‹ Congrès de Vérone (volume 2)Chapitre 13 sur 80 · X XIX · texte numérisé non relu

X XIX

Notre correspondance avec M. de Villéle. — Lettres.

Il ne nous reste plus, pour faire connaître toutes les pièces du congrès de Vérone, qu’à donner notre correspondance avec M. de Villèle. Les lettres du ministre des finances, lucides, rapides , prévoyantes, pleines d'affaires

s$ CONGRÈS et biets inforanées, prouvent qu'il était fait pour ta hante place qu'il occupait; elles sont même plus vives, moins oentenues et moins diplomatiques que les nôtres. On voit que le correspondant de Vérone, par la connivence naturelle de ses désirs, exagère l'envie que les souverains avaient de la guerre, excepté, comme neous l'avons dit, l'empereur de Raseie. Nous cherchions à fixer les déterminations du président du conseil, car ses idées étaient moins arrêtées que les nôtres sur une entreprise à laquelle nous attachions ke salut et l'honnear de la France. Nous n'étions pas miaistre des affaires étrangères ; il n'y avait pas la woindre apparence qu'on nous appelât à des fonctions dignement remplies par M. de Montmerency ; mais nous nous Mattions, si nous faisions adopter notre plan à M. de Villéle, qu'une fois arrivé à Lendres , notre boune position auprès de Georges IV et de M. Canning contribuereit à rendre l'exécution de ce plan plus facile. Vérone, ce 31 octobre 1822.

« Je vous remercie, mon-cher ami, de votre petit mot du 23. La dépéche de M. de Montmorency vous portera à peu près aujourd'hui la conclusion de l'affaire d'Espagne dans le sens de vos instructions. Vous verrez les notes verbales. Ce soir nous aurons une conférence du congrès pour aviser au moyen de fcire connaitre à l'Europe les dispositions de l'alliance rekativement à l'Espagne: La Russie est à merveille pour nous; l'Autriche nous sert dans cette question, quoiqu'élle soit pour le reste toute anglaise ; la Prusse suit l'Autriche. Le vœu trés-prononcé des puissances est pour la guerre avec l'Espagne. C’est a vous , mon cher ami, à voir si vous ne devez pas saisir une occasion , peut-être unique, de replacer la France au rang des puissances militaires, de réhabiliter la cocarde

DE VERONE. 90 blanche dans une guerre courte, presqme sans danger, vers laquelle Vopinion des royalistes et de l'armée vous pousse aujourd'hui fortement. Il ne s'agit pas de Peceupation de la Péninsule, mais d'un mouvement rapide qui remettrait le pouvoir aux véritables Espagnols et vous épargnerait les soucis de l'avenir. Les dernières dépéches de M. de La Garde prouvent combien le succès serait facile. Toute FEurope continentale serait pour vous, et l’Angleterre, si elle se fâchait , n'aurait pas même le temps de se jeter sur une colonie ; quant aux chambres, un succès couvre tout. Sans doute, le commerce et les finances souffriront un moment, mais il y a des inconvénients à tout. Détruire un foyer de jacobinisme , rétablir un Bourbon sur le trône par les armes d'un Bourbon, sont des résultats tels qu'ils l’emportent sur des considérations d'une nature secondaire. Enfin , comment sortirons-nous de la position où nous nous trouvons, pour peu qu'elle se prolonge ? Pouvons-nous garder éternellement une armée d'observation au pied des Pyrénées? Pouvonsnous , sans nous exposer aux sifflets et à la déconsidération de tous les partis, renvoyer un matin nos soldats dans leurs garnisons ? Dans les questions que vous m'aviez invité à vous poser pour en faire le fond des instructions , je vous avais déduit une partie de ces avantages de la guerre, qui me frappent ici d'autant plus que je trauve l'Europe continentale prête à nous seconder de tous ses efforts. Vous connaissez ma modération politique et eom- — bien je suis éloigné des partis violents; mais je dois, pour n'avoir rien à me reprocher, vous remettre saus les yeux ce côté de la question, qui n'est pas celui dent vous vous êtes le plus occupé. C'est à vous à peser les choses dans votre sagesse, et à moi à suivre la route que vous oroirez devoir prendre.

