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L'empereur de Russie. — -Le due de Wellington, Le prince de Metternich.— Le çomte de Bernstorff.— Le camte Pozzo. — Réponses de la Rrusse, de l'Autriche et de la Russie aux notes verbâles de
M. le vicomte de Montmorency. + Appui que nous donne contre Fangleterre Ja note de 1a Russie.
L'empereur de Russie avait l'âme forte et le caractère faible : par eette mobilité, il était devenu royaliste aussi ardent qu'il avait été déeidé libéral ; mals il demeurait toujours constant ami de la Franee.
Le duc de Wellington avait contre la légitimité le tort d'avoir donné Fouehé à la couronne ; contre la nation, le crime d'avoir gagné la hataille de Waterloo. Excepté cinq ou six génies à part, tous les grands capitaines ont été de pauvres gens : il n’est point de plus brillante renommée que la renommée des armes, et qui vaille moins sa gloire. On caressait en vain le successeur de Marlborough pour
le faire sortir de la politique de son pays :-on y perdait son temps. Sa Grâce, pour se désennuyer de nous , cherchait à Vérone quelque des Ursins qui pit écrire à la marge de nos dépêches interceptées : « Pour marice, non. »
Le prince de Metternich , feignant d’être Russe en détestant la Russie , hablait sur la kuerre sans la vouloir : il craignait en Espagne nos succès pour la force qu'ils rendraient à nos armes , nos revers pour l'activité qu'ils ajouteraient à l’esprit révolutionnaire.
Le comte de Bernstorff était ministre des affaires étrangères à Berlin lorsque nous étions ministre plénipotentiaire de France auprès de cette cour. Sa femme, grande et belle , rappelait cette ambassadrice de Danemarck auprès
d'Anne d'Autriche. « Elle prit la main de la reine, dit
» madame de Motteville ; l'ayant dégantée , elle la baisa et » la loua de bonne grâce avec tant de familiarité, qu'il » semblait qu'elle fût sa sœur et qu'elle l’edt vue toute sa » vie. Ces choses plurent à la reine, et toute la journée » on ne parla que dela Danoise, de sa douce gravité et » des marques qu'elle avait données d'avoir beaucoup d'es- » prit et de raison. » Le comte de Bernstorff , qui, au lieu de la Danoise, n'avait avec lui à Vérone que la goutte, voyait déjà la France rendue à son énergie militaire, et songeait que cette France était frontière de la Prusse.
Le comte Pozzo, habile à prendre les idées de son maître, avait mis toutes voiles dehors pour les ultra. Mille petites haines, envies et calomnies se croisaient ; on se détestait en faisant profession de s'aimer ; on déchirait à huis-clos le voisin dont on publiait les louanges sur l'escalier : vieux train du monde.
Dans ces dispositions, il était facile de préjuger les réponses des trois grands cabinets aux communications de M. le vicomte de Montmorency.
DE VERONE. 81 . La Prusse déclara que « si la conduite du gouvernement » espagnol à l'égard de la France ou de son envoyé à » Madrid était de nature à forcer cette dernière à rompre » ses relations diplomatiques avec l'Espagne, Sa Majesté » n’hésitait pas à en faire autant de son côté ;
» Que si, en dépit des soins que le gouvernement fran- » çais s’engage à prendre pour éviter la guerre avec l’Es- » pagne, cette guerre venait à éclater, Sa Majesté est » prête à se joindre aux monarques ses alliés , pour prêter » à la France tout l'appui moral qui pourrait servir à ren-
» forcer sa position ;
» Que si les événements ou les conséquences de la » guerre faisaient éprouver à la France le besoin d’un se- » cours plus actif, le roi consentirait à ce genre de secours, » en autant que les nécessités de la position de Sa Ma- » jesté’ et les soins dus à l’intérieur de son royaume pour.
» raient lui en laisser la faculté. »
L'Autriche fit la même déclaration; mais , quant à la déclaration du secours matériel, s’il devenait jamais nécessaire , Z faudrait une nouvelle deliberation commune des cours alliées pour en regler l'étendue ; la qualite et la di-
rection. Cette restriction, bien dans l'esprit du cabinet de Vienne, jaloux de la Russie et ami de l'Angleterre, était une manière honnête de répondre négativement : l'appui moral, tant qu'on voudra ; mais quant à un seul soldat, point, s’il n’est bien payé d'avance et sans aucune sorte de responsabilité.
