M. LE COMTE GUILLEMINOT A M. DE CHATEAUBRIAND
Port Sainte-Marie, le \\ septembre i 823.
Monseigneur,
Je réponds à la hâte à vos lettres des 5i août et 5 septembre. Vos désirs ont été prévenus; deux circulaires aux généraux ont modifié l'ordonnance d'Andujar. La circonspection , trèsrecommandée dans l'application, achèvera d'en TOME n. 1 1
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atténuer l'effet! Mais, au nom de Dieu, faites que Ja régence ait une conduite à la fois plus sage et plus ferme.
Si, comme votre excellence m'en donne l'assurance dans sa première lettre, les Anglais n'interviennent pas à Cadix, je ne doute pas que nos opérations devant cette place ne conduisent à bonne fin.
La flottille de la Corogne a rallié l'escadre. Nous tirons parti de ses équipages et de ses canons pour nos canonnières et nos batteries.
Grâce à votre excellence , le Portugal nous a aidés, mais de bien peu, car ce pays est totalement épuisé en ressources maritimes.
Quant à notre grande, notre unique affaire, ma confiance dans la réussite n'a pas besoin d'être corroborée. Je suis convaincu comme elle de notre supériorité sur l'ennemi.
Devenus maîtres du Trocadéro, j'ai pensé aussi, comme votre excellence, que nous devions attaquer par le Pontales. En nous établissant dans le faubourg qui est derrière, et dans la Cortadura, nous empêcherions d'une part les sorties delà place, et contraindrions de l'autre tous les défenseurs de l'ile de Léon de capituler; cette opération nous mènerait plus directement et plus promptement au but.
Notre marine est mieux d'accord avec nous sur la possibilité d'un débarquement sur la plage de la grande mer, entre Santi-Pétri et la Torregorda.
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Mais un préalable nécessaire, c'est la réduction du fort Santi-Pétri,. qui croise ses feux avec les batteries de terre sur le point jugé propre à la descente. Demain nous canonnerons ce fort par ten ■<■ et par mer, et, suivant toute probabilité, nous le réduirons promptement.
Sa possession nous mettra à même de tenter le débarquement entre Torregorda et ce fort, ou d'exécuter le passage de vive force du Rio Santi- Petri vers son embouchure.
La première de ces opérations repose en grande partie sur la marine. Une fois à terre, nos troupes, pleines d'ardeur, se chargent du reste. La tentative aura, j'espère, lieu dans peu de jours.
Le passage exécuté de force, nous rassemblerions de nouvelles bouches à feu vis-à-vis les batteries ennemies de l'embouchure du Santi-Petri, nous en rétablirions dans le fort' du même nom, et nos bricks et canonnières viendraient prendre des revers sur les batteries espagnoles; de sorte que la langue de terre sur laquelle se croiseraient nos feux deviendrait intenable pour l'ennemi ; alors nous jetterions notre pont. Les batteaux destinés aie former sont déjà rassemblés à San Lucar. Telle est ma manière de voir.
Quant à l'équinoxe, je pense aussi que ce ne serait que pour peu de temps que nos opérations maritimes en seraient contrariées.
Maîtres de l'île de Léon, nous bombarderons
Cadix, si la place persiste à ne pas rendre le roi. Il eût été à désirer que nous eussions pu le faire immédiatement après la prise du Trocadéro; mais on ne l'a pu, et les tentatives qu'on a laites depuis, sans organisation satisfaisante des moyens déjà si incertains à la mer, n'ont occasionné qu'une perte de temps. Mais pendant tout le temps des opérations dont j'ai eu l'honneur de parler plus haut à Votre Excellence , j'espère qu'enfin nos bombardes et canonnières s'organiseront.
Tout ce que je viens de vous dire, Monseigneur, vous démontre sans doute que je désire, autant que tout autre, d'éviter les suites désastreuses que pourrait produire tout relâchement dans nos efforts contre Cadix. Je ne suis nullement effrayé des obstacles à surmonter. Fussent-ils dix fois plus considérables, nous ne devons pas, nous ne pouvons pas, sans nous déshonorer, renoncer à notre, entreprise. Tout le inonde me paraît bien d'accord sur ce point, et la présence de Monseigneur fera que chacun remplira son devoir. Si ce n'est pas dans quinze jours, ce sera dans un mois, ce sera dans un an, que nous couronnerons notre noble entreprise. Mais ce sera, et je crois dans peu.
Toute la question de l'Espagne est là, comme vous le dites, Monseigneur, et non dans les scènes plus ou moins violentes qui se passent dans l'intérieur de la Péninsule.
Je suis aussi le conseil que me donne votre excellence, de renfermer dans mon cœur tout le
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mépris, tout le ressentiment que doivent m 'inspirer certaines choses. Je sais ce qui se trame en Espagne et dans Paris même contre moi ; mais j'en détourne tout à fait ma pensée , pour la fixer entièrement sur le grand, l'unique objet, la reddition de Cadix. Après nous verrons.
Agréez, je vous prie, Monseigneur, l'hommage de mon respectueux dévouement.
Comte Guilleminot.