup pensent que les grandes cultures feront plus pour ces régions privilégiées que la découverte des mines d'or ou d'argent : les premières assureront leur développement humanitaire; les secondes les feraient exploiter sans merci ni vergogne.

Quelques produits du règne animal autres que l'ivoire et dont l'exportation pourrait faire son profit ont aussi été représentés à Anvers : on y trouvait des onglons de tortue provenant des criques de Banane, quelques peaux de léopards, de serpents et d'iguanes, des collections àe papillons, de colcc'.'.crcs et à^ oiseaux.

Les (c onglons de tortue » sont la partie arrière de la :^ carapace des grandes tortues de mer productrices de l'écaillé.

A côté des léopards, des serpents et des iguanes, il

existe au Congo plusieurs animaux dont les dépouilles

sont utilisables en Europe : le chat-civette, le crocodile,

pour leur peau ; Vaigrette et Vibis sacré pour leurs

plumes... ^^^

Quantité d'animaux peuvent être emportés K, «

vivants ou mis en peau pour les V^

-^ musées : singes, perroquets, veuves,

bengalis, foliotocoles, oiseaux à miel (Indi- ^ cator Sparrmanni), cardinaux, merles métalliques, etc

Enfin des collections de grande

valeur peuvent être réunies de papillons, coléoptères^ mygales, mille insectes divers, parmi lesquels le phasme

/ - géant ou chevalier du diable,

dont un spécimen remarquable,

trouvé à l'Equateur, a été exposé à

Anvers.

J'ai dit, en une énumération descriptive trop ide, les principaux produits que la mère-patrie exporte et surtout pourra exporter du Congo. Ce qui précède est de nature à fixer très nettement les idées de tous ceux qui, partisans ou adversaires de l'œuvre, doivent à leur conscience de l'éclairer par des documents certains ; les premiers, pour sentir grandir leur foi et leur confiance; les seconds, pour pouvoir méditer longuement, s'interroger honnêtement, et s'honorer en abjurant l'erreur pour la lumière.

Abandonnons le compartiment des produits d'importation et entrons à l'exposition des fabricats d'exportation.

Le commerce du Congo se fera longtemps encore principalement par l'échange, c'est-à-dire que le nègre, contre les produits qu'il nous livrera, demandera surtout des produits manufacturés, savoir :

Les Tissus,

Les Vêtements confectionna (môme et surtout les plus baro(]ues),

La Bonneterie,

Les Couvertures,

\: Alcool,

Le Sel,

Les Sonnettes,

Les Grelcts,

Les Miroirs,

Les Fourchettes,

Les Cuillères,

Les Couteaux,

Les Machettes,

Les Ciseaux,

Les Canifs,

Outils divers,

Les Hameçons,

Les Aiguilles,

\.cFil,

Les Allumettes,

Les Perles,

Le Corail,

Les Cauries,

La Chapellerie, surtout les Fez rouges et les Boniuts grecs,

Les Chaussures^

Les Parapluies et Ombrelles^

Le Cuivre,

Les Serrures,

Les Cadenas,

Les M ailes fermant à clef,

Les Fusils de traite,

La Poudre de traite.

Les Tissus.

Les tissus de la troque congolaise sont :

1° Des Tissus de Coton : les Tissus écrus, Aniéricani ou Grcv domestics,

Les Shectings,

Les Rayures, Riscades ou Stripcs,

Les Carreaux ou Checked,

Les Guine'es communes ou i^/z/c è^/f,

Les Indiennes ordinaires.

Les Mouchoirs imprimés, à fond rouge,

2° Des Velours et ^ozVs fz trame de coton,

3'^ Un Tz5sz< (/^ /^z;z{', appelé Savedlist, espèce de 5^/^ 7'0i/^£? ou 6/n/f très commune ,

40 Les Couvertures unies, k fleurs ou imprimées,

5° hB. Bonneterie, comprenant surtout les « Singled )>, ^ Bonnets divers, etc

Les tissus sont de largeur variable; les pièces doivent, en général, être de longueur déterminée et disposées en un certain nombre de plis.

L'indigène mesure les étoffes par brasses valant environ deux yards.

Les tissus d'échange pour l'Afrique doivent être apprêtés, et d'autant plus que leur qualité est inférieure.

Cette question de l'apprêt joue un grand rôle dans le choix des tissus pour l'Afrique en général, et pour le Congo en particulier.

Au début de l'œuvre africaine, l'industrie belge se trouva dans un état d'infériorité flagrante, vis-à-vis des industries étrangères, et notamment de l'Angleterre; nos fabricants n'expédiaient guère en Afrique qu'une partie des tissus écrus, et cela tenait pour beaucoup à ce que la manière d'apprêter les tissus laissait beaucoup à désirer en Belgique, de sorte que l'Angleterre l'emportait presque toujours pour les tissus à bon marché : le tissu anglais, clos par l'apprêt, avait du corps, de la main ; le tissu belge, au contraire, se présentait mal, et ressemblait à de l'étamine.

Aussi à l'Exposition d'Anvers en i885, la collection de tissus servant au commerce avec l'Afrique, exposée par le Musée commercial de Bruxelles, se composait d'échantillons, dont la plupart étaient de provenance anglaise.

Mais à la même époque pourtant, sous l'impulsion surtout de l'Administration du Congo, quelques-uns de nos fabricants avaient essayé de fabriquer les mêmes tissus, et ils avaient parfaitement réussi ; leurs fabricats figuraient dans le compartiment Belgique-Congo de i885, et pouvaient parfaitement soutenir la comparaison avec les tissus anglais.

L'exemple fut suivi et aujourd'hui, dans le vaste hall congolais, c'est l'industrie belge qui a pris le dessus; 3 grandes maisons anglaises seulement : Fallows et Keymer, — Haardbleicher et Reiss, — James et

Hutton, — toutes trois de Manchester, ont exposé leurs produits d'exportation à côté de i3 firmes belges :

Parmenticr, ^'an Iloegarden et C'*^, Gand

Goris, S*-Nicolas

\^anderhaegen et Cruyplants, Gand

Baertsoen et Buysse, Gand

Société anonyme de Waerschot

D'Heygere, Gand

Société anonyme Lousbergs, Gand

]\Ioerman Achille, Gand

Société anonyme Union textile, Alost

Roos, Termonde

Cranleux, Bornhem

Philips-Glazer, Termonde

De Smeth, Bruxelles

Aussi actuellement l'Etat du Congo n'a-t-il plus à recourir à l'étranger pour ses achats de tissus, si ce n'est pour les tissus imprimés, que l'industrie belge saurait fournir ég;alement, si elle voulait créer l'outillaç^e néccssaire; de ces tissus imprimés, il entre 7 p. c. dans les achats de tissus faits par le Gouvernement congolais.

Ci-dessous, un diagramme indiquant d'année en année, les proportions dans lesquelles ces achats ont pu se faire auprès de l'industrie belge :

^*oici au surplus le mouvement commercial de i8g3, en ce qui concerne les exportations de tissus, de Belgique vers le Congo :

Tissus de coton blanchi : i5,g2i kilos (valeur 6i,go6 francs), dont i,368 kilos (valeur 3,694 francs) de fabrication belge, le reste venant surtout d'Angleterre et de Suisse.

Tissus de cotons teints : 765,494 kilos (valeur 3,3oo,2S5 francs), dont 517,991 kilos (valeur 1,864,768 francs) de fabrication belge.

Cotons imprimes : 9,646 kilos (valeur 44,626 francs), dont 3,604 kilos (valeur 14,416 francs, de fabrication belge.

Tissus de laine : 12,240 kilos (valeur 116,298 francs), dont 12,235 kilos (valeur 116, 233 francs) de fabrication belge.

Quant à la bonneterie, j'ai le regret de dire que 60,040 kilos en ont été envoyés au Congo en i8g3, en transit par la Belgique, mais que pas un seul article n'a pu être fourni par nos industriels.

lo

UAlcool.

L'alcool s'expédie en Afrique sous forme de rhum de traite appelé tafia, et sous forme de genièvre ou gin de traite.

Bien que l'industrie belge des spiritueux soit très perfectionnée, elle ne peut pas lutter sur les marchés africains avec l'industrie similaire hollandaise ou hambourgeoise.

En voici la raison, telle que la signalait déjà à l'Exposition de i885, le major Thys :

« Lorsqu'un produit manufacturé, fabriqué en » Belgique et qui y a pa3'é des droits d'accise est destiné » à l'exportation, le Gouvernement Belge fait au fabri- » cant la ristourne d'une partie des droits d'accise. Cette 0 ristourne s'appelle drawback. Elle est en Belgique » trop faible pour que nos fabricants se trouvent sur un » pied d'égalité vis-à-vis de leurs concurrents de l'étran- )) ger qui ont des droits moins élevés à payer.

)) Il y a là — disait encore le major Thvs — un » point important à examiner, sur lequel nous nous » permettons d'attirer respectueusement l'attention du » Gouvernement. »

La situation ainsi signalée, en i885, n'a pu encore se modifier considérablement, ainsi que le montrent les chiffres ci-dessous :

Il a été expédié de Belgique vers le Congo en 1893:

A Icools en fûts : néant ;

Eaux -de-vie en bouteilles : 128 hectolitres, valant

28,ooo francs, dont 3o hectolitres seulement fournis par la Belgique, le reste venant surtout de France et des Pays-Bas.;

Liqueurs en bouteilles : 70 hectolitres valant 20,900 francs, dont 18 hectolitres environ fournis par nous, le reste principalement par la Suisse.

Ces chiffres sont extraits des statistiques dressées par le Ministère des Affaires Etrangères.

Ils ne tiennent compte que des alcools ayant passé par la Belgique.

Voici, extraits du Bulletin Officiel de l'Etat Indépendant, les chiffres totaux des entrées d'alcool en iBgS :

Eaux-de-vie de traite à So'^ et moins : 1,247,71g kilos, valant 448,106 francs.

Eaux-de-vie à plus de So'^ : 338,823 kilos, valant 161,297 francs.

Liqueurs diverses : 92,276 francs.

Le Sel.

Il est entré au Congo en 1893, près de 5o,ooo francs de sel pour le trafic, envoyé principalement par l'Angleterre et les Pays-Bas, qui participent au total de 5o,ooo francs respectivement pour i5,ooo et 17,800 francs, la Belgique y figurant pour 8,000 francs (commerce de transit).

Somtettes, grelots, miroirs, fourchettes, cuillères, ustensiles de cuisine et de ménage, couteaux, machettes, canifs, etc.

Ces articles, désignés sous l'appellation de quincaillerie, sont articles de pacotille, pour la fabrication

desquels l'Allemagne surtout est beaucoup mieux outillée que nous.

Aussi 40 p. c. des commandes de l'Etat doivent-elles encore être faites à l'étranger, en attendant que quelque fabricant belge, bien avisé, se décide à installer l'outillage spécial qui lui permettrait de réaliser un chiffre d'affaires conséquent, car il est entré au Congo en i8g3, pour 287,725 francs de quincaillerie, et la Belgique ne figure dans ce chiffre total que pour 89,000 francs.

Quatre fournisseurs belges sont exposants :

La Société anonyme « Emailleries bruxelloises ».

La manufacture royale de coutellerie Licot et C'*-', de Namur.

Simon, H., ferblanterie industrielle, Bruxelles.

Van den Broeck, F., quincaillerie et coutellerie, Bruxelles.

Allumettes.

8,75o francs d'allumettes sont entrées au Congo en i8g3; la Belgique y figure pour 3, 000 francs, l'Allemagne pour 2,765.

Habillement et lingerie, chapeaux, fez, bonnets grecs, chaussures, vêtements, etc.

Le chiffre des entrées en 1893 a atteint : 2/2,532 francs, dont 122,166 pour la Belgique, 100,445 pour l'Angleterre, 35, 000 pour les Pays-Bas.

Faïencerie et poterie.

Entrées au Congo en iSgS : 77,655 francs; de Belgique : 5,855 francs; d'Angleterre : 44,556 francs; des Pays-Bas : 24,000 francs.

Verroterie et verrerie.

Il est entré au Congo, l'an dernier, 260,000 francs de perles, verrerie, etc., la Belgique figure dans ce total pour 22,000 francs, presque tout en transit.

Il y a donc là un quart de million de francs, dont profite seul le commerce étranger, particulièrement celui de l'Italie et de la Bohême.

L'Etat du Congo a envoyé à lui seul, l'an dernier, des perles pour une valeur de 160,000 francs.

Il est regrettable que pas un industriel belge, surtout parmi nos maîtres de verrerie, ne trouve pas suffisamment d'initiative pour créer en Belgique cette fabrication de perles de verre, pour laquelle les installations sont si simples, et qui aurait l'avantage d'utiliser pour la maind'œuvre, des enfants, des vieillards, comme à ^>nise, fournissant ainsi un travail facile à une classe si intéressante de travailleurs.

Voici comment on opère pour la fabrication des grains de bracelets, de colliers, de toute couleur :

Des tubes de différents calibres, variant avec la grosseur des grains à obtenir, sont coupés par paquets en cylindres, d'une hauteur égale à leur diamètre. Ces tubes

sont incolores ou colorés, selon qu'il s'agit d'obtenir des grains blancs ou de couleur.

Les petits cylindres vitreux ainsi découpés, on les introduit avec un mélange, soit de graphite et de plâtre, soit d'argile et de charbon de bois pulvérisé, dans un tambour pyriforme de fer battu, traversé par un axe en fer.

Le tambour étant placé sur un fourneau convenablement disposé, l'ouvrier lui imprime un mouvement de rotation continu. Par l'action de la chaleur les cylindres se ramollissent, et par le frottement incessant ils prennent une forme sphérique, de même que les galets incessamment roulés les uns sur les autres par les eaux des fleuves, perdent leurs arêtes et prennent la forme de lentilles ou de boules.

On laisse refroidir le tambour, puis, par le tamisage, on sépare les matières pulvérulentes, qui ont eu pour effet d'empêcher les tubes de se souder les uns aux

autres. lUstoirc iCim morceau de 7'errc, de Jules Magny.

Voilà certes une fabrication que ne devrait pas continuer à dédaigner l'industrie belge.

Quelque maître de verrerrie entreprenant n'aura-t-il

pas l'idée d'envoyer quelqu'un à Venise et en Bohême,

étudier sur place une fabrication dont le chiffre d'affaires

atteindra pour le Congo seul, en 1894, le demi-million?

Exposants à Anvers :

Weberbeck et C'^, Venise, Ceresa Millin, Bohême.

Rost, Venise.

Shwister, Paris.

Ciikrc et laiton.

Le fil de cuivre et de laiton s'exporte en Afrique en rouleaux et en paquets oblongs de 3cfà 35 kilos ; partiellement aussi en bracelets tout préparés, surtout pour l'Equateur.

Lors de l'exposition de i885, le major Thys signalait que le fil de cuivre et de laiton était de provenance anglaise.

Aujourd'hui, nous avons la grande satisfaction de dire que ce sont les usines de cuivre de Liège qui ont pu acquérir la fourniture complète de cet important article d'échange, du moins pour ce qui concerne les commandes de l'Etat Indépendant du Congo.

Il est entré au Congo, en i8g3, du fil de cuivre et de laiton pour une valeur de 238,733 francs, dont 176,000 francs fournis par la Belgique, 46,000 francs par l'Angleterre (introduits par les missions anglaises surtout), et 10,000 francs par les Pays-Bas.

Sous diverses formes autres que le fil, il est entré, la même année, du cuivre et du laiton pour 7,696 francs, savoir : 3,167 francs venant de Belgique, 2,499 francs venant d'Angleterre et 2,o3o francs venant des Pays-Bas.

Exposant : Société anonyme des usines à cuivre et à zinc de Lièg-e.

Armes de traite.

Sont essentiellement de fabrication belge ; ce sont surtout des fusils à silex et une certaine quantité de fusils à capsules.

4,768 fusils à silex, valant 42,620 francs, sont entrés au Congo en i8g3; 2,669, valant 23,555 francs, étaient de fabrication belge, le reste étant surtout allemand et anglais.

4,764 fusils à capsules, de fabrication belge, valeur 45,893 francs, sont entrés au Congo la même année.