» M. de Montmorency parle de nous quitter dans une huitaine de jours. Après son départ les affaires iront vite, car elles ne sont pas compliquées ,-et les rois s’ennuient

» Quant à moi, je suis très-impatient d'apprendre que vous avez fait pour nos amis ce qu’il est si important que ‘ vous fassiez. S'il s'agissait de mes intérêts et non des

vôtres, il y a long-temps que j'aurais cessé de vous importuner.

» Bonjour, mon cher ami; tout à vous pour la vie.

» CHATEAUBRIAND

Vérone, ce 1°" novembre 1822.

« Vous ne doutez pas, mon cher ami, de toute la part que je prends à la perte que vous venez de faire ; elle vient augmenter les difficultés du moment, en détournant tristement votre attention des affaires. Mais je connais la fermeté de votre esprit. Vous ne vous laisserez point ébranler par le bruit des diverses opinions , soit que vous vous déterminiez a la guerre ou à la paix. Une fois votre parti pris , vous suivrez franchement l’un ou l’autre système , sans en redouter les chances et sans vous en dissimuler les inconvénients. La crise des fonds sera courte. S'il y a guerre, un succès les relévera; s’il y a paix, ils remonteront également. Quant à moi, mon cher ami, je ne séparerai point ma destinée politique de la vôtre : laissez venir les revers, et vous verrez si je suis fidèle.

» M. de Montmorency part définitivement cette semaine, Je voudrais bien en faire autant , car je suis par-

faitement inutile ici : nons tripotons misérablement ct je vous serai plus utile à Paris.

» Je vous embrasse , et tout à vous.

| » CHATEAUBRIAND

« Dans la supposition de la guerre , ce que nous avons fait ici vous servira puissamment, sans que vous soyez engagé au-delà de ce qui cesserait d’être cas d’absolue nécessité, »

Vérone, ce 20 novembre 13822,

« Je vous ai écrit hier une petite lettre, mon cher ami, par le courrier anglais ; je veux vous en écrire une un peu plus longue aujourd'hui. Nous avons signé hier au soir un procès-verbal que M. de Montmorency, qui part demain, vous portera. Je crois que vous serez content de cette espèce d’acte, et qu’il aura l'approbation du roi; il est ‘tout entier en notre faveur. Nous voilà parfaitement en sûreté contre la guerre, si elle doit éclater , en même ‘temps que nous restons les maîtres de l’attendre et que rien dans les engagements de l'alliance ne nous oblige à la déclarer, , :

» Ne croyez pas, mon cher ami, qu'en vous parlant des avantages de cette guerre, dans le cas où nous serions forcés de la soutenir, je ne sente pas néanmoins les graves inconvénients qu'elle pourrait entraîner, surtout si elle n’était pas terminée dans une campagne. L’Angleterre se radoucit et paraît dans ce moment moins opposée aux intérêts de l'Europe continentale; mais si nos flottes étaient long-temps en mouvement, et si des soldats russes se mettaient en marche, la double jalousie de nos voisins insulaires pourrait se réveiller. Vous avez donc bien raison de ne pas vous précipiter tête baissée dans des hosti-

lités dont il faut bien calculer toutes les chances; mais je crois que, l'événement arrivé, on ferait disparaître la plus grande partie des dangers en adoptant un système de conduite dont je poserais ainsi les principales bases :

» 4° Déclarer par une proclamation, en entrant en Espagne , qu'on ne veut ni attaquer son indépendance, ni imposer des lois à la nation espagnole, ni lui dieter des formes de gouvernement, ni se méler de sa politique intérieure , en quelque matière que ce soit.

» 2° Faire prendre la cocarde espagnole à nos soldats, occuper les villes et les villages au nom de Ferdinand, planter partout le pavillon espagnol à côté du drapeau blane, ne parler jamais qu'an nom des autorités eapagnoles, qu'on rétablirait partout en avancant.

» 9° Marcher jusqu’à l'Ébre, s'y établir et ne le dépasser que . dans le cas d'absolue nécessité. Fournir des armes et de l'argent aux Espagnols fidèles ; les laisser terminer euxmêmes la querelle , en se contentant de les appuyer dans certaines positions pour leur assurer la victoire.

» 4° Déclarer qu'on ne veut ni oecuper l'Espagne, ni lui faire payer les frais de la guerre; offrir sans cesse la paix, et se retirer aussi promptement qu'on serait entré dès que les circonstances le permettraient.

