‹ Congrès de Vérone (volume 2)Chapitre 45 sur 80 · M. RAYNEVAL A M. DE CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

M. RAYNEVAL A M. DE CHATEAUBRIAND

Berlin, 28 juin 4825.

Monsieur le Vicomte,

Le courrier Diancourt arrive au moment ou je venais d’écrire une dépêche qui contient à peu près tout ce que j'ai à mander à votre Excellence dans ce moment-ci. Elle y verra que le langage de M. Alopéus confirme ce que doit lui mander M. de la Ferronnais des dispositions de la Russie, relativement aux prétentions du roi de Naples; c’est maintenant une affaire dont il ne sera plus question. A quelque intention qu’elle nous ait été suscitée , elle tournera à notre avantage de plus d’une manière. D'abord, elle nous a permis, etnon-seulement à nous, mais aux autres puissances aussi, de lire jasqu’aa fond de la pensée de l'Autriche ; et ce que nous y avons lu nous donne, ce me semble, le droit de surveiller cette puissance d’un peu près, sans qu’on s’en formalise. Ensuite, le gouvernement du roi a trouvé là une occasion toute naturelle, et dont il a parfaitement profité, de donner à nos alliés l’idée de Ia fermeté avec laquelle sera repoussée toute proposition qui blesserait ou nos intérêts ou notre dignité. Cette leçon ne sera pas perdue. Je suis bien persuadé, monsieur le Vi-

D’ESPAGNE. iy

comte, que de longtemps vous n’éprouverez plus de semblables obstacles, et que nos alliés vont tous, sahs exception et sans plus tergiverser, marcher enfin sur la méme ligne que nous. L’article 3 du protocole du 7 juin ne laisse plus aucun prétexte à calomnier les intentions de la France. Sans doute, il eût été telle circonstance où cet engagement eût pu géner notre action; mais rien de semblable n’est à eraindre aujourd'hui, surtout après cette miraculeuse con tre-révolution de Portugal, qui nous tire d’une situation si délicate, et dissipe si éomplétement tons les nuages qui ebscurcissaient de ce côté l'horizon politique.

Tout ce que la France a fait politiquement et militairement depuis trois mois, monsieur Ie Vicomte, nous met dans ane situation dont les heureux effets se font déjà sentir. Notre indépendance complète est assurée. Encore un dernier effort, et nous jouirons d’une influence d'autant plus grande, d’autant plus durable, que ce n’est point I'am: bition qai nous a mis les armes à la main, et que la cupi- * dité ne ternit point l'éclat de nos succès. La seule comparaison qu’on fera de la conduite des deux puissances qui ont été appelées à combattre la révolution , l’une au-delà des Alpes, l’autre au-delà des Pyrénées, sera pour nous une victoire décisive. L’opinion des peuples n’est pas peu de chose, et ce n’est pas peu de chose non plus que de la reconquérir si peu de temps après l'avoir si complétement perdue.

RAYNEVAL

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