‹ Congres d'ophthalmologie de BruxellesChapitre 38 sur 112 · I. Historique · texte numérisé non relu

I. Historique

L'ophthalmie égyptienne n'était point connue dans l’armée russe avant 8 — À cette époque, plusieurs de nos divisions séjournaient en France € étaient installées dans des quartiers qui, peu de temps auparavant, avai été occupés par d’autres militaires étrangers atteints d’ophthalmies € maladie s’y développa à un très haut degré; de sorte que, en-1816 et 181% y eut dans le corps russe jusqu’à 5,000 malades atteints d'ophthalmie. retour en Russie, une partie de ces armées se rendit à Varsovie, une & partie fut occupée surles vaisseaux devant Cronstadt, et lereste alla en Crim En 1825, l'ophithalmie égyptienne éclata presque simultanément à Croistss

Varsovie et en Crimée. A Cronstadt, elle à été observée par les professeurs Salomon et Sawenkoff, qui lui ont donné le nom de blepharo-opthalmo-blennorrhea. |

Il résulte de la description de ces deux savants que la maladie a commencé àse développer en 1819, mais ils ne purent ou plutôt ne voulurent pas se pronoucer sur la question de savoir si elle y avait été importée ou non. Ils considérèrent comme causes principales de la propagation du malles influences locales et atmosphériques, et les médecins qui, de leur côté, faisaient en même temps des observations à Varsovie et en Crimée, étaient sur ce point d'accord avec eux. Cependant le célèbre savant, docteur Heiroth, qui était alors directeur du département médical, prétendait expressément que lophthalmie qui avait fait des ravages dans l’armée russe depuis 1819 jusqu'à 1824, n'était autre que l’ophthalmie égyptienne, la même qui avait régué dans les armées alliées en 1815.

Laissons plutôt parler l’auteur lui-même :

« Dans le courant des années mémorables de 1812 jusqu'à 1816, dit le docteur @Heiroth, nous avons vu toute l'Europe en armes. Les armées de différentes nations se rencontraient dans les mêmes quartiers; des blessés et des malades appartenant à des armées alliées ou ennemies ont souvent été accueillis dans les mêmes hôpitaux; en un mot, tous les peuples européens @use trouvaient en différentes relations entre eux. Par ces motifs, la maladie les yeux se propageait à cette époque à un tel degré, que pas une seule des @armées qui prenaient part à celle guerre n’en était épargnée. Dans les «armées prussienne, autrichienne, hollandaise et suédoise, l’ophthalmie @ésyptienne se déclara en 1815, chez les Russes en 1816, et fut apportée dans leur patrie par les armées qui y retournaient. Dans les rapports des hôpieaux des corps suédois à Fréderichhall, en date du mois de juillet 1814, @ilrest dit que l’ophthalmie qui avait régné dans l'armée revenue d'Allemagne @élait contagieuse; car, avant son arrivée, On n'avait point remarqué les Mmoindres traces de cette maladie. Dans l'hôpital de la garnison de Stock- @holm, à la mi-octobre 1814, se déclara une ophthalmie épidémique amenée « par l’armée maritime revenue de Norwège. »

Dans les derniers mois de l’année 1834, commença à arriver dans l'hôpital délarmée de terre de Saint-Pétersbourg un nombre considérable de malades atteints d'une ophthalmie purulente aiguë, et en 1835 le nombre des arrivants éble degré de la maladie s’élevèrent à un tel point, qu'il dut être créé, par ordre de Sa Majesté l'Empereur, une Commission qui fut composée des membres suivants : MM. les généraux Kleinmichel, Chipoff et Tischine ; MM: les docteurs Barronet, Willier, inspecteur médical en chef de l’armée ; lewice-directeur du département médical J. Boutkoff; le médecin ordinaire de…Sa Majesté, Arendt; l’oculiste de Sa Majesté, Lerche; les professeurs Salomon et Saweukoff. Cette Commission formula des principes, en forme de manuel, qui furent répandus partout, accompagnés d’un ordre de M. le ministre de la guerre, en date du 19 novembre 1835, etsous le n° 110.— Dans | cerordre, la maladie était reconnue contagieuse et, dans la description annexée, était désignée sous le nom d’ophthalmie purulente. Plus loin, dans l'exposition dela maladie, il est dit qu’elle peut être épidémique ou endémique.