» Monseigneur le duc d'Angoulême devrait commander l’armée et avoir sous ses ordres un maréchal de France : le maréchal Macdonald est naturellement indiqué; il jouit d’une réputation qui donnerait de la confiance aux soldats, et en même temps il n'est pas, comme d'autres maréchaux, odieux à la nalion espagnole.

» Ces idées, mon cher ami, vous seront sans doute venues comme à moi. Un pareil plan, promptement et exactement exécuté, en rendant le secours de la Russie

inutile, diminuerait la jalousie de l'Angleterre, que notre

‘DE VÉRONE. 405 modération d’ambition et de principes achèverait de désarmer ; la guerre ne serait plus qu’une querelle de famille antre la France et l'Espagne, que la foree et la bienveillance de la première aurait bientôt apaisée, Cette guerre aurait pour nous tous les avantages que je vous ai indiqués dans ma lettre du 54 notobre , sans parler de op que nous powrions faire pour notre commerce , de coneert avec le gouvernement espagnal dans les colonies. Toutes ces considérations font que, sans désirer la guerre, je ne la crains pas, et qu'en approuvant tout ce qua vous faites pour l'éviter, je crois que, ai vous y étiez forcé, elle consolerait le génie militaire de la France, effacerait chez nos saldats le souvenir de l'usurpation, et serait, sous ce rapnort, extrémement favorable an trône légitime.

» M. da Montmoreney vous dira où nous en sommes ici : ce qui nous restera à faire après son départ est peu de ‘ che , et, salon toutes lea probabilités , le cangrès sera dissous le 40 ou le 45 du mois prochain. Espérons que ce sougrès sera le dernier. Je suis bien aise d'y avoir assisté, parce que cela achève mes études politiques : j'ai appris à connaître bien des ahoses et hien des hommes dont je n'aurais pu jamais pénétrer le secret. J'ai vu aves une axtréme satisfaction que la France donnera encore des lois à l'Europe quand elle sera bien conduite , en prafitant des espérances que notre farce renaissante commeñoe à inspirer de toutes parts. Nous causerans à fond de tout cela, et j'ai pris des nates qui nous seront utiles,

» Il faut yous dire, mon cher ami, une chose qui ne vous fera aucune peine : vous avez été accusé iei, auprès de l'homme qui fait tout (ou plutôt de l'homme à qui on fait tout faire), d'une extrême modération. Je me suis trouvé enveloppé, comme votre ami, dans l'accusation ;

on m'a donc traité froidement parce qu'on m’4 soupconné d'y regarder à deux fois avant de précipiter mon pays dans les chances d’une guerre qui pourrait devenir européenne si elle venait à se compliquer d'une guerre en Orient et de l'attaque des colonies espagnoles par les Anglais. Et puis, il arrive que je suis resté constitutionnel quand on ne veut plus de constitutions. Ceux qui nous proscrivaient comme des ultra, qui voulaient qu’on nous chassat de toutes les administrations pour y mettre les hommes des cent jours, sorit aujourd'hui des ultra, et nous, nous sommes des libéraux , ou tout au moins des ventrus ou des ministériels. Qu'y faire ? Prendre tout cela en patience et en pitié. Cependant mes actions vont hausser après le départ de M. de Montmorency. J'aperçois déjà les symptômes d'une faveur à venir. Je réussirai surtout si vous m'écrivez et si on sait que je suis votre homme; car, tout en trouvant quelque chose à redire à votre prudence, on a la plus haute idée de votre capacité. En vous priant de m'écrire, dans votre intérêt et dans le - ‘Mien, je ne vous engage pas à grand'chose, car à peine aurai-je le temps de recevoir une lettre de vous. Au reste, je dois vous dire , ‘en finissant cette longue [lettre que j'écris au courant de la plume, que l'Autriche et la Prusse ne sont nullement ardentes pour la guerre , et que si vous ne pensez pas que cette guerre doive être soutenue , il sera très-facile de faire naître des obstacles de la part du cabinet de Vienne et de Berlin.

» Vos élections seront finies lorsque vous recevrez cette lettre, La crise des fonds vous aura sans doute fait perdre quelques voix; mais il vous en restera toujours assez. N'oubliez pas messieurs de Lalot, Bertin, Vitrolles, Bouville : tout cela doit être fait avant l'ouverture de la

session. Souvenez-vous aussi de la pension de pair du pee ‘tit Jumilhac, nouveau duc de Richelieu:

» Tout à vous, mon cher ami, et pour la vie : » CHATEAUBRIAND.

