GUILLEMINOT
M. DE CHATEAUBRIAND A M. DE TALARU
Paris , ce 23 août h 823.
Vos dépêches du 1 7 et du 1 8, n08 58 et 09, m'arrivent en même temps. Les circonstances sontgra-
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ves, mais c'est clans les circonstances graves que l'on prend son parti et que l'on l'ait tête à l'orage. Nos armées disséminées, la population soulevée contre nous, les places fortes résistant, voilà de terribles choses que nous disent aussi tous les jours nos libéraux ; mais enfin nous n'avons pas devant nous un seul corps d'armée capable d'arrêter cinq cents Français. La population, qui n'a pas pu se soulever pour nous à l'ombre de cent miile baïonnettes françaises, et qui se fait battre partout où elle veut se mesurer seule avec les soldats des Cortès (comme cela vient de lui arriver encore en Catalogne ), cette population ne se soulèvera pas en masse contre nous. Tout n'est pas perdu, et, avec de la patience et de la mesure, on peut réparer une erreur, grave sans doute; mais quel homme, et surtout quel prince, est exempt d'erreur ?
Je ne vous ai point dit que l'affaire de Burgos fût peu de chose, mais je vous ai dit qu'il était de bonne politique de la faire paraître ainsi. Il est souvent utile de traiter les affaires avec une apparence de peu d'importance ; on les aggrave en appuyant trop sur leurs conséquences. L'ordonnance d'Andujar n'est point la suite d'un plan , comme le prétend M. Brunetti , qui voit partout une charte projetée et un accommodement avec les révolutionnaires ; c'est un mouvement de colère produit par la lecture de la note de M. de Saez, qui demandait des réparations. On tombe-
rait , en croyant cela , dans toutes les erreurs autrichiennes.
Je ne suis pas de ceux qui croient à la reddition subite de Cadix, je pense même que cette ville pourrait ne pas ouvrir ses portes; mais je ne désespère pas tout à fait de sa reddition : il y a beaucoup de chances pour nous; et enfin, si Cadix ne se rendait pas, tout ne serait pas encore perdu.
Les ordres de monseigneur ie duc d'Àngoulème ont été exécutés trop rigoureusement à Vittoria et à Bilbao. J'ai proposé de les faire adoucir d'ici , mais on objecte que, si le ministre de la guerre donnait un ordre qui fût contrarié par un ordre venu de Monseigneur , il pourrait en résulter un mal prodigieux. De plus, envoyer un ordre de Paris serait condamner le Prince , et tout vaut mieux que cela. En tout, il y a mal de tous côtés; mais ne nous décourageons pas.
P. S. Je me désole comme vous de la distance; que sert tout ce que je viens de vous dire? Quand vous recevrez cette lettre , la réponse de Monseigneur sera arrivée depuis huit ou dix jours à Madrid , et tout sera changé. Dans tous les cas , que la régence sache bien que si, par une division funeste , nous étions obligés de nous retirer sur l'Ebre, V aidés serait bientôt à Madrid, et les royalistes exterminés. La France se sauverait toujours, et rien ne pourrait la forcer dans ces places fortes de la Catalogne et de la Navarre , dont elle s'em-