Des prescriptions thérapeutiques, en rapport avec le genre de la maladie et avee Son caractère essentiellement contagieux, furent instiluées.

Dans la période aiguë, le traitement était strictement antiphlogistique; dans la période chrouique, il était surtout coustitué par des remèdes astringents,

À la même époque, c'est-à-dire en 1834 et 1835, la maladie se déclara à

Varsovie, dans les armées de la garnison, et en 1856 dans le bataillon d cantonistes militaires à Ekaterinoslaw. En 1837 à Sébastopol, en Crimé dans les 13"€ er 15e divisions du b"e corps d'infanterie. Dans cette der è année, Sa Majesté feu l Empereur Nicolas visita l’hôpital de Sébastopol, ot L fus envoyé pour mettre un terme.à la maladie. L L'Empereur me remercia en termes très flatteurs des succès du rail ? ajouta : « Selon moi, ce fléau est pire que la peste même, et sais-1u, cont « nua-t-il, à qui nous devons ce désastre? À Michel Sémonovitsch, com « Woronizoff, el il le désigna du doigt; c’est lui qui nous a apporté cet « maladie de France. Je laissai une partie de son armée à mon frère Const « tin, une autre fut envoyée en Crimée, et le reste à Cronstadt, et depuis cet « époque, le mal s’est répandu dans la plus grande partie de mes armées’ — Puis il me demanda : « Que prétends- tu faire de ceux des malades ch « lesquels les granulations tardent à céder aux remèdes médicaux ? les laïss « dans les are ce serait exposer la santé générale. — les expédier chact « à leur régiment, ou les loger dans les villages est ençore dangereux ;i « communiqueraient la maladie à d’autres. » ; — « Sire, répondis-je, j'aurais l'intention d’en former des divisions par « culières, afin qu ‘ils pussent “M à se trouver sous la surveillance des m « decins jusqu’à complète guérison.

« — J'y consens, dit l'Empereur, et te charge desctis cette mesure. ». À cette occasion j'ai vu avec une vive émotion avec quelle sollicitude pate nelle l'Empereur s’inquiétait des pauvres souffrants, et combien il fut heuret lorsqu'il apprit que la maladie diminuait d'intensité. En 1858, l’ ophthalmie égyptienne continuait encore de faire des victimes Saint-Pétersbourg et à Varsovie, et en 1839 elle se déclara à Moscou; le célèb docteur Pelikan qui, à cette époque, remplissait les fonctions de médecine chef de l’hôpital militaire, en fit l'objet d'un FOR qu'il adressa au départ ment médical (4).

(1) Le médecin en chef de l'hôpital militaire à Moscou, dans son rapport au département éc cal du ministère de Ja guerre, en date du 21 février 1859, sous le no 593, constate ce qui suits « Dans le courant du mois de fevrier, un nombre considérable de malades appartenant

« bataillon gymnastique du 6e corps d'infanterie, et, pour Ja plupart, faisant partie de « 16e compagnie, est arrivé à l’hôpital confié à mes soins. Tous ces malades étaient attag « d’une inflammation purulente des yeux et, à leur arrivée, se trouvaient dans un état dan « reux. Cependant, après les saignées ar et locales etl’application de remèdes indiq « par le genre, le degré et la période de la maladie, une grande partie a éprouvé un 5.1 « ment notable, etjusqu à ce jour leur vue n’est pas en danger, bien que je sois convaincu « les malades qui arrivent actuellement sont attaqués d’une inflammation beaucoup plus Y vi « lente que les autres malades arrivés antérieurement, et j'attribue cette circonstance à la s « cialité de la maladie, qui chaque jour augmente graduellement. » Signé : W. PEuAfS

