‹ Congres d'ophthalmologie de BruxellesChapitre 50 sur 112 · DE L'OPHTHALMIE CATARRHALE ET DE L'OPATHALMIE DITE MILITAIRE · texte numérisé non relu

DE L'OPHTHALMIE CATARRHALE ET DE L'OPATHALMIE DITE MILITAIRE

PAR LE DOCTEUR LUSTREMAN, Chirurgien principal, professeur à l’École impériale du Val-de-Gràce, à Paris.

Îl appartenait à la médecine belge, plus qu'à tonte autre, de porter devant uw Congrès scientifique l’importante question de l’ophthalmie des armées.

Des travaux, d'une grande valeur sans doute, ont été entrepris et publiés dans tous les États où cette grave affection a sévi depuis le commencement de

ce siècle : en Italie, en Angleterre, en Autriche, en Russie, en Prusse, Danemark ; mais nulle part cet intéressant sujet n’a surexcité l’ardeur scienf fique au même degré qu'en Belgique, et ce sera un éternel honneur pou médecins de ce pays que de l'avoir conduit au degré de perfection auquel grâce à leurs efforts, il est arrivé aujourd’hui.

La question capitale de la contagion paraît ne plus devoir être l'ob} d'aucune controverse, si ce n’est dans quelques détails de peu d'intérêt. .

Celle des granulations, obscure encore en quelques points, a cependani fait un pas considérable; on peut regarder comme un grand service rendu la science, et surtout à la pratique, d’avoir mis en évidence le rôle important. de ces productions pathologiques dans l’ophthalmie contagieuse.

La question du traitement, celle de la prophylaxie, ont été résolues d'u manière tellement satisfaisante, que je me demande si le Congrès pou ajouter quelque chose aux excellents préceptes de thérapeutique suivis } nos confrères de ce pays, aux sages mesures préventives conseillées par eux l'administration de la guerre, et ‘appliquées par celle-ci avec un empressts : digne des plus grands éloges. |

Hommage donc aux médecins belges pour leurs louables et frsctnené effo | hommage à notre vénérable président, auquel en revient l'honneur pour une large part, et qui, dans les luttes auxquelles l'incertitude des doctrines dou lieu, il y a quelques années, a montré tant d'indépendance et de fermeté.

Toutefois, malgré de si grands travaux et de si incontestables progrès, #0 les points en litige ne sont pas encore résolus d’une manière définitive. Parmi ceux qui n’ont pas cessé de diviser les médecins, se trouve en première ligne la question de l'existence même de l’ophthalmie dite militaire, non pas comme fait, bien entendu (il n’est que trop démontré par l'expérience), mais comme individualité pathologique ; et puisque ce sujet est controversé, il nous a pa qu'il était indispensable qu'il fût soulevé devant le Congrès, quoiqu'il ne figure pas dans les matières de son programme. Je me suis donc hasardé à l’aborder parce qu'il peut être traité à l’aide des données générales de la pathologies sans le secours de connaissances spéciales, ce qui apaise en moi la défian que m’eût inspiré sans cela le sentiment de mon incompétence. .

Puisque les médecins ophthalmologues sont déjà d'accord pour proclamé qu'il est impossible de saisir aucune différence entre l’ophthalmie des nouve nés, l'ophthalmie gonorrhéique et celle dite militaire, il ne s’agit plus que l { savoir qui à raison de ceux qui considèrent cette dernière comme différente, de la catarrhale, et en font un type particulier, ou de ceux qui l’en rappro. chent, et qui ne reconnaissent ainsi qu’une espèce unique d’ophthalmie mucos purulente ne présentant plus que des variétés basées, non sur une différente de nature, mais sur des conditions d’un ordre tout à fait secondaire.

La question se réduit donc à celle de l'identité ou de la non- “identité \ l’ophthalmie catarrhale et de l’ophthalmie dite militaire. Ù

Je déclare hautement que je suis partisan de l'identité, et c’est à l'appui cette doctrine que je me propose de présenter quelques réflexions.

Il serait inopportun de rappeler devant des hommes qui les connaissent miel que moi les motifs allégués par ceux qui partagent cette croyance. D’ aille 1 ce qui paraît pouvoir être fait encore avec quelque prolit, c’est d'examiner, à | un point de vue que je crois nouveau, les bases de la croyance opposée. |

Une circonstance heureuse rendra ma tâche tout à la fois plus courte ebp facile.

Les raisons sur lesquelles s'appuient les FRA ont élé résumées F D un homme tellement autorisé, tellement considérable, qu'aucun d’eux ne

ontestera certainement le droit de le choisir comme la plus complète expresion de leurs idées, comme la personnification de leur système.

