‹ Congrès de Vérone (volume 3)Chapitre 38 sur 53 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

7r2'2 NÉGOCIATIONS.

Vous me dites qu'on n'a rien vu de votre humeur : c'est bien, et c'est le métier. Il est tout simple que vous ne voyiez que l'Espagne; mais moi qui suis au centre du cercle , je vois tous les rayons et les divers points de la circonférence. Notre vraie politique est la politique russe , par laquelle nous contrebalançons deux ennemis décidés , l'Autriche et l'Angleterre. Si la Russie maintenant voulait être trop prépondérante , une légère inclinaison de notre part vers l'Angleterre aura bientôt rétabli le niveau : c'est entre ces deux contre-poids que nous devons jouer. Ne vous écartez jamais de ce système et surtout cachez bien votre politique et vos sentiments. Soyez bon homme excepté pour les Espagnols , auxquels il vous faut parler en maître. Vous êtes un vrai roi, car vous disposez de quarante-cinq mille hommes, et en mêlant l'adresse à la force vous vous ferez obéir.

Il y a une chose que je ne comprends pas. Si le changement des ministres a été produit par un coup de la Camarilla, comment ces ministres sont-ils des modérés ou même des demi-libéraux?

Je comprends qu'au milieu de tous ces bouleversements, rien ne marche et que tout rétrograde. Il est pourtant heureux que la demande en médiation ait été retardée, puisque cela vous aura peut-être donné le temps, d'après mes lettres, de l'asseoir sur une autre base. Vous leur ferez re-

COLONIES ESPAGNOLES. RB

marquer que leurs espérances pour le Pérou et le Mexique ne sont point renversées par la médiation ; bien au contraire , elles s'accroîtront en donnant de la force aux royalistes dans les colonies; les royalistes américains seront encore bien plus forts et leurs antagonistes bien plus faibles, si vous obtenez la déclaration de liberté du commerce que je vous ai demandée.

Veillez à nos traités. Si celui d'occupation n'est pas signé immédiatement, vous déclarerez que les troupes vont avoir l'ordre de se retirer. Vous n'ajouterez pas même à ce traité l'article que vous m'aviez indiqué et que je vous ai envoyé rédigé. Il faut que le traité reste absolument tel qu'il est. Heureusement que par mon billet du 9, à deux heures et demie, je vous ai dit de ne point insérer cet article.

Voilà certes, mon cher ami, de longues explications : vous saurez maintenant comment agir en réunissant ce que je vous dis dans cette lettre confidentielle à ce que je vous dis dans ma lettre officielle.

Chatf.aubiuain"d.

H. DE CHATEAUBRIAND A M. DE POLIGNAG

Paris, ce 15 décembre \ S23.

J'ai reçu ce matin votre dépêche du 12. Je vais en faire passer une copie à M. de ïal'aru. Cela va assez mal en Espagne : on ne finit à rien, et cette médiation que nous voudrions établir pour les colonies est ajournée comme toutes les autres affaires. Le temps surprendra ces gens-là, et tandis qu'ils délibèrent, liraillés en sens contraire par leurs passions , et par les intérêts divers de l'alliance, l'Angleterre ira son chemin, et un beau matin, peut-être à la prochaine session du parlement, reconnaîtra l'indépendance des colonies.

Veillez bien à ce qui se passe autour de vous : la douceur de Canning, et son apparence de changement de sentiments pour nous, me sont suspects. Il est peut-être content de notre loyauté et de nos explications franches sur nos intentions touchant les colonies espagnoles , parce que cela lui permet de suivre plus facilement ses projets. J'ai peur qu'il ne sorte de toute cette paix quelque traité, surtout avec le Mexique, par lequel l'Angleterre obtiendrait , au détriment de notre commerce et de notre industrie, des avantages immenses. Prenons garde à nous laisser endormir;

ne jouons pas un rôle de dupes. Je sais que toul cela est fort difficile à prévenir, car nous n'avons pas de forces maritimes, et le continent, surtout depuis nos succès, ne nous aime pas assez pour nous soutenir dans une guerre contre l' Angleterre; mais il est toujours de notre devoir de faire tout ce que nous pourrons , et de ne pas tomber par imprévoyance. Il me semble difficile que la prochaine session du parlement n'amène pas quelque nouvelle révélation. Canning peut-il se présenter à la chambre des communes sans compensation pour la guerre d'Espagne qu'il a laissé faire? S'il ne m'a pas donné une trèshaute idée de sa politique , son intérêt et son amour-propre doivent le pousser à tenter quelque chose qui puisse fermer la bouche à ses en nemis.

