XX VIII
Réflexions sur les trois dépêches précédentes. — Quand la France devait-elle retirer son ambassadeur ?
Il faut pardonner à ces dépêches ce qu'elles disent contre la tribune et la liberté de la presse : les monarchies absolues ne comprendront jamais les monarchies représentatives; ce sont deux espèces de pouvoirs dont les éléments sont incompatibles. Mais les rédacteurs de ces dépèches auraient dû faire la part aux hommes, et songer que, si les Cortés se montraient rigoureuses outre mesure, elles avaient affaire à un monarque ingrat et sans foi, qui ne cherchait qu’à les tromper, et dont le caractère, s’il n’autorisait la violence des Liberalès, l’excusait du moins.
L'Autriche s’applaudit trop de ses succès contre les révolutionnaires de l'Italie : sa peur lui faisait voir des conspirateurs 14 où il n'y avait que le mouvement progressif des idées d’une nation impatiente du joug étranger, et privée de sa nationalité par la conquête. On ne pouvait penser comme M. de Metternich, quand on voyait passer à Vérone des Cages de l’ordre et du bonheur, qui emportaient au Spielberg Silvio Pellico avec ce que PIta- . lie renfermait de plus éclairé et de plus distingué dans son sein. L’Autriche n’avait pas été, comme la France , bouleversée par une révolution de quarante années, toujours prête à se ranimer au moindre souffle ; elle n'était pas frontière de l'Espagne ; ses peuples et ses soldats
n'étaient pas en contact avec les peuples et les soldats qui proclamaient des constitutions à main armée : elle
aurait pü se montrer moins inquiète, moins inexorable et plus habile en suspectant moins les intelligences.
. Enfin ces dépêches, en donnant de grands éloges au peuple espagnol pour sa résistance à Napoléon, oublient que ce peuple obéissait alors aux Cortès de Cadix , que le moine qui.défendit héroïquement Saragosse se battait au nom de cette même constitution, objet actuel de la réprobation des puissances continentales : il n'y avait de justement posé dans ces débats que la France.
Du reste, le fond des dépêches est vrai: elles établissent clairement nos périls, à nous; populations limitrophes de l’Espagne. La seule menace que les alliés fassent entendre, c'est de retirer leurs représentants d'an pays avec lequel ils n’ont plus de relations politiques.
Quand devait la France retirer à son tour son ambassadeur ? avant , avec ou après que les envoyés des autres cours auraient demandé leurs passeports? Cette question ne pouvait ètre résolue que selon les circonstances, vu notre voisinage de l'Espagne. C'est précisément sur cette question que M. le vicomte de Montmorency rendit, assure-t-on , le portefeuille des affaires étrangères.