‹ Congrès de Vérone (volume 2)Chapitre 73 sur 80 · X XII · texte numérisé non relu

X XII

L'opposition me suit,

Le lendemain de notre renvoi et les jours d’après, on lat, dans le Journal des Débats, ce paragraphe si remarquable et si honorable pour MM. Bertin :

» C’est pour la seconde fois que M. de Chateaubriand » subit l'épreuve d’une destitution solennelle.

» Il fat destitné en 4816, comme ministre d'état, pour » avoir attaqué, dans son immortel ouvrage de la Monar-

» chie Selon la Charte, la fameuse ordonnance du 5 septem- » bre, qui pronongait la dissolution de la chambre introu- » vable de 4815. MM. de Villèle et Corbière étaient alors » de simples députés, chefs de l'opposition royaliste, et » c'est pour avoir embrassé leur défense que M. de Cha- » teaubriand devint la victime de la colère ministérielle.

» En 1824, M. de Chateaubriand est encore destitué, » et c'est par MM. de Villèle ét Corbière, devenus ministres, » qu’il est sacrifié. Chose singulière! en 4816, il fut puni » d’avoir parlé ; en 4824, on le punit de s’être ta; son » crime est d’avoir gardé le silence dans la discussion sur » Ja loi des rentes. Toutes les disgrâces ne sont pas des » malheurs ; l’opinion publique , juge suprême, nous ap- » prendra dans quelle classe il faut placer celle de M. de » Chateaubriand ; elle nous apprendra aussi à qui l’ordon- » nance de ce jour aura été le plus fatale, ou du vainqueur » Ou du vaincu.

» Qui nous eût dit, à l’ouverture de la session, que » nous gâterions ainsi tous les résultats de l’entreprise » d'Espagne ? Que nous fallait-il cette année? Rien que la » loi sur la septennalité (mais la Joi complète) et le budget. » Les affaires de l'Espagne, de l’Orient et des Amériques, » conduites comme elles l’étaient, prudemment et en si- » lence, seraient éclaircies; le plus bel avenir était devant » nous, on a voulu cueillir un fruit vert; il n’est pas » tombé, et on a cru remédier à de la précipitation par de » la violence,

» La colère et l'envie sont de mauvais conseillers; ce » n’est pas avec les passions et en marchant par saccades » que l’on conduit des états.

« P.-S. La loi sur la septennalité a passé, ce soir, à la » chambre des députés. On peut dire que les doctrines » de M. de Chateaubriand triomphent après sa sortie du

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» ministère. Cette loi, qu’il avait conçue depuis longtemps, » comme complément de nos institutions, marquera à ja- » mais, ayee la guerre d’Espagne, son passage dans les » affaires. On regrette bien vivement que M. de Corbière » ait enlevé la parole , samedi, à celui qui était alors son » illustre collègue. La chambre des députés aurait au moins : » entendu le chant du eygne.

» Quant à nous, c’est avec le plus vif regret que nous » rentrons dans une carrière de combats, dont nous espé- » rions être à jamais sortis par l’union des royalistes; mais » l'honneur, la fidélité politique, le bien de la France, ne » nous ont pas permis d’hésiter sur le parti que nous de- » vions prendre, »

Le signal de la réaction fut ainsi donné. M. de Villèle n’en fut pas d’abord trop alarmé; il ignorait la force des opinions. Plusieurs années furent nécessaires pour Pabattre; mais enfin il tomba.

Derniers billets diplomatiques.

Ces derniers billets ferment notre correspondance. M. DE CHATEAUBRIAND A M. DE TALARU.

Paris, le 9 juin 1824.

Je ne suis plus ministre , mon cher ami; on prétend que vous l’êtes. Quand je vous obtins l’ambassade de Madrid,

je dis à plusieurs personnes qui s'en souviennent encore : « Je viens de nommer mon successeur. Je désire avoir été prophète. C'est M. de Villèle qui a le portefeuille par intérim. »

CHATEAUBRIAND

M. DE CHATEAUBRIAND A M. DE RAYNEVAL

Paris, le 16 juin 1824.

J'ai fini, monsieur; j'espère que vous en avez encore pour longtemps. J’ai taché que vous n’eussiez pas à vous plaindre de moi.

Il est possible que je me retire à Neufchâtel, en Suisse ; si cela arrive, demandez pour moi d'avance à S. M. prus-

sienne sa protection et ses bontés : offrez mon hommage

au comte de Bernstorff, mes amités à M. Ancillon et mes compliments à tous vos secrétaires. Vous, monsieur, je vous prie de croire à mon dévouement et à mon attachement très-sincère.

CHATEAUBBIAND. |

M. DE CHATEAUBRIAND A M. DE CARAMAN

Paris, le 22 juin 1824.

J'ai reçu, monsieur le Marquis, vos lettres du 44 de ce ‘mois. D’autres que moi vous apprendront la route que

vous aurez à suivre désormais; si elle est conforme à ce que vous avez entendu , elle vous mènera loin. Il est probable que ma destitution fera grand plaisir à M. de Metternich pendant une quinzaine de jours. Recevez, monsieur le Marquis, mes adieux et la nouvelle assurance de mon dévouement et de ma haute considération.

CHATEAUBRIAND

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