CHATEAUBRIAND

M. DE CHATEAUBRIAND A 31. DE TALARIK

Paris , le 1 7 décembre 1 823.

Je profite d'une estafette de M. le duc Doudeauville, pour vous envoyer le duplicata, à tout événement, de mes lettres et dépèches. Comme je vous ai écrit hier, je n'aurais rien à vous mander

aujourd'hui sans l'arrivée de Rotschild de Londres, de Barring et de deux autres grands banquiers.

Ils viennent avec le projet de s'entendre avec le Rotschild de Paris, pour prêter une somme considérable à l'Espagne. Ils vont examiner la chose ici, voir dans quelle position financière se trouve la monarchie de Ferdinand : après quoi ils feront leur proposition.

Mais si, après avoir calculé dans leur propre intérêt que l'emprunt est possible, nous, France, nous ne le trouvions pas bon, ils nous déclarent qu'ils ne feront rien sans nous. Cette affaire est toute différente de celle que proposait Parish , riiomme du prince Metternich, de concert avec Ouvrard, et dans laquelle le Rotschild de Paris n'a pas voulu entrer.

Ceci, mon cher ami, est de la plus haute importance. En cas que ces premiers banquiers de l'Europe viennent au secours de l'Espagne, c'est encore à nous qu'elle devra ce nouveau et signalé service. Armé de ce nouveau moyen, vous pouvez tout. Si vous n'avez pu encore parvenir à obtenir ce que nous demandons avec tant d'instance, vous le pouvez maintenant. Vous pouvez faire un ministère à votre gré, dicter des lois, faire signer nos traités, décider la médiation pour les colonies, la i berté du commerce en Amérique, en liant ou en déliant les cordons de la bourse. Il serait bien malheureux que, maître des forteresses d'Espagne,

et pouvant fermer et ouvrir la source du crédit, nous tussions nous-mêmes sans crédit dans la Péninsule.

Chateaubriand.

M. DE CHATEAUBRIAND A M. DE TALARU

Paris, le 29 novembre 4 823.

Je conçois, mon cher ami, que dans le despotisme absurde de l'Espagne et la complète anarchie de l'administration, ce soit un pas de fait que l'organisation d'un conseil de ministres; partout ailleurs cela ne serait rien. Mais ce conseil des ministres est composé des mêmes hommes que nous avons vus au travail, rendant décrets sur décrets comme leur maître, rétablissant les dimes, proscrivant les miliciens en masse et hésitant à pardonner à Morillo. Je serai charmé qu'ils aillent bien, et que le roi, qui doit tout décider, décide d'une manière raisonnable, mais j'en doute. En attendant je remarque qu'on vous dit qu'on fera, qu'on va faire, et l'on ne fait rien, ni pour la conclusion de nos traités , ni pour les affaires de l'Espagne. Faites donc reconnaître nos créances, régler l'acte d'occupation et les indemnités pour notre commerce. Pressez, grondez, menacez même,

s'il le faut. Nous n'avons pas dépensé 200,000,000 et délivré Ferdinand pour être sans crédit en Espagne. Vos dernières dépêches jusqu'au n" 112, me donnent l'espoir que les miennes, à dater du 1 9, vous seront arrivées à temps pour redresser l'erreur dans laquelle on allait tomber en demandant l'intervention de l'alliance pour les colonies sans y associer l'Angleterre. Dans cette occasion la lenteur espagnole nous aura servis. Le ton de l'Angleterre envers nous devient de plus en plus pacifique; ne la bravons pas inutilement, empêchonsla de se séparer trop brusquement des intérêts communs. Le continent parle fort à son aise des quelques vaisseaux et du feu de soldats qu'il faudrait pour réduire le Pérou et le Mexique, et qui les fournirait ces vaisseaux et ces soldats? nous sans doute : or, pouvons-nous soutenir une guerre maritime? et dans cette guerre même les alliés, si entreprenants, nous soutiendraient-ils? L'Autriche n'est-elle pas tout anglaise , et la Russie ne ménage-t-elle pas même le cabinet de Londres à cause des affaires d'Orient? Jouons serré et ne soyons la dupe de personne. Nous avons Cadix et Barcelonne : avec ces nantissements, l'Angleterre n'ira pas trop vite en besogne; nous aurons le temps de voir si l'Espagne est raisonnable sur les colonies ; si elle ne l'est pas, nous prendrons notre parti. Décidément, nous évacuerons l'Espagne; nous la laisserons s'arranger avec les factions comme elle le voudra, si elle ne veut en finir