Le médecin en chef de l'hôpital militaire, à Moscou, dans son rapport au département né cal du ministère de la guerre, en date du 46 mars 1859, sous le n° 554, constate ce qui suit - « En date du mois de février, j'ai eu l'honneur d'adresser au département médical du mir « tère de la guerre un rapport sous le n° 593. constatant que, dans le courant de ce mois, « nombre considérable de malades appartenant au bataillon gymnastique du 6e corps d'in « terie et, pour la plupart, faisant partie de la 16€ compagnie, élaient arrivés à l'hôpital con « mes soins. J'y fis également mention des mesures que je dus prendre; mais, au comm « ment de ce mois, cette maladie a considérablement empiré, autant sous le ra por ES g » vité des accès, que sous celni du nombre des individus qui en étaient attaqués. 1 man « maintenant des malades, la plupart provenant du régiment des chasseurs de Kasan, de « de R. . . et d'infanterie de Moscou, et en outre plusieurs individus attachés aux corpsu « ingénieurs. En lout, sans compter les malades guéris, le nombre s'élève à 208, dont 2 « la moitié est atteinte d’une ophthalmie virulente accompagnée d’ une phlogose de la conj

Les années suivantes l'ophthalmie ésypticnne se maintint avee plus où oins de gravité dans différentes parties de l’armée ; mais les médecins, conaissant déjà plus amplement la maladie et les moyens de la traiter, en empéthèrent la propagation, et y mirent enfin un terme. A l'heure qu'il est, elle existe plus épidémiquement.

HE. — Traitement.

Tous les auteurs qui ont écrit sur l'ophthalmie militaire en Russie coneillent, dans l’état aigu de cette maladie, l'emploi des antiphlogistiques, et, ans la période chronique, celui des astringents.

Depuis 1839, j'ai pris une part active au traitement des malades atteints

nseils de nos auteurs. Cependant, j'ai bientôt acquisla certitude que la méthode Jotiphlogistique n'était pas suffisante dans ce genre d’inflammation des yeux; A1, lorsqu'en 1856 je fus envoyé à Ekaterinoslaw, je changeai la méthode de aitement habituelle et commençai à employer, dans la période sur-aiguë de inflammation, la cautérisation de la conjonctive avec le nitrate d'argent, que L remplaçais quelquefois par le sulfate de cuivre, de sorte que tout mon Ippareil médical contre l’ophthalmie militaire se composait de deux crayons, un de nitrate d'argent, l’autre de sulfate de cuivre.

Le succès de cette méthode de traitement surpassa ce que j’en avais espéré ; ursept cents individus, pas un seul ne perdit la vue, et la maladie disparut omplétement du bataillon des cantonistes militaires.

À celte époque, le docteur Vanzetti, arrivé récemment de l'étranger, et qui bientôt après nommé professeur à l’Université de Kharkoff, \ fut envoyé are comte Kleinmichel. — Il s’étonna des succès de mon traitement et,

liveet des paupières, qui recouvre toute la cornée, et d'un écoulement considérable de matière { purulente. Chez quelques-uns, l’inflammation se répand par toutes les parties extérieures de l'œil. Cette gravité de la maladie ne peut être attribuée qu’à l'influence des vicissitudes atmosphériques, et à l'augmentation du froid au commencement de ee mois-ci et à la fin du mois passé; car la maladie empire simultanément dans plusieurs établissements, et elle se remontre mème avec toute la rigueur des accès dans notre hôpital, parmi ceux qui avaient déjà été guéris d'ophthalmie.

es mesures que J'ai prises en cette circonstance consistent : 1° à placer les malades convenablement, afin de les diviser selon le genre d’inflammation ; deux salles en sont occupées, indépendamment de celles qu'occupent les hommes complétement guéris ; 2 relativement au traitement, j'estime indispensables les saignées réitérées, principalement l'application de ventoûses ou de sangsues autour de l'œil. Ce dernier moyen produit surtout un prompt soulagement et demande souvent à être réiléré deux fois aux mêmes malades, et même plus dans unmême jour; puis, l'application aux tempes du collirit lini opiati, quelquefois cum aqua salurnina, Coll. lactucarit, et, immédiatement après, l'injection d’une faible solution de pierre infernale (de 1 à 2 et 5 grains sur une once d’eau). Dans plusieurs cas, lorsque la sensibilité des yeux est vive, sans que l’inflammation de la conjonctive soit considérable, des fumigations éthérées de vitriol, laudanum tiquidum et collyrium oxyg. murialis hydr argyri sont généralement efficaces, et il en est de même lorsque l'inflammation des paupières est coéitlérable . sans causer de douleurs ; alors des compresses enduites de camphre appliquées sur les yeux ; intérieurement, l'emploi ‘de médicaments antiphlogistiques rafraichissants, tels que clysmata, ebquelquefois calomel, et dans plusieurs cas fartarus emelicus, à hautes doses, n’a pas été sans succès. Enfin, si l’état du malade le permet, après les saignées, application de sinapismes,

raifort et mouches canthar ides.