Cet homme, Messieurs, c'est le vénérable président du Congrès, et je n’ai qu'une crainte, c'est que vous ne jugiez son adversaire bien peu digne de lui. Au lieu donc de m'attaquer à des antagonistes épars, je m'adresse à un eul, et il ne se méprendra pas sur la signification de ce choix, il y verra, je ‘espère, la preuve de la plus profonde estime et un hommage rendu à sa haute position scientifique.

M. Fallot, vous le savez, Messieurs, après avoir proclamé l’identité de l’ophhalmie catarrhale et de l’ophthalmie ditemilitaire a passé dans le camp opposé. Je le regrette, puisque je crois qu’il a fait fausse route, mais permettez-moi évous signaler ce changement comme un acte qui fait le plus grand honneur HSon caractère, comme un exemple qu'on ne saurait trop louer. Ila cru avoir Suivi jusque-là la voie de l'erreur, et avec l'honnèteté et la simplicité qui caracférisent le vrai savant, il est venu dire : « Je commence à croire que je me Luis trompé, et il ne me faut pas un médiocre courage pour faire cel aveu au milieu de l’assentiment que dounent à l'opinion que j'abandonne des médecins oculistes du plus haut mérite, pour le talent desquels je professe la plus prolfonde estime, et au suffrage desquels j'aspire. »

Quand un homme aussi grave, possédant une expérience laborieusement acquise au foyer le plus acuif d’une épidémie qu’il a observée pendant de longues aunées, abandonne l'opinion qu’il s'était d’abord faite, et à laquelle il {avait donné publiquement le patronage de son approbation, il est évident qu'il a dû être déterminé par les motifs les plus puissants, les plus mürement wédités, les plus solidement étayés.

Les raisons que fait valoir M. Fallot peuvent donc être considérées comme les meilleures, les seules peut-être que puisse invoquer la doctrine de la nou-identité, de telle sorte que, si nous parvenons à les renverser, nous aurons sapé l'édifice par la base. | Avant de les exposer, commençons par établir un fait important, c'est que la {symptomatologie ne fournit aucun caractère différentiel entre l’ophthalmie dite catarrhale et l’ophthalmie dite militaire.

Écoutons M. Fallot lui-même : « Si de la plus parfaite conformité de symptômes, il était permis de conclure à une identité de nature dans les maladies, l’ophthalmie de l’armée serait la même que la catarrhale. Examinez ceux sous lesquels cette dernière se présente et a été décrite par tous les ophthalmologistes ; suivez ses progrès depuis la forme la plus béuigue jusqu'à Son état le plus violent, vous croirez voir se dérouler sous vos yeux le tableau dél'ophthalmie militaire, depuis la simple injection capilliforme des paupières, le picotement des yeux, et la sécrétion des larmes, jusqu'au chéiosis le plus décidé, la suppuration la plus abondante, la fonte et la destruction incoërcible de la cornée transparente.

«L'identité de l’ophthalmie catarrhale à son plus haut degré de développement et de l'ophthalmie purulente des armées sousle rapport dela forme, c’està-dire des symptômes, est un fait admis, je pense, par la plupart des ophthalmologistes, et les efforts faits par M. le docteur Eble pour établir des différences mont servi qu'à démontrer l'impossibilité d’en trouver de fondées (1). »

Nous prenons acte de cette déclaration si nette et si formelle.

M. Mackenzie, dont le Congrès regrelle si profondément l’absence, et dont Dautorité ne peut être coutestée, émet la inême opinion. [l se hasarde toute-

(1) Fazror. Nouvelles recherches sur l’ophthalmie, etc., 1838.

fois, je dirai presque timidement, à signaler une légère différence, lui admet l'identité des deux affections ; maïs aussitôt, chose bizarre, ses de

fidèles et brillants traducteurs, MM. Testelin et Warlomont, qui nient | tité, de protester vivement dans une note ainsi conçue : «Nous ne pouvons. souscrire à celte assertion de L Mackenzie. Au point de vue a

et l’ophthalmie des armées (1). »

Les hommes les plus intéressés à ce qu’il en fût autrement sont donc obligé | de convenir que, placés en présence de ces maladies, ils sont inhabiles à dis tinguer l’une de l’autre. Cela ne saurait nous étonner, puisque nous sommesM convaincus qu'il s’agit de la même affection; mais voyons où ils vont puiser des traits qui les déterminent à en faire deux espèces différentes, puisque symptomatologie ne peut les leur fournir. 4