COLONIES ESPAGNOLES. r>-2!»

sur rien : c'est ce que vous ne sauriez trop répéter à M. Saez. Et qu'il ne se repose pas sur l'idée que nous serions nous-mêmes en danger, si des troubles renaissaient en Espagne; les ministres qui gouvernent aujourd'hui avec si peu de prudence seront certainement chassés, renversés par des soulèvements quand nous n'y serons plus. Il y va de leur intérêt personnel : qu'ils sentent au moins celui-là s'ils ne sont pas touchés par des motifs plus nobles. Comment ! ils n'ont pas encore fait les trois choses que le simple bon sens indique et pour lesquelles il ne faut pas plus d'une séance du conseil, l'amnistie, le licenciement de l'armée et l'emprunt! nos affaires à nous n'avancent pas plus que les leurs. Défiez- vous , mon cher ami, de Saez; je crains que cet homme rusé ne vous endorme par des paroles qu'il ne réalise jamais. Parlez-moi encore de ce ministre : dites-moi ce qu'il est : quelle est sa capacité, son caractère, ses intérêts , ses passions; ce qu'on en doit espérer, ce qu'il faut en craindre. Répondez-moi sur tous ces points :

Affaires de l'Espagne.

Colonies, amnistie, licenciement de l'armée, emprunt.

Affaires de France.

Traité d'occupation , reconnaissance de nos créances, indemnité pour notre commerce.

Voilà qui est clair, mon cher ami. Je vous le

répète, le roi ici est très-irrité, et si l'Espagne ne conclut pas, nous conclurons. Avertissez M. Saez du danger. Je ne l'ai pas caché au duc de San Carlos. J'ai reçu une très-longue lettre du général Pozzo aujourd'hui. Jy répondrai demain. Dans votre politique soyez Russe. Notre ennemie naturelle , l'Autriche, est très -malveillante dans ce moment. La Prusse craint la Russie, mais elle la suit. L'Angleterre voudrait nous brouiller avec la Russie surtout et nous caresse à présent; soyez poli sans confiance; il est certain que, dans l'affaire des colonies, l'Angleterre est plus près de nous que les puissances continentales, parce que nos intérêts se rapprochent.

Je vous remercie de la toison. J'étais charmé qu'on vous l'eût donnée, sans penser un moment que je pouvais la mériter. Je suis, grâce à Dieu, fort au-dessus de ces ambitions.

Tout à vous, mon cher ami.

Chateaubriand.

M. DE CHATEAUBRIAND A M. DE POLIGNAC

Paris , ce h janvier \ 824.

Je sors d'une conférence avec le duc de San Carlos, le général Pozzo et le baron Vincent. Le duc de San Carlos a reçu la note officielle pour la

COLONIES ESPAGNOLES. ôôt

demande en médiation et a ordre de la faire connaître à moi, aux ambassadeurs d'Autriche, de Russie et d'Angleterre. Nous sommes convenus qu'il retarderait cette communication de quelques jours pour vous donner le temps de me répondre et de connaître par vous la disposition de M. Canning : elle sera favorable ou défavorable. Dans le premier cas , nous accepterons immédiatement la demande en médiation , aussitôt qu'elle nous aura été faite officiellement. Dans le second cas, nous prendrons la chose adreferendum, jusqu'à ce que nous connaissions la détermination de l'Angleterre , et surtout pour ne pas précipiter une rupture sur la question des colonies, entre nous et le cabinet de Saint-James.

Voilà le point où en sont les choses; mais il faut que vous sachiez que l'Autriche suppose, et a fait dire à M. Canning, que les conférences, pour la médiation, pourraient être établies à Londres. Or, vous voyez que l'Espagne demande positivement qu'elles soient établies à Paris, et nous, notre résolution est de tout rejeter, plutôt que de transporter à Londres le lieu de la médiation. Voyez M. Canning le plus tôt possible , et renvoyez-moi mon courier.