Enfin, sur 1 3, 186 francs de capsules, entrées en 1893, la Belgique en a fourni pour i2,o55 francs.

Exposants à Anvers :

Riga, Liège, Mahillon, Bruxelles.

Poudre de traite.

La poudre de traite belge est fort appréciée sur le marché africain, où elle était connue d'ailleurs longtemps avant la création de l'Etat Libre.

Entrées de 1893 au Congo : 292,279 kilos valant 240,949 francs et fournis principalement par la Belgique, l'Angleterre et les Pa3's-Bas, dont les chiffres d'envoi ont été respectivement de iio,38o; 114,923; 63,926 kilos, valant 85,799; 97,o35; 64,946 francs.

Complétons ces quelques données relatives aux principaux produits d'échange par l'indication d'un certain nombre d'articles trouvant actuellement leur débouché soit dans la zone maritime et la partie construite du chemin de fer Matadi-Léopoldvillc, soit dans la zone arabe et les provinces du Nord. Nous donnerons les chiffres des entrées en 1893.

Bijouterie et horlogerie (en or, argent et métaux inférieurs) : près de 20,000 francs, dont un tiers pour la Belgique.

Bougies : i5,ooo francs, dont près de la moitié de commerce belge.

Mercerie et parfumerie : 48,000 francs, dont un tiers de commerce belge.

Savons : 21,675 francs, dont 6,926 francs de commerce belge.

Cigares et cigarettes : 22,077 francs, dont la moitié de provenance belge.

Tabacs : 25,238 francs, dont le quart de provenance belge et les deux cinquièmes de provenance hollandaise.

Exposants :

De Roubaix, Oedekhoven et C'*^, bougies, Anvers.

Eeckelaers, savons et parfums, Bruxelles.

Brûlé, Léon, articles pour fumeurs, Bruxelles.

De Curte, Henri, bijouterie, Bruxelles.

Waldack, savons, bougies, Gand.

Mais l'industrie européenne n'a pas à fournir que des articles de traite. L'entretien des non indigènes; la création du chemin de fer; le développement de la marine du Bas et du Haut-Congo; l'outillage des stations; le matériel de construction et de culture; les travaux de défense; les fournitures de bureau; les instruments scientifiques; les fournitures scolaires, etc., tout cela représente un chiffre d'affaires qui a atteint, en 1893, cinq millions, dans lescjuels le commerce belge entre pour 2, 800 j 000 francs.

Au total, le chiffre des entrées au Congo, en 1893,

a été de 10,148,418 francs, la part belge 3^ étant de 4,482,969 francs.

Mais ces 4 millions et demi sont loin de représenter le mouvement commercial et la circulation de capitaux créés en Belgique par les affaires congolaises.

Tout d'abord, il est rare que les déclarations en douane ne soient pas inférieures d'environ un dixième à la valeur réelle des produits déclarés. De sorte que l'on peut porter à 5 millions la valeur réelle des entrées belges au Congo en i8g3.

En second lieu, il faut ajouter à l'actif de ce bilan tout ce que reçoivent soit en salaire, soit en bénéfices industriels et commerciaux, les employés, négociants, agents de toute catégorie qui, partis de Belgique, vivent au Congo sans grandes dépenses personnelles, et réservent leur avoir au fonds commun qui constitue la richesse nationale de la métropole.

Il faut, enfin, y ajouter les dépenses relatives aux services fonctionnant en Belgique.

Je n'ai comme documents officiels que les chiffres relatifs au gouvernement de l'État du Congo. Ils me permettent d'établir comme suit l'actif du bilan congolais pour un an :

Entrées belges au Congo fr. 5, 000, 000

Département de l'Intcrieur :

Services d'Europe 112,000

Gouverneur général et Inspecteurs d'Etat. . 101,450

Administration centrale à Borna : traitements 3o,86o

Administration des Districts : traitements . 317, 45o

Force publique : traitements personnel blanc 423,400

Marine : traitements 228,525

Service sanitaire : traitements 84,240

Travaux publics; artisans de divers métiers :

traitements en numéraire ii6,25o

Agriculture; personnel : traitements . . . 20,g5o

Missions diverses . 110,000

Frais de voyage entre l'Afrique et l'Europe . 189,250

Frets et assurances 171,300

Dépenses imprévues 25, 000

Total. . . fr. 1,930,675

Département d:s Finances :

Services d'Europe fr. 68,5oo

Services d'Afrique i83,5oo

Dépenses diverses 33,25o

Total. . . fr. 285, 25o

Département des Affaires étrangères et de la Justice :

Service d'Europe fr. 43,5oo

Postes 11,000

Navigation : traitements du personne!. . . 26,5oo

Justice : traitements du personnel .... 73,000

Cultes 11,200

Frais de voyage des agents se rendant en

Afrique ou en revenant '. 7,3oo

Bulletin Officiel 1,600

Dépenses imprévues 6,000

Total. . . fr. 180,100

Total général.

7,396,025 francs.

En établissant de même les chiffres relatifs aux compagnies commerciales et aux missions, il est certain que l'on arrive au moins à 8 millions et demi pour le total représentant « le mouvement commercial et la circulation de capitaux créés en Belgique par les affaires congolaises, en un an ».

On voit que si la Belgique fait au nouvel Etat, pour l'aider pendant quelques années à se développer, une avance annuelle de 2 millions, cet argent ne quitte pas en réalité le pays, et, qu'à compte logique, on peut dire que c'est la Belgique qui y trouve son avantage.

Aussi pouvons-nous, pour finir ce chapitre, citer une longue liste d'exposants de toutes catégories, presque tous belges :

Baudoux, clouterie, Fontaine-l'Evêque.

Société anonyme des forges d'Aiseau.

Dutry-Colson, construction navale, Gand.

Mateyssen, Aimé, construction navale et chaudronnerie, Jemeppe.

Delsa, matériel de chemin de fer, Liège.

Usine de Baume et Marpent, wagons.

La Métallurgique, matériel de chemin de fer, Bruxelles.

Aciéries d'Angleur, matériel de chemin de fer.

Société anonyme de travaux Dyle et Bacalan, matériel de chemin de fer, Louvain et Paris.

Société anonyme de Saint-Léonard, matériel de chemin de fer, Liège.

Société anonyme des usines de Jumet, constructions métalliques, chaudronnerie.

Legrand, Achille, voies ferrées, wagonnets, Mons.

Cristoph et Unmack, habitations, Copenhague.

Compagnie des constructions démontables et hygiéiiiflLics, Paris,

l.assinat, pavillons, églises, Braine-le-Comte.

Humphreys, pavillon, Londres,

Xorth's Portland Cernent Works, Anvers.

Semai, Emile, meubles, Nivelles.

Société anonyme John Cockerill, bateaux, canons, Licsrc.

De Koning et C'«, aciers, limes, métaux, Bruxelles,

Malevez, Eugène, outils, Rouillon-Annevoie,

^'an den Abeele et C''^, outils, Anvers.

Ricard, artificiers, Bruxelles,

Crosse et Blackwell, conserves, Londres.

Buquet, conserves, Bruxelles.

Delacre, biscuits, chocolats, etc., Vilvorde.

De Kuyper et C'^, farines, Anvers.

Joveneau, chocolats, Tournay.

Peleheid, conserves, Bruxelles.

Société anonyme des eaux minérales de Spontin.

Stauffer et C'^, conserves, Enghien.

Grande vinaigrerie nationale, Molenbcek-S^-Jean.

Bclleau, Désiré, champagnes, Reims.

Delgouffre, Eugène, vins, Bruxelles.

Deymann-Druart, liqueurs, Bruxelles.

Fourcade et C'^, vins, Bordeaux.

Blandy frères, vins de Madère.

Helk, Schulde et C'-, liqueur anticholérique.

Blockhuis, conserves, Hollande.

Delacre et C^^, produits pharmaceutiques et instruments de chirurgie, Bruxelles.

Kalcker-W'ielemans, antiseptiques, instruments de chirurgie, Bruxelles.

Cartuyvels-Defacqz, reliure, Ixelles.

Van Campcnhout, imprimerie, Bru-xelles.

Nestor d'iVrgent, graines, Bruxelles.

Pieters, fours portatifs, Bruxelles.

La Visserie belge, Bruxelles.

Charles Toulet, billards, Bruxelles.

Bouv}^, Fontaine, Olinger et Hap, équipement, Bruxelles.

De Bruycker et C'^, équipement, Bruxelles.

Guillon et C'^, Magasins de la Bourse, Bruxelles.

Licoppc, Alexis, équipement, Bruxelles.

Moray, Victor, équipement, Bruxelles.

Sneyers, Jules, équipement, Bruxelles.

Lefebvre, Eugène, Maison de blanc, Bruxelles.

De Smet-Troch, chaussures, Bruxelles.

Mulbach, chaussures, Bruxelles.

Libert, chaussures, Bruxelles.

T'sas, chapellerie, Bruxelles.

Bosmans, sellerie, Bruxelles.

Mathys-Declercq, malles, Bruxelles.

Ribauville, malles, Bruxelles.

Simon, malles, Bruxelles.

Van Ncck, matériel d'explorateur, Bruxelles.

Snyers-Rang, tentes, Bruxelles.

Edgington, tentes, Londres.

John Proctor, tentes, Anvers.

Mahillon et C'^, tambours, clairons, Bruxelles.

Fisch, instruments de précision, Bruxelles.

Je signale avec plaisir ici, qu'il y a environ huit mois, un officier français n37^ant fait partie d'une grande expédition en Afrique, et désigne pour aller occuper à la

côte occidentale un poste important, vint s'équiper presque complètement à Bruxelles, où, me dit-il, il ce trouvait bien mieux son affaire >>.

Nous avons dit ce que nous savons actuellement des produits que la Belgique peut tirer du Congo, et ce en échange de fabricats dont la liste et l'importance continueront à se développer.

Mais à côté de ces deux grands facteurs commerciaux, nous devions en envisager deux autres d'une importance capitale : la main-d'œuvre, les voies de communication.

La Société Cockerill nous montre dans une troisième salle du compartiment congolais, une caravane de noirs portant les pièces d'un canon et d'une embarcation démontables.

Tels sont en effet les seuls moyens de transport en beaucoup de points de l'Etat du Congo, et c'est particulièrement ce remarquable exemple de la main-d'œuvre indigène qui va me permettre de montrer tout ce qu'on peut attendre des autochtones mettant en rapport leur pays fécond.

Les steamers de mer, on le sait, amènent à Matadi les articles d'échange et autres, qui, pour se pouvoir répandre au cœur de l'Afrique, le long de l'admirable réseau Huvial du Haut-Congo, doivent arriver à Léopoldville, sur le Stanley-Pool, à tête d'homme, à travers la région des Cataractes, les sentiers de caravanes Matadi- Léopoldville ayant un développement de 35o à 400 kilomètres.

Le vova";eur qui a couru de Matadi à Léopoldville en regardant la pointe de ses pieds, est parfaitement en droit de déclarer qu'il n'a pas vu de populations dans la région des Cataractes, bien qu'il ait traversé des marchés où grouillaient des centaines d'indigènes et qu'il ait croisé

constamment des caravanes allant et venant, et laisant défiler à certains jours plus d'un millier de porteurs en un môme point.

Les agents établis à demeure dans cette région, et qui la parcourent en tous sens aujourd'hui, sont seuls à même d'essayer une évaluation delà population. Nous n'avons pas essayé de l'estimer avec nos seules données pour ne pas fournir des chiffres peu sûrs.

Mais nous fixerons les idées sur la capacité de travail des Bas-Congos à l'aide de précieux renseignements.

En i8g3,donc l'année dernière, l'Etat a transporté à tête d'homme :

1° De Matadi vers Loukoungou, Louvitoukou, N'toumba-Mani et Boulou : 3i,2i7 charges ;

2" De ces stations intermédiaires vers Léopoldville et Popocabaca : 25,ig3 charges.

Au total 56,410 voyages, en appelant voyage un transport de charge par un seul homme.

La moyenne des voyages d'un porteur par an étant de six, les 56,410 voyages signalés ont été effectués par — ^'°- =- 9,401 porteurs. Mettons 9,400.

Or, les caravanes sont accompagnées d'un gamin porte-nourriture par 10 hommes environ, d'un capita par 20 hommes, et de plus le portage met en jeu un chet par 20 hommes.

Ces chiffres moyens montrent que le chiffre global de la population s'occupant du portage pour l'Etat s'élève à 11,280 hommes.

La Société belge en a employé environ g, 000 »

Les missions et autres particuliers environ ' . . 5, 000 »

Total général : 25, 280 hommes.

Le commerce indigène, surtout vers le Sud de la région, parait mettre en mouvement au moins autant d'hommes ; on le croira aisément, si l'on considère que certains marchés réunissent jusqu'à 2,000 indigènes.

Un chiffre non moins intéressant que celui des porteurs, c'est le chiffre des soldats et travailleurs Bas-Congo recrutés en i8g3.

]^Iatadi a fourni 79 volontaires, Loukoungou 84, dont 47 engagés pour Borna et 21 pour le Haut-Ouèllé, ces derniers comprenant plusieurs anciens soldats de \^an Kerckhoven rengagés spontanément.

Quant aux travailleurs indigènes assurant tous les services des stations, cuisiniers, domestiques, lavandière, bergers, jardiniers, aidecharpentiers , aide - maçons , piroguiers, etc., des chiffres extraits des situations du personnel noir du district des Cataractes, fin iSg3, montrent qu'à ce moment 245 Bas-Congos remplissaient les services confiés jadis aux auxiliaires étrangers :

Houssas, Zanzibarites, Loangos, etc..

Soldats et travailleurs se sont donc engagés au nombre de plus de 400 l'année dernière dans la région des Chutes.

Le personnel noir des particuliers (commerçants et missionnaires) dépasse ce chiffre.

L'énorme population qui seconde ainsi dans la région des Chutes les efforts de l'Européen, a souvent été représentée comme inapte à toute autre besogne que le portage.

Quel bizarre procédé que celui d'émettre ainsi,

sans nulle preuve, ^^^5^'^^. ' V^

des considérations

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malheureusement font ■ ^i»»«m

trop souvent foi chez les

esprits superficiels ! '^ *%^ -

Il est vrai que rien ~ :

n'est plus facile, puisque ce procédé ne demande • '^-«^«t •

ni recherches, ni études, ^ - —

ni statistiques, ni méditations, ni réflexion, ni bon sens

Oue l'on s'arrête seulement à considérer l'inijéniosité des <c ponts de singe » ou ponts de lianes que construisent partout ces « nègres inaptes à toute autre besogne que le portage », et l'on se demandera si, ces ponts brisés, nous serions à même de les rétablir nous-mêmes sans le secours des noirs?

Que l'on considère encore la vannerie délicate, les poteries élégantes qui se vendent aux marchés, et l'on pensera peut - être qu'en vérité, ces ouvriers méritent mieux que le dénigrement!

Le nègre Bas-Congo, que sa tâche de porteur peut faire envisager comme une bête de somme par les observateurs trop légers, est recherché dans toutes les stations de l'Etat. Gai, allant, courageux, relativement honnête, il constitue pour les expéditions un élément de solidité, prenant le premier rang après le Zanzibarite. Ce courageux porte, pendant de longues et dures heures, les charges

de l'expédition, et lorsqu'il faut les jeter bas pour faire face à l'ennemi, le Bas-Congo a oublié toute fatigue ; il est des premiers sur la ligne de feu et marche à l'assaut avec plus d'entrain souvent que le mol Elmina ou le Houssa hébété qui n'ont porté que leur fusil. Aussi des gens d'une compétence incontestable : Van Kerckhoven,

Coquilhat, ^^an Gèle, Roget, Ponthicr, Dhanis, Gorin, etc., ont-ils toujours choyé de tels auxiliaires.

Non moins précieux en station, c'est le Bas-Congo que l'on charge surtout des constructions, de l'exploitation des palmiers.

Il ne convient guère, il est vrai, pour les services maritimes (exception faite pour les riverains). Mais il va bientôt prendre sa revanche sur les travaux du chemin de fer. Longtemps le recrutement du personnel noir a été pour la Compagnie du chemin de fer un continuel sujet de crainte et d'angoisse pour ainsi dire, jusqu'au jour où le Bas-Congo a commencé à voir que lui aussi pouvait travailler comme ces étrangers, Sénégalais, Accras, Dahoméens, Cafres, Barbades, Chinois, qu'à grands frais, avec d'insurmontables difficultés, il fallait amener sur la ligne.

