COMMUNICATION DE L’AMBASSADEUR DE RUSSIE
Extrait de la dépêche russe au général Pozzo di Borgo du5715 mars et des pièces qui s’y trouvent annexees,
: L'empereur se flattait encore que la modération prévaudrait dans les conseils du gouvernement anglais, qui ne voudra pas, par une rupture avec la France, s’exposer à détruire tous les liens qui l’unissent au continent. Mais
M. de Marcellus vous aura probablement dit que je lui avais exprimé mon attente, et que je l'avais assuré de mon entière conviction que si le mot « neutralité » s'était trouvé placé dans le discours, nous aurions eu à combattre les efforts combinés de tous les partis de la chambre des communes pour le faire retrancher. Si même vous nous repoussiez, qui vous empêche ‘de négocier pour yous-mémes? Seulement, négociez au moins avant d’envahir.
Pour toujours, mon cher monsieur de Chateaubriand, avec l'amitié et l'admiration les plus sincères, votre tout dévoué.
si, contre toute attente, l’Angleterre déclarait la guerre à la France pour empêcher le gouvernement de Sa Majesté très-chrétienne de rendre à l'Espagne le plus essentiel des services, Sa Majesté impériale autorise son ambassadeur à assurer dès à présent le cabinet des Tuileries que ses intentions ne changent pas , et que, pour sa part, il regarderait l'attaque dirigée contre la France comme uhe attaque générale contre tous les alliés, et qu'il accepterait , sans hésiter, les conséquences de ce principe. |
Certain de cet appui, l'empereur exhorte le roi à consommer ses propres déterminations et à marcher avéb confiance contre les hommes des troubles et des malheurs.
Agissant dans cet esprit, l’empereur rappelle la question agitée au congrès relative à la réunion d'une ârmée russe sur les frontières occidentales de l'empire comme moyen de sûreté européenne.
Les cabinets alors se séparèrent sans rien arréter à cet égard ; mais la matière a de nouveau été prise en considération. Sa Majesté impétiale est prête à réunir une armée d'observation dans ses états,
Extrait de la dépéche du comte de Nesselrode à M. de Tatischeff, en date du 5145 mars,
- Dans cette dépêche à M. de Tatischeff, l'empereur répond à l'ouverture de roi de Naples. Sa Majesté. impériale fait des vœux pour que ce souverain retourne dans:ses Etats, afin de veiller au gouvernement de ses royaumes, .
Extrait de la dépéche adressée au comte da Liawen.
L'empereur ordonne à son ambassadeur d'exprimer au cabinet britannique les mêmes sentiments; de lui rappeler que, dans des circonstances pareilles, l'opposition avait rencontré d'éloquents adversaires dans Jes membres du ministère; que lard Liverpool avait été souvent de ce nombre, et qu'il s'était appliqué plus d’une fois à resserrer les ligns de l'alliance, qu'il semble méconnaître dans cette cixconstance,
Le,gamte de Liewen a ordre de s ‘expliquer dans ce sens euxers M. Canning, et de lui observer que Sa Majesté impériale a été surprise de voir que l'Angleterre trouvait ajarmant dans la bouche du roi de Franee le principe qu’elle a implicitement admis dans toutes les transactions qui ont eu la France pour objet, et qu’elle déclarait juste et inattaquable, en Espagne una cause qu’elle n’a soutenue ni à Naples ni dans le Piémont,
M. DE CHATEAUBRIAND À M. CANNING
Paris, 10 mars 1823.
Il y a hien long-temps, mon honorable ami, que je vous dsis one répensa : mon excuse est la multitude des affaires dont je me suis trouvé oocablé, Je ne puis reprendre les choses au point où les avait laissées votre lettre, car elles ont fait depuis bien du chemin.