« La spécificité d’une maladie, dit M. Fallot, me semble être déterminée tout particulièrement, sinon exclusivement, par la spécificité des causes qiM la font naître; les inductions tirées des symptômes ou du traitement n'ont qu’une faible valeur, puisque, d’après des circonstances individuelles, és phénomènes pathologiques et les indications thérapeutiques peuvent variée considérablement dans les maladies de même nature et, par contre, les mêmes

à sa place dans plusieurs. ë « Or, voici ce que nous avons remarqué. Les causes les plus connues et plus généralement avouées des affections catarrhales sont les changementé soudains dans les propriétés physiques de l'air, et surtout l’abaissement brusque de la température. Or, de pareilles transitions se sont opérées réce ment, sans que l'état des yeux des ophthalmiques en ait été en aucune maniè affecté. Tandis que les inflammations catarrhales, les coryzas, les angines,l@ bronchites abondaient dans la garnison, les ophthalmies diminuaient considé» rablement de fréquence, et un grand nombre d’ophthalmiques contractaient les premières sans que leurs yeux s’en ressentissent. ' Î « Les saisons les plus favorables au développement des .î catarrhales sont l'hiver et le printemps, et il est d’expérience que c’est alot ) | justement que notre ophthalmie est la plus rare et la plus bénigne, tandis qu ’elle sévit pendant l'été et que sa recrudescence coïncide, observation qui s’est rigoureusement répétée depuis son apparition dans l’armée, avec l' arrivée des chaleurs. ) Æ « Il est sans exemple, dans les fastes de l’art, je pense, qu’une épidémie. catarrhale ait régné sans interruption et dans le même endroit pendant u longue suite d'années : celles de grippe ou d’influenza qu’on peut res pour type des phlegmasies de celte nature s'étendent avec rapidité sur un grand espace de terrain, mais ne font qu’y passer. Notre maladie se maintient sans intermittence dans l’armée depuis vingt-trois ans au moins. « Les épidémies catarrhales n ’épargnent presque personne, et quoique ple us | hostiles à ces classes d'habitants qui peuvent le moins se soustraire aux if fluences qui les font naître, elles étendent leurs effets sur tous et modifiéniiM même dans leur sens les maladies intercurrentes qui surviennent pere

circonscrit encore plus spécialement dans quelques armes, et, si on l’a vü franchir et s'installer dans le civil, c’est après des rapports suivis et multipli entre des soldats affectés et des bourgeois. 1 |

(1) Trailé pratique des maladies de l'œil, par W. Mackenzie, etc., 1857.

« Dans les affections catarrhales, le malade est toujours plus attaqué le soir que le matin ; dans l’angine, la déglutition est alors plus diflicile; dans le co- \ryza, l'enchifrènement plus marqué; dans la bronchite, la toux plus fatiguante. Eh-bien, dans notre ophthalmie, le malade est toujours mieux le soir que le matin, les yeux sont moins rouges, moins sensibles, le picotement moins incomimude, faits que dans ma clinique j’expliquais depuis longtemps par l'hypothèse lque-durant la nuit la matière de la secrétion s’est accumulée et à irrité, par son contact, les membranes enflammées, tandis que pendant le jour elle a été lévacuée au fur et à mesure de sa production.

Lu@Enfin, dans les affections catarrhales, le froid est nuisible, et ce que nous recommandons le plus dans son traitement, c’est d’en éviter l'influence. Il n’y a-pas d'exception à cette règle. Or, dans le traitement de notre ophthalmnie, je Imeétrouve parfaitement bien de l'application du froid; des inflammations graves perdent de leur intensité par son intervention, el, ce que j’ai souvent remarqué, W'autres médecins spécialement adonnés au traitement des ophthalmiques l’out observé de même (1). »

Nous avons cité textuellement, afin d'établir notre point de départ d’une manièrecertaine. Maintenant, examinons la docitrineexposée dans cette citation. Ilest facile de voir qu'elle repose toute entière etuniquement sur ladifférence des causes. Les autres considérations ne sont que très accessoires, ou ne sont quede simples corollaires de la donnée fondamentale, laquelle se résume ainsi :

L'ophthalmie catarrhale se développe principalement, sinon exclusivement, comme tuus les catarrhes, sous l'influence des variations atmosphériques, et notamment d’un abaissement de la température.

Lophthalmie militaire se manifeste sous l'influence des chaleurs de l'été.

Donc l’ophihalmie catarrhale et l’ophthalmie militaire, nées de causes différentes, ne peuvent être identiques.