| « Je crois de mon devoir d'ajouter encore qu’à cause de la haute gravité de l’inflamation, huit individus se trouvent en ce moment dans un état qui offre du doute relativement à leur Vue; et l'un d’eux, après d’intolérables souffrances du cerveau même, se trouve dans un | état fort dangereux. « Signé : WW. PÉLIKAN. »

comme j’en ai été informé, ce qui est bien courtois de sa part, il en fit met flatteuse au Comte Kleinmichel.

En 1857, j'employai les mêmes moyens, et avec le même succès, à topol, comme il est constaté dans le rapport ci-joint, adressé à M. le mi de la guerre, par le célèbre vainqueur de Kars, le général Mourawief commandait alors le cinquième corps d'infanterie (1).

Il ne sera pas sans intérêt de mentionner ici que, lorsque la année, en 1857, à SévasLopol, J'eus le malheur d’être atteint moi-mêm l'ophthalmie militaire à l'œil droit, par le fait de la contagion, avant deu décider à faire sur moi-même l’essai du traitement ci- dessus indiqué, ets frant d’une forte inflammation, je commençai par m'appliquer une gran quantité de sangsues, puis des compresses adoucissantes; le quatrième de la maladie, je me fis une abondante saignée au bras, en un mot, j'emplow plus stricte méthode de traitement antiphlogistique. — Cependant, cela në duisit aucun bien, et lorsque le docteur Andréiewsky, envoyé pour me {r par le prince Worontsoff, trouva qu’il commençait à s’opérer chez moi un mollissement de la cornée, et présumant que l'inflammation se propagea l'iris, me conseilla de prendre enfin du calomel, — alors seulement décidai à employer une solution de nitrate d'argent (quatre grains sur once d’eau). La première application de pierre infernale faite, les doule dans l’œil cessèrent subitement, et je dormis pour la première fois, aprè cruelles souffrances, qui avaient duré sans interruption pendant quatre jou 1 Je continuai d'employer la même solution deux fois par jour, et le cinquièmt j'étais déjà en état de vaquer à mes affaires. Après cela, il ne me resta qu minime trouble de la vue, probablement par suite d’une exsudation ; mai trouble disparut tout à fait bientôt après. |

Depuis cette époque, j’abandonnai définitivement la méthode antiphl@ tique, et, je l'avoue, ce n’est pas sans uue certaine terreur que je me "5 le temps où nous répandions le sang, moi comme les autres, par um tement vicieux de l ophthalmie militaire, dans sa période aiguë. 4

Eu 1858, je fus envoyé à Varsovie pour indiquer aux médécins de € ville ma méthode de traitement, et en 1839, j'allai à Moscou pour mel un terme à l’inflammation épidémique, qui avait éclaté dans les armées y séjournaient, et où j'eus en traitement jusqu'à deux mille ma ide A Varsovie comme à Moscou, ma médication fut couronnée d’un su cel complet. A

Maintenant, je vais tâcher d'exposer les conditions de cette méthode traitement, de l’accomplissement ponctuel desquelles dépend le succès.“ (2

(1) Copie du rapport au ministre de la guerre, Son Excellence M. le général- adjudant @ c Tchernichef}, de la part du commandant du 5e corps d'infanterie, le général-adu Mouravieff 1er, en date du 27 septembre 1857. n° 5871. E

Le médecin chirurgien de Kabath, envoyé par ordre de Sa Majesté l'Empereur, pour & une nouvelle méthode de traitement des maladies d’yeux, qui dominaient dans les armé 15e et 15e divisions d'infanterie, rassemblées à Sévastopol pour les travaux, s’est occupés un séjour de cinq mois à Sévastopol avec un zèle infatigable de l’accomplissement de sa et, en outre, il a indiqué à beaucoup d’autres jeunes médecins les moyens d’un traitemenb cal des maladies des yeux avec une si rare sollicitude, que de 4,000 hommes guéris, il n} pas un seul qui ait entièrement perdu la vue, et trois seulement sont devenus borgnes.