Vous voyez que nous n'avons cessé de temporiser , pour laisser aux hommes sages, à Madrid, l'occasion de
mettre, sans effusion de sang , un terme aux malheurs de leur patrie ; mais ily a une fin à tout, et vous sentez qu'il serait impossible de prolonger l'état aù nous nous trouvons sans les plus graves inconvénients pour nous; si, enfin, nous sommes forcés d’entrer en Espagne , soyez certain que nous n’y entrerons qu'avec les intentions les plus pacifiques et le désir sincère d'en sortir promptement, et d'écouter toute proposition propre à faire cesser les calamités de la guerre. Notre affaire avec l'Espagne, si on ne fait rien pour.la compliquer, ne remuera rien en Europe. Nous ne demandons rien , nous ne voulons rien, nous ne nous plaignons de personne; car, mon honorable ami, nous aurions pu nous plaindre amicalement de la permission donnée par votre gouvernement pour l'exportation des armes : en défendant l'exportation pour nos côtes, la nentralité eût été Ja même, et nous aurait été moins désavantageuse. Mais enfin, si cela fait tuer quelques-una de-nos soldats de plus, ils sont accoutumés à faire bon marché da leur vie, et nous en avons un million pour Jes remplacer ; ainsi nous ne vous adressons auauns représentation,
Je pourrais aussi me plaindre un peu de votre amitié; cependant, ai elle n’a pas cru devoir me défendre contre las ignobles et calomnieuses attaques de M. Brougham, o'est qu'elle a eu des raisons particulières. Pour. moi, mon honorable ami, si jamais on vous attaque à notre tribune, vous pouvez être sûr qu'aucune raison politique ne m'empéchera de dire tout le bien que je pense de vos talents et de votre caractère.
Continuez-nous, mon honorable ami, votre bienveillance; j'attends, pour vous envoyer un ambassadeur, que la mob ne casse plus les vitres. Quand les radicaux auront fini avec le duc de San - Lorenzo et qu’il sera
tombé dans l'oubli, alors peut-être obtiendrons-nous grace; Vous connaissez, mon honorable ami, mon entier et
parfait dévouement.
| A vous de tout cœur,
CHATEAUBRIAND
M. DE CHATEAUBRIAND AU GENERAL GUILLEMINOT
Paris, ce 23 mars 1823,
J'ai l'honneur de vous envoyer, général, la proclamation de monseigneur le duc d'Angoulême en français et en espagnol. Nous avons pensé qu'il nous serait impossible de la faire imprimer ici sans qu’on en dérobat quelques exemplaires chez l'imprimeur. Vous la recevrez telle qu'elle a été délibérée au conseil et approuvée du roi, et . vous la ferez imprimer à Bayonne dans les deux langues. Vous y mettrez la date : nous pensons qu'elle pourra être datée du 2 ou du. 5 avril. Vous en enverrez sur-le-champ une quantité considérable à Perpignan pour l'armée de Catalogne, et vous la ferez répandre avec profusion en Espagne. Le ministre de la guerre pense que l'invasion aura lieu le 7 avril; ainsi la proclamation vous précédera de cinq jours.
M. de Caux, notre agent diplomatique, est arrivé de Berlin. Il partira mardi pour vous rejoindre. Vous en serez content : il a passé une grande partie de sa vie en Espagne, sait l’espagnol comme le français, et joint à une grande modération de caractére l'habitude du travail. M. de Martignac, le commissaire civil, part demain.
Votre grande affaire sera la formation du conseil espa-
| GUERRE D'ESPAGNE. AT . gnal. L’archevéque de Tarragone, qui en edt nonamé pré- .sident, ne veut ni se séparer de M. Mata-Flgrida, ni adopter M. Eguia. Celui-ci a les pouvoirs de Ferdinand, et il sera presque impossible de ne pas l'admettre an . conseil ; mais, d'un autre côté, son nom épouvante les hommes qui ont pris parti pour les Cortés. J'espère que la présence de monseigneur le duc d'Angoulême arran- .gera tout cela; il faut aller comme nous pourrons jusqu'à Madrid : arrivés là, nous établirons le gouvernement provisoire, et il sera plus facile de concilier les amourspropres et les intérêts. MM. Erro et Calderon, membres désignés du conseil, qui sont encore ici, partent demain pour Bayonne.