Chateaubriand.

M. DE CHATKAUBKJANI.) A M. I>j; TALAHU.

Paris , ce 1 7 janvier i 824.

J 'ign ore encore, mon cher ami, quel parti M. Canning prendrasnr la médiation; cependant, sir Charles Stuartm'a dit aujourd'hui qu'il avait reçu des lettres de Londres et que le ministère paraissait assez favorablement disposé sur cette médiation. Si maintenant le décret pour la liberté du commerce paraissait, nous pourrions espérer un succès, malgré le fatal décret du conseil des Indes.

Je vous le répète pour la millième fois , si le ministère actuel ne vous plaît pas. changez-le; vous devez commander en maître; si le clergé est le plus fort et peut-être le plus utile , liez la partie avec lui, pourvu qu'il vous donne tout ce que vous lui demanderez pour le bien de l'Espagne. Amnistie , emprunt, décret sur la liberté du commerce et nos traités. Mettez-vous bien dans la tète que vous êtes roi d'Espagne, que vous devez régner. Je ne vous demande ni de faire prévaloir telle ou telle théorie, ni d'appuyer tel ou tel homme; mais de faire ce que l'état des choses permet. Ne vous embarrassez ni des intrigues de vos collègues, ni des jalousies de nos ennemis. Qu'on écrive ici et à la cour mille calomnies sur moi et sur le gouvernement du roi, peu importe : laissez

dire et agissez. Je vous le répète, vous avez carte blanche pour agir. Tout ce que vous aurez fait sera bien fait et approuvé, pourvu qu'il y ait action. Voici ce que vous pouvez dire au roi pour le déterminer à en finir avec nous et pour lui :

Si avant un mois, à partir de la date de cette lettre , il n'y a rien de fait pour nos traités et pour l'Espagne, vous recevrez vraisemblablement l'ordre de demander vos passeports. M. de Bourmont recevra en même temps les instructions nécessaires pour quitter Madrid. La patience du roi est à bout. Lui et son gouvernement sont las de n'être payés de tant de sacrifices que par l'ingratitude.

Mes lettres officielles vous transmettent des documents curieux sur Cuba. Je vous enverrai, par le courier de mardi 20, la ratification du petit traité des prises : il sera demain dans le Moniteur. Tout à vous, mon cher ami.

Ch \tf YîBTmivn.

M. DF CH\TFUJTîTHAXn W GENERAL P.OfTTOTOXT.

Paris , ce 17 janvier \ 82 î.

J'ai reçu , monsieur le Comte , la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Vous pouvez être sur que je ferai tout ce qui dépendra de moi pour améliorer le sort de M. de La Roche-Saint-

André. Maintenant, je répondrai à votre politique.

Je suis persuadé, monsieur le Comte, que si nous perdons notre influence en Espagne , ce sera absolument notre faute. Quand on est maître des places fortes d'un pays , que l'on peut en outre faire fournir à ce pays l'argent qui lui manque , je ne sais pas ce qu'on ne peut pas faire. Je ne cesse d'écrire à notre excellent ambassadeur d'agir avec force, de donner, s'il le faut, des ordres : tout ministère qui déplaît à la France doit s'en aller, tout ministère qui lui plaît doit rester. Rien n'ira si nous ne gouvernons pas nous-mêmes ; c'est nous qui devons dicter l'amnistie , faire faire les emprunts , licencier et réformer l'armée. Il ne s'agit pas de donner à l'Espagne tel ou tel genre de gouvernement; mais de trouver dans son sein une force avec laquelle on puisse rétablir l'ordre et la justice. Est-ce le clergé qui est cette force? il faut s'appuyer sur lui, le mettre à la tête de l'état, à condition qu'il fera toutes les choses qu'il est raisonnable de faire pour le salut de la monarchie. Ainsi il faut qu'il se prête aux arrangements qui peuvent encore sauver une partie des colonies , qu'il paie les intérêts d'un emprunt, qu'il signe nos traités particuliers , etc. A ces conditions , marchons avec lui ; nous lui laisserons notre armée ; nous ne souffrirons pas qu'il soit chassé du pouvoir. Qu'importe aujourd'hui que l'ancien ministère soit tombé par telle

COLONIES ESPAGNOLES. Ml

ou telle cause, par l'influence de tel ou tel homme ; qu'importe que le ministère actuel soit soutenu par tel ou tel crédit. S'il ne convient pas au pays, qu'il se retire , et c'est à la France , c'est à notre ambassadeur à désigner les hommes qui doivent être placés à la tête de l'état. Je sais , monsieur le Comte , que vous avez à vaincre bien des obstacles, que les intrigues, les jalousies, les préjugés sont armés contre vous : le corps diplomatique mêle ses inconvénients à tant de difficultés.