La Russie , plus loyale et plus hardie, reçoit chaudementles communications de M. de Montmorency. Elle fait observer que dés le mois d’avril de l’année 1820, elle avait signalé les conséquences du triomphe de la révolution en Espagne ; que plus elle s'était empressée de se joindre à ses alliés pour donner à cette nation des preuves d'une
bienveillante sollicitude , plas elle devait impronver un attentat qui présageait à l'Espagne les malheurs inséparables des concessions arrachées par la violence à l'autorité légitime :
« Au-dedans , continue la note, l'anarchie réduite en » principe, le pouvoir devenu le pr ix des insultes faites » au trône et à la religion, le désordre livrant à l'action » d’un fléau destrueteur des populations tout entières, la » perte des riches possessions du Nouveau-Monde pres- » que eonsommée, la fortune publique dissipée, les » doctrines les plus subversives ouvertement préehées , x quelques sujots fidèles s’armant pour la défense de leur » souverain, et ce souverain foreé de les proserire.
» Au dehors, le triste spectacle qui se présente dans les » contrées que les artisans des troubles de l'Europe avaiont » destinées à être la proie des révolutions ; l'année der- » nière, les Siciles en feu et les puissances alliées contraintes a à y placer le pouvoir légitime sous l'égide de leurs ar- » mes; le Piémont soulevé essayant de propager la révalte a dans le nord de l'Italie , et provoquant la même inter. » vention , la mônre assistance.
» Assurément, il est impossible qu'un pareil élat de » chosea n'excite les regrets et les inquiétudes de toutes les x puissances européennes ; elles ne peuvent y voir, par. » tieuliérement pour la Franee, que les dangers auxquels » les événements de Naples et de Turin avaient exposé » l’Autriche ; et la Russie est fermement convaineue que » tons les intérêts se réunissent pour faire désirer que .» l'incendie révolutionnaire sait eomprimé en Espagne. »
Après ce préambule, la Russie répond formellement oui à toutes les questions de M. de Montmorency : elle est disposée à retirer son ambassadeur, à donner à la Franee tout l'appui moral et matcriel dont celle-ci pour-
DE VÉRONE. 83 rait avoir besoin, sans restriction, sans conditien aucune. Cette franche note dissipait toutes craintes extérieüres relativement à la guerre d’Espagne : elle ne laissait à cette guerre que les dangers intérieurs que nous avions à courir. | . La crainte que la France avait justement de la malveil-
lance de l Angleterre fut soudain justifiée par les notes du duc de Wellington. Ii refusa de signer les procès-verbaux du 20 octobre et du 47 novembre; il fit connaitre les raisens de ce refus. |
XXIY.
Le de de Wellington refuse de sigher les procès-verbaux du 20 dc: tobre et du 17 novembré, — Sa note. Observations sur cette note, — Mot de M. Casning, — Sa lettre.
« Le duc de Wellington fait observer que les commu- » nications de la France et les résolutions des cours d’Au- » triche; de Prusse et de Russie vont contre le but qu’el- » les se proposent. L'expérience a démontré, dit-il, que, » pendant les révolutions , les opinions des hommes sont » influencées par des motifs de parti et de faction, et ce » qui répugne le plus à leurs sentiments, c'est l'inter- » vention formelle et organisée (the formed organised » interference of foreign powers). Le fait d'une pareille » intervention est d'affaiblir et de mettre en danger le » parti en faveur duquel elle est exercée. Ce sentiment » prévaut en Espagne a un plus haut degré que dans tout » autre pays , ct on doit appréhender que l'existence de » ces procès-verbaux tende à mettre en danger les au-
84 | CONGRÈS } ‘» gustes personnes à la sûreté desquelles ils ont l’inten- » tion de pourvoir. De plus , quelques articles de ces pro- » cés-verbaux touchent à des points qui sont, à propre- » ment parler, l'objet de la loi civile (municipal law). » La personne d'un souverain est inviolable ; les lois » de tous les pays, l'opinion unanime et les senti- » ments du genre humain ont pourvu à la sûreté de la » personne sacrée du monarque; mais les lois qui décla- » rent la personne des souverains inviolable ne proté- » gent pas également les personnes de leur auguste fa- » mille, et ces procès-verbaux peuvent tendre à étendre » à la royale famille d'Espagne une protection que les » lois d'Espagne ne leur accordent pas.