Je parle toujours au ministre de la guerre de ses approvisionnements ; il me répond toujours que vous ne manquerez de rien. En attendant, j'invite à tout hasard des hommes d’affaires à faire partir des vaisseaux chargés d'avoine, de fourrages et d'autres approvisionnements pour Bayonne, afin d’y ouvrir un marché en cas de nécessité. Si, comme je l'espère, les ports de la côte espagnole s'ouvrent pour vous, à mesure que vous avancerez en Espagne, vous pourrez par ces ports recevoir beaucoup de secours. .
N’épargnez surtout rien, général, pour avoir des pla- -ces; non-seulement elles assureront votre marche, mais si elles tombent devant vous à votre entrée en Espagne, l'effet moral de ces redditions sera immense dans la Péninsule. Je ne suis pas sans quelque inquiétude sur la Catalogne. Mina a tout réuni de ce côté, et certainement les réfugiés français et piémontais, joints à des Anglais qui sont arrivés en amateurs, tiendront ferme et peuvent ‘ étonner au premier moment nos troupes qui sont jeunes. ‘Ne pensez-vous pas que 4,000 ou 4,200 hommes de
Bus GUERRE DESPAGNE.
la garde auraient été ntiles de ce côté? L’ Angleterre vient de déelarer sa neutralité, mais nous ne pouvons pas nous attendre à ses bons offices : sans paraître , elle nous fera tout le mai qu'elle pourra. Il sera bien essentiel d’insurger et d'armer les Galices, qui couperont toutes les cammrogications avec la Corogne ; c'est là qu’arrivent tous nos.mécontents et les secours des radicaux de l'Angldterre. Si on pouvait s'emparer de ce port, ou le faire tomber aux mains des royalistes , ce serait une chose considévable. Peut-être qu'une entreprise par mer réussi- Trait.
t Voilà, monsieur le comte, une bien Jangue lettre. Écrivez-moi , je vous prie , quand vous en surez le temps, et comptez entièrement sur moi.
Croyez à tout mon dévouement et recevez la nouvelle assurance de ma considération la plus distinguée.
CHATEAUBRIAND
M. GENTZ À M. DE CHATEAUPRIAND.
Monsieur le vicomte ,
Je viens de faire la seconde lecture d'un des plus beaux discours qui aient jamais été prononcés dans une assemblée publique. Il ne me convient presque pas d'en témoigner mon admiretion à Votre Excellence : ce serait comme si je n'avais pas prévu qu elle n’éléverait sa voix dans cette grande question que pour la traiter avec une supériorité décisive. "Aussi n'est-ce pas à l'éloquence de ce discours que je paie le tribut de mes hommages ; elle est ai inhérente à toutes wos compositions, monsious le vicomte, elle est d'un
GUERRE D'ESPAGNE. "sè9 genre si caractéristique et si élevé, que cé n'est pas à propos d'un discours que l’on peut en parler positivement. Mais la force du raisonnement et de la logique, le choix des arguments, l’à-propos des réflexions les plus profondes, la manière victorieuse dont les objections les plus saillantes y sont coulées à fond, voilà ce qui, à mes yeux, constitue le mérite distinctif de ce chef-d'œuvre.
Votre Excellence n'a ni le temps de lire de longues lettres , ni aucun besoin de mes éloges. Je n'entre dans aucune question problématique. C’est un sentiment irré sistibl@qui me dicte ces lignes; et c’est une conviction intime qui me fait croire que, si l'expédition d'Espagne est exécutée comme elle vient d'être défendue, elle tournera infailliblement à la gloire de la France et au salut de l'Europe.
Agréez, monsieur le vicomte , l'assurance de teus les sentiments respectueux avec lesquels je suis, :
De Votre Excellence, Le trés-obéissant et dévoué serviteur, GENTZ.
Vierine ; lé 8 mars 1823,