Le mal de tout cela, c'est qu'on perd dans de vains reproches le moment d'agir. Je vous engage fort, monsieur le Comte, à vous réunir à M. l'ambassadeur pour porter un coup vigoureux. Il faut enlever en quinze jours la signature de tous nos traités, et l'accomplissement de toutes les choses sur lesquelles M. de Talaru a des instructions. M. de Talaru a carte blanche; je prends sous ma responsabilité tout ce qu'il fera. Allez droit au roi tous les deux, parlez; et si l'on se refusait à ce que vous croiriez utile au salut de l'Espagne, M. de Talaru recevrait immédiatement des ordres. Nous serions forcés d'abandonner le malheureux monarque que nous avons délivré à une destinée dont il ne serait plus en notre pouvoir de changer le cours.

Voilà , monsieur le Comte , quels sont mes sentiments politiques sur l'Espagne : s'ils sont conformes aux vôtres , je m'en applaudirai. Vous

avez comme moi à cœur le bien de L'Espagne et l'honneur de la France.

Recevez, etc.

Chateaubriand.

P. -S. J'oubliais de vous dire, monsieur le Comte, pour ne rien garder sur ma conscience, qu'il me semblerait utile de rassembler les vieilles Cortès; mais faut-il les convoquer à présent pour 'suppléer à la faiblesse royale, et faire tout ce qu'il y a à faire d'utile et de vigoureux, ou fautil attendre qu'une administration forte ait rétabli l'ordre dans la Péninsule? Les deux systèmes peuvent également se soutenir. Il y a des affaires telles que celle des colonies (qui est tout pour l'Espagne) qu'un corps politique comme les vieilles Cortès peut seul déterminer, car je doute que le roi et des ministres osent jamais prendre un parti décisif sur ce point ; mais aussi les vieilles Cortès , à présent, peuvent ramener des troubles. 11 faudrait être comme vous sur les lieux pour juger l'à-propos.

^\r. DE CHATEAUBRIAND A M. DE TALARU.

Paris, le 24 janvier 4 82-5.

Nous désirons , plutôt que nous n'espérons , mon elier ami , que la présence de Marcelin s frap-

pera le gouvernement espagnol , et l'amènera à

une décision. Si vous réussissez, Marcellus reviendra; si vous manquez le coup, Marcellus restera comme chargé d'affaires; vous recevrez vos lettres de rappel ; en même temps nous prendrons envers l'Espagne les mesures les plus sévères. Le roi est tellement révolté de son ingratitude envers la France, qu'il ne veut plus entendre à rien.

Je désire vivement, pour votre honneur et pour le nôtre, que vous emportiez ce décret de la liberté du commerce. Vous devez tout mettre en usage. Vous sentez qu'il ne nous est pas possible de rester comme nous sommes. Songez à ce que nous deviendrons lorsque les discussions vont s'ouvrir dans le parlement d'Angleterre, et que nous verrons celle-ci s'emparer, sous nos yeux, des colonies espagnoles; car déclarer leur indépendance ou les prendre, le résultat est le même; et c'est là ce que nous aurions fait à Madrid! Cela n'est pas tolérable. La déclaration de l'indépendance du commerce sauve notre honneur, nous met dans une bonne position à la tribune, et obligerait l'Angleterre à se faire ouvertement le champion de l'insurrection, puisqu'elle ne pourrait plus argumenter de ses intérêts commerciaux. Attaquez le roi corps à corps, faites signer devant vous; et, si l'on exigeait pour ce décret quelque concession de votre part pour les troupes, les prisonniers, etc., nous tiendrons vos engagements.

Nous avons fait le décret de deux manières; ce-

Page 1