AVANT-PROPOS
Comme art, l'ophthalmologie est aussi ancienne qu'aucune des autres branches de la médecine. Il à existé de tout temps des maux d’yeux et de tout Lemps on a cherché des remèdes pour les guérir. Mais, tout ancienne qu’elle soit au point de vue technique, considérée scientifiquement elle compte à peine un siècle d’existence. Les temps, en effet, ne sont pas éloignés où elle était tout entière aux mains des empiriques. On comptait parmi ces derniers des hommes d'une grande habileté manuelle, manœuvrant les instruments avec une merveilleuse dextérité, et réussissant parfois à des opérations devant lesquelles aurait reculé un chirurgien prudent et réfléchi. Mais aucune règle ne dirigeait leur conduite ; ils puisaient leursindications curativesexelusivement dans la forme des maladies ou dans des analogies souvent trompeuses, sans égard à leurs canses, à leur nature, à leur durée. Quelque expérience qu'ils eussent acquise, elle leur était personnelle et mourait avec eux. S'ils essayaient quelquefois de la transmettre à leurs disciples, ne rencontrant chez eux ni leur justesse de coup d’œil, ni leur fermeté
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de main, ils causaient de pénibles mécomptes et faisaient quelquefois de nombreuses victimes. La biographie du célèbre Beer, dont M. Jaeger a enrichi naguère les Annales d'Oculistique, fournit à ce sujet de curieux documents.
. En voyant la thérapeutique oculaire de cette époque presque entièrement renfermée dans des médications topiques, on serait tenté de croire que l’on considérait l’œil comme un organe isolé, ne tenant au reste du corps que par des liens anatomiques, ne l’influençant pas plus qu'il n’est influencé par lui. En le qualifiant de microcosme, on semblait vouloir en faire un état séparé, se régissant d’après des lois propres et spéciales,-Jouissant d’une existence indépendante et d’une vie à lui.
Mais quand, grâce à l’impulsion partie de l’école de Vienne, l'anatomie et la physiologie, tant normales que pathologiques, de l'organe visuel furent rattachées à Panatomie et à la physiologie générales, que la thérapeutique de ses affections fut adaptée à leur nature, qu'en un mot l’ophthalmologie prit un caractère scientifique, on comprit que le rôle de l’oculiste ne devait pas se renfermer dans les opérations seulement, etque, pour être médecin des yeux, il fallait connaître la médecine.
Cette vérité, qu’on s'étonne seulement d’avoir laissée si longtemps enfouie ou méconnue, opéra dans l’ophthalmologie une révolution complète. Les médecins les plus distingués de tous les pays en abordèrent l’étude d’une manière sérieuse, et partout s'élevérent des chaires pour son enseignement; des Instituts s’ouvrirent, où les préceptes de l’art furent incessamment soumis au contrôle de l'expérimentation rationnelle, et bientôt le titre d’oculiste, porté naguère par des opérateurs nomades seulement, fut revendiqué par les médecins les mieux posés.
Cependant, et quelque précieux que fussent les faits recueillis par des hommes aussi habiles, ils restaient sans utilité générale, l'usage adopté par les savants d'écrire dans la langue maternelle créant un insurmontable obstacle à leur propagation. Il en est