L'auteur a commencé par déclarer que la spécificité des causes entraine la spécificité des effets. Nous sommes parfaitement de son avis sur ce point, et la Hiscussion serait close si, comme conséquence logique, il nous eût fait connaître la cause spécifique de l’ophthalmie dite militaire. Mais il ne le pouvait lpas,.et le principe qu'il professe, s’il précède son raisonnement, ne lui sert pas ldebase ; il y est complétement étranger, puisqu'il s’agit, non plus de causes spécifiques, mais de causes générales.

Le principe que ce raisonnement suppose, le seul sur lequel il puisse logiquement s'appuyer est celui-ci : La similitude des causes entraîne la similitude des effets.

Or, M. Fallot ne peut admettre celte proposition, qui est le renversement des Juotions les plus élémentaires de l’étiologie, et cependant nous ne pouvons uous dispenser de faire remarquer qu’elle est implicitement contenue dans son argumentation; qu’elle lui est nécessaire, car si des effets semblables peuvent être produits par des causes différentes, il ne peut plus dire que l’ophthalmie catarrhale et l'ophthalmie militaire ne sont pas une seule et même maladie, par velaseul qu’elles résultent de l’action de causes opposées. Cette simple reinarque suffirait, ce me semble, pour renverser complétement la doctrine. Je passe outre, voulant abréger la discussion pour la porter de suite sur un autre point.

Sans y attacher la même importance que les divisionistes, sommes-nous au moins obligés d'admettre avec eux la différence qu'ils proclament entre les Causes productrices de l’une et de l’autre ophthalmie? Non; nous repoussons

(1) Fazzor. Nouvelles recherches, elc., etc., 1838.

les faits allégués, dans la signification qui leur est attribuée, aussi bien que À: doctrine. C'est ce que nous allons nous efforcer de justifier.

Le syllogisme ‘contient implicitement une double assertion, à laquelle m'est impossible d’adhérer, c’est que toutes les affections catarrhales se déx loppent sous l'influence des variations de la température, et en particulier refroidissement de l'air; c’est que l’ophthalmie des armées ne reconnaît pi les mêmes causes. :

ILest bien vrai qu’elle est présentée avec une légère restriction ; nn principe doit être absolu, car s’il ne l’est pas, la conséquence cesse d’être és time. En effet, si un seul catarrhe peut se rencontrer en dehors de ces causes il n’y a plus de raison d’exclure l’ophthalmie militaire de cette classe den | ladies, sous prétexte qu’elle est le produit de la chaleur, car elle pourrai occuper une place au même titre que le catarrhe en question.

Or, en premier lieu, il n’est pas exact de dire que les affections catarrhale prises dans leur ensemble, ne reconnaissent qu’une cause unique, celle qui été indiquée.

L'erreur provient d’une source que je devine, ce me semble; on a eu prit 1 cipalement en vue le catarrhe bronchique en établissant l'étiologie des « ca tarrhes, et, par une généralisation hasardée, on a appliqué au genre ce ql n’est vrai que pour l espèce ou pour quelques espèces. |

Personne ne songe à nier l'influence pathogénique des variations atmosple . riques ; personne u'ignore que le trouble imprimé par elles aux fonctions dei peau peut avoir un retentissement plus ou moins énergique sur toutesMi autres membranes muqueuses; personne ne met en doute l’action directed froid sur ces dernières, action qui est en raison de l'étendue de leur surface e de l'importance de leurs fonctions physiologiques.

Mais il ne s'ensuit pas que ce soit là la seule cause des affections catarrhale à moins que, par une véritable pétition de principes, on ne donne ce + qu'aux maladies occasionnées par le refroidissement. 7

Ce n’est pas ainsi que la question doit être envisagée. r k

Est-ce que la présence d’un calcul, est-ce que le séjour trop prolongétde l’urine dans la vessie ne déterminent pas tous les jours, et à l'exclusion

accouchement laborieux ?

Est-ce par l'exposition au froid humide que se contracte habituellement le! catarrhe urétral? :@

La bronchite elle-même, quelle qu’en soit la cause première, ne peut-el le sous l'influence de certaines idiosynerasies, prendre la forme catarrhale? É |

Il n’est donc pas possible d'admettre ici une cause unique, et encore bien moins d’en faire le lien du faisceau des maladies catarrhales, de rejeter cadre de ces dernières une affection, pour ce seul motif qu’elle ne se montre p sous l'influence du refroidissement. À

Ce qui caractérise ce grand groupe pathologique, c’est la supersécrétion& | muqueuses avec Ta: remarquable de son produit à la purulence, aceot . pagnant un état inflammatoire qui peut présenter tous les degrés, depuis le plus contestable jusqu’au plus évident, au plus élevé.