Il s'essaya par des engagements de quinze jours, puis d'un mois aux travaux de terrassements, et en peu de temps, nos ingénieurs firent de lui un poseur de voie. Les premiers Bas-Congo commençaient à s'enrôler ainsi vers le mois de mai i8g3.

Ils s'engagent aujourd'hui pour un terme indéterminé, au salaire journalier de i fr. 5o en espèces, et la Compagnie en emploie environ 450.

Ce résultat a été obtenu à l'arrivée de la tétc de ligne au delà de Kenghé da Lemba, c'est-à-dire au point où la voie ferrée rencontre les premières populations. Il est hors de doute qu'avec l'avancement des travaux, la Compagnie arrivera à recruter presque tout son personnel noir sur place.

Que si l'on s'adresse à l'intellect du Bas-Congo, on

reste frappé des résultats obtenus par les missionnaires. Je citerai quelques exemples :

Le 23 juillet i8go, partis le matin de la station de Loukoungou et remontant la vallée de la Loukounga, nous atteignons à 2 heures de l'après-midi le village de Sama.

Le chef Mayala met sa hutte à ma disposition. A l'une des parois un tableau noir avec les ba, be, bi, bo, bu pour les petits sauvages, à qui, chaque samedi, une dame missionnaire de Loukoungou vient donner la leçon.

Le chef est sous sa vérandah, dans une chaise longue, présent de la mission ; autour de lui son m' léké (héritier présomptif), des femmes, des enfants, ayant en mains de petits livres qu'ils lisent attentivement.

Au coucher du soleil, le tambour appelle les fidèles à la prière du soir. Les femmes, les enfants, quelques hommes se réunissent dans la hutte du chef, dont le m' léké entonne des chants pieux que tout le monde accompagne à pleine voix. Entre chaque chant, un sermon pendant lequel tous ont la tête dans les mains. Mes gens se sont joints aux noirs de Sama, et j'entre aussi dans la case-église, le chapeau à la main, très ému devant le résultat obtenu par un missionnaire que j'aime de tout mon cœur, le brave et digne M. Hoste, de Loukoungou. Car, certes, il n'y a dans ce que je vois, aucune affectation ; ces cœurs primitifs ne posent pas pour la galerie; j'assiste à une manifestation naïve de la confiance qu'a su leur inspirer un blanc qui est bon pour eux, et il me semble sentir qu'on peut avoir toute confiance aussi en ces aborigènes frustes mais si bien doués.

A la mission suédoise de Moukiboungou et à la

mission anglaise de Loutété, s'imprime un journal écrit en fiote, composé par le personnel noir de ces missions et lu dans tous les environs. On y imprime aussi, toujours avec des ouvriers indigènes, des livres de cantiques, des abécédaires, un almanach donnant notre calendrier avec une adaptation fiote...

Parmi les curiosités du compartiment congolais à l'exposition d'Anvers, il nous a été donné de voir un modèle de l'imprimerie de Boma, fonctionnant; les protes étaient des noirs, dont deux sont restés en Belgique , pour se perfectionner chez M. Van Campenhout.

Des diverses et nombreuses missions (quinze environ) qui se sont développées dans la région des Chutes, des groupes d'indigènes évangélisés parcourent le pa3's, disant partout la parole de paix.

Et comme on sent bien là-bas la grandeur de cette parole: « Gloire à Dieu, au plus haut des cieux et paix sur terre aux hommes de bonne volonté. »

En décembre 1890, je me trouvais cliez Makitou, l'un des grands commerçants noirs de la région des Cataractes. J'y vis arriver un noir des environs de Kingusclii sur le Kwango; il apportait à Makitou une lettre d'un de ses fils qui accompagnait Dhanis, à la tête de 5o auxiliaires Bas-Congos. Cette lettre, écrite en fiote, fut lue à Makitou par un autre de ses enfants.

En août i8g3, je reçus à N'soungui une lettre fiote, envoyée par le même Makitou, pour annoncer qu'un convoi de porteurs avait quitté le matin son village vers Loukoungou. La formule qui terminait cette lettre équivalait à «( votre dévoué camarade ».

Ceux qui écrivaient ces missives étaient des élèves

de la mission de Loutété, qui; sous la direction de M. et M'^^ Bentley, est devenue le point le plus avancé peut-être de toute la région.

On ne saurait plus douter des résultats que donnera l'utilisation des indigènes dans la région des Chutes. Le développement du travail dans cette région, depuis la fin de i883, est fait pour désarmer l'esprit le plus prévenu.

Jusqu'à cette époque, le transport annuel vers Léopoldville avait atteint 1,200 charges environ, et se faisait par un personnel étranger de Zanzibarites et de Loangos.

En i885, 12,000 charges furent transportées par les Bas-Congos.

En 1887, 5o,ooo charges.

En 1893, 80,000 charges ont atteint le Pool, sur des têtes de Bas-Congos.

En tenant compte : i" des charges apportées par le commerce indigène et provenant non seulement des factoreries de Matadi, Nokki, Ango-Ango, etc., mais de la frontière portugaise par la route de San-Salvador ; 2" des charges partant de Loango par la route du Mayombé en destination de Brazzaville pour le Congo français, les missions françaises et les commerçants, il est certain qu'il arrive actuellement au Pool environ 110,000 charges par an; or, la charge est aujourd'hui de 35 kilos, ce qui représente un total de 3,58o tonnes.

C'est, dans l'histoire générale du travail humain, un exemple remarquable et fortifiant de la prompte assimilation au travail de peuples barbares.

J'extrais du Congo illustré, quelques lignes fort bien pensées et fort bien écrites :

« L'homme qui s'astreint, pour un salaire minime,

à une besogne aussi pénible que celle des transports, ne peut-il être amené à participer à d'autres travaux? Cela paraît d'autant moins douteux que les salaires gagnés lui auront permis la satisfaction d'une partie de ses besoins. Pour dire toute notre pensée, nous estimons cependant qu'on réussira moins facilement à entraîner les nègres à travailler sous le contrôle direct du blanc, qu'à transporter des charges en caravanes libres, et cela se comprend aisément. Mais ce n'est là qu'une question de temps. Avec l'avancement du chemin de fer, il arrivera un moment où les porteurs ne seront plus autant sollicités ; puis, ils se présenteront plus nombreux que les charges à transporter, pour voir finalement leur industrie ancienne détruite, le jour où le chemin de fer sera terminé.

» Ace moment décisif de leur évolution, ils devront bien chercher un autre champ d'activité. Mais on peut, dès maintenant, affirmer que ces populations de la région des Cataractes, qui gagnent annuellement près de deux millions à transporter des charges entre le bas-fleuve et le Stanley-Pool, sont aujourd'hui converties au travail. Elles fourniront des bras à l'agriculture quand les transports viendront à leur manquer. »

Voici encore l'opinion d'un voyageur belge qui eut la dure mission de diriger le transport de lourdes charges de steamer, dont le poids, avec chariot, a parfois atteint quatre tonnes :

« Une fois attelés à ces lourds véhicules, les nègres n'épargnent ni peines ni fatigues pour réussir dans leur difficile entreprise. Ce sont des gens courageux, ardents à l'ouvrage, un peu craintifs peut-être, mais qui gagnent

vite confiance dans le blanc. Ils demandent à être conduits à la fois avec fermeté et avec bonté. Ce sont des hommes qu'il faut conduire comme partout il faut conduire des hommes. Il y a, je crois, peu de races dont on peut attendre autant de services, au point de vue du travail manuel, que de la race noire. Le nègre, comme tous les peuples enfants, est certes imprévoyant, mais il est éminemment perfectible. Mais nous-mêmes, n'avonsnous pas été comme eux? Du temps de César, nos belles Flandres n'étaient-elles pas en friche?

« Les noirs transporteurs traînant les chariots, sans un instant de répit, avec des rires et des chants, confirment l'opinion du bel avenir qui leur est résen^é. C'est un spectacle émouvant que la traction de ces énormes véhicules au travers d'une des régions les plus tourmentées qui soient au monde. Les chars escaladent les flancs abrupts des montagnes, descendent dans les fondrières, traversent des cours d'eau et les noirs qui les halent ne cessent de se montrer gais et soumis.

« Le but une fois atteint, ce sont des hourras, des cris d'enthousiasme. »

J'ai entendu souvent ces hourras, ces cris d'enthousiasme, et particulièrement dans deux occasions dont le rapprochement me frappa vivement.

La première fois, à Léopoldville, un dimanche de soleil radieux. Il était onze heures; sous les vérandahs, les Européens, un peu engourdis, prenaient l'apéritif. De l'avenue qui termine la route des caravanes, une rumeur vint, lointaine, rumeur de foule excitée, grandissant et se résolvant en clameurs, puis en un chant qu'à pleins poumons lançaient cent vigoureux moncauds apportant

aux chantiers de Léo une chaîne lourde et longue de plus de cent mètres.

Nous nous étions tous levés pour nous ranger sur le passage de ce serpent de fer qui venait d'onduler, fantastique, sur une route de 400 kilomètres, meurtrissant de ses trois mille kilos tant de robustes épaules.

D'un geste bien rythmé la chaîne fut jetée bas, et comment dire les gambades, la fantasia, les rugissements de ces travailleurs noirs manifestant en sauvages consciencieux la satisfaction des difficultés si courageusement surmontées ? Pas un Européen qui ne se sentit ému et électrisé...

En août 1893, j'entendis de nouveau ces clameurs et ces hourras, dans des circonstances inoubliables.

Je descendais du Haut-Fleuve, pressé de revoir Matadi que j'avais quitté quatre ans auparavant, au moment où les ingénieurs chargés des premiers travaux de la voie achevaient de dresser leurs tentes.

La jambe traversée d'un coup de feu, j'avais dû parcourir en hamac la route des caravanes, passant les rivières à califourchon sur des arbres renversés, lorsque nous atteignîmes Kenghé da Lemba, le point extrême où arrivaient à ce moment les locomotives de service. Je ne dirai pas l'impression qui me secoua à la vue du chemin de fer. Je ne saurais l'exprimer. Assis sur le talus que rectifiait une équipe de Chinois, je ne sus que pleurer à grosses larmes, évoquant les âmes de tous ceux qui n'étaient plus, et dont les efforts passés eussent été payés au centuple par la vue du double ruban d'acier qui va permettre au cœur de l'Afrique de battre à coups réguliers et puissants.

La ligne n'était pas en exploitation encore, mais grâce à l'obligeance de M. l'ingénieur Eymard, nous pûmes profiter d'une machine de service regagnant JNIatadi : bagages, porteurs et nous-mêmes installés pêle-mêle sur trois ou quatre wagons plats. Le jour tombait. Nous approchions de Matadi, ayant franchi à pleine vapeur tant d'obstacles jetés bas par l'énergie de nos ingénieurs, et dans nos cœurs il ne s'était trouvé place pour d'autres sentiments que l'étonnement et l'admiration.

Xos noirs chantaient et trépignaient.

La nuit s'était faite profonde ; les feux de savanes l'illuminaient au loin lorsque le train atteignit la M'pozo. Sous un hangar de chaume, près du pont qui franchit le confluent de cette rivière, trois à quatre cents porteurs étaient installés pour la nuit. A l'approche du train, tous s'étaient dressés : une immense clameur, clameur de joie sauvage, brusquement répondit au sifflet strident de la locomotive. Dans ces hourras, qui couvraient le fracas des roues, montait le cri de délivrance de ces bêtes de somme intelliijentes acclamant le monstre de fer et de feu, le fétiche béni qui allait bientôt enlever de leurs têtes crépues les milliers et milliers de fardeaux dont elles étaient meurtries depuis si longtemps.

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A cent pieds en contrebas, sur ses derniers rapides aujourd'hui dominés, le Congo tordait ses flots écumants; dans les gorges sauvages, qu'incendiaient les herbes embrasées, se répercutaient les assourdissantes clameurs; éblouis, le cœur chaviré, il nous semblait voir flotter des bannières d'allégresse, entendre tonner des salves triomphantes, et nous ne savions que répéter et répéter encore : hourra ! hourra !

L'un de nous manifesta son émotion en lançant aux eaux du grand fleuve dompté, tout ce qui lui tombait sous la main; c'est ainsi que nous arrivâmes à Matadi sans chapeaux, sans cannes et sans pipes : nous avions fait au Congo l'holocauste de ces singuliers ex-voto.

Je me rappelai le lendemain la chaîne de Léopoldville, et je sentis nettement que l'enthousiasme des noirs porteurs devant le chemin de fer était vrai, leur reconnaissance légitime, sincère et infinie.

Le chemin de fer achevé élèvera d'un échelon dans leur évolution économique ces peuplades intéressantes : le noir deviendra agriculteur.

Ainsi, progressivement mais rapidement développé par le travail et l'exemple, il se rendra digne de l'avenir qui lui est réservé.

Et comme le Bacongo, l'habitant des rives du Haut- Fleuve a fourni la preuve suffisante que nous serons par lui secondés complètement, dans la mise en rapport de la noisette dont parle Stanley.

Comme exemple, prenons à Léopoldville ces milliers et milliers de charges de 3o kilos. Comment vont-elles arriver à 2,000 kilomètres de là? Par eau, grâce à la

flottille du Haut-Congo, grâce à ces quarante vapeurs venus de la côte par petits morceaux, et que des ouvriers noirs ont aidé à remonter sur les chantiers de Léopoldville, car ce sont des Bangalas, des Wangatas de l'Equateur, des N'gombès de Basokos, des Bakoumas des Falls qui, guidés par quelques mécaniciens blancs,

et noirs de la cote, remplissent les chantiers de Léo et de Kinchassa, forgeant, rivetant, tapant ferme du marteau, tout en chantant à pleins poumons.

CKantWangala3

CKanlBangala

Il fut relativement facile d'initier les noirs aux travaux des chantiers de Léo et de Kinchassa, car ils ont comme forgerons des qualités propres, dont la preuve est fournie par les formes multiples et souvent très élégantes qu'ils savent don- 1 ner aux nombreux objets en fer et en ' cuivre qui se fabriquent dans le Congo tout entier.

A l'heure actuelle, trente-neuf steamers, disons-nous, sillonnent constamment le Haut-Congo et ses affluents; trente-neuf embarcations à vapeur font circuler partout la vie et le progrès, ravitaillent les ports, chargent et déchargent

les marchandises, transportent les troupes

Nous ne signalerons que pour mémoire les steamers desservant le Congo-Maritime; l'un d'eux, VHnondcLle, appartenant à l'Etat, fait le service régulier de Borna à Landana le long de la côte. Une réduction de VHironddle a figuré au compartiment congolais, à côté des

modèles si intéressants des steamers du Haut-Fleuve, dont l'énumération détaillée s'impose :

Etat du Congo. — 12 steamers : Ville de Bruxelles, Ville d'Anvers, Ville de Bruges, Stanley, Ville de Garni, En avant, A. I. A., Ville de Vcrviers, Ville de Charlcroi, Ville d'Ostende, Xzl Délivrance, la nouvelle Ville de Liège.

Congo Français. — 4 steamers : Oubanghi, Djoiié, Faidherbe, Alima.

Société Anonyme Belge. — 14 steamers : Archiduchesse Stéphanie, Princesse Clémentine, Roi des Belges, Baron Lamberniont, Auguste Beernaert, Florida, Général Sanford, Katanga, France, Ville de Pans, Scioute, Seine, Rhône, Damnas.

Maison hollandaise. — 4 steamers ayant leur port d'attache sur le territoire français: Holland, Frederik, A ntoinette, Wcndcline.

Mission belge de Scheut. — i steamer : Notre- Dame du Perpétuel Secours.

Mission française du Saint-Esprit. — i steamer : Lécn XIII.

Mission Baptiste anglaise (B. M. S.). — Deux steamers : Pcace et Godwill.

Mission Baptiste américaine. — i steamer : Henry Rééd.

Mission anglaise du Balololand. — i steamer : Pioitecr.

De ces 3g vapeurs, 3o ont leurs ports d'attache dans l'Etat Indépendant du Congo, 9 dans le Congo français.