» Les ministres des cours alliées ont pensé qu'il était » à propos de faire connaître à l'Espagne les sentiments » de leurs souverains respectifs par les dépêches adres- » sées aux représentants de leurs différentes cours rési- » dant à Madrid. Le gouvernement de Sa Majesté britan- » nique ne se considère pas comme suffisamment in- » formé, soit de ce qui a déjà eu lieu entre la France et ‘» l'Espagne, soit de ce qui peut occasionner une rupture, "» pour être capable dé répondre affirmativement aux .» questions soumises à la conférence par le ministère de » France. Mais est-ce bien le moment d’expédier des dé- » pêches calculées pour irriter le gouvernement d’Espa- » gne et pour embarrasser encore davantage la position » difficile du gouvernement français ? Le résultat de ces » communicatious sera probablement de suspendre les » relations diplomatiques entre les trois cours alliées et *» l'Espagne, quelle que soit d'ailleurs la question entre la » France et l'Espagne. Ces communications sont non- » seulement calculées pour embarrasser le gouvernement » français, mais aussi celui du roi d'Angleterre. Le gou-
DE VERONE. 85 » vernement de Sa Majesté britannique est de l'opinion » que de censurer les affaires intérieures d’un état indé- » pendant, à moins que ces affaires n’affectent les inté- » réts essentiels des sujets de Sa Majesté (un less such » transactions affect the essential interets of his m’s sub- » jects), est incompatible avec les principes d’après les- » quels Sa Majesté a invariablement agi dans toutes les » questions relatives aux affaires intérieures des autres » pays. Ainsi le gouvernement du roi d'Angleterre doit » refuser de conseiller à Sa Majesté de tenir un commun » langage avec ses alliés dans cette occasion; il est si né- » cessaire pour Sa Majesté de n’étre pas supposée partici- » per à une démarche de pareille nature , que le gouver- » nement britannique doit également s'abstenir de con- » seiller au roi d'adresser au gouvernement espagnol au- » cune communication au sujet des relations de ce gou- » vernement avec la France. »
L'Angleterre rompt brusquement ici avec ses alliés. Par la forme de son gouvernement, par l'intervention de l'opinion nationale et de la publicité parlementaire, !’ Angleterre était obligée , il est vrai, de mettre de la réserve dans ses réponses ; elle ne pouvait pas avoir l'allure dégagée de ces monarchies continentales qui n’ont aucun compte à rendre à leurs sujets ; mais il est impossible de donner de plus mauvaises raisons que le due de Wellington n'en donna, et de moins cacher l'animosité du
cabinet de Saint-James contre la France : le plénipotentiaire anglais croyait encore commander à Waterloo.
Ce qu'il dit d’abord contre les dangers de l'interven- —
tion a été démenti par les faits : les Espagnols , au lieu de
résister à notre invasion , ont accueilli nos soldats comme
libérateurs ; et puis l'Angleterre , si scrupuleuse en fait
d'intervention , n'intervient-elle pas partout, tantôt en
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faveur da despotisme, tantôt au nom de la libérté, selon son lucre ? Elle était pour Mahmoud contre l'indépendance des Grecs; elle était pour l'indépendance des colonies espagnoles contre l'Espagne. Mais on traitera cette question de l'intervention quand le moment sera venu.
