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parerait aussitôt, en faisant des sièges; mais les constitutionnels triompheraient dans le reste de l'Espagne : le mieux est donc de nous tenir unis à tout prix.
Chateaubriand.
M. DE CHATEAUBRIAND A M. DE LA FERRONNAIS
Paris , ce 23 août I 825.
Je dois, monsieur, vous parler d'un événement dont nos ennemis ont voulu faire quelque chose, et qui heureusement n'aura aucun résultat fâcheux.
On avait fait à Burgos , ainsi que dans plusieurs autres villes d'Espagne, des arrestations arbitraires extrêmement nombreuses. Les moindres inconvénients de ces arrestations étaient de susciter des ennemis sans cesse renaissants à nos armées; car les soldats miliciens qui rentraient chez eux, en vertu de capitulations militaires avec nos généraux, étant incarcérés en rentrant dans leurs foyers, reprenaient les armes et allaient grossir les garnisons des places ou former des guérillas derrière nos armées. Pour faire cesser ces désordres, qui compromettaient la sûreté de nos troupes, le commandant de Burgos fit mettre en liberté tous les détenus qui n'étaient pas arrêtés
IVKSPAGNE. J.TI
on vertu d'ordres émanés dos tribunaux. La régence s'en tint offensée, et M. Saez écrivit une lettre à M. deTalaru, dans laquelle il demandait d'un ton menaçant une prompte réparation. Cette note fut malheureusement communiquée à Monseigneur qui, justement offensé qu'on ne reconnût pas mieux ses travaux et ses sacrifices , donna, de premier mouvement, à Andujar, une ordonnance par laquelle il déclare qu'aucune arrestation ne pourra avoir lieu dans les places occupées par ses troupes, sans l'autorisation du commandant de ces troupes; et comme des journaux de Madrid avaient osé insulter l'armée française, cette ordonnance mettait les journaux sous la surveillance militaire.
Lâ-dessus grand bruit : L'indépendance de ta régence méconnue, la justice violée, ta cause royaliste sacrifiée à la cause révolutionnaire, etc. , etc. Les agents de l'Angleterre soufflaient le feu , les partisans des cortès cherchaient à faire naître une division sérieuse entre nous et le parti royaliste; des intrigants s'agitaient et des moines fanatiques cherchaient à remuer la populace. MM. Bulgary et Brunetti,qui sont bien jeunes pour la besogne dont ils sont chargés, s'emportèrent d'abord, mais ils revinrent ensuite à un sentiment plus juste de la position des choses. M. Royez fut constamment bien , et aperçut, dès le premier moment, le danger immense qu'il y aurait eu à montrer la moindre division entre les représentants de l'alliance
dans une pareille circonstance. L'ordonnance, sans doute , a des inconvénients; un magistrat, un ambassadeur ne l'aurait pas rédigée telle qu'elle est, ou plutôt aurait conseillé toute autre mesure. Mais qu'est-ce après tout qu'une ordonnance échappée à un général qui voit sa parole comptée pour rien, ses troupes exposées par des violences fanatiques? à un général dont l'humeur est trop naturellement provoquée par une note menaçante? qu'est-ce, disje, que cette ordonnance mise en contre-poids à tous nos sacrifices et aux vertus d'un Prince véritablement admirable? Notre sang coule dans toutes les provinces de l'Espagne pour la cause des royalistes espagnols, cause qu'ils défendaient euxmêmes si mal; nos soldats, au milieu de toutes les privations , sous un soleil brûlant, gardent la discipline la plus incroyable; i5o millions ont déjà été répandus par nous dans la Péninsule. Un prince héritier du trône de France expose à tous moments sa vie pour délivrer le roi Ferdinand et arracher l'Espagne à la faction; et tout cela serait mis en oubli, parce qu'une ordonnance juste au fond , quoique défectueuse dans la forme, est venue mettre un frein à l'esprit de réaction et de vengeance , et contrarier les vues de ceux qui ne poussaient peut-être à ces rigueurs excessives que pour nous contraindre à nous retirer sur l'Ebre. On a enfin senti ce qu'il y aurait d'ingrat et d'impolitiqueà faire tant de bruit. La régence, qui avait envoyé une note à la conférence, l'a retirée; les re-
présentants des cours ont cessé d'insister sur des démarches intempestives. La régence a ordonné elle-même l'ouverture des prisons et député un officier à Monseigneur pour l'engager à modifier son arrêté : tout s'est calmé et l'on attend en paix les événements de Cadix.