Cette inflammation sécrétante, les causes les plus variées peuvent la G duire, comme nous venons de le voir, et Comme nous en rouvons un exem Assez piquant dans l’ophthalmie catarrhale elle-même.

En effet, si j'ouvre les auteurs qui ont traité de cette affection, M. Mack entre autres, que trouvé-je à l’article Causes? — Qu'elle est due, le plus souw

| Mous ne pouvez donc pas dire que les affections catarrhales en général, et lophthalmie catarrhale en particulier, soient toujours le résultat du refroidissehent subit. Non pas que je nie l'évidence, non pas que je n’admette avec tout : monde que, pour cette dernière, il n ’en soit le plus souvent ainsi : ce n’est as le fait particulier que je conteste, c'est sa généralisation; ce sont les conéquences qu’on en Lire, c’est le principe qu’on en déduit et qui, je le répète, le pourrait avoir de valeur que s’il était absolu.

Enfin, vous ne pouvez pas dire davantage que votre ophthalmie militaire

e naît jamais sous l'influence de causes catarrhales. | Que l on admette ou non que l’ophthalmie qui sévit depuis le commencement lecesiècle sur les armées de l’Europe a eu son berceau en Égypte, toujours [sil que personne n ’en conteste la parfaite conformité avec celle de ce pays, “que, pour l’armée anglaise tout au moins, l’origine égyptienne ne peut être ontestée.

Ehbien, consultez les médecins qui l’ont observée sur place, les voyageurs >splus éclairés, et vous verrez que Lous sont d'accord pour l’attribuer, les uns xclusivement, les autres principalement, à l'effet du refroidissement et de humidité. Dans le remarquable travail dont il a donné lecture dans les deux remières séances, M. le docteur Anagnostakis vous a représenté l’ophthalmie aissant aujourd'hui sur les bords du Nil, comme au temps de Prosper Alpin, leMolney, de Bruce, d’Assalini, de Desgeneltes, de Larrey, etc., chez des susa -conjonclives saines, qui se sont exposés aux abondantes rosées et au Loidrelauif de la nuit, tandis que les Bédouins, placés dans les mêmes condions de lumière, de chaleur et, de plus, subissant l’action des sables du désert, iaiséchappant au froid humide, échappent également à l'ophthalmie. | Les Arabes de l'Algérie présentent la même différence. Les habitants des rontagues ou des plaines sablonneuses ont les yeux clairs et perçants; ceux “huivivent dans les habitations humides de la côte, ou dans les huttes entou- “ées d'eau des oasis, offrent toutes les altérations oculaires qui ont faitnommer B Caire la ville des aveugles.

Aureste, cette observation a été faite dans tous les pays, et cest reproduite “anstous les auteurs. Parmi les médecins belges eux-mêmes, plusieurs ont isnalé des épidémies localisées, nées évidemment d’une conjonctivite due à [escauses catarrhales, à un refroidissement occasionné par la pluie, dans une journée d'été, par exemple.

Jene puis entrer dans les détails sans m’exposer à vous fatiguer, Messieurs, aanarration de faits qui vous sont connus. Je me contente de rappeler et “c constater, que nulle cause n’a été invoquée avec plus d’unanimité que le roid, ou plutôr le refroidissement, lequel s’observe également pendant les livers rigoureux et peudant les étés brûülants sous les diverses latitudes. D'où | résulte que, pour moi, l’ophthalmie catarrhale et l’ophthaimie des armées ont dues à la même cause.

Né croyez pas que je veuille échapper par cette simple déclaration au.fait apital de l'argumentation de M. Fallot, à celui qui sert de pivot à sa doctrine, Le base à sa croyance; bien loin de là, après l'avoir examiné au point de vue “octrinal, il faut an contraire l’envisager en lui-même, en apprécier la valeur trinsèque.

| Cefait, c'est l'apaisement dans l’armée de l’ophthalmie régnante pendant hiver, à l'époque où sévissent les affections catarrhales, et ses recrudescences

coincidant toujours avec les chaleurs de l’été. Les médecins belges sont un mes sur ce Loint; d’ailleurs il eût suffi du tableau dressé si patiemment: notre honorable président pour l’établir d’une manière irrécusable. Le fait est donc incontestable et incontesté. Mais, selon moi, la portée q y a donnée repose sur une erreur : on à confondu la cause de la maladie. la cause de l'épidémie, ce qui est très différent. L’ophthalmie muco-purulente n’est pas endémique en Belgique comme Egypte, en Laponie, en Illyrie, en Finlande, etc., etc. ; les causes susceptible de la produire n'ont pas une énergie suffisante pour cela ; elles n ‘engend dre le plus souvent que des cas isolés. Mais quelles que soient les circonst qui l'ont fait naître et se répandre, il y a environ quarante ans, elle aujourd’hui, semant partout des foyers auxquels elle s’alimente, comme la si bien dit, et elle n’a plus d'autre cause qu’elle-même dans la maÿori des cas.