La réserve faite dans les notes en faveur des intérêts essentiels des sujets de Sa Majesté britannique montre le fond des choses : si l'Angleterre se croit en droit d'intervenir quand ses intérêts essentiels sont lésés, les puissances continentales ne peuvent-elles aussi avoir des intérêts essentiels compromis, bien que d’une autre nature que ceux de la Grande-Bretagne? Le duc de Wellington ne voit pas, ou feint de ne pas voir les nouveaux malheurs dont la France était menacée : il ne s'agissait pas de débouchés à donner à notre commerce , de moyens de vendre à un meilleur prix nos vins et le produit de nos manufactures (interéis essentiels de l'Angleterre); il s'agissait d'empêcher une nouvelle révolution d’éclater parmi nous, de relever l'honneur de notre drapeau, de nous replacer au rang des nations qui tirent d’elles-mêmes . leur force, Yeur dignité et leur puissance : certes, ce sont
là des intérêts essentiels! ‘ Le duc de Wellington se plaint de n'être pas assez informe de ce qui peut occasionner une rupture entre l'Espagne et la France. Avec un peu d'attention, il aurait aperçu des raisons qui frappaient tous les yeux. Mais quand il les aurait aperçues , Pauraient-elles persuadé ? l'Angleterre he se serait-elle pas épouvantée de notre désir d'échapper à la tutelle de la mauvaise fortune, sous laquelle nous étions tombés à Waterloo , tutelle outrageuse dans la dépendance de laquelle nous avions été rigoureusement maintenus par les traités?
La réclamation des notes anglaises en faveur de la od
DE VERONE. SF cévile (municipal law ) est eufieuse : le souverain est inviolable, disent-elles , mais ses parents ne le sont pas.
Ainsi, ona le droit de proscrire toute une famille souveraine, de ne garder qu'un roi sur le trône, afin de rester strictement dans la loi politique : de manière qu'à Ja mort de ce roi on peut intervertir l'ordre de la succession légitime, et mettre la couronne sur la tête d'une autre branche on d’une autre dynastie. On ne sait si M. le duc de Wellington voyait si loin quand il rédigea ees notes; mais il est certain qu'elles s’anpliquent aujour. d'hui merveilleusement à la personne de don Carlos.
Combiep l'inquiétude que montre M. le plénipotentiaire pour la France est touchante quand il se réorie sur l'embarras où vont nons jeter les dépêches des trois cours alliées, si ces dépêches arrivent avant la nôtre en Espagne , si le roi de Prusse et les empereurs d'Autriche et de Russie retirent leurs envoyés de Madrid avant que nous ayons retiré notre ambassadeur ! Après cette diplomatie embarrassée , l'Angleterre, revenue à son caractère , déclare qu'elle ne parlera pas un langage commun avec ses alliés, qu'elle s’abstiendra même d'adresser au gouvernement espagnol aucune communication au sujet des relations de ce gouvernement avec le France. Cette dernière phrase laisse percer le secret du gouvernement britannique : l'Angleterre croyait alors que si nous entrions dans la Péninsule, nous serions perdus ; tout le parti libéral en France, tous les hommes d'état de l’Empire, en disaient autant , ne pouvant croire qu’un vieux roi infirme et sans armée réussirait là où Napoléon avait échoué.
L’Angleterre ne voulait pas intervenir alors (bien quelle lait voulu peu de temps après, quand elle a eu peur), même pour empécher l'effusion du sang : une
guerre où nous devions être nécessairement battus empécherait tout renouvellement du pacte de famille.
Un mot échappé à M. Canning , lorsqu’à propos d’un discours de M. Brougham et lorsqu'il nous crut fourvoyé dans l'affaire de la Péninsule, montre les sentiments que nous pôrtaient nos rivaux ; il s’écria dans sa joie : « Tu » l'as voulu, Georges Dandin ! tu l’as voulu , mon ami! » Et pourtant il ne nous croyait pas assez stupide pour n’avoir rien compris aux notes du duc de Wellington, puisqu'après avoir reçu une lettre de félicitations que nous lui écrivimes sur sa nomination de ministre des affaires étrangères, il nous adressa à Vérone la réponse suivante :
Londres, ce 28 octobre 1822.
« Je ne doute nullement, mon cher vicomte, que yous ne soyez un de ceux qui me font l'honneur de se réjouir le plus de ma nomination , et je n'aurais pas tardé à vous exprimer toute la reconnaissance que je vous dois pour vos félicitations , si la même lettre qui me les apportait n'avait pas notifié votre départ pour Vérone.
» Cette lettre vous y trouvera bien occupé sans doute; mais, avec tant d'occupation, je serais inexcusable si j'y ajoutais plus que ce peu de mots et les assurances du respect , de l'admiration et de l'amitié que je vous ai voués, mon cher vicomte, et que j'aurai, comme je l'espère, . bien des occasions de vous prouver, tant comme ministre que comme ami.
» Tout à vous :