» P, s. Cette lettre a retardé de 24 heures ::on a retenu de Lalot et le jeune Fitz-James jusqu’a aujourd’hui 24, et M. de Montmorency ne part que demain 22. Je crains ‘qu'il ne soit assez long-temps en route et que l'on veuille ‘attendre ici des nouvelles de son arrivée, et votre réponse sur le parti que vous prendrez relativement aux notes ou -dépéches à envoyer aux ambassadeurs en Espagne. Quelle que soit la résolution du conseil des Tuileries, les autres cabinets paraissent décidés à envoyer leurs notes, et à retirer leurs agents en Espagne, si les notes ne produisent aucun effet. Mon opinion est que nous devons sacrifier beaucoup au maintien de l'alliance continentale, et je pense aussi, contre ce qui paraît être votre opinion, que le rappel de notre ambassadeur ne serait pas la guerre; mais c’est chose à examiner. Dans ce moment, par exemple, la Russie n’a point d’ambassadeur à Constantinople, et ce n’est pas la guerre ; on négocie : à plus forte raison, l'Espagne pourrait faire des réflexions si les ministres d'Autriche, de Russie, de Prusse et de France se retiraient à la fois. Le roi, souverain juge et souverainement sage, décidera cette grande question, »

Paris, le 28 novembre 1822.

«Mon cher Chateaubriand , j'ai reçu votre longue et bonne lettre du 20; recevez-en mes bien sincères remerciments. Nous attendons Montmorency après-demain ou dimanche; son retour me vient mal, car lundi est mon jour critique pour la liquidation des opérations faites sur

nos rentes dans le mois; je suis fâché de cette coënetr dence; mais nous allons faire ce que nous pourrons pour en supporter les inconvénients.

» Une autre chose fort grave nous arrive en méme temps, c’est la débâcle de la régence d’Urgel ct de l’armée de la Foi : le baron d’Eroles a été battu par Mina à Fentrée des gorges du côté de Talana ; une partie de son monde l’a abandonné; il s'est rejeté sur la Seu, déposant le long de nos frontières une immense quantité de femmes , enfants , prêtres, moines et fugitifs. Tant a été accueilli par nos troupes, et il ne s'en est suivi aucun désordre. D’Erales a encore été chassé d’Urgel, dont la ville a été incendiée par Mina. Huit ou neuf cents royalistes déterminés se sont renfermés dans le fort avec des vivres et des munitions pour trois mais; le reste, avee le baron d’Eroles, est en fuite vers Puycerda, d’où la régence s'est déjà retirée et où aura lieu probablement la dispersion, tant chez nous qu’en Espagne, du reste de l'armée de la foi. L’évéque d'Urgel est à Dax avec tout son clergé; le Trappiste est à Toulouse : c'est une désolation sur toute . cette frontière. On va pourvoir à l'entretien de tous ces réfugiés. |

» Je vois, par ce que nous dit Montmorency et par ce qué vous me marquez , que c’est sur nous que va rouler tout le poids de la détermination à l'égard de FEspagne : je le veux bien, si on nous laisse les deux boules ; mais, si on ne m'en donne qu'une, je ne puis être séduit par l’apparence de tant d'honneur ; tout est dans le contenu des notes que doivent remettre les ministres de Russie, de Prusse et d'Autriche. Si leur envoi doit entrainer la rupture, il est clair que nous allons avoir immédiatement la guerre, ou un état qui lui serait tellement semblable que nous n'avons en réalité aucun choix à faire. |

» Si elles sont conçues de manière à opérer un retour à la raison de la part de l'Espagne, et à nous laisser la liberté d'agir selon les circonstances et les événements , nous n'avons qu'à suivre avec sagesse et fermeté la voie que je congrès aura ouverte, et on peut compter sur nous. Il faut donc attendre et voir pour se former uae opinion, L'envoi d'une copie de ces notes aurait abrégé de trois ou quatre jours la délibération, et la débâcle de l’armée de la Foi nous fait voir qu’abréger les délibérations est, assez ordinairement , beaucoup avancer les affaires.

» Quant au protocole, ou procès-verbal , relatif au casus fœderis ,s' est ce qu'on nous a dit, c'est parfait, c’est tout ce que nous pouvions désirer, c'est de la part de nos alliés un acte de confance pour la France que nous saurons justifier , et qui, malgré la défection de l’Angleterre, sera d'un grand poids pour contenir les révolutionnaires. Nous n'avons pas encore reçu de réponse à la note passée à M. Canning; aussitôt que j'en aurai, je vous Pexpédierai.