Monseigneur est arrivé, au plus tard, au port Sainte-Marie le 18; il aura fait sommer Cadix le 19 ou le 20, et s'il n'a pas ouvert ses portes, l'attaque est ordonnée pour le jour même de la Saint-Louis, le a5. Nous n'avons donc plus que huit jours à attendre, à dater du jour où je vous écris, pour apprendre les choses les plus importantes pour les destinées de l'Europe.
M. DE CHATEAUBRIAND A M. DE TALARU
Paris, ce 27 août 1825.
Je vous écris ce matin avec une sorte de satisfaction, parce qu'il n'y a plus d'incertitude sur l'événement. Heureux ou malheureux, il est maintenant passé; vous le savez sans doute au moment où j'écris, et certainement au moment où vous recevrez cette lettre. Une estafette, arrivée hier, ne m'a point apporté de dépêches devons, mais elle a apporté une lettre de Monseigneur
loi CLEUI'iE
qui apprend ce qu'il a dû l'aire ; elle me donne du moins cette satisfaction qui résulte des faits précis et de la nettelé d'une position. Le Prince dit donc que le 17 il a assemblé un conseil de guerre; qu'il a été résolu d'attaquer la ville en suivant un plan régulier; lequel plan demande cinq jours de préparation, qu'en conséquence il a envoyé un de ses aides-de-camp porter au roi la lettre dont on lui avait envoyé d'ici le modèle, en donnant cinq jours pour y répondre. Vous connaissez maintenant cette lettre. Elle servira à vous détromper sur la prétendue conspiration politique pour une charte à laquelle vous avez cru, avec tous ceux qui avaient intérêt à Madrid à y croire ou à y faire croire. Vous auriez dû mieux me connaître. Les événements militaires et la conduite particulière du Prince ne dépendent pas de moi ; mais ce qui en dépend ce sont les résultats et les capitulations politiques , car aucune concession pour la fin de la guerre ne peut être accordée sans être ou offerte ou ratifiée par le roi, sur l'avis du conseil : or, tout ce qui serait au déshonneur de la France, et constituerait l'abandon des principes qui ont fait la règle de ma vie politique, n'aura jamais lieu tandis que j aurai quelque part au gouvernement. Ou je me trompe étrangement ou la lettre de Monseigneur est aussi noble que ferme et calme. Que proposet-il, ou plutôt qu'insinue-t-il? car même il ne le propose pas. Lue amnistie et les vieilles cortès ;
lŒSl'AGNE. I5S
et celle amnistie et ces vieilles cortès ne peuvent ('liviin'ine accordées qu'après que le roi sera libre : sa liberté étant la première condition de la paix. Trouvez mieux, et pour le roi dont il faut la délivrance, et pour la nation qu'on ne peut garantir des fautes du roi qu'en la mettant à l'abri derrière ses vieilles institutions. Si le clergé, qui compose presque seul les vieilles cortès, n'est pas satisfait, il faut convenir qu'il est difficile à satisfaire.
Mon rôle ici est fini; je sors net et sans tache de l'événement, quel qu'il soit. Je ne me plaindrai point des soupçons, de l'alarme répandue autour de vous par ceux à qui vous avez parlé.
Mon caractère est la constance; je ne m'effraie ni ne me trouble de rien; si la lettre ou l'attaque n'ont point réussi à Cadix , je ne croirai point tout perdu, et ce qu'on n'aura point fait en août, on le fera plus tard , et je proposerai , coûte qui coûte, de ne' jamais abandonner l'affaire d'Espagne. L'habitude des affaires m'a appris que beaucoup de choses qu'on a cru perdues ne vont pas si mal qu'on l'aurait cru d'abord; qu'il y a un certain bruit de parti qui assourdit lorsqu'on commence, et qu'on se tromperait agissant d'après ses premiers mouvements.