Quels sont donc les effets des chaleurs de l'été, augmentés de ceux des combrement dans les camps, des grandes manœuvres, des marches militai Ces effets si régulièrement observés sont : l’avivement des foyers préexista l'inflammation des yeux, déjà envahis par les granulations vésiculeuse passage à l'état aigu des conjonctives granuleuses chroniques; puis, consée tivement, l'extension de ceiles-ci par de nouvelles contagions, et enfin, n recrudescence de l'épidémie.

Les chaleurs de l'été sont donc une cause d’aggravation de ce qui est, elmo une cause productrice de ce qui n’est pas; elles développent l’état épidémiqu dans une réunion d'hommes déjà infectés et placés dans des conditions rendent inévitable la propagation du mal; elles ne créent pas l’ophthal toute pièce, au moins dans l’immense majorité des cas. 4% Si, pendant les chaleurs de l'été. lophthalmie muco-purulente apparaîlst des conjonctives saines, on peut affirmer d'avance qu’elle a été provoquée un refroidissement. D’après un nombre considérable de témoignages it np sants, c’est ainsi qu’elle se développe, avec le concours de quelques ca use accessoires dans les pays chauds où elle est endémique. Il n’est done« p J Pre de poser en principe, comme on le fait, que l’ophthalmie catarrhale N l’ophthalmie militaire diffèrent en ce que l’une provient du froid et l autr { la chaleur. 4 D'ailleurs, je le répète, cela fût-il, je n’admettrais pas que deux malat ; identiques sous le rapport des symptômes, dussent être déclarées de nat différente, par cette seule raison qu elles se développent sous l'influence causes dissemblables, quand il ne s'agit pas de causes spécifiques; et l’opht mie qui se montre par les temps froids et humides, et celle qui éele at rayons du soleil de l'été me paraitront toujours la même espèce pathologiq} si les autres caractères, dont nous allons nous occuper et par lesquels cherche à les différencier, n’ont pas plus de fondement que ceux dont venons d'examiner la valeur.

On dit : les épidémies catarrhales s'étendent rapidement, mais ne font passer ; l’ophthalmie militaire dure depuis un grand nombre d'années. voilà encore un fait d'observation qu’on ne peut contester; mais il n’imp rien relativement à la question de nature. La durée dépend de circonst particulières. Que l’ophthalmie soit primitivement catarrhale ou non$eh existe, elle est contagieuse et doit nécessairement se développer et se pérpl tuer, si l’on accumule les circonstances favorables à sa propagation, ainsi cela existe pour les militaires, de même qu’elle s’éteindra dans les cit stauces opposées.

“lu contraire daus les corps de troupes, ce qui tient évidemment aux conditions nêémes de la vie du soldat, à l'habitation en commun, à l’encombrement, à exposition constante aux intempéries de l'air, aux veilles, aux fatigues xagérées, enfin à la difficulté d'appliquer des mesures préventives sur une i grande échelle, et non à une différence de nature.

@Si l'on me demandait, dit M. Fallot, comment je conçois sa continuité ans quelques corps et garnisons de l’armée, je dirais que c’est son existence nème qui m'explique sa perpétuité, que dès son origine, elle y a semé des rermes qui la reproduisent, et qu'il faudrait avoir détruits complétement lvant de pouvoir espérer de la voir disparaître. Je comparerais volontiers ce ua lieu pour la persistance de notre cphthalmie à ce qu’on voit si souvent

ombre d'individus ayant entre eux des communications assidues. On sait la ifficvlté qu'on éprouve alors à l’extirper. »

Depuis que ces lignes ont été écrites, la gale a presque disparu des

rmées; pourquoi ? Parce qu’un traitement prompt et facile permet de la comjattre dès son apparition, et que des précautions minutieuses s'opposent à ‘a propagation.

