DONS UE
(1) Les médecins qui prennent sur eux de maintenir cet état de choses, contraire à l'opinion généralement reçue relativement aux propriétés contagieuses des granulations vésiculeuses à tous les degrés de leur développement, et à la nécessité de les traiter immédiatement, y sont amenés par des motifs qui méritent à tous égards d’être discutés, parce qu'ils s’étayent de Vopinion d'hommes qui font autorité dans toutes les questions relatives à l’ophthalmie des armées. Les uns croient et prétendent que les granulations ayant les caractères signalés plus haut, mont rien de fâcheux, qu'elles n’offrent aucun danger par elles-mêmes ; que le danger ne com-" mence que quand l’inflammation s’est emparée de la conjonctive; qu'il dépend tout entier de cette inflammation, ou plutôt des produits sécrétés auxquels elle donne lieu, et nullement des granulations elles-mêmes. |
D'autres, ayant remarqué que les remèdes empiriques et violents, trop souvent mis en usage dans les salles régimentaires pour combattre les degrés plus avancés de ces granulalions vésiculeuses, ont souvent pour résultat, lorsqu'ils sont appliqués aux granulations naissantes, de transformer rapidement ces dernières en un état aigu, toujours plus ou moins grave et long à guérir, croient ne pas devoir y toucher et se bornent à en surveiller la marche. D'autres enfin, pour justifier leur manière de faire, arguent, à tort ou à raison, de la possibilité de la disparition spontanée des granulations, à ce premier degré de développement. On voit, par ce qui précède, que la conduite des médecins qui abandonnent sans traitement les hommes atteints de granulations vésiculeuses sans sécrétion, repose sur des considérations qui méritent d'être examinées.
Nous sommes néanmoins bien loin de partager cette manière de faire, que nous considérons comme très dangereuse. Mais, malgré nos convictions bien arrêtées à cet endroit, nous n’entrerous pas ici dans la discussion de ce point de doctrine, parce qu’il nous manque encore certains éléments nécessaires pour résoudre les différentes questions qui s’y rattachent; celles, par exemple, de savoir : ;
1° Si les hommes qui présentent des granulations vésicuieuses, sans inflammation de la con- Jjonctive palpébrale, sans sécrétion apparente, peuvent être, sans danger pour eux-mêmes, conservés dans les rangs de l’armée, ou s’il faut les soumettre à un traitement ;
20 Si cet état granuleux est un danger pour les hommes sains; en d’autres termes, si les granulations naissantes sont transmissibles ou non ;
9° Ce qu'elles deviennent lorsqu'elles sont abandonnées à elles-mêmes ;
4e Si elles sont susceptibles parfois de disparaitre spontanément, et quelles sont, dans ce cas, les conditions les plus favorables pour qu'elles arrivent à ce résultat;
5 S'il n'est pas plus sage et plus avantageux, ainsi que nous le pensons, de soumettre les malades atteints de ce premier degré de l’ophthalmie granuleuse à un traitement convenable, et; dans l’affirmative, quelles sont les règles qui doivent présider à ce traitement, qui, en tout cas, ris devoir être le même qué celui qui convient contre les degrés plus avancés de la ma-
adie.
Réduisant ces chiffres à leur plus simple expression, en tenant compte & même temps de l'effectif de l'armée pendant ces mêmes années, nous trouvot que le nombre des ophthalmiques, traités dans les hôpitaux pendant «€ quatre années, sont dans le rapport de 8, 4, 5, 7.
D'où peut venir celte différence remarquable entre le nombre des granül traités dans les salles régimentaires, et que nous avons vu diminuer progre sivement, et celui des ophthalmiques envoyés dans les hôpitaux, chiffre q nous voyons, en 1855, égaler presque celui de 1840? Les conditions milieu desquelles se sont trouvés les granulés ayant été les mêmes, aucuk influence atmosphérique, catarrhale ou autre, susceptible d’imprimere l’acuité aux granulations, n'ayant existé, il n’y a, à notre sens, qu'une seul explication à donner à ce fait, el nous la trouvons dans les changements à portés dans ces dernières années au traitement de cette maladie. |
En effet, le nitrate d'argent, presque exclusivement employé autrefois pe combattre l’état granuleux des conjonctives palpébrales, a été en grande par remplacé par l’acétate de plomb, dont l’usage dans les salles régimentair est à peu près général aujourd’hui.— L'action de l’acétate de plomb sur4 conjonctives, destructive comme celle du nitrate d'argent, présente néanmoi des différences notables dans la manifestation de ses effets. Tandis que c@ du sel lunaire sont brusques, immédiats, atteignent rapidement leur apogée sont de peu de durée, ceux que détermine l’acétate de plomb sont moins vif moins violents, moins immédiatement graves peut-être , mais, en revanche, pli durables et donnant lieu à des inflammations opiniâtres, qui obligent frégueme ment le médecin à envoyer les hommes à l’hôpital. Si l’on trouve une aut explication au fait que nous signalons, nous l’accepterons avec empressemen: mais jusque-là nous nous en tieudrons à celle que nous venons de donner.
Le nombre de malades atteints d’ophthalmie militaire restant en trail ment dans les hôpitaux au 1° septembre est de 60.
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