‹ Congrès de Vérone (volume 2)Chapitre 76 sur 80 · M. BENJAMIN CONSTANT A M. DE CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

M. BENJAMIN CONSTANT A M. DE CHATEAUBRIAND

Paris, ce 31 mai 1821.

Monsieur le Vicomte,

Je remercie Votre Excellence de vouloir bien, quand elle le pourra, consacrer quelques instants à la lecture d’un

livre dont, j'ose l’espérer, malgré des différences d’opinion , quelques détails pourront lui plaire. Elle doit, ce me semble, en aimer une des idées dominantes; c’est que sans le sentiment religieux , aucune liberté n’est possible, et que ce sentiment seul peut tirer l'espèce humaine de l’état d’abaissement dans lequel tant de causes concourent à la plonger.

Vous avez le mérite d'avoir le premier parlé cette langue, lorsque toutes les idées élevées étaient frappées de défaveur, et si j'obtiens quelque attention du public, je le de- ’ vrai aux émotions que le Génie du Christianisme a fait maître, et quise sont prolongées parce que la puissance du talentimprime des traces ineffaçables. Quelle que soit la croyance positive , tous les hommes dont l’âme a quelque valeur doivent se réunir pour fairetriompher les sentiments qui nous rappellent au ciel sur ceux qui nous courbent vers la terre,

Votre Excellence trouvera dans mon livre un hommage bien sincérea la supériorité de son talent et au courage avec lequel elle est descendue dans la lice, forte de ses propres forces, tandis que ceux-là qui s’y montrent aujourd’hui y arrivent avec l'autorité pour appui, et menacent souvent de prendre la persécution pour auxiliaire.

Si à cet hommage j'ai osé joindre de légères critiques, mon tribut d’éloges ne vous en paraitra que plus impartial, lors méme que mes critiques seraient mal fondées. Cependant, si le livre n’eût pas été imprimé depuis trois mois, cette impartialité me serait devenue impossible ; car je me ferai toujours une grande joie de professer envers Votre Excellence ma reconnaissance personnelle dans deux oc casions importantes, et d’en joindre l'expression à celle des sentiments que je lui ai voués.

BENJANIN CONSTANT.

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