L'Etat Libre a 11 vapeurs; le Congo français 4, qui ensemble ont un tonnage moindre qu'une des 4 grandes canonnières de l'Etat.

Le commerce dans l'Etat du Congo est représenté par 14 vapeurs et de nouveaux sont en cours de route; dans le Congo français par 4,

Enfin , les missions de l'Etat Indépendant ont 5 grands steamers ; le Congo français a une petite chaloupe, ancienne embarcation à voile transformée après coup.

Je dois à la vérité de dire bien haut que cette petite chaloupe des missionnaires français, le Léon XIII, est de tous les steamers du Haut-Congo, un des plus actifs, des plus entreprenants, des plus infatigables : c'est le père AUaire qui le mène et les qualités du Léon XIII ne sont que le reflet de celles de son capitaine.

En dix ans il a été perdu 4 steamers : le Ballay, steamer français, qui sombra corps et biens dans les chutes de l'Oubangi ; l'ancienne Ville de Liège, à l'Etat, qui se perdit dans le Lomami ; le Baron Webcr, petit vapeur de la Société belge, qui coula en face de la rivière Noire (entre le Stanley-Pool et le Kassaï) ; et le Courbet, bateau français, qui vient de couler à pic, devant Tchoumbiri ; la presse française qualifie de « cuirassé » cette petite chaloupe de 10 à i5 tonnes.

Au total 43 steamers sont venus au Stanley-Pool par petits morceaux, sur des têtes de nègres. Le poids moyen de ces petits morceaux étant de 3o kilos, pour les transporter tous en une seule caravane, il aurait fallu mettre en marche une armée de porteurs avec capitas, portenourriture, chefs, surveillants blancs, etc., forte de 100,000 hommes, l'effectif de l'armée belge.

Avec toutes les ressources dont dispose aujourd'hui le portage à dos d'hommes, il faudrait encore plus d'un an pour recommencer la montée de ces 43 vapeurs de Matadi à Léopoldville. Et si l'on songe qu'un seul grand steamer de mer de 3, 000 tonnes est capable d'apporter

en une fois dans ses flancs les 43 steamers du Haut-Congo, on aura une fois de plus l'idée des difficultés qu'il y avait à attaquer l'épaisse enveloppe de la noisette dont parle Stanley.

Les steamers du Haut-Congo ont des équipages indigènes, comprenant jusqu'àSohommes pour les grands transports, se réduisant à i5 hommes pour les petites chaloupes. En comptant 3o hommes en moyenne par steamer, on voit que la flottille du Haut-Congo emploie 40x3o= 1,200 travailleurs recrutés dans tous les villages riverains. Les plus recherchés sont les Wangatas de l'Equateur, les Loulangas et les Bangalas.

Ils remplissent les fonctions d'aides-mécaniciens, de chauffeurs et surtout de pilotes, et dans ces dernières fonctions ils montrèrent tout dès le début de telles aptitudes, que la circulaire suivante fut adressée à tous les commissaires de district du Haut-Congo, par le Gouverneur Général :

Boma, le 28 août i88g.

Messieurs,

Le nombre de capitaines de steamer étant très limité, il n'y a pas (rinconvénient à ne pas avoir de capitaines de réserve, car les petits steamers tels que VA. I. A., En Avant, Ville de Gand, Ville de Verviers, etc., peuvent très bien, à la rigueur, être conduits par des pilotes noirs. Cela a d'ailleurs souvent été le cas pour 1' ^. /. ^. et VEn Avant.

Je recommande donc aux commissaires de district du Haut- Fleuve d'avoir soin de former incessamment de nouveaux pilotes noirs. Les pilotes de rivière sont surtout formés par la pratique ; or, les noirs, avec leur merveilleuse mémoire locale, ont des facultés extraordinairement utilisables dans ces fonctions.

Pour le Gouverneur Général absent,

L'Inspecteur d'État,

(Signé) Cambier.

Ce sont aussi d'excellents chauffeurs, observant très bien le niveau. d'eau, le manomètre, les soupapes, réglant sans hésitation le jeu des pompes et du giffard.

Enfin, comme mécaniciens, ils font tout le service courant de la machine. Le mécanicien blanc répare et ajuste sa machine que l'indigène conduit alors parfaitement; et souvent je me suis surpris, absorbé dans la contemplation de ce fils farouche de l'Afrique l'œil sur le cadran du télégraphe, la main sur les leviers de marche !

Je le trouvais très crâne et dans mon esprit subitement pensif je le voyais grandir, se transformer, devenir notre égal.

Parfois le mécanicien blanc tombe malade à ne pouvoir quitter sa cabine; alorsc'estunBangala-, unWangata, un N'gombé qui assure tout le service. Le fait est frécjuent; ainsi, en avril i8g3, le mécanicien européen de la Ville de Bruxelles a3^ant contracté la variole, son aide noir, un superbe Bangala, ramena le vapeur du fond du Lomami au port de Léopoldville; la distance par eau entre ces deux points est de près de 2,000 kilomètres.

Et pour donner un exemple plus frappant encore de

ce que l'on peut obtenir de l'indigène du Haut-Congo à bord des vapeurs, je citerai un dernier fait :

Un jour de novembre 1891, la table d'Equateurville réunissait trente-deux européens, agents de l'Etat, qui arrivaient à bord de la Ville d'Anvers, en destination des stations du Haut-Fleuve.

Quoique nous n'eussions à ce moment ni beurre, ni café, ni vin, ni farine, nous réussîmes pourtant à recevoir dignement ces nouveaux camarades et à leur offrir un banquet où figuraient, entre autres bonnes choses, un haricot de mouton où n'entraient ni haricots, ni mouton, mais des poules et du maïs, et des poulets farcis dont la recette fut écoutée attentivement par nos invités : « Pour farcir un poulet en Afrique, on hache un autre poulet et on le fourre dans le premier. »

Nous donnions là aux novices, sous une forme plaisante, une idée de l'utilisation des ressources du pays et la conversation s'étant engagée sur ce terrain, on en vint à parler de l'utilisation des indigènes; les nouveaux arrivés ayant paru fort incrédules quant à la possibilité d'en tirer si bon parti que nous le disions, je leur promis de leur faire, le lendemain, une expérience concluante. Le lendemain donc, je pris place avec eux à bord de la Ville d^ Anvers ; j'avais fait chauffer notre petit vapeur Ville de Charleroi, dont l'équipage tout entier se composait d'indigènes de Loulanga dressés par nous. Je fis connaître alors aux incrédules que ces indigènes allaient partir en même temps que nous, que seuls ils conduiraient leur vapeur, et qu'ils arriveraient avant nous à Coquilhatville, à I heure 1/4 plus haut.

Ainsi fut fait. Tandis que la Ville d'Anvers, véritable maison flottante, était obligée de prendre le milieu du courant, ce qui la retardait, l'élégante petite chaloupe,

confiée aux seuls noirs, filait, docile ainsi qu'une légère pirogue, le long de la rive et prenait victorieusement l'avance. Et comme la nouvelle de ce match s'était en un clin d'œil transmise le long de la rive, ce fut devant des centaines d'indigènes accourus et massés au bord de l'eau, que la lutte se déroula, durant que d'assourdissantes clameurs saluaient le succès de la Ville de Charlcroi.

A bord de la Ville d'Anvers il n'y eut plus personne qui ne fut convaincu de ce que pouvait produire l'élément indigène quand on veut se donner la peine de bien apprendre sa langue, de bien lui expliquer ce qu'on veut de lui et surtout quand on s'efforce de lui donner constamment l'exemple.

Dans presque toutes les stations du haut, c'est l'élément indigène, s'engageant volontairement, qui assure tous les services.

Ainsi dans le district de l'Equateur, en 1893, il y avait :

A Coquilhatville : 180 noirs dont i54 indigènes.

A Bassa N'koussou : 85 noirs dont yy indigènes.

A N'gombé : 34 noirs dont 3i indigènes.

Le personnel des particuliers est également presque en entier indigène.

Ainsi les factoreries de la Société Anonyme Belge, dans le district de l'Equateur, emplo3^aient, en 1893, 222 noirs, tous indigènes.

Tous ces noirs sont naturellement et instinctivement de bons soldats ; leur instruction militaire se fait aisément, et ils deviennent d'excellents tireurs. Il me souvient que le lieutenant Sarrazyn, chargé à l'Equateur de dresser un contingent de 80 indigènes d'Irébou, de Boussindi, et

de nos alentours, avait promis 25 centimes à ceux qui, aux séances de tir aux capsules, auraient deux roses sur trois balles. Il ne tarda pas à en avoir pour deux francs par séance, et vint m'exposer son cas : k Si les progrès continuent, disait-il, je vais en avoir bientôt pour dix francs par jour. » Je félicitai vivement l'instructeur et ses recrues, et engageai le premier à doubler la distance de tir.

Des métiers où excelle rapidement le Congolais sont

ZMMyAt/:trtf

ceux de briquetiers et surtout de scieurs de long. Presque toutes les missions protestantes des rives du Congo sont bâties en planches débitées en forêt par des scieurs noirs recrutés sur place. Il ne faut pas un mois pour dresser des équipes au maniement de l'hermincttc, du cordeau, du fil à plomb, de la scie de long; les capitas de chaque équipe ont un tourne-à-gauche et une lime tiers-point,

et ils savent parfaitement donner eux-mêmes la voie et affûter leurs scies.

La station de Coquilhatville comprenait en juin 1893, au moment où je remis mon commandement, trois grands bâtiments en planches sur pilotis, dont les matériaux étaient apportés tous les dimanches matin, par cinq équipes de scieurs, fortes chacune d'un capita et de quatre aides. Ces hommes travaillaient en forêt, où et comme ils voulaient : le dimanche, à l'appel pour la ration, ils apportaient cent planches de 4 mètres de long sur 3o à 40 centimètres de large.

La main-d'œuvre indigène revenait à 20 centimes par planche.

Frappé de cette manière de procéder, un missionnaire anglais de Bo'n'ginda, AL Howell, eut l'idée, chaque fois que des scieurs employés aux ateliers de la mission auraient fini leur terme de service, de leur faire cadeau de tout le matériel nécessaire à la confection de planches, à la condition qu'ils prissent l'engagement d'aller travailler à leur guise en forêt et, quand ils auraient débité un certain nombre de planches, de venir les offrir en vente aux Européens.

Mon retour en Europe m'a empêché de connaître ce qui advint de cette intelligente et louable initiative; si elle a réussi, il n'est pas impossible que les indigènes se mettent à demander des scies et des herminettes,afin de fabriquer des planches non seulement pour nous, mais aussi et surtout pour eux, car ils se mettront vite au métier de charpentier, pour lequel ils ont des aptitudes révélées dans la façon dont, avec des instruments des plus primitifs, une petite hache et une petite herminette, ils parviennent à creuser de très élégantes pirogues qu'ils ornent de couteaux, de lances, de crocodiles en relief;

à confectionner des pagaies gracieusement effilées, des escabeaux, etc.

"Parmi les belles photographies couvrant les murs du compartiment congolais, figurait la reproduction de deux cercueils provenant de l'Equateur : l'un pour un chef, l'autre pour sa femme; ils prouvent que les Wangatas qui les ont confectionnés ont des dispositions à la sculpture.

A Equateur-Camp, toute la charpente était faite par des soldats originaires de l'Ouèllé et qui avaient été dressés par les agents blancs du camp; un de ces charpentiers fabriquait de fort jolies chaises, des tables, des étagères. Ce résultat était dû aux efforts du commandant du camp, le souslieutenant De Bock, et de ses adjoints.

Secondé par nos braves moricauds, nous avons réussi à édifier des stations auxquelles nos plus ardents adversaires en Afrique ne peuvent parfois s'empêcher de rendre hommage. Voici le dernier alinéa d'une lettre datée de Brazzaville, lo avril i8g3, et publiée par la Politique Coloniale, qui la donne comme émanant d'un commerçant français :

« Les stations de l'Etat sont généralement bien établies, et construites soit en planches du pays, comme à Equateurx illc, ou en briques cuites faites sur place, comme à Nouvelle-Anvers, à Basokos, qui sont fort remarquables à ce point de vue et forment de véritables petites villes très coquettes.

)) On peut dire que , matériellement , l'Etat

Indépendant a fait beaucoup, avec, il est vrai, un budget s'élevant au triple de celui de notre colonie du Gabon- Congo. »

Ainsi s'exprime un commerçant français , mais comme il est bien difficile de reconnaître sincèrement et sans restriction les efforts et les résultats de l'Etat du Congo, le même correspondant ne résiste pas au plaisir d'ajouter, in caiida vnieninii, « mais les moyens emplo3'és ne sont pas toujours louables ».

Et rien de plus! Une bonne petite accusation, mais ni fait ni preuve. Il est bien difficile alors de répondre.

Si le correspondant de la Politique Coloniale a voulu parler des difficultés qui exigent parfois une action armée, nous le prierons d'ouvrir l'excellent ouvrage de Jean Dybowski : La route du Tchad, à la page iby . Il y pourra faire son profit des lignes suivantes, relatant l'établissement du premier poste français dans rOubanghi :

« C'est en 1887 que M. A. Dolisie remonta pour la première fois l'Oubanghi jusqu'à Modzaka. Il fut attaqué par les indigènes, mais grâce à son énergie, il parvint à s'échapper malgré le chavirage de ses pirogues dans une eau de dix mètres de fond.

» Trois mois après, il revenait avec ]\I. Uzac, brûler les villages qui l'avaient attaqué, et fonder le poste. »

Comme supplément de réponse au correspondant de la Politique Coloniale, j'ouvrirai les Ref^ions Beyond, publication anglaise mensuelle, qui a donné sous la signature du docteur Guinness, lequel visita tout le Congo, une série de correspondances d'où je traduis littéralement les quelques lignes suivantes :

(( Dès que quelqu'un arrive au Congo, il entend

rapports et rumeurs, dont les g/io ont à peine au fond un grain de vérité.

» En ce qui concerne l'Etat, il a communément contre lui les préventions de tous les commerçants en général. Les trafiquants avaient jadis carte blanche en toutes choses; ils sont aujourd'hui sous un gouvernement. Ils en retirent de nombreux avantages, qu'ils peuvent peut-être négliger de reconnaitre, mais en môme temps ils ont à payer des taxes et à observer certaines défenses. Alors, aux histoires qu'eux racontent, s'ajoutent les histoires apportées de plus haut, ce qui fait déborder la coupe des récriminations contre le gouvernement. Aussi loin que je puisse voir, il n'y a aucune de ces récriminations qui ne pourrait s'adresser identiquement de même à tout autre gouvernement qui s'installerait et essayerait d'en venir aux prises {to grapplc) avec les problèmes ardus d'une civ^ilisation aussi embryonnaire, i)

Le docteur Guinness, qui écrit ce que je viens de dire, arrive sur le Haut-Fleuve; il pénètre dans le Lopori; il essaie de s'engager par terre entre cette rivière et le Congo, au travers des forêts qu'habitent les sauvages N'Gombès; il est accompagné de M. Mac Kittrick, chef de la Congo Balolo Mission; mais à peine ont-ils terminé leur première journée de marche, qu'ils sont obligés de battre précipitamment en retraite devant ces populations qui n'ont pas encore vu de blancs et qui essaient de les enlever pour les manger. Et alors le docteur Guinness, qui a trouvé sur son chemin, les restes d'un jeune enfant dont les farouches N'Gombés avaient découpé déjà la tête, un bras et une cuisse pour le repas du soir; à qui des mères éplorées poursuivies par les cannibales sont venues demander protection; alors, dis-je, le docteur

iqo

Guinness s'écrie, en s'adressant aux contempteurs de l'Etat :

« Se sont-ils trouvés comme nous devant le cadavre de cet enfant mutilé ? Ont-ils obtenu ce résultat que dans ces rivières ces scènes .sont aujourd'hui, Dieu merci, l'exception et non la règle ? Et, en remontant de deux ans en arrière, ont-ils vu les longs convois de pirogues chargées d'esclaves, descendant sans cesse le grand chemin des eaux, esclaves dont beaucoup allaient à un destin semblable à celui rapporté plus haut? Et alors, s'ils réfléchissent qu'un homme laissé seul, un courageux (il s'agit ici du lieutenant Lothaire, le successeur de Dhanis dans la région arabe), a, en aussi peu de temps, si bien pris à la gorge le mal gigantesque, que les traitants cachent maintenant leurs têtes et craignent pour jamais de continuer leur infernal trafic, alors comment ne voudraient-ils pas avec nous remercier le Tout-Puissant pour un tel usage du pouvoir, si sainement apprécié, quoique nous-mêmes, comme missionnaires du Prince de Paix, nous n'aurions pu y avoir recours.

