‹ Congrès de Vérone (volume 2)Chapitre 70 sur 80 · S. A. R. LE DUC D'ANGOULÈME A M. DE CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

S. A. R. LE DUC D'ANGOULÈME A M. DE CHATEAUBRIAND

Bosquillas, ce 8 novembre 1825.

J'ai reçu, monsieur, vos deux lettres du 21 et 28 octobre. Je suis charmé d'avoir fait une chose qui vous était agréable en nommant votre neveu Luuis , colonel du 4° de chasseurs. A l'égard de sun frère Christian, il m’a dit qu’il était content de ce qu’il était, et qu’il ne désirait pas autre chose : ce sont deux bien bons sujets tous les deux.

Je joins ici ma réponse au roi de Saxe à la lettre que vous m'avez fait passer par le dernier courrier.

J'ai vu M. Pozzo à Madrid; il m'a paru professer de très-bons sentiments. Je vous renonveile, monsieur, l’assurance de tous mes sentiments d’estime et d'affection.

Lauis-ANTOINE.

P.-S. J'ai laissé à Madrid le major-général avec mes

instructions pour la conclusion, de concert avec l’ambassadenr, du traité d’occupation; mais il me paraît, d’après les dernières lettres de Madrid, que cela trainera beaucoup en longueur, ce qui ne me surprend pas avec les Espagnols.

M. DE CHATEAUBRIAND A M, DE TALARU

Paris, le 143 novembre 4823.

Vous aurez aujourd'hui une lettre officielle de moi et cette lettre particulière. Il paraît que le roi d’Espagnevoudrait faire quelque chose d’agréable à notre roi. Voici ce qui conviendrait le mieux. Il faudrait que Ferdinand fit présent à Louis X VIII ou à M. le duc d’Angouléme, de quelques-uns de ces tableaux de Raphaël, du Dominiquin, de Murillo, et qui ont été restaurés en France. Nous avions voulu les acheter ou plutét les échanger contre des meubles , des porcelaines, etc. , etc. Nous pourrions encore envoyer présents pour présents. Tâchez de conduire à bien cette négociation au milieu de toutes les autres; cela serait bon ici pour l'opinion, qui se souvient toujours que la galerie du Louvre a été dépouillée sous les Bourbons. Il serait juste qu’une guerre nous rendit uné partie de ce qu’une guerre nous a fait perdre.

Ma lettre officielle vous dira le reste.

CHATEAUBRIAND

M. DE CHATEAUBRIAND A M. DE TALARU

Paris, ce 28 novembre 1823.

Mes deux derniéres lettres officielles, mon cher ami, vous auront appris qu’il y avait eu erreur dans la maniére dont l’Espagne doit demander la médiation des alliés ; il faut absolument qu’elle comprenne |’ Angleterre dans l’alliance, car elle y est en effet. Isoler les quatre cours continentales de la cour de Londres serait donner à celle-ci le droit de se déclarer, à l'instant même, pour l’indépendance des colonies : faites bien réparer cette erreur capitale. C’est comme cela aussi que toutes les cours comprennent la médiation. L’Autriche et la Prusse viennent d'écrire qu’elles adhèrent au plan dans lequel, disent-elles, il faut comprendre l’Angleterre : en effet , c’est mettre celle-ci, soit qu’elle accepte ou refuse , dansle plus grand embarras.

M. de Polignac n’a point été trop loin; nous ne pouvons nous départir de cette politique : ou l'Espagne adoptera un plan raisonnable pour ses colonies, ou elle ne l’adoptera pas ; si elle l’adopte , nous et nos alliés la seconderons de tous nos efforts ; si elle ne l’adopte pas, nous ne pouvous pas voir l'Angleterre augmenter sa puissance, déjà trop grande, de toutes les richesses des. colonies espagnoles, sans chercher à participer à ces richesses. Nous exposerions la France et nous nous ferions lapider par la partie industrielle de la nation. Ainsi, nous sommes très-décidés à agir dans les intérêts particuliers de notre pays, le jour ou nos efforts auront été infructueux , pour amener l'Espagne à des idées raisonnables sur ses colonies : voilà sur quoi vous devez appuyer toute votre politique. —

248 NEOCIA TIONS.

Tâchez donc de faire conclure nos traités : le traité d'occupation, le traité de reconnaissance des sommes que nous avons prêtées à l'Espagne , pendant la campagne, le traité pour les indemnités de notre commerce. Pourquoi le décret sur le licenciement de l’armée, tant royaliste que constitutionnelle, n’a-t-il pas paru? tout le mal est là en grande partie; pourquoi le décret d’amnistie n’est-il pas publié? etc., etc., etc. Vous me direz que les Espagnols

‘ne vont pas si vite; je le sais, mais cette-anarchie de l’Es-

pagne retombe ici en accusation contre nous : cela nous fait beaucoup de mal. Quant à M. Saez, peu m’importe qu’il soit à, s’il est capable et qu’il gouverne bien. Du moins devrait-il se démettre de sa place de confesseur, et revoquer les décrets qu’il a fait rendre sur la route de Séville à Madrid.

J'oubliais de vous dire que nous sommes décidés à vouloir que l'affaire des colonies espagnoles , si elle a lieu, soit traitée à Paris, en conférence, et point à Madrid, comme l’Autriche en laisse percer l'envie. Vous sentez qu’elle nous échapperait, que le gouvernement espagnol même, au milieu de toutes les intrigues, de tous les intéréts, de tous les préjugés nationaux, ne serait pas maître d'agir raisonnablement. La France aussi jouera par ce moyen un rôle bien plus important, et il nous importe d’élever tant que nous pouvons notre patrie.

CHATEAUBRIAND

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