Les soins si utiles du médecin-chirurgien de Kabath, attestés par tous les supérieurs € entière confiance en son art de la part des soldats, el appréciés par moi personnelle m'imposent le devoir d’en faire mention à la bienveillance de Votre Excellence, et de vous de vouloir bien solliciter pour lui une récompense, selon son mérite, de la part de Sa Maje l'Empereur. |

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| Considérant l’ophthalmie militaire comme une maladie contagieuse, qui se mmunique, ou médiatemeut par l'atmosphère des casernes et des hôpitaux,

A. Traitement prophylactique.

4. faut examiner scrupuleusement une à une les personnes bien portantes hrmilesquelles la maladie à fait invasion, et en éloigner non-seulement celles hisont malades, mais encore celles qui offrent du doute. Il est important de bmarquer que souvent leurs supérieurs dissimulent les bons soldats, et que tux-ci cherchent souvent eux-mêmes à éviter l'hôpital; c’est pourquoi la visite bitétre faite d'après les états nominatifs, afin que personne ne puisse s’y sousfaire; car une stricte séparation de tous les malades et même des douteux est principale condition de l’anéantissement de la maladie.

2Ilest préférable d’éloigner pour quelque temps les personnes bien porntes des câsernes où règne la maladie, et il est nécessaire d’aérer et de par- {mer les casernes.

3.…Les malades atteints d’une inflammation aiguë doivent être envoyés à hôpital.

f4Les malades atteints de granulations doivent être séparés, sans être {acés à l'hôpital.

{5.Les convalescents, ceux des hôpitaux ainsi que ceux qui ont élé atteints granulations, doivent être placés dans des corps de logis séparés, en été à feampagne où il y a de l’ombrage et de l’eau vive, en hiver dans des casernes {sainies et surtout non humides.

{0 Les malades atteints de granulations ainsi que les convalescents doivent Wemisités tous les jours par les médecins, et ceux chez lesquels se montrelient des inflammations purulentes doivent être immédiatement expédiés à lôpital. gi ir:

1 Dans l'hôpital, qui doit être séparé, il faut assortir les malades selon le gréde leur maladie, et plus cette dernière est grave, plus les malades doivent re logés spacieusement. |

8ILest bon d’avoir dans l'hôpital deux salles disponibles, afin que toutes > deux semaines les malades plus gravement atteints puissent être trans- Wrtés dans les chambres assainies.

| Pour conserver la pureté de l'air, indépendamment d’une bonne ventila- Jus me faut pas trop obseurcir les salles des malades par l'abaissement des pres, j'ai observé que plus la salle est obscure, plus la photophobie est mace,.et plus les malades s’habituent difficilement ensuite, à la lumière. 1857, à Sévastopol, une partie des malades fut placée dans des salles à pres erts, l’autre partie resta dans des salles sans stores ; or, ceux qui resjent daus les chambres plus éclairées se rétablirent beaucoup plus promptenbque ceux qui occupaient des salles assombries.

10% Quant au linge, il doit être l’objet d’une extrême propreté, et les essuie ains doivent être changés trois fois par jour dans les hôpitaux, et une fois njour pour les malades atteints de granulations comme pour les convalesus. ,

111. Durant l'épidémie, quand le nombre des malades est considérable, pour aque division de malades, et selon le degré de la maladie, on doit désigner des rde-malades et des médecins particuliers, et celui qui est chargé de la surillance générale doit commencer ses visites par les convalescents, se rendre

ensuite chez les malades atteints de granulations et enfin chez ceux qui s frent d’une inflammation aiguë. dl 12. Les médecins, en visitant les malades, doivent user de précautionpi ue pas transporter la maladie d’un malade à l’autre, et n’en pas être att@ eux-mêmes.