4 “Pophthalmie des armées disparaîtrait de même dans les mêmes conditions. fralors le prétendu caractère emprunté à sa durée, qu’on invoque aujourd hui, Lesserait d'exister, parce qu'il n’est pas inhérent à la maladie elle-même. ) Dois-je m'arrêter à l'argument tiré de ce que les épidémies catarrhales n’é- \ärgneut personne, tandis que l’ophthalmie se renferme dans l’état militaire et ême plus spécialement dans quelques armes?

Les épidémies de conjonctivites muco-purulentes granuleuses, en tout semnblables à celles de l’armée belge, qui, en Asie, sur les côtes de l'Afrique, dans les workhouses de l'Irlande, en Finlande, en Illyrie, ete., règnent exclusivement lans-les populations civiles ; l'extension de la maladie, en Belgique même, au- Helèdu cercle de l’armée; les observations nombreuses qui prouvent que les “rmes auxquelles on attribuait le privilége d'échapper à la maladie y sout soumises comme les autres quand elles se trouvent dans les mêmes conditions, réfutent victorieusement cette assertion, que M. Fallot ne reproduirait plus sans doute aujourd’hui.

Je me trouve également autorisé, je pense, à passer rapidement aussi sur la preuve tirée de ce que, contrairement à ce qui arrive aux malades atteints de catarrhes, c'est le soir que les ophthalmiques sont le moins affectés. L'auteur se réfute lui-même, dans le même paragraphe, en donnantl’explication clinique du laibqui, bien loin de dépendre d’une différence de nature, tient toutsimplement àune particularité topographique : les paupières ouvertes pendant le jour permettent l'écoulement du pus au fur et à mesure qu'il se forme; fermées pendant anuit, elles en produisent l'accumulation, cause d’une irrilation plus vive.

Enfin M. Fallot arguë de ce que, dans les affections catarrhales, le froid est nuisible, tandis qu'il s’est personnellement trouvé très bien de son emploi dansl'ophthalmie de l’armée. Mais si je me reporte à cette sage remarque, faie Pawlui-même à l'occasion de la spécificité, je suis peu disposé à donner une grande importance à ce contraste :

« Les inductions cirées des symptômes et du traitement, dit-il, n’ont qu'une faible valeur, puisque, d’après les circonstances individuelles, les phénomènes pathologiques eu les indications thérapeutiques peuvent varier. »

Rien n’est plus vrai, et de même que les affections catarrhales naissent l'influence de causes diverses, de même elles sont susceptibles de guéri les moyens les plus opposés.

Que l’action du froid soit funeste dans le catarrhe bronchique, il n'y: lieu de s’en étonner, en raison de l'étendue de la surface malade et dei crétion pathologique dont la suppression peut porter un trouble funeste le reste de l’économie; dans le cas d’ophthalmie, des dispositions différ dispensent le praticien de semblables préoccupations, et je ne doute pas M. Fallot lui-même, s'il l'essayait, ne convint que le froid présente um avantage dans,les ophthalmies qui, de son aveu, sont catarrhales, quand» arrivent à |’ état suraigu. 4

Mais la discussion est toujours bien épineuse sur l’ appréciation des ag thérapeutiques, et si je voulais produire un argument de mauvais aloi (& suis partisan du traitement par les irrigations froides), je n’aurais pas à € cher bien loin pour reucontrer des médecins qui prétendent se trouver ni de l emploi de la chaleur, et dont je pourrais opposer l'autorité à la sienne a,

Ainsi, si je ne me trompe, les motifs allégués pour établir la séparation deux espèces d’ophthalmies n’ont pas la valeur qu’on leur a prètée, et Il trine de l'identité vous paraîtra, je l'espère, plus évidente et plus soliden établie après la discussion à laquelle nous venons de nous livrer.

Je sais bien qu’une nouvelle doctrine s'efforce encore de la battre en bré en cherchant un caractère différentiel dans une espèce particulière de gra lations, fournissant un virus spécifique. J'avoue humblement que je n’ai pas connaissances spéciales nécessaires pour la combattre, et je m'en console, 4j avoir vu dans la séance d’hier que, dans la section à laquelle j’appartiens" n’a trouvé qu'u nseul défenseur. |

Jusqu'à présent, je me suis maintenu rigoureusement sur le terrain ch par les divisionistes; permettez-moi de les appeler un instant sur le mien serai bref.