» Sans doute, les agents diffèrent parmi eux, ici comme partout, mais pour ceux avec qui j'ai été en contact direct sur le Haut- Fleuve, je n'ai à en dire que du bien. Placés dans des circonstances exceptionnellement difficiles, et agissant loyalement pour le mieux, beaucoup d'entre eux sont des plus méritants et ont droit à la sympathie, non à la censure, aux félicitations, non aux critiques. «

Ces lignes sortent d'une plume anglaise ; elles répondent aux réflexions trop légères de M. Arthur Silva White qui, dans son important travail : Le développement

- igi —

de l'Afrique, écrit en parlant de l'administration de l'Etat :

(c II y eut en jeu trop de rubans rouges et d'ambitions personnelles, et trop peu d'efforts consciencieux et désintéressés. La faute n'en est pas au généreux Souverain qui est le chef nominal de l'Etat, mais à ses conseillers et à ses officiers. «

Et plus loin, dans une édition datant de l'année courante 1894, M. White écrit sans vergogne :

« Il n'y a rien à attendre du Haut-Congo tant que Tippo-Tip, et ses collègues et protecteurs arabes, le domineront. Ce Bismarck africain, comme on le nomme quelquefois, sait parfaitement que l'Etat du Congo est actuellement incapable de le chasser de ses plantations et de ses parcs d'esclaves, ou même d'exercer d'une manière quelconque un contrôle effectif sur ses actes. »

Comme l'édition d'où j'extrais cette appréciation date de 1894, il faut présumer que M. Arthur Silva White n'a pas encore connaissance des campagnes brillantes qui ont coup sur coup enlevé toutes les positions arabes, et rejeté par delà le Tanganika les maîtres bandits, dont les seuls Belges sont venus à bout jusqu'ici. Sans doute M. White n'a pas encore entendu parler des victoires de Dhanis, ou peut-être ne sait-il pas que ce petit Belge est d'origine anglaise, sinon, avec l'esprit qui prédomine dans tout son ouvrage, pourtant intéressant et très documenté, M. White ne manquerait pas d'assurer que c'est l'Angleterre qui a chassé de l'Etat Indépendant non seulement Tippo-Tip, mais tous ses séides, tous ses collègues. Je lui fournis le renseignement gratuitement.

Mais me voici bien loin de mon sujet. J'ai cité, je pense, assez d'exemples de ce que l'on peut attendre de

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la main-d'œuvre indigène au Congo. Que si l'on s'occupe de l'intellect de ces noirs, les résultats les plus satisfaisants sont encore à constater.

La mission de Loukoléla emploie comme moniteurs de jeunes esclaves libérés par les missionnaires et qui, aujourd'hui, donnent la leçon à leurs frères. L'imprimerie de la mission n'a pas d'autres ouvriers que ces enfants indigènes, et, chaque fois que mes voyages me faisaient passer par Loukoléla, ce m'était un vrai régal que d'écouter les chœurs à trois voix chantés par 5o enfants, qu'un d'entre eux accompagnait à l'harmonium.

C'était encore un enfant, élevé à la mission, qui traduisait en kibangi les ouvrages élémentaires anglais mis aux mains de ceux qui fréquentaient l'école.

A la mission de Bolengui, près d'Equateurville, j'allais de temps à autre assister à une leçon à l'école du Révérend Banks, et mon plus grand plaisir était de prendre un de ces gamins, noirs comme encre, et de le planter devant un énorme globe terrestre sur lequel il me montrait l'Europe, la Belgique, l'Equateur, le point où nous nous trouvions ; puis, il me faisait le voyage d'Equateurville à Anvers, en suivant très exactement le Congo jusqu'au Pool, la route des caravanes, puis le voyage par mer qu'il détaillait au grand complet.

Aussi, je ne manquais pas à toutes mes fêtes, au i<^'" juillet, au i5 novembre, de leur envoyer une grosse ration de sel, lo centimes pour chacun, et de prier les missionnaires de donner congé à leurs enfants, ce qui était toujours accordé.

On pouvait voir au compartiment congolais de l'Exposition d'Anvers des cahiers d'écriture, des travaux de dessin, etc., provenant de ces missions.

Je n'en dirai pas plus au sujet de l'utilisation des

indigènes: l'accord des commissaires de district du Haut- Congo est là-dessus unanime.

Oui, c'est l'aborigène Congolais qui, sous notre direction, mettra lui-même son pays en rapport, d'autant plus que le Congo ne sera pas une colonie de peuplement (à part quelques régions restreintes), mais une colonie d'exploitation, où l'Européen, de par les conditions climatologiques, devra se réserver le rôle directeur, devenant chef d'atelier et de culture, maitre d'école et éducateur.

Ces pays neufs protégeront d'eux-mêmes les aborigènes : le civilisé n'y saura essayer le système des réserves appliqué aux Peaux-Rouges d'Amérique. Et ainsi ce sera de façon avantageuse pour tous, que nous remplirons en Afrique les devoirs qui nous incombent, à nous civilisés, dans l'émancipation de ces territoires arrachés d'hier à leur barbarie séculaire.

Ces noirs savent travailler : le point est acquis. Et il me plaît, en outre, de montrer qu'ils ont également du cœur, beaucoup de cœur.

« Sachez le mener , disait dernièrement Shanu à la Société d'études coloniales, et le noir se fera couper le cou pour vous. »

J'en pourrais citer des exemples à foison.

En 1892, un important groupe du Bas-Arouwimi , les Baondéhs , s'était joint aux Arabes pour ravager les environs.

Chaltin s'y rendit, mais ne put faire entendre raison aux Baondéhs qui le provoquèrent au combat. A un moment donné, au tournant d'une large rue surplombant la rivière de 12 à i5 mètres, le détachement dont Chaltin avait la tète, se vit chargé par quatre rangs de lanciers, surgissant de toutes parts et l'entourant complètement. Quatre ou cinq minutes terribles s'écoulèrent, et à un moment donné, le commandant Chaltin vit se précipiter au-devant de lui un de ses soldats noirs, Moïo (i), qui l'aimait beaucoup, puis tous ensemble, sous l'impétuosité de l'attaque des Baondéhs, furent jetés du haut du talus dans la rivière; la situation était critique, heureusement les pirogues étaient proches.

Chaltin était debout dans l'eau, tenu encore aux jambes par le noir qui s'était jeté devant lui. On les hissa dans une pirogue, et Chaltin constata qu'il avait la jambe ouverte par une sagaie, tandis que le brave Moïo

(1; Mi)i() vi'ut (liro ami.

— igo —

avait été traversé d'une autre lance, destinée à son chef, qu'il avait couvert de son corps, et sauvé au prix de sa vie.

Il mourut quelques heures après.

Demandez au capitaine Chaltin si les noirs peuvent avoir du cœur? Si on peut les aimer et être aimé d'eux ?

Les traits de l'espèce ne sont pas rares, et nombreux sont les officiers à qui des noirs dévoués ont dit : « Maître, ne reste pas à cette place, ne prends pas la tête de la colonne, laisse-moi m'y mettre car je vois plus clair que toi dans la foret. Tout à l'heure quand tu y verras, tu iras de nouveau de l'avant ! »

Fin i8go, nous vîmes arriver à Léopoldville des noirs de Lagos et d'Accra, anciens serviteurs de Van Kerckhoven. Ayant appris le retour de leur chef, ils n'avaient pas hésité à s'embarquer pour Boma, payant leur passage de leur travail, puis faisant la route des caravanes à leurs risques et périls pour venir dire à Boula-Matendé :

(( Maître, nous voici ! Nous avons appris que tu étais revenu pour une longue et dure expédition î Nous t'avons déjà servi trois ans ! Veux-tu encore de nous ? Nous voici. »

J'étais là quand parla ainsi le Houssa Salou arrivant avec une dizaine de ses camarades.

Van Kerckhoven était très ému ; ses yeux brillaient de fierté et d'émotion. Et n'y avait-il pas de quoi !

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C'est que « Boula-INIatendé » était un chef dans le vrai sens du mot, je veux dire un homme qui avait su inspirer à son personnel blanc et noir la confiance la plus absolue, comme aussi le dévouement le plus entier : tous ceux qui l'ont approché ont senti chez lui l'homme juste, réfléchi, clairvoyant, résolu

Résolu !

Au cours de son extraordinaire prise de possession du bassin de l'Ouèllé, le médecin d'avant-garde lui déclare que son état de santé exige son retour en Europe.

Retourner en Europe quand lui, Boula-Matendé n'avait qu'un objectif « arriver au Nil ! »

« Docteur, répondit-il, si je meurs, vous me couperez la tête et les bras, et vous les enverrez à Wadelaï. Si je n'y arrive pas vivant, qu'au moins j'y arrive mort ? »

Ces paroles antiques ne sont plus, hélas, à la portée de tous.

Elles ne sauraient en particulier avoir d'écho au cœur de ces quelques déclassés, bons tout au plus à copier des lettres dans l'un ou l'autre bureau (i), ou à promener le long des trottoirs leurs paletots jaunes et leurs têtes vides, et qui s'imaginaient qu'il n'y avait qu'à aller jusqu'à Léopoldville pour rapporter des sacs d'or. Arrivés à mi-chemin, l'immensité les a épouvantés et ils sont revenus crier aux badauds : « Congo, mauvaise affaire; noirs, incapables de travailler ! » sans se donner la peine de voir, capables seulement de faiblesse et d'impuissance. La peur seule trouve action sur eux et fait travailler leur imagination pour trouver toute espèce de moyens justifiant la vraie raison qui les éloigne du pays noir : ils mentent.

(1) D'iijircs I*. G., La licli;iqiic et le Cuiigo

Mais il n'auront plus l'occasion de le faire longtemps.

Rappelons-nous que le nombre des partants à deuxième terme augmente chaque mois.

Quand Dhanis partit pour le Kwango en i8go, son escorte était faite de Zanzibarites et de Houssas ayant déjà servi sous ses ordres et qui s'étaient disputé à nouveau la faveur de partir avec « Fimbou Mingui ».

Ce sont là des traits de dévouements de noirs pour blancs.

Puis-je en rapporter aussi de noirs pour noirs ?

Oui. Je dirai un épisode du combat de Boèïa, ou mieux ce combat en entier, ainsi que nous le racontait il y a quelques mois le docteur Briart, de l'expédition Delcommune :

« C'était en juillet i8gi.

» Boèïa, capitale d'un négrier arabisé, Simba, était défendue par un fossé, une levée de terre et une palissade.

)' Nous étions trois blancs, le lieutenant Suédois Hakansson, l'ingénieur Diderich, et moi, et nous avions 70 Houssas.

" Devant nous i,5oo adversaires dont la moitié armés de fusils, les autres de flèches et de lances.

» Nos Houssas sont déployés en tirailleurs, et nous arrivons assez près de la ville; mais nos munitions vont

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être épuisées, trois de nos hommes sont morts, une douzaine sont blessés.

» Hakansson envoie Diderich aux caisses de cartouches;laplupart de nos hommes les suivent et, àun moment donné, nous nous trouvons abandonnés, Hakansson et moi, avec deux hommes dont un blessé que j'examine.

» Tout l'effort de l'ennemi se porte sur nous ; coup sur coup je reçois une ballette dans le coude et une flèche dans le genou.

)) La ballette ne me gênait pas, mais la flèche, qui avait pénétré dans l'os, à la partie interne, à environ deux centimètres et demi, pouvait être empoisonnée.

» Et alors je n'en menais plus large, d'autant que les flèches qui pleuvaient de toutes parts menaçaient de me transformer en « pelote ».

)) Diderich et ses hommes ne reparaissaient pas; je dis à Hakansson: « Je suis fichu, laissez-moi, allez-vous-en. ■>■>

» Mais le brave officier, au lieu de m'écouter, dépose sa carabine, s'agenouille, et sans un moment d'hésitation, colle ses lèvres à la blessure et, tandis que le noir encore debout tiraille sans répit, Hakansson suce à fond la plaie, la nettoie au risque de s'empoisonner lui-même, et me sauve la vie.

» Entretemps des hourras annonçaient le retour des nôtres; l'assaut recommence; la ville des négriers est emportée ; l'incendie dévore bientôt le repaire des bandits.

)) Pour moi, j'avais été transporté au camp.

» Je me remis, vouant à Hakansson une reconnaissance absolue.

» Hélas ! je ne me rétablis pas assez vite pour reprendre à l'arrière-garde ma place de colonne. Comme à ce moment c'était la plus critique, Hakansson m'y remplaça,

pour son malheur; le 3o août il était tué avec 12 hommes à Kikondja, près du lac Kassali, dans une embuscade tendue par les Baloubas. ->->

En nous faisant ce dramatique récit, le docteur Briart parlait d'une voix que l'émotion faisait trembler, et nous qui l'écoutions, nous sentions nos cœurs battre à l'unisson du sien.

Combien grande est la perte d'hommes aussi courageux ! Combien leur souvenir se doit perpétuer ?

Gardons en notre mémoire avec les noms des De Bruyn, des Hanssens, des Coquilhat, des Van Kerckhoven, le nom du courageux Hakansson, officier Suédois mort en Afrique pour l'Œuvre du Roi des Belges.

Le récit de Briart fut complété par Diderich, qui nous conta un épisode de courage honorant les noirs à l'égal des blancs.

Après avoir incendié Boèïa, comme nous l'avons dit, le détachement reprit le chemin du camp.

Immédiatement derrière Diderich, venait un chef négrier prisonnier. Tout à coup un coup de feu éclate si près de lui que Diderich se croit touché ; il se retourne et voit foudroyé sur le sentier un noir qu'il prend d'abord pour un de ses Houssas. C'était un des hommes du chef négrier qui, après le départ d' Hakansson, avait enlevé la tenue d'un des soldats tombés à l'attaque du village, s'en était revêtu et, grâce à ce déguisement, était parvenu à joindre la colonne qui emmenait son chef prisonnier, à s'y faufiler inaperçu jusqu'à l'instant où, ayant rejoint son maître, il allait trancher d'un coup de couteau les liens qui le garrottaient; à ce moment le Houssa chargé de la garde du prisonnier, comprit ce qui se passait, et à bout portant fusilla l'héroïque serviteur, victime de son audacieux dévouement.

Le chef négrier se pencha sur le mort, les yeux pleins de larmes, disant : « C'était mon meilleur soldat. »

Cet événement remua les blancs jusqu'au fond du cœur et ils rendirent aussi hommage à cet ennemi mort en héros.

A ces traits d'attachement militaire, je veux joindre un souvenir personnel, que d'aucuns pourront trouver futile, et qui pourtant m'attendrit encore aujourd'hui.

Il y a un an et demi, je quittais l'Equateur en pirogue, en destination de Léopoldville d'abord, de l'Europe ensuite.

Un terme de quatre ans avait fort appauvri ma garderobe et j'avais dû, pour être présentable, me faire confectionner un pantalon en guinée bleue, lequel, complété par un vieux veston jadis blanc, devait me permettre de faire aux Européens que j'allais rencontrer en route, une décente visite d'adieu.

Le lendemain de notre départ, nous arrivons en vue de la mission d'Irébou.

Mon boy cxibc ma fameuse culotte et constate que le tailleur qui l'avait confectionnée avait oublié les boutons.

Grave embarras, car n'ayant plus d'autres vêtements, impossible de trouver des boutons.

J'allais me décider à ficeler ma culotte avec un bout de liane, comme Van Gèle faisait pour ses souliers, lorsque mon boy (ce dévoué gamin recueilli à Loukoungou et mort en Europe) me dit : « Attendez, Monsieur. »

Un quart d'heure après, mon pantalon avait des boutons d'une variété aussi complète que possible, c'est vrai, mais j'étais présentable.