B. Trailement curatif.

Le meilleur moyen contre l'ophthalmie militaire est indubitablementd nitrate d'argent. Il est préférable à tous les autres, à cause de sa prom efficacité ; il anéantit immédiatement le processus blennorrhoïdal, tandis" les autres moyens demandent du temps; de sorte que l'affection organiques veux empire considérablement, attendu que la maladie s'établit et pénètre d les parties profondes, et peut enfin complétement détruire le globe del J'ai lieu de croire que l'effet du nitrate d'argent n’est pas seulement caustiq mais encore, sans aucun doute, dynamique.

Dans la période aiguë de l’ophthalmie militaire, j'emploie le nitrate d’argé soit en solution, soit en crayon.

Pour l'emploi de la solution j'observe les principes suivants :

1. Plus l'écoulement du pus est abondant, plus la solution doit être fortes contre, plus l'écoulement est faible, plus la solution doit l'être. La solution‘ se compose de cinq à dix grains de nitrate d'argent sur une once d’eau ; il inutile d'employer une solution plus forte, parce que ce serait un emploi d pendieux et superflu de nitrate d'argent. La solution faible se compose de“ quatre grains de nitrate d'argent sur une once d’eau.

2. Il faut débarrasser l'œil de la mucosité et du pus, coucher le malade rizontalement et lui instiller une quantité suffisante de gouttes; il vaut mi en général en instiller un peu plus qu'un peu moins, afin que la solution pui pénétrer dans tous les replis de la conjonctive. |

3. Le renouvellement de l’instillation doit s'effectuer conformément au dée de l'écoulement des mucosités; plus ces dernières sont abondantes, plus stillation doit avoir lieu suuvent, même jusqu’à six fois par jour; pour un fa degré, deux fois par jour suffisent.

4. On peut aussi introduire la solution à l’aide d’un pinceau de poils martre, fin et effilé. Dans ce cas, il faut avoir sous la main beaucoup de ceaux pour ne pas transporter la contagion, et avoir soin de les DelOyen a fois scrupuleusement dans de l’eau. |

Quant à la cautérisation par le nitrate d'argent, je crois devoir recomit der les préceptes suivants :

1. Après que les yeux ont été débarrassés du pus et des mucosités, il 1 cautériser la conjonctive des deux paupières à la fois ; il suffit pourtant q quefois de cautériser seulement les deux paupières inférieures; mais al faut retourner les supérieures, afin de mettre leur conjonctive en contact celle des inférieures déjà cautérisée; on les remet ensuite dans leur pos normale.

2. La cautérisation doit être opérée légèrement et avec le crayon de ail d’argent, qu’on promène sur toute l'étendue de la conjonctive palpébrale.

3. Si la cautérisation a été faite d’une main habile, il ne faut pas laveren avec de l'huile d'olives ou d'amandes, pas inême avec de l’eau salée, comme conseillent plusieurs praticiens; tout cela diminue l'effet du nitrate d'argen mais il faut seulement, après la cautérisation, tenir écartée, pendant quell moments, la conjonctive palpébrale, avant de la mettre en contact ave copjonciive oculaire.

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DE L'OPHTHALMIE MILITAIRE EN RUSSIE. c 281

L 7 La surface du crayon de nitrate d'argent doit être dépourvue de toute

aspérité pour que la cautérisation soit égale: N

5. Après la cautérisation, le malade “oil rester. très tranquille et tie la position assise; il doit s’essuyer légèrement les yeux avec un essuie-mains sec et propre.

6: Il ne faut permettre aux malades de se laver les yeux que quatre heures lau moins après la cautérisation.

1: 11 ne faut pas renouveler l'emploi du nitrate d'argent avant la chute de (leschare, si ce n’est sur les parties de la conjonctive qui n’ont point été tou- \chées d’abord.

Dans la plupart des cas, une seule cautérisation par jour suffit, mais lorsque lépidémie est très violente, il faut quelquefois y revenir deux fois par jour.

8 L'instillation de la solution de nitrate d'argent, pas plus que la cautérisation, ne doivent se réitérer si tous les symptômes de recrudescence du {processus blennorrhoïdal ont disparu (1).