Je me crois autorisé à avancer celte proposition : ]

« Les ophthalmies catarrhales et celles dites militaires, reconnaissent mêmes causes, offrent les mêmes symptômes, la même marche, les mé terminaisons, cèdent au même traitement. » |

En admettant que deux affections, qu’il est impossible de distinguer Pux l’autre sous le rapport de la symptomatologie, ne sont pas une seule et ni maladie, on crée en pathologie une exception sans analogue. Qucliel donc en effet les espèces pathologiques qui fourniraient uu second exemple cette singularité? Il y a quelques années on eût cité peut-être le typhus® fièvre typhoïde, puisque certains médecins, tout en les déclarant différents fond,admettaieut qu’on pouvait les confondre par leurs symptômes; maisd u la lumière se fait dans les sciences, elle a précisément pour premier rés de montrer que les exceptions ne sont le plus souvent que des faits don: rapports avec les lois générales n'avaient pas encore été reconnus. Ainsi est-1 arrivé pour le typhus et la fièvre typhoïde, et j'en appelle à ceux de mes€ frères de l’armée sarde qui assistent à ce Congrès, et qui ont eu comme. l’occasion d’étudier la question sur le vaste et lugubre théâtre que nousa ouvert la dernière campagne d'Orient : non-seulement ces deux maladiesa fèrent complétement par leurs caractères anatomiques, mais elles ont” symptomatologie parfaitement distincte. Me |

Je le répète, l'exception reste sans analogue dans la science. E 2

Ce n’est pas tout, et je finis par cette remarque, dont je crois ne pas me gérer l'importance, en disant qu’elle est décisive : en admettant la dualitédes

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phthalmies catarrhale et militaire, on crée non pas seulement une exception, ais, si j'ose m'exprimer ainsi, une monstruosité en pathologie. best un principe incontestable, c'est qu’une affection contagieuse ne peut eproduire qu'elle-même. On ferait plus que s'étonner si un médecin avancait wen inoculaut la variole il a produit la morve, et qu'il ignore si celle-ci ne omnerait pas lieu à la scarlatine par une seconde inoculation.

Ces asserlions étranges sont pourtant une conséquence de la doctrine de la ualité. On les trouve dans les auteurs, et pour qu'on ne m’accuse pas de abriterderrière un nom de peu d’autorité, je rapporterai ces lignes empruntées mon savant compatriote et ami M. Desmarres : il s'agit des granulations

onjonctivales.

“Elles ont encore cette singulière propriété de ne pas reproduire toujours xactement la forme de l'inflammation qui leur a donné naissance sur l'individu ontaminé le premier, contrairement à ce qu’on observe pour l’inoculation de a variole et de la syphilis.

@Ainsi, une personne est atteinte d’une conjonctivite catarrhale, des graaulations se développent sur ses paupières, et après un temps court ou long, Sans. que son affection prenne de caractère particulier, elle communique à autres personnes, vivant dans la même maison, ou l’ophthalmie purulente, uune simple ophthalnie catarrhale semblable à celle dont elle a été atteinte lle-même, ou de simples granulations (1). »

Ici encore on eût pu croire, il y a quelques années, trouver dans la syphilis npendant à l’exception invoquée en faveur de l’ophthalmie; mais, comme our.le typhus, l'exception est rentrée dans la règle. Ou sait aujourd’hui que baque accident primitif de cette maladie a son produit particulier qui ne peut onner naissance qu’à la forme à laqueile il doit lui-même son existence. Sous ce nouveau rapport, l’ophthalmie resterait donc encore seule en dehors e là loi générale! Il n'en est rien; vous le savez, Messieurs, l’anomalie "existe que dans l'interprétation du fait et non dans le fait lui-même.

L'ophthalmie purulente et la catarrhale se reproduisent en effet indistinclement, comme on l’a dit, et comme cela devait être, parce qu’elles ne sont qu'une même affection ; et leur identité se trouverait suffisamment établie, à défaut d’autres preuves, par cela seul qu’elles s’engendrent réciproquement.

Maïs les preuves abondent, et ces deux maladies, séparées à tort, doivent étre nécessairement réunies parce que, comme nous l'avons déjà dit, elles sont dues aux mêmes causes; elles ont les mêmes symptômes, la même marche, les mêmes terminaisons, les mêmes caractères anatomiques; elles setransmettent dela même manière et guérissent par le même traitement; parce qu’enfin, malgré leurs recherches persévérantes, des hommes remarquables par un grand savoir et une vaste expérience, ne sont pas parvenus à leur assigner des caractères vraiment distinctifs.

1) DEswanres. Traité des maladies des yeux.

CONSIDÉRÉES COMME ALTÉRATIONS SPÉCIFIQUES PE L'OPHTHALMIE PURULENTE CONTAGIEUSE (OPHTHALMIE DES’ CAMPS, DES ARM

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