Et tandis que d'une main il me tendait le vêtement, de l'autre le gamin me montrait une petite culotte rouge : (c C'est pour aller dire bonjour à mes amis à l'Inkissi, je remettrai des boutons à Léopoldvillc. «

Brave enfant, ses yeux brillaient de plaisir, tandis que je me demandais combien de blancs seraient capables de pareils dévouements!

II avait réuni un à un des boutons jetés ou perdus par l'un ou l'autre; il avait, en coupant et cousant sa culotte rouge, joui à l'avance de l'étonnement de ses amis lorsqu'au village, quitté depuis trois ans, il reviendrait si bien habillé, A cette culotte rouge que nous pouvions trouver si baroque, il attachait autant de prix que nos copurchics à leur smoking (et à plus juste titre)

Et néanmoins, sans hésitation, il la sacrifiait pour son maître, parce qu'il savait que son maître l'aimait comme une bonne petite bête dévouée jusqu'à la mort...

Il m'a toujours semblé que Tonio avait autant de cœur que nous.

Tonio était un pauvre mioche que les hasards d'Afrique avaient enlevé tout petit à sa mère. Il ne la connaissait pas et sans doute, pour cela, aimait-il d'autant plus le blanc qui avait assuré son sort!

Les hasards d'Afrique!

Il est des régions où l'on peut estimer qu'une moitié

des enfants ne connaît ni père ni mère! Là, la plupart des chefs voient clans leurs esclaves de véritables bêtes, dont ils vendent les enfants à bénéfice.

C'est le cas du Balololand, région que les hordes arabes commençaient à atteindre, venant razzier les villages et emmenant presque toujours quelques femmes et beaucoup d'enfants.

Ces petits êtres n'ont parlois que quatre à cinq ans; ils étaient libres chez eux; des bêtes à face humaine sont venues qui leur ont tué père et mère, qui alors les emportent.

Les pauvrets passent de main en main, de tribu en tribu, et grandissent à des centaines de lieues parfois de leurs villages; les filles pourront un jour devenir les favorites d'un homme assez riche pour les acheter lorsqu'elles auront la beauté du diable ; si elles sont jolies on les tatouera beaucoup; elles auront un moment de gloriole, tôt passé, puis subiront le sort commun : elles enfanteront, mais leurs enfants ne seront pas à elles; propriété du maître, celui-ci les vendra à sa guise.

Et pourtant ces mères noires savent aimer, et prouver leur attachement à leurs enfants.

Je n'ai qu'à puiser dans mes souvenirs, les exemples me reviennent en foule.-

A la fin de i8gi, j'avais décidé le chef de Bokatoula, dans la Loulongo, à me confier son fils, pour le mener jusqu'à Léopoldville.

Le désespoir de la mère, au départ de son fils aîné, était navrant.

En vain le vieux chef lui disait : « Aie confiance dans ce blanc qui a été bon pour nous. Ne nous a-t-il pas traités en amis, alors qu'il pouvait parler en maître? S'il avait le mauvais dessein de ne pas te ramener notre fils,

pourquoi chercherait-il à te rassurer? Ne peut-il l'enlever de force, et toi, et moi-même, et tous les nôtres? Cesse de pleurer, femme! Notre fils va faire un grand et beau voyage; il ira voir les villages que les blancs construisent partout et dont parlent nos légendes; et quand il reviendra heureux et content, il nous dira ces merveilles, et il élèvera devant notre case, au milieu de nos grands palmiers, une maison comme celles qu'il aura vues chez nos amis blancs, afin qu'à leur passage dans cette rivière ceux-ci viennent loger chez nous. »

Et la bonne vieille pleurait plus fort; nous dûmes nous arracher à ses sanglots et à ses cris de désespoir.

Mais, ainsi que le lui avait dit son mari, son fils revint, rapportant des présents de tout genre, car nous n'avions pas manqué de le combler et de lui recommander de dire à sa mère que les blancs avaient aussi, dans leur lointain pays, une mère qui avait pleuré en les voyant pailir, qui souffrait et pleurait leur absence, et qui aspirait à les revoir comme la vieille femme de Bokatoula avait aspiré à revoir son fils.

L'année suivante, je retournais dans la même rivière Loulongo, y rapatriant trente volontaires, retour du Kwango où ils avaient servi deux ans.

Lorsque, vingt-quatre lunes auparavant, ils avaient été engagés, c'était la première fois qu'on leur parlait d'enrôlements de si longue durée avec la condition d'aller servir au loin.

Pourtant ils avaient fini par se décider.

Mais quel désespoir chez les mères éplorées ! Sûrement elles ne les reverraient plus! Ce blanc qui les

emmenait les conduisait à la mort! Ou bien il les vendrait, ou bien il s'en servirait pour ses pratiques de sorcellerie !

Puis elles en avaient pris leur parti, et malgré les assurances qui leur étaient données à chaque occasion, elles demeuraient incrédules et pleuraient leurs fils

perdus !

Et voici qu'un jour pourtant je les ramenais! — Comment dire l'explosion de joie délirante soulevant les villages?

Autrement entourés par les habitants que beaucoup d'entre nous qui rentrent au foyer, nos licenciés passaient de mains en mains, et tous pleuraient et riaient à la fois.

Quel cœur n'eût débordé de larmes devant ces mères embrassant les genoux du blanc qui avait tenu sa parole, et grâce à qui ces primitifs connaissaient pour la première fois la joie du retour des aimés longtemps absents?

Et nous-mêmes, sentant que, ce jour-là, ce cœur étroit des noirs venait de s'élargir pour abriter un amour maternel nouveau, plus grand, comparable aux sentiments de celles qui nous portèrent, nous-mêmes, dis-je, voulûmes manifester la part que nous prenions à la joie générale. Congé fut donné à tout mon monde; perles, grelots, miroirs furent distribués généreusement, et nous oubliâmes notre souper, retenus au milieu des groupes qui dansèrent et se réjouirent toute la nuit !....

Ces scènes sont aujourd'hui courantes dans le Congo tout entier; le retour des contingents dont le terme est expiré est l'occasion de fêtes enthousiastes.

Il faut voir arriver, par exemple, une canonnière ramenant des Bangalas avant ser\'i au loin.

Depuis longtemps leur retour est connu, et dès que les clameurs « Sail oh! Sail oh! » ont signalé le bateau, des centaines de pirogues partent à toutes rames à sa rencontre et vont acclamer les arrivants. C'est à qui leur tendra la main, leur jettera quelques fruits, quelque morceau de poisson fumé ou d'antilope boucanée.

Les pirogues risquent de se faire couler pour tâcher d'aborder le steamer qui a dû ralentir, mais comment résister au plaisir de hâter le débarquement, d'enlever tout de suite l'être chéri !

Les K marnas » si vieilles, si ratatinées, sont venues dans les pirogues ; elles veulent leurs enfants tout de suite, pour les embrasser à pleine bouche!

Et devant ces museaux noirs qui se frottent et se lèchent, nos cœurs de blancs s'emplissent à la fois d'émotion et de tristesse !

Ah ! les noirs sont primitifs, et par suite leurs instincts tiennent parfois de ceux des fauves ! Mais ils ont des cœurs d'homme, et c'est notre tâche à nous, civilisés de toute catégorie, d'aller guider leur évolution et leur donner le bon exemple.

Les traits d'attachement filial et maternel existent

d'autant plus nombreux que l'influence du blanc est plus

- ^ forte, et que, grâce à sa présence, une plus

k^j^ grande sécurité est venue aux noirs.

V^L Le monde civilisé se doit à ces popula-

^" tions qui ont besoin avant tout de sécurité;

\ ; en la leur apportant, nous leur révélons l'àmc

I ^-^ h et l'humanité à elles qui ne connaissaient

encore que l'instinct et la bête !

Et les résultats obtenus sont la consécration irréfragable des espérances que nous fondons sur l'utilisation entière de la Race Noire pour le développement indéfini (le son berceau !

La main-d'œuvre est donc assurée au Congo.

Peut-on en dire autant de la direction du travail qui doit venir du blanc ?

Xous disons à dessein la direction du travail car, répétons-le, nous ne tenons pas le Congo pour une colonie de peuplement, mais pour une colonie d'exploitation. Quelques régions restreintes, par exemple les hauts

plateaux du sûH du Katanga, où des températures voisines de o" ont été relevées par les expéditions belges, paraissent offrir à l'Européen de bonnes conditions d'habitat de longue durée.

Dans la plus grande partie de l'Etat Libre, de par les conditions climatologiques, le blanc devra se réserver le rôle directeur; il sera, avons-nous dit, chef de culture et d'atelier, maître d'école et éducateur.

Mais cela même lui sera-t-il possible dans de bonnes conditions ?

Je pourrais reproduire ici les considérations si documentées que nous exposait, il y a quelques mois, le docteur Firket, de l'Université de Liège, citant les exemples de Delcommune et Greshoff : 17 ans d'Afrique ; — Van Gèle : 10 ans d'exploration; — docteurs Sims et Hoste, missionnaires américains; Grenfell, Bentley, Clarke, missionnaires anglais; le père Allairc, missionnaire français ; Légat, agent de l'Etat , et bien d'autres

ayant accompli sans quitter l'Afrique des termes de 10 ans

Au surplus, le docteur G. Treille, inspecteur général du service de santé au ministère des colonies de France, l'émincnt spécialiste en matières coloniales, vient de jeter sur les conditions d'habitat de l'Européen au Congo, un jour tout nouveau.

Après avoir étudié toutes les conditions sanitaires du pays , après s'être livré aux plus démonstratives comparaisons, le docteur Treille conclut ainsi :

« L'Afrique intertropicale ne peut pas être une terre de peuplement européen; ce n'est pas une région à colons partiaires: ce doit être celle des vastes entreprises de commerce, d'industrie agricole ou minière, avec l'Européen comme directeur et capitaliste. Mais, ceci

bien entendu, on peut sans crainte se rendre au Congo : un séjour de trois ou quatre ans n'est nullement incompatible avec le maintien d'une bonne santé, à la condition toutefois pour l'émigrant d'avoir dépassé vingt-cinq ans — l'âge de la croissance terminée, à partir duquel il peut supporter les fatigues de la marche et du travail ; — de ne présenter aucune affection sérieuse du côté des voies digestives; d'être bien résolu, enfin à être sobre et à observer toutes les règles d'une bonne hygiène. »

(( La fatalité des fièvres du Congo n\'st qu'une légende. » Qu'on envisage simplement ce qui se passe à la Côte d'Afrique. Ne considère-t-on pas comme tout naturel d'y aller et d'y vivre longtemps ?

Et pour montrer qu'il est possible de vivre très bien au Congo, j'aurai recours à un argument non pas ad Jiomineni mais ad viuliereni.

Je parlerai des femmes blanches au Congo.

Congo - Minotaure Cimetière des

blancs Voilà quels étaient, quels sont

encore, les éléments d'appréciation des

masses.

Etablir par statistiques que l'opinion

s'est égarée au sujet des décès, que toute

(JL'uvre comparable à celle du Congo entraîne un nécrologe inévitable, d'ailleurs considérablement réduit par l'expérience acquise et le développement des ressources,

n'est pas chose facile quand on s'adresse aux masses; mais ce que le raisonnement, les exposés déductifs, ne sauraient faire, un exemple tout-puissant le fera : c'est celui des courageuses femmes qui, malgré tout, n'ont pas craint d'affronter le climat africain, et qu'on trouve aujourd'hui en plein cœur du Continent Noir, heureuses, bien portantes, élevant des familles déjà nombreuses, garçons et filles venus au monde là-bas et merveilleux de robustesse, alors que la légende court toujours qu'au Congo la femme blanche, comme les plantes des zones tempérées, est frappée de stérilité.

Beaucoup d'Européennes vivent depuis longtemps à la Côte, femmes de fonctionnaires, de missionnaires ou de commerçants. C'est par le Congo, et depuis cinq ou six ans seulement, que le centre de l'Afrique a été atteint par des Européennes, presque toutes Anglaises et Belges. Et ainsi, une fois de plus, se révèle la grandeur civilisatrice de cette œuvre extraordinaire, car parmi tous les éléments de développement humanitaire qui viennent combattre le bon combat contre la barbarie, c'est la femme blanche qui joue le plus beau rôle.

J'ai dit plus haut que c'est surtout son exemple qui vaincra, en Europe, ce préjugé que le blanc ne saurait vivre sous l'Equateur :

« Comment, dira-t-on, les femmes vont au Congo ! Elles s'y marient et elles y ont de beaux enfants ! Mais alors, ce n'est donc pas au climat seul que sont dus ces décès dont on a voulu faire un épouvantail ? •>■>

Eh non! le climat n'est pas seul à accuser! Mais il serait trop long de dire ici les causes réelles de cette mortalité en apparence si effrayante : disons seulement que le Belge paie son apprentissage de la vie coloniale dans laquelle il est jeté brusquement sans avoir, comme

les autres nations, des éléments d'adaptation séculaires. De là, pour les vaillants, des excès de production et de fatigues sans jamais de repos (surmenage mental et corporel), et pour d'autres, insuffisamment trempés, tropde mécomptes et de désespérances spleenétiques, causes de déchets autrement efficientes que le seul climat. Devant cette situation, la ligne de conduite à adopter doit être : patience, courage, persévérance, afin que l'expérience, en s'acquérant vite, se paie de moins de sacrifices.

Ceci dit, ne sent-on pas quelle influence réconfortante peut avoir la présence de femmes dévouées dans nos établissements d'Afrique? Pourquoi la situation des missions protestantes est-elle si florissante? C'est que dans ces milieux devenus, à part le voisinage, identiques aux intérieurs familiaux d'Europe, avec des femmes jeunes, gaies, rieuses, de beaux enfants poussant vigoureusement au soleil, l'homme se fait plus aisément à l'Afrique; il n'a plus si souvent la fièvre, la bile, l'horrible spleen !

Aussi le nombre des missions protestantes au Congo s'accroit-il de façon extraordinaire. Il existe actuellement une quarantaine d'établissements fondés par les protestants anglais, américains et suédois de la Baptist Missionary Society; de V American Baptist Missionary Union; de la SK'cdish Mission; de la Prcsbyterian Congo American Mission; de la Congo Bolobo Mission.

Plus de quarante points, disons -nous, sont déjà occupés. Et je ne crois pas me tromper en attribuant cette puissance d'occupation de l'élément protestant à la femme, à l'épouse bientôt mère, dont la faiblesse s'appuie sur un mari aimé. Ainsi réunis, chacun prend courage, force et confiance. Et alors, tandis que court

toujours la légende scientifique que les plantes des pays tempérés sont frappées de stérilité au pays du soleil, on voit s'épanouir sur les rives du Zaïre et de ses affluents des familles comptant déjà jusque trois enfants : Maggie,

Charlie et Allan Banks sont venus au monde au milieu des Wangatas de l'Equateur, respectivement le i3 septembre 1888, le 20 mars i8gi, le 4 mai 1892.

L'argument de la stérilité primordiale étant ainsi vaincu, ceux qui s'en servaient comme d'un épouvantail n'ont pas désarmé. Ils ont inventé la stérilité secondaire, tertiaire, quaternaire, etc.

Les premières graines, venues d'Europe poussent, s'écrient-ils, eh bien, elles ne donneront pas de nouvelles semences, et si elles en donnent, ces semences ne reproduiront pas !

N'empêche que plus je ressemais mes salades, mes haricots, mon tabac, mes tomates, mes aubergines, mon cresson, plus mes plantes prenaient de vigueur; elles s'acclimataient. De tous côtés : à Banane, à Boma, à Aloukiboungou, à Loutété, à Tchoumbiri, à Bolobo, à Irebou, à l'Equateur, à Monsembé, etc., etc., courent des enfants blancs, émerveillement des milliers de mamans noires qui viennent les admirer, les toucher comme des fétiches portant bonheur. En voyant ces petits blancs grandir, toujours choyés de leurs parents; en observant comment les Européens élèvent et instruisent leurs enfants, les yeux de ces sauvages s'ouvriront tout seuls à la lumière et, une fois de plus, le monde civilisé pourra se féliciter de l'accomplissement si heureux des charges qui lui incombent au pays noir.