» Je vous envoie les dernières dépêches venues de Madrid. Les Anglais aurañent tort de nous blamer dans les précautions que nous prenons contre les Espagnols; ils somt encore plus vifs que nous sur ce chapitre quand il touche à feurs intérèts : ils sont en ce moment à obliger le gouverneur de Cuba à reconnaître leurs droits de commerce avec toutes les colonies espagnoles, sous peine de voir immédiatement attaqués et détruits tous les établissements maritimes de l'île de Cuba dont ils pourront se rendre maîtres.

» Je reçois dans l'instant l'avis que les Cortés ont expédié un M. Perreira avec des pleins pouvoirs pour reconnaître l’mdépendanve de leurs colonies; ii était à Rio- Janeiro à la fin de septembre, pour commencer son

expédition par la riviére de la Plata. Je crains que le congrès n’ait eu tort de ne vouloir pas lier cette question à celle d’Espagne : il a fait beau jeu à l'Angleterre et aux révolutionnaires espagnols. |

- » Vous savez nos élections: c'est une merveille. Tout à l’intérieur va aussi parfaitement. J'aurai à la fin de l’année vingt-cinq millions de reste , toutes dépenses soldées. Pourquoi faut-il que ces malheureuses affaires extérieures viennent troubler une telle prospérité !

» Adieu , mon cher; mille compliments affectueux à vos collègues. Ne m’oubliez pas auprès de Serres. De cœur et pour la vie tout à vous.

» Joseph DE VILLELE.

» Entièrement occupé de l'extérieur, je n'ai encore pu Voir ce que nous pourrons pour nos amis. Après l’arrivée de Montmorency, nous verrons de faire ce qui sera possible. »

Paris, ce 29 novembre, à midi.

« Le départ du courrier ayant été retardé, je peux joindre à l'envoi que je vous fais une dépéche de M. de La Garde , une nouvelle lettre que le roi m’a ordonné de lui écrire , enfin la dépêche que je reçois à l'instant de Marcellus.

» Le roi est trés-satisfait des résultats obtenus 4 Vérone; il en témoignera probablement sa satisfaction par quelque grace qu'il accordera à M. de Montmorency : je pense que ce sera le titre de duc.

» Nous n’avons pas encore de ses nouvelles : nous l’attendrons demain ou dimanche. »

Vérone, ce 28 novembre 1822.

« Je vais, mon cher ami, vous parler à cœur ouvert : je laisse à M. de Caraman, le plus ancien ambassadeur, à vous écrire la lettre officielle.

» Le gouvernement me paraît être dans la position la plus difficile; tout ce qu’on fait ici ne plaît à personne : la France a la main forcée, la Russie trouve qu'on ne va pas assez loin, l’Autriche n’a marché que pour ne pas rompre avec la Russie, la Prusse craint le moindre mouvement , et Angleterre s’oppose à tout.

» Tandis que l’on croyait être parvenu à quelque chose à Vérone, les affaires se faisaient ailleurs : l'Angleterre concluait ses traités avec l'Espagne. Nous voyons maintenant clairement les causes des notes violentes du duc de Wellington et de la note qu'il nous a transmise tout-àcoup sur les colonies espagnoles. L’Angleterre se réservait par là le droit de nous dire, quand nous viendrions à apprendre les conventions de Madrid: «Je n'ai rien caché , j'en avais averti le congrès par ma note. » Vous verrez ci-jointe la réponse que j'ai faite à cette note, ainsi que celle relative à la traite des nègres. Je crois y avoir bien établi vos principes: elles ont eu ici un grand succès. Maintenant qu’allez-vous faire? Ouvrard, qui connaît parfaitement l'Espagne et l'Angleterre, prétend que celleci donne déjà deux cents millions pour ce qu'elle veut obtenir, et qu'elle en promet quatre cent mille autres. Votre dernière lettre et la dernière dépéche de M. de La Garde semblent confirmer en partie ce que dit Ouvrard. Si telle est la position, les choses ont entièrement changé de face pour nous, et ce que vous purte M. de Montmorency n’est plus qu’une vieillerie inapplicable, car l'Angleterre

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