Vous avez entendu les cris des royalistes espagnols, les plaintes de ces agents diplomatiques qui sont les ennemis de la France. On a cru , sur les rapports de ces hommes passionnés, que le Prince
avait commis plus d'erreurs qu'il n'en a commis. Une béte placée au port Sainte-Marie fait présumer que tout le reste était ainsi : vous n'avez pas entendu les plaintes du parti opposé; vous n'avez pas vu, comme nous ici, les réponses de tous les gouverneurs des places, qui disent tous qu'ils se rendraient, mais qu'ils ne le feront pas, parce qu'en posant les armes ils seraient emprisonnés et massacrés par les ordres de la régence. Yous n'avez pas vu les rapports sur les cruautés du curé Mérino et des autres chefs royalistes, et conséquemment vous n'avez pas été à même de bien juger de l'effet que ces rapports, présentés peut-être dans un esprit peu bienveillant, ont pu produire sur le Prince généralissime; une seule ordonnance fâcheuse a paru, selon moi, un trop grand contre-poids aux sacrifices de la France et aux vertus réelles du Prince. On traite aujourd'hui facilement d'ineptes, d'incapables, de stupides, les gouvernements; mais peut-être en dernier résultat trouvera-t-on qu'un gouvernement qui a essayé de concilier les hommes , qui s'est opposé à toutes les mesures arbitraires, qui partout a arraché des victimes à la mort sans distinction de parti, et qui pourtant, tandis qu'on l'accusait de faiblesse, n'a consenti à aucune concession politique, peut-être trouvera-t-on que ce gouvernement a fait usage d'un assez heureux mélange de modération et de fermeté.
Quoi qu'il en soit , voilà ces longs bavardages
finis. Si Ferdinand est rétabli sur son trône vous rentrerez dans les voies d'une légation ordinaire; si l'affaire de Cadix est manquée, je vous transmettrai les ordres du roi, et on prendra conseil des événements.
Je ne sais rien de l'ordonnance, sinon qu'on a donné du quartier-général l'ordre de l'exécuter avec toute la prudence et toute la douceur possible.
M. RAYNEVAL A M. DE CHATEAUBRIAND. Berlin , ce 30 août 1 823.
Monsieur le Vicomte ,
Je sais gré au courrier prussien de partir à point nommé pour que je puisse vous accuser sans retard la réception de votre lettre du a3, qui m'est parvenue hier. Je n'ai pas été aussi heureux pour celle du 1 1 , aucune occasion ne s'étant présentée depuis que je l'ai reçue. J'ai toujours de nouveaux remerciements à faire à Votre Excellence du soin obligeant qu'elle met à me tenir exactement informé de tous les événements, et de fournir un aliment substantiel à mes conversations avec M. de Bernstorff, qui, sans cela ,
tiendraient un peu trop de la nature du monologue. Mes dernières dépêches ont fait connaître à Votre Excellence avec quelle satisfaction on aurait reçu ici
la nouvelle de la soumission de Cadix. Aujourd'hui un peu d'impatience y a succédé, mais toujours mêlée de beaucoup de confiance. M. de Rernstorfl, me parlant hier soir des dépêches qu'il venait de recevoir, m'a dit que tout allait à merveille, et que les détails qu'on lui donnait élevaient au plus haut degré ses espérances. La conversation s'étant portée sur les résultats de l'expédition d'Espagne, aussi vivement menée qu'elle l'a été jusqu'ici, et aussi heureusement terminée que nous la prévoyons , il a compté au nombre de ceux dont nous ne devions pas être les seuls à nous féliciter, la résurrection politique de la France ; c'est le terme dont il s'est servi. Il a ajouté que c'était à vous principalement, monsieur le Vicomte , à l'énergie de vos conseils , qu'elle devait de se trouver replacée parmi les puissances au rang qu'il était si nécessaire qu'elle occupât.
Les rapports de M, Royez, arrivés hier, parlent du fâcheux dissentiment d'opinion qui a éclaté entre M. le duc d'Angoulème et la régence, au sujet des arrestations arbitraires qui avaient été faites. D'après l'impression qu'il m'a paru que M. Bernstorfl avait reçue de toute cette affaire, j'ai pu juger que M. Royez avait complètement mérité les éloges que Votre Excellence lui donne, et que j'ai eu soin de répéter. M. de Bernstorff
croit ([iic la vivacité qu'a montrée S. A. \\. dans celle circonstance, loin d'avoir un fâcheux effet pour l'avenir, servira à tenir la régence dans de justes bornes, et à lui faire sentir les ménagements qu'elle a à garder envers le gouvernement auquel elle doit son existence, et le Prince sans l'assistance duquel elle ne peut rien.
J'ai envoyé à M. de la Ferronnais , par estafette, et à M. de Rumigny, par la poste, les lettres que Votre Excellence m'avait adressées pour eux.
Agréez, je vous prie, monsieur le Vicomte, l'assurance de mon entier dévouement et celle de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être, de Votre Excellence, le très-humble et
très-obéissant serviteur.
Rayneval.