‹ Congrès de Vérone (volume 2)Chapitre 10 sur 80 · XXV · texte numérisé non relu

XXV

A quoi se réduit l’intervention du congrès de Vérone ? à trois dépêches insigrnifiantes. — Dépéche de la Prusse.

En définitive , il n'y eut de véritahlement arrété entre les souverains et diplomates assemblés avec tant de fracas ‘sur l’Adige, que le projet d'envoyer des dépêches aux représentants des alliés à Madrid; ces dépêches devaient être mises sous les yeux du gouvernement espagnol; dans le cas où elles seraient méprisées , les envoyés des puissances alliées auraient ordre de demander leurs passeports. C'est à cette démarche inoffensive , laquelle ne pouvait mener à rien, que se réduisit cette fameuse intervention du congrès de Vérone, dont on a fait tant de bruit. On va voir, pour la centième fois, en prenant connaissance de ces documents , que , loin de menacer l'Espagne d’une guerre continentale, on manifesta des craintes non équivoques d’une guerre possible entre l'Espagne et la France.

Dans sa dépêche, datée de Vérone, du 22 novembre 4822 , expédiée à M. de Schepeler, à Madrid, le 27 novembre , par M. le comte Zichy, la Prusse expose :

« Qu'elle voit avec douleur le gouvernement espagnol -» entrer dans une route qui menace la tranquillité de » l'Europe; elle rappelle tous les titres d'admiration qui » l'attachent à la noble nation espagnole, illustrée par » tant de siècles de gloire’ et de vertu, et à jamais célébre » par l'héroïque persévérance qui l’a fait triompher des

» efforts ambitieux et oppressifs de l’usurpateur da trône » de France. »

Ensuite, la dépêche parle de l'origine, des progrès et des résultats de la révolution militaire de l'ile de Léon, en 1820 :

« L'état moral de l'Espagne est aujourd’hui tel que ses » relations avec les puissances étrangères doivent néces- » sairement se trouver troublées ou interverties. Des doc- » trines subversives de tout ordre social y sont hautement » préchées et protégées ; des insultes contre les premiers » souverains de l'Europe remplissent impunément les » journaux. Les sectaires de l'Espagne font courir leurs » émissaires pour associer à leurs travaux ténébreux tout » oa qu'il y a dang les pays étrangers de conspirateurs » contre l’ordre public et contre l'autorité légitime.

» L'effet inévitable de tant de désordres se fait surtout » sentir dans l'altération des rapports entre l'Espagne et » la France. L’irritation qui en résulte est de nature à » donner les plus fortes alarmes pour la paix entre les x deux royaumes, Cette considération suffirait pour dé- » terminer les souverains réunis à rompre le silence sur » un état de choses qui d'un jour à l'autre peut compro- » mettre la tranquillité de l’Europe. »

Une excellente réflexion termine cette dépêche :

« Ce n'est pas aux cours étrangères à juger quelles in- » stitutions répondent le mieux an caractère , aux mœurs, » aux besoins réels de la nation espagnale; mais il leur » appartient indubitablement de juger des effets qua des » expériences de ce genre produisent par rapport à elles- » mémes, et d'en laisser dépendre leurs détgrminations - » et leur position future envers l'Espagne. »

Dépèche de la Russie,

La dépêche russe est adressée an comte Bulgary, à Ma~ drid , et datée de Vérone , le 26 novembre 4899. Elle remémore comment le cabinet de Saint-Pétershourg se hata, dés l'année 4890 , de signaler les malheurs dant l'Espagne était menacée, lorsque des soldats parjures trahirent leur souverain et lui imposérent des lois. Elle dit que la prévoyance de la Russia a trop été justifiée ; qua l’anarchie a marché à la suite de la révalution ; que les colonies ont achevé do se détacher de la mére-patrie ; que les propriétés ont été spoliées ; que le sang a coulé sur les échafauds et dans la demeure du roi; que le manarque et sa famille ont été réduits en un état de captivité; que lea frères du monarque, contraints de se justifier, sont journellement menacés du cachot et du glaive.

« D'autre part, affirme, avec vérité, la dépêche , après » les révolutions de Naples et du Piémont ( que les con » spirateurs espagnols ne cessent de représenter comme » leur ouvrage), on les entend annoncer que leurs plans » de bouleversement n'ont pas de limites. Dans un pays » voisin , ils s’efforcent, avec une persévérance que rien » ne décourage, à faire naître des troubles et la rébellion » Dans des états plus éloignés, ils travaillent à se créer » des complices ; l'activité de leur prosélytisme s’étend » partout, et partout elle prépare les mêmes désastres.

» La France se voit obligée de confier à une armée la

9a- CONGRÈS .

» garde de ses frontières , et peut-être fandra-t-il qu'elle » lui confie également le soin de faire cesser les provoca- » tions dont elle est l’objet. L'Espagne elle-même se sou- » lève en partie contre un régime que repoussent ses mœurs , la loyauté connue de ses habitants et ses tradi- » tions toutes monarchiques.

» Il est à craindre que les dangers toujours plus réels : » du voisinage, ceux qui planent sur la famille royale, et » les justes griefs d’une puissance limitrophe, ne finissent » par amener, entre elle et l'Espagne. les plus graves » complications.

» C'est là l'extrémité fâcheuse que Sa Majesté impériale voudrait prévenir, s’il est possible.

» Exprimer le désir de voir cesser une longue tour- » mente , de soustraire au même joug un monarque mal- » heureux et un des premiers peuples de l’Europe , d'ar- » réter l’effusion du sang , de favoriser le rétablissement » d'une administration à la fois sage et nationale , certes, ce n'est point attenter à l'indépendance d'un pays, ni » établir un droit d'intervention contre lequel une puis- » sance quelconque ait le droit de s'élever. »

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