9 L’affection de la cornée, quelle qu’en soit la forme, n’est jamais un motif {de renoncer à l’emploi du nitrate d’argent.

Dans la période chronique de l’ophthalmie militaire, qui se manifeste par fles-granulations, j'emploie aussi le nitrate d'argent avec un admirable succès, enle remplaçant toutefois par le sulfate de cuivre, lorsqu'il existe une cachexie #scorbutique. [ci je dois pourtant faire remarquer que les médecins inexpérimentés peuvent facilement abuser de ce remède. À Sévastopol, par exemple, J'avais expédié des convalescents, souffrant encore de granulations, dans la fvallée de Baïdar, où il y a suffisamment d'ombre et d'eau vive. Ces individus ffurent confiés à la surveillance d’un jeune médecin, et lorsque, une semaine faprès, j'y arrivai moi-même pour les visiter, je fus fort étonné de trouver parmi feux un nombre considérable de malades atteints d’inflammation aiguë, Il a été |prouvé, après information faite, que cet accident était la suite de fortes cauté- Misations trop souvent répétées. D’autres médecins citent souvent des cas (pareils, et ce sont peut-être ces derniers qui ont conduit à la conclusion que Jle“nitrate d'argent, dans la période chronique, est non-seulement de peu efficacité, mais même nuisible. La principale erreur des médecins, dans (l'emploi du nitrate d'argent pendant la période chronique, consiste en ce qu'ils {s'empressent d'anéantir par ce moyeu les granulations, en cautérisant forte- {ment et très souvent, tandis que les granulations, étant l’état maladif de la membrane muqueuse, disparaissent d’elles-mêmes, lorsque le traitement de Alétat phlogistico-chronique de cette membrane est appliqué régulièrement. Pour cette période de la maladie, j'indique : 4. De laver les yeux deux ou trois fois par jour avec de l’eau pure, et, penit l'été, des bains froids, deux fois par jour. 2: Une nourriture saine et abondante.

3 Chaque jour des promenades à l’air, même des exercices corporels, tant ils ne sauraient porter préjudice à l’état maladif des yeux.

Pour hâter la disparition de l’état chronique de l’ophthalmie contagieuse, uipeut durer des mois et même des années, j’emploie aussi dans ce cas, soit une légère solution de nitrate d'argent (un grain sur une once d’eau) que

instille deux fois par jour, soit une toute légère cautérisation, répétée tous Ales cinq jours, traitement auquel les malades s’habituent facilement, au point :

(4) Tous les collyres émollients sont sans bon résultat, et toutes les injections sont nuisibles. Cautérisation faite de main habile est préférable à l'application d’une solution de nitrate ‘argent.

282 MÉMOIRES SUR De MILITAIRE.

qu'ils vous demandent souvent eux-mêmes de répéter la cautérisation, Lo qu’ils sentent que la maladie commence à augmenter.

Tout ce que je viens d’ exposer ci-dessus m'a conduit à la conclusion positive que l’inflammation des yeux, qui a régné épidémiquement, pendant de longr années, parmi les troupes de l’armée russe, est l’ophthalmie égyptienne €0 lagieuse, et que le remède le plus eflicace pour la traiter est le nitrate d’ arger employé d’après la méthode indiquée, créée par moi il y a vingt ans, et” j'emploie depuis ce moment.

Chiffres des malades atteints de l'inflammation des yeux dans les armées russes” pendant les épidémies ophthalmiques en Russie.

En 1816-1819; parmi les troupes revenant de Paris. . 9,000 » 1819-1895, A Warsovie. 212200 EE 5,160 » 4819-1893, à Cronstadt : CPAM PRRENRE 5135 » 1819-1895, en: Grimée:t2 US SRE NES 8,266 » 1835-1850, à Saint-Pétersbourg. . . . . . . . . . 23,020 » 4836-1820, à Varsovie: 21410408 LRO 15,586 » 4836, à Ekaterinoslqv. :. 10410 00 MER 2100770 » 4837-1840,:en-Crimée. : 41,000 00e 16,462 » 1839, dans l'hôpital militaire à Moscou . . . . . . 2,174

Total etes 16,811

Sur ce nombre :

878 ont perdu un œil.

654 ont perdu les deux yeux.

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