J'étonnerai, sans doute, plusieurs de ceux qui me liront en leur apprenant que des mariages de blancs se célèbrent aujourd'hui en plein centre de l'Afrique. En mars 1892, je procédais à Bongandanga, sur le Haut- Lopori, au mariage de ]\L Richard Cole, Anglais, avec miss Margarett Dalgarno, Ecossaise. Les témoins étaient ]\L\L Scarnell, missionnaire anglais, et un Danois,

Gustafson, mécanicien de notre petite chaloupe Ville de Char 1er 01.

Ainsi, au milieu de populations séculairement cannibales et courant sans la plus petite feuille de vigne, à i,5oo kilomètres de la mer, nous nous trouvions cinq Européens de trois nationalités différentes, et trois d'entre eux, un Belge secondé d'un Danois et d'un Anglais, unissaient les deux autres selon les prescriptions de notre code civil.

— « Master Richard Cole, are y ou consenting to take miss Margarett Dalgarno like wife ? »

— « Yes, sir. »

— (c Miss Margarett Dalgarno, are you consenting to take master Richard Cole like husband? »

— « Yes, sir. »

Il y eut banquet; la table était garnie de branches d'oranger cueillies aux bosquets voisins; des bambines, noires comme encre dans leur jolie robe rose, nous servaient ; dehors, sous le soleil à pic, plus de 5oo moricauds de tout âge et de tout sexe, aussi nus que possible, hurlaient et dansaient avec frénésie ; ils ne savaient pas bien ce qui s'était passé, mais comme il y avait eu distribution de perles, de grelots, de miroirs, tous s'en donnaient d'autant plus à cœur joie qu'ils n'avaient plus crainte de voir leurs ébats brusquement interrompus par les anciennes irruptions de voisins redoutés et pillards! N'étaient-ils pas aujourd'hui sous la protection de leurs amis blancs?

Un autre mariage fut célébré en cette mission, en juin 1893, celui de M. Bett avec Miss Whepdalc, une jeune Anglaise ravissante.

A côté de ces femmes mariées vivait à Bonginda, dans la Loulongo, une jeune fille charmante, mignonne

comme une poupée, miss de Hailes. Fille d'un baronnet de Londres fort riche, après avoir conquis ses grades de docteur en médecine, elle avait dédaigné la vie frivole que lui offraient les salons où l'on danse et où l'on flirte; courageusement elle avait pris le chemin de l'Afrique.

Quand je la connus, elle était là depuis quatre ans; il y en a sept aujourd'hui que, souriante, elle soigne le corps et l'àme de sauvages redoutables dont les instincts farouches reprenant le dessus, ont déjà mis plusieurs fois sa vie en danger. Que de blancs ont été soignés par ses petites mains de fée ! Nulle maladie ne lui répugne, et je me souviendrai éternellement de l'avoir trouvée un jour examinant les déjections d'un dysentérique auprès duquel elle venait de passer la nuit entière !

A part la robe de bure, miss de Hailes procède des filles sublimes de Saint-\"inccnt de Paule.

Et que de noms encore à citer à l'actif des missions protestantes : à Banza-Manteka, M'^-^ veuve Ingham; à Loutété, M'-'^ Bentley; à Bolobo, ■\[me Grenfcll, une charmante femme noire de Loango , gcntlewoman accomplie; M"^^ Darby; M'"<^ Harrison, femme du capitaine du Pcacc; à Loukolela, M"^^*Scrijvener ; àlrebou, M'"^^ Moody, dont la petite fille porte un nom indigène, « Amba »; au lac X'toumba, M"^*-^ Clarke, dont le mari a douze ans d'Afrique; à l'Equateur, M"^^ Banks, qui a trois enfants, et sa sœur M'"*-' Murphay; à

Bonginda, M"^^ veuve Mac Kittrick; à Monsembé, Mme Weeks, etc., etc.

La première femme de fonctionnaire de l'Etat Indépendant fut M™ Ingham, alors que son mari, missionnaire anglais, commandait la station de Loukounga (i885). Vint ensuite la femme du capitaine A^alcke, qui vécut, elle aussi, courageusement de la vie d'aventures.

Aujourd'hui, de plus en plus nombreuses sont les vaillantes qui ne craignent pas d'accompagner leurs maris en Afrique; ce sont surtout les fonctionnaires du Bas- Congo qui peuvent amener leurs femmes avec eux : le lieutcnant\'an Dorpc, commissaire du district de Matadi,

a vécu trois ans avec sa femme; son successeur est le lieutenant Le Clément de St-Marcq, également parti avec vSa femme. A Boma, le docteur Reytter a amené son épouse, et depuis tantôt un an et demi, un bel enfant leur est venu.

On sait que le docteur Re3'tter en est à son troisième terme au Congo, Maintenant qu'il y a famille, pourquoi le quitterait-il encore, d'autant plus que sa jeune femme est enchantée de la vie qu'elle y mène, aimée et admirée de tous pour les attentions délicates qu'elle se plaît à prodiguer aux malades? Pour ma part, lorsque, descendant blessé du haut fleuve, j'arrivai à Boma, incapable de marcher et obligé de rester étendu chez moi, loin de l'hôtel, j'eus à me féciliter grandement d'être tombé aux mains d'un si charmant camarade que le docteur Reytter, dont l'aimable compagne ne manqua pas une seule fois de m'cnvoyer une part de leurs repas. Et qu'on juge comment ces merveilles culinaires étaient accueillies par un homme qui en était arrivé à trouver le maïs sec un régal, le sirop de canne à sucre une ambroisie. En rendant ici hommage au docteur Re3'tter et à sa charmante femme, je ne fais entendre qu'un faible écho du concert de louanges que tous deux méritent si complètement.

Les femmes de commerçants sont également déjà nombreuses; l'une d'elles navigue sur le Haut-Congo à bord d'un des vapeurs de transport de la Société Anonyme Belge, dont son mari est mécanicien.

M"^'^ Derscheid, femme du directeur des ^lagasins Généraux, habite Boma.

Et pour terminer ces lignes consacrées aux dignes épouses des pionniers de l'Afrique, pourrais-je mieux

faire que de rendre un hommage ému, que tout le monde pnrtagera, à nos sœurs de charité, épouses du Christ, le

grand pionnier de l'humanité, qui ne dicte qu'une loi : Aimez-vous les uns les autres !

C'est à la fin de i8gi, que partait pour le continent noir la première caravane de religieuses, s'en allant sans espoir de retour, au pays que jusque-là, presque seuls, des soldats intrépides avaient osé affronter. Leur but : évangéliser leurs frères noirs et entourer de soins tous ceux qui, ouvriers blancs épuisés par un travail débilitant, travailleurs noirs rongés par des maladies repoussantes, auraient besoin de la douce assistance que des femmes seules peuvent donner. Les premières sœurs de charité ont occupé les sanitarium de Moanda à la côte, et de Kikanda, près de Matadi, D'autres départs ont suivi vers Léopoldville, et avant peu ces femmes exemplaires seront au Kwango, au Kassaï, dans le Haut- Congo !

Elles ne marchent pas comme les femmes de missionnaires protestants ou de fonctionnaires de l'Etat, aux côtés d'un mari adoré pour qui et par qui elles sont fortes ! Ni la richesse, ni les honneurs ne les attendent! Et pourtant elles s'en vont heureuses, souriantes, prêtes à tous les dévouements, à tous les sacrifices, parce qu'elles ont la foi, rcspérancc et la charité.

Les voies de communication.

De Banane, au bord de la mer, à Matadi, dépôt du chemin de fer, le vaste Congo offre 120 kilomètres d'eau profonde où naviguent, depuis i88g, les steamers de 3,000 tonnes.

De Matadi à Léopoldville, le fleuve se développe sur 3oo kilomètres presque constamment barrés de

2ig —

chutes, et cet obstacle est si formidable que de 1484-85, époque où Diego Cam (officier de la marine portugaise et gentilhomme de la maison de Don Juan II, roi de Portugal), découvrit l'embouchure du Zaïre, jusqu'en

1877, époque où Stanley y arriva venant de Zanzibar, nulle expédition ne parvint à en triompher.

La plus connue fut celle du capitaine James Kingston Tuckey, qui, en 1816, remonta le fleuve

jusqu'à 280 kilomètres à l'intérieur des terres; cette expédition perdit en quatre mois 18 de ses 56 membres.

Après ce désastre on semblait avoir renoncé à forcer cette redoutable entrée de l'Afrique, lorsque le téméraire reporter du New-York Herald résolut la question, en prenant les 32 chutes à revers et en s'y jetant tête perdue. Sa vie, celle de ses hommes étaient à ce prix; presque tous échappèrent, et le monde connut ce qu'il y avait dans ce grand vide blanc des cartes les plus récentes; il sut qu'à 3oo kilomètres de Matadi s'amorçait un réseau fluvial incomparable, dont aujourd'hui 3o, 000 kilomètres de rives abordables aux steamers sont reconnues; il sut qu'il y avait là un bassin immense, cent fois grand comme la Belgique, jadis vaste mer d'eau douce et où les eaux ont enfoui des trésors, et que cette plaine immense qui n'avait subi encore aucune défloraison était à prendre; qu'elle était aujourd'hui couverte d'une prodigieuse végétation tropicale, sillonnée par le réseau navigable le plus complet qu'il soit possible de rcver et presque unique au monde, car il ne laisse pas un point à plus de 100 kilomètres d'une rive abordable; et que le tout était peuplé de millions de nègres, ces ouvriers incomparables des tropiques, qui ont su défricher et mettre l'Amérique en culture.

Et pour que tout cela entre en valeur immédiate, nulle autre voie de grande communication n'est nécessaire que le chemin de fer du défilé des cataractes. Mais il faut qu'il se fasse, car alors sera résolue, à notre profit, la question de la pénétration du grand commerce au ccour de l'Afrique.

Depuis quand la vieille Europe commercc-t-elleavcc l'Afrique par la côte occidentale?

Dès l'année i368, les hardis marins Dicppois qui

CÔbe occi dentale d'Europe du capjiorà à GjbraJlar.

Cole occidentale â.'Aïnqu.e de .QibralLar au cap de Bonne Espérance .

Jleseau cL\x

Cançro

Côlejnérjdionale dTiirope de Qibrallar à IdTner J'Azof.

Le Danube.

le !Rl-iin.

La 3vfeu5e .

rEscaui en Bdpri gus

disputaient aux navigateurs portugais l'honneur et les profits des découvertes sur une côte inconnue, abordèrent dans la baie de Dakar : la richesse du sol, la fg-cilité et les gros bénéfices du commerce les y retinrent ; ils établirent une suite de comptoirs depuis le cap Vcrd jusqu'au fond du golfe de Guinée.

Leurs affaires prospérèrent; en échange d'objets de valeur minime, ils obtenaient des peuplades sauvages la gomme, le poivre, l'indigo, l'encens, l'or, l'ivoire, toutes marchandises de haut prix. C'est de cette époque que date l'industrie de l'ivoire sculpté qui fait encore aujourd'hui la fortune de Dieppe.

Les désastres de la guerre de cent ans et les guerres civiles arrêtèrent l'essor normand ; les Portugais et les Hollandais occupèrent les comptoirs abandonnés, et continuèrent le trafic avec succès.

Les Français reparurent à la fin du seizième siècle.

Entre-temps, le cap de Bonne-Espérance avait été découvert en i486, puis revu en 1493, sous le règne de Jean II, par Barthélémy Diaz, amiral portugais ; les orages qu'il y essuya , le lui firent nommer ce Cabo dos todos tormcntos », ou cap de tous les maux; mais le roi Jean changea ce nom en celui de : Cabo de Bueno-Lspcranza », qui s'est conservé jusqu'aujourd'hui.

Un commerce des plus actifs s'établit le long de la côte occidentale d'Afrique que visitent et décrivent, avec force récits et dessins merveilleux, de nombreux voyageurs :

Georges Tompson (1618-1621), — Stibbs (1723-1724), — François Moore (lySo-iySS), — Peter \'an den Broeck, le Hollandais

(i6o5-i6o5), — Le Maire, chirurgien à l'Hôtel Dieu de Paris Ii682-i683), — Atkins (1721 1/23), — Thomas Phillips (lôgS-iôgS), — h père Loyer (i 700-1703), — le chevalier Des Marchais (1724-1725), — Smith (1726-1727), — Lamb (1724),— J^.

Snelgrave (1719-1732), —

Jacques Barbot (1699), —

Grazilhier (1699), — Ed^"*

Lopez (1578-1587), — André

Battel (1589), — Angelo

1666-1667), — Carli (1667),

— Merolla (1682-1688), — Jacques Barbot le Jeune (1700-1701), - Kolben(i7i3), "

— Hamilton (1720), — Belgrade (1766), Descouvières et Joli (1768^,

— Lacerda (1798), — les frères Pombeiros (1806), — Saldanah (1807)

Je cesse cette énumération fastidieuse pour dire que tous ces voyageurs et leurs successeurs cherchent des voies de pénétration vers le

cœur de l'Afrique.

Mais tout le long de la côte, en vain

remontent-ils les rivières et les fleuves;

bientôt se dressent les redoutables rapides, les barrages,

les cataractes infranchissables qu'ont créés les monts

côtiers de l'Afrique occidentale.

De Tanger à Saint-Louis, pas une voie de navigation importante.

A Saint-Louis, le Sénégal, dont la navigabilité permanente pour les avisos à vapeur s'arrête à Ma/on, peut s'effectuer pendant quatre mois jusqu'à Kayes, en aval du rapide des Kippcs, c'est-à-dire au 6"^^ de la distance à vol d'oiseau entre Saint-Louis et le lac Tchad. Cette distance, mssurée en ligne droite de Saint-Louis à la pointe la plus occidentale du Tchad, est, d'après la carte d'Habenicht, de 3,3oo kilomètres. Par le Sénégal- les Français s'en approchent donc à 2,760 kilomètres.

A Bathurst, la Gambie offre une nouvelle voie d'accès navigable jusqu'à l'ile Mac-Carthy à 280 kilomètres de son embouchure.

Puis tout le long de la côte, le Fouta Djallon, les monts Soulimana, les motits de Kong, les monts Gondja élèvent, à 400 kilomètres environ de la mer une escarpe défendant victorieusement l'intérieur de l'Afrique.

Cette escarpe, le Niger la coupe; le Niger ou Dhioliba qui, de ses 3, 600 kilomètres forme un vaste demi-cercle

vers le Nord, puis l'Ouest. Le Niger se divise en trois parties au point de vue de la navigabilité :

Le Bas-Niger (900 kilomètres) allant de la côte aux chutes de Boiissa, considérées jusqu'ici comme infranchissables; — le. Moyen-Niger, de Boussa à Bammako, où les rochers de Sotouba barrent le fleuve; — le Haut-Niger, où la navigabilité est probable.

A 400 kilomètres de la côte le Niger reçoit, à Lokodsa, la Bénoué dont le cours vient de l'Est.

La Bénoué ou Tchadda est une magnifique rivière, profonde et navigable, prenant sa source au nord de N'gaiindéré dans VAdamaiia, et dont un affluent de droite, le Mayo-Kebbi, sert d'émissaire à la grande lagune de Tibouri, confinant à la rive gauche du Logone, affluent du Chari, le grand tributaire du Tchad.

La voie de la Bénoué est incontestablement une des meilleures voies d'exploitation des royaumes de Sokoto, Adamaua, Bornou et Baghirnii Occidental.

Vient ensuite, comme voie de pénétration, VOgooné, dont le cours a 1,200 kilomètres de développement et dont la source, au pays des Batékés, n'est qu'à 200 kilomètres du Congo.

Ce puissant fleuve étend, entre des îles flottantes ou des bas-fonds de sable ou de boue, ses marigots et son vaste delta sans port ; il n'est navigable que jusqu'à 335 kilomètres de la côte, pour les bateaux calant un mètre, qui passent, bien que son cours devienne gêné par des seuils de rocher.

A l'ile N'djolè commencent, et durent pendant 200 kilomètres, les chutes infranchissables par lesquelles

rOgooué traverse les Monts de Cristal, puis ce cours d'eau reste barré par des rapides et des chutes qui le rendent absolument inutilisable comme voie de jonction de l'Océan avec le Haut-Congo.

Le Niari-KwiloH, d'un développement d'environ 600 kilomètres reste la seule voie par laquelle la France voudrait arriver sur le Haut-Congo. L'entrée du fleuve est fermée par une barre mobile assez difficile à franchir; son cours est navigable pendant environ une soixantaine de kilomètres, puis il s'obstrue de rapides assez nombreux.

Actuellement, on ne se sert nullement de la rivière; la route du Niari-Kwilou est presque entièrement une voie terrestre : il faut débarquer à Loango et gagner par terre Brazzaville.

<c La dernière partie de la route, qui ne compte que i32 kilomètres, de Bouenza (point où se terminera plus tard la navigation sur le Niari-Kwilou) à Brazzaville, n'est nullement fatigante à parcourir, les accidents de terrain y étant très peu nombreux et très faibles.

» De beaucoup la plus commode, la voie du Niari- Kwilou est appelée à un grand avenir.

)) Déjà une étude préliminaire de la contrée et un nivellement complet ont été exécutés au cours des années 1 887-1 888, et le résultat de ces travaux a permis de s'assurer que la zone des rapides pouvait être utilisée d'une façon fort avantageuse.

>» Un décret, en date du 25 janvier 1890, a confié

l'étude de la voie du Niari-Kwilou et sa concession à l'industrie privée, qui se trouve ainsi intéressée directement à la mise en valeur et au développement du Congo français. »

Tout ceci est extrait de la 6"^^ Notice illustrée sur les colonies françaises, édition de 1890, qui dit encore :

« On jugera combien sont grandes les difficultés d'accès par le Bas-Congo, quand on saura que le prix de la tonne revient, à Léopoldville, à 2,000 francs; sur rOgooué jusqu'à Lékcti, à i,5oo francs, et par le Xiari- Kwilou, à 1,000 francs seulement. »

C'est à peu près exact, sauf que de Matadi à Léopoldville la tonne coûte 1,000 francs; parle Xiari- Kwilou, i,5oo et que la voie de l'Ogooué attend toujours son utilisation.

Aussi, tandis que le chemin de fer du Congo belge pousse ferme de l'avant, la voie du Niari-Kwilou, malgré le décret de 1890, malgré sa concession à l'industrie privée, est, en 1894, ce qu'elle a été dans le passé, et il parait bien peu probable que les projets qu'elle a suggérés reçoivent jamais commencement d'exécution, malgré le tout récent départ d'une nouvelle mission chargée de réétudier l'utilisation du fleuve.

Ment alors l'ancien Zaïre, le Congo actuel.

Nous avons dit ce qu'il est et comment l'achèvement du chemin de fer mettra 3o,ooo kilomètres de rives navigables dans les mêmes conditions devant le commerce européen que la côte occidentale d'Afrique, le

long de laquelle, depuis la fin du xiv"^^ siècle, les navigateurs recueillent : ivoire, or, gommes, résines, cires, encens, plumes d'autruche, poivre, café, cacao, kola, tabac, coton, caoutchouc, peaux, huiles, sucre, bois de luxe, bois de teinture, orseille, indigo, rocou, arachides, riz, fruits de luxe comme l'ananas, de grosse consommation comme l'orange, animaux de tous genres, etc., etc.

Et qui donc concevrait l'abandon par le commerce de la côte occidentale d'Afrique? Comment alors hésiter à prendre pour champ d'exploitation entièrement semblable, le réseau riverain intérieur offrant actuellement 3o,ooo kilomètres de développement, alors que la côte occidentale d'Afrique, de Gibraltar au Cap, n'en offre que i2,5oo, soit près de trois fois moins.

Si, à ces 3o,ooo kilomètres de rives abordables aux steamers, on ajoute les sections utilisables aux pirogues et aux allèges, on arrive au total de quarante millions de mètres, le tour de la terre.

En supposant que par mètre de rive, en un an, on ne recueille que un kilo d'un produit quelconque d'exportation, le chiffre total des récoltes, sur le Haut- Fleuve, serait de 40,000 tonnes.

Avec un gain net de 5o centimes par kilogramme, le chiffre des bénéfices atteindrait vingt millions de francs.

Quant au mouvement commercial qui en résulterait pour la Belgique, on ne peut guère l'apprécier môme très approximativement; on ne peut qu'en sentir l'importance presque indéfinie.

L'erreur capitale des adversaires de la politique coloniale, en tous pays d'ailleurs, est d'oublier que les colonies sont avant tout des réserves constituées pour

i'avenir, et qu'il est aussi déraisonnable de n'envisager que le profit commercial qu'elles donnent immédiatement à la mère-patrie, qu'il serait absurde, quand on crée une plantation quelconque, de mettre en balance les frais de défrichement et de plantation avec le produit de la récolte des deux ou trois premières années.

Admettons que le kilogramme de produit exporté paie au chemin de fer 20 centimes de Léo à Matadi; les 40,000,000 de kilos, dont nous venons de parler, rapporteraient à la ligne 8,000,000 de francs.

Et il ne s'agit là que du commerce d'exportation ; l'importation, le commerce intérieur, les mouvements de voyageurs blancs et noirs, doubleront ce chiffre de bénéfices.

Ainsi, si le chemin de fer absorbait 100,000,000 pour son achèvement, il rapporterait sans tarder 16,000,000, soit 16 p. c. brut.

Le chemin de fer du défilé des Cataractes se fera donc, par la force même des choses, parce qu'il est fatal qu'on aille aux sources des richesses africaines!

Ne pas s'en rendre garant serait pour la Belgique un aveu d'impuissance et de pusillanimité indigne d'un pays fier et libre, qui saura n'être pas la risée de l'Europe.

Oui, la Belgique va sortir de l'expectative qu'elle a semblé garder jusqu'ici devant tout ce qui s'abrite sous le drapeau bleu étoile d'or, comme si la nation, énervée par un égoïsme jouisseur, devenue comme incapable de sortir de la politique étroite des cabarets belges, croyait que neutralité est synonyme d'impuissance, et s'effrayait de ces entreprises lointaines, de ces durs labeurs, par lesquels nous élargissions les frontières où pourra s'exercer l'activité économique des Belges.

La politique d'extension coloniale n'est pas seulement la suite d'une volonté raisonnée ou d'un dessein calculé; elle est, avant tout, la résultante naturelle de ce besoin d'activité qui compte parmi les meilleurs symptômes de la santé chez les races vigoureuses. Ainsi parlait dernièrement du haut de la tribune française, le Ministre des Affaires étrangères.

Or, parmi toutes les terres tropicales (i), l'Afrique est un champ de choix pour la colonisation, parce qu'il n'y a là ni les mêmes risques à courir, ni les mêmes échéances à redouter qu'en Asie par exemple ; parce que nous avons affaire à des populations de race inférieure pour qui notre présence sera un gage de sécurité; parce qu'enfin aujourd'hui nous n'avons plus de guerre hasardeuse ou douteuse à prévoir pour contenir ou repousser voisins ni rivaux.

Prenons donc franchement le chemin des colonies, afin d'échapper aux grandes catastrophes intérieures dont sont menacés tous les peuples d'Europe.

(1) D'après Jules Delafosse.

La colonisation est le seul allégement possible aux embarras économiques et aux conflits sociaux qui grondent et qui grandissent autour de nous.

La machine se substitue partout au travail manuel, accomplissant à elle seule le travail de plusieurs centaines d'ouvriers, par conséquent raréfiant le travail.

Que vont faire devant ce problème, les législateurs belges, ayant charge de peuple ?

Le collectivisme, ce mauvais rêve qui ne se discute pas, sera vSans doute une des solutions proposées.

Il est matériellement impossible que la loi intervienne entre le capital et le travail, entre l'ouvrier et le patron, sans rompre l'équilibre entre ces deux forces, c'est-à-dire sans aboutir à la fermeture de l'usine ou de l'atelier.

Conçoit-on une loi qui prévienne le chômage et assure au travailleur (quel que soit son rang) la juste rémunération de son travail ? Non ! Toute la question sociale est là cependant !

Il n'y a pas de loi, pas de réforme, pas de Providence d'Etat qui la puisse résoudre.

Il n'y a que des dérivatifs aux conflits qu'elle provoque, et au premier rang de ces dérivatifs il faut placer la colonisation.

Faites que ceux à qui le travail manque en Europe s'habituent à aller chercher ailleurs le champ nécessaire à leur activité ; et reprenons le Congo pour que des migrations belges puissent se faire plus tard vers les hauts et sains plateaux du Katanga; nous- trouverons là l'exutoire naturel, nécessaire de toute société qui ne peut plus pourvoir aux besoins de ses peuples, et qui, semblable à une chaudière sans soupape de sûreté, est fatalement vouée aux catastrophes.

Reprenons le Congo aussi, afin qu'une immédiate

extension commerciale et industrielle assure plus de travail à la classe ouvrière, qui alors saura où sont ceux qui ont vraiment souffert et peiné pour elle, souffert de leur corps et de leur âme, peiné de leurs mains et de leur cerveau, couchant sur la dure, mangeant à la diable, et qui ne demandent qu'une récompense : Voir leur pays tout entier profiter de leurs efforts.

L'achèvement du chemin de fer belije au Conj^o marquera dans l'histoire évolutive du centre africain ; cent peuples nouveaux, sains, ardents, verront luire ce jour-là leur véritable initiation au travail rémunérateur et honnête qui remplacera rapidement la hideuse traite, les hécatombes sanglantes, seuls faits saillants jusqu'ici dans l'histoire de ces nèijres.

Et nous, fils d'un pays bien petit par ses limites, nous prendrons par notre œuvre au Congo une place si grande au milieu des peuples colonisateurs, que, toucher à cette œuvre et aux Belges qui l'auront faite, deviendra une monstruosité que pas un peuple, si fort soit-il, si oublieux puisse-t-il être un jour de toute honnêteté politique, n'osera se mettre sur la conscience !

Notre indépendance européenne, loin d'être compromiseparl'œuvredu Roi, ainsi que le veulent ses détracteurs dont c'est aujourd'hui la dernière raison, sera renforcée et assurée à jamais par le plus inébranlable des traités, savoir: l'admiration du monde civilisé pour la réalisation à travers tant de dangers, de déboires et de résistances, de la plus grande, de la plus généreuse entreprise qu'aient enfantée des cerveaux d'hommes.

Au surplus, le Congo ne peut appartenir qu'à une petite nation (i). L'Europe ne permettrait pas qu'il en fût autrement, car une pareille possession donnerait la prépondérance définitive au grand Etat qui la posséderait.

Du jour où elle appartiendra à la Belgique, — qu'on porte toute son attention sur ce point, — notre nationalité ne sera-t-elle pas consolidée tellement qu'elle ne saurait plus être dissoute ?

La puissance qui s'emparerait de notre territoire prendrait-elle aussi le Congo ?

Si elle en avait la velléité, c'est du coup qu'on verrait une guerre européenne et même générale surgir pour nous défendre.

Boma et Anvers seront nos boulevards au même titre.

Quelle autre signification pourrait-on bien attacher à ces paroles du prince de Bismarck :

« Le nouvel Etat du Congo est appelé à devenir un des principaux gardiens de l'œuvre que nous avons en vue, »

Il est la base de l'équilibre européen en Afrique.

Et ainsi la Belgique ne saurait plus se soustraire à un impérieux devoir, à l'obligation inéluctable de ne pas perdre le sang de tant de courageux morts en souriant, car l'œuvre du Congo manifeste aussi sa grandeur en renouvelant des dévouements de martyrs.

Caton le censeur avait coutume de s'écrier à la fin de tous ses discours : « Et mine addo Carthagincm esse delendam ! »

Ainsi que Carthage était l'ennemie de Rome, le

(1) D'jilU'ès p. Ci., I-a Belf;ique et le Congo.

Congo pourrait-il continuer à rester l'ennemi de la Belgique ! Xos Pères Conscrits pourraient-ils continuer à entendre ce cri funeste : « Et j'ajouterai encore qu'il faut rejeter le Congo ? »

Xon, le cri qui se fait entendre aujourd'hui soulève les enthousiasmes. J'en appelle à tous ceux qui se pressaient à la. réception du lieutenant Dhanis au Cercle Africain et dont les chaleureuses acclamations ratifiaient ces paroles vibrantes de ^'an Gèle :

(( Cette terre du Congo, dont le Roi a deviné l'avenir, nous l'avons, sous sa persévérante impulsion, conquise pas à pas. Ses frontières sont aujourd'hui toutes assurées; tu viens de la débarrasser de ses derniers ennemis.

» Nous la savons féconde : elle récompensera au centuple tous les efforts; elle paiera tous les dévouements!

•>■> Qu'on nous la donne donc enfin en y faisant flotter les couleurs belges! Ceux des nôtres qui sont tombés là-bas auront reçu alors leur récompense !

» Notre vœu suprême sera exaucé!

1) Joins ta voix à la nôtre, ami ! C'est toujours guidés par la même généreuse idée que nous te prions de t'unir à nous, pour la grandeur et la prospérité de la patrie ! »

Le rôle d'expectative que garde depuis trop

longtemps notre généreuse patrie nous humilie! Il doit cesser ! L'heure des résolutions viriles sonne !

Défaillance, arrière! Et sachons faire que bientôt le drapeau tricolore s'écartèle de l'écusson à étoile d'or!

4 Xovembie 1S94.

LA CIVILISATION LNTRAINt LA LUMIÈRE ET LA PAIX

5 Novembre 1894.

Post-Scriptum. — C'est aujourd'hui que se ferme l'Exposition d'Anvers, et avec elle le compartiment congolais.

Ce dernier, espérons-le et souhaitons-le vivement, va venir se rouvrir au plus tôt à Bruxelles, en un Musée du Congo qu'il incombe aux deux Etats, aidés de toutes les bonnes volontés, de tous les efforts, d'installer et de développer grandement.

La Société d'Etudes Coloniales est tout indiquée pour prendre en mains l'exécution de ce projet, qui figure au reste parmi ses travaux en cours d'étude.

En ce musée congolais viendront s'accumuler et se classer les nombreux documents déjà recueillis par les Belges en Afrique, et dont la plupart restent actuellement éparpillés et sans valeur.

XuUe observation, quand elle a été faite sainement et consciencieusement, ne devrait être perdue. Elle peut n'avoir par elle-même qu'une valeur secondaire, mais rapprochée d'autres données, elle peut souvent acquérir

un intérêt relatif très marqué, parfois même capital : ceci est vrai à tous les points de vue, économique, scientifique, moral, ethnographique

Pour ne prendre qu'un exemple, supposons que tous ceux qui ont recueilli des noies sur les dialectes congolais, au lieu de les avoir laissé dormir dans leurs tiroirs, les aient réunies en des mains uniques, il est hors de doute que nous aurions actuellement des documents linguistiques des plus utiles, tandis que nous n'avons encore que bien peu de chose.

Cette concentration des documents ne manquerait pas de se faire rapidement si le Musée dont nous parlons s'installait sans tarder.

D'autre part, ouvrir, organiser et développer un tel monument colonial, serait admirablement préparer la participation du Congo à l'Exposition que Bruxelles projette pour 1897, puis à l'Exposition internationale de Paris en igoo.

Et que le Musée central se complète de collections scolaires aussi nombreuses que faire se pourra !

Pendant le courant de l'Exposition, plusieurs demandes de collections réduites ont été faites non seulement par des établissements belges, l'Institut supérieur de Commerce d'Anvers, par exemple, mais aussi par des établissements étrangers, le Musée national d'Ethnographie des Pays-Bas, à Leyde; le Musée commercial de Greiz (Allemagne), etc.

Cet intérêt des étrangers est significatif : sauronsnous nous engager au plus tôt dans la voie qu'il indique, et faire connaître le Congo dans toutes nos écoles, supérieures, moyennes et primaires, au moyen de collections scolaires réduites, telles que celles demandées par l'Allemagne et la Hollande?

Le Congo connu des enfants le sera alors un pea plus des parents.

A l'œuvre donc !

Second Post-Scriptum. — Je n'ai pas osé parler de la ligne de navigation d'Anvers à Matadi, qui devrait être belge. J'ai eu peur que devant cette extension de la question congolaise on ne crie trop à l'impossible.

Mais je suis bien tranquille là-dessus. Faisons seulement le chemin de fer du Congo, le reste ira tout seul.

Ça se voit.

Lieut^ L. Cii.

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