‹ Congrès eucharistique régional de Sainte-Thérèse, diocèse de Montréal 12-14 septembre 1913 [microforme] (volume 2)Chapitre 19 sur 63 · LA GRANDE JOURNEE · texte numérisé non relu

LA GRANDE JOURNEE

Dimanche, le 14 Septembre

Messe pontificale en plein air.

Dimanche fut la grande journée. Le temps était superbe quoiqu'un peu froid. Dès 7 heures du matin, les trains déversaient à Sainte-Thérèse les populations des paroisses voisines. Jusqu'à 10 heures, ce fut une vraie procession de fidèles de la gare au Séminaire. Elles arrivaient, ces pieuses foules, par groupe la plupart du temps, fanfare en tête, et celles de Terrebonne, de Saint-Augustin, de Saint-Janvier, de Sainte-Rose.. . de partout. A 9 heures, arrivaient de Montréal les fiers zouaves. Leurs sonneries furent entendues autrefois dans les plaines romaines et répétées par les montagnes italiennes; les échos térésiens étaient honorés de les répéter. Ils se rangent devant le collège autour du baldaquin où doit se chanter la messe.

À 10 heures, Monseigneur, entouré de son clergé, apparaît sur le portique du collège, en habits sacerdotaux. Un coup de canon et des sonneries de clairon le saluent. Quel spectacle en ce moment! Plus de 20,000 personnes sont massées sur lesterrasses. D'un point élevé, c'est superbe à voir ces milliers de têtes, ces couleurs variées, ce va et vient continuel, ces b:illants uniformes des gardes, cette foule qui arrive empressée, arrive encore, arrive toujours, envahit les terrasses du Séminaire, comme bientôt la rue Saint-Charles et le terrain de la fabrique, déborde dans les cours des élèves, va même jusqu'à s'installer à toutes les fenêtres du collège. A la Messe, Monseigneur l'Archevêque offcie, assisté de M. le Chanoine Cousineau et de M. le Supérieur du Séminaire comme diacres d'honneur, de MM. les abbés Godin et Matte comme diacre et sousdiacre d'office. Les élèves du collège, accompagnés d’un orchestre puissant, exéclitent la messe du “Second Ton”. Le sermon fut digne d’une si grandiose démonstration. La voix puissante de l'orateur, M. l'abbé N. Fauteux, vicaire au Mile- End, était entendue sans peine jusqu'au bout des vastes tertasses où ondulait la foule. Au Sanctus on vit des larmes couler

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sur bien des joues. Jésus. Roi des peuples, des villes, des villages et des cœurs, régnait vraiment sur cette foule. D'ellemême, elle s'inclinait pieusement. Pendant que les clairons sonnaient le “salut à Dieu”, on se serait cru dans un vaste camp militaire dont Dieu était le chef invisible, mais vénéré et béni. La Messe se termina par la bénédiction papale, donnée à la foule par Monseigneur l'Archevêque.

Discours de M. l'Abbé Fauteux EL 24

“Exala in fortitudine vocem luam, exalla, noli timere. Dic civitatibus Juda: Ecce Deus vester.”

“Elevez la voix avec force, élevezla sans crainte; dites aux villes de

Juda: Voici votre Dieu!” (ISAïE, XL, 9.)

MEsseicNeurs, Mes FRERES,

Cette parole que le prophète Isaïe prononçait il y a trois mille ans, vous l'avez entendue dans vos âmes toutes vibrantes de foi et d'amour et vous lui avez donné une merveilleuse application dans ces solennités où vous n'avez rien omis, ni de ce que le cœur inspire de plus délicat et de plus généreux, ni de ce que la richesse peut prodiguer de pompe *t d'éclat, ni de ce que l'intelligence sait déployer d'ordre et de beauté.

“Æcce Deus vester!"” Voici : :tre Dieul C'est l'acte de foi qui s'échappe de vos cœurs et qu'avec force vous redites au nom des paroisses choisies et acco..ues pour prendre part à ces fêtes royales. Qu'il est beau de voir ces flots pressés de peuple débordant de toutes parts; on dirait une mer immense soulevée par une invisible attraction qui i’arrache pour un moment aux préoccupations de la terre et la tient comme suspendue au Cœur de son Dieu. ‘“‘Ces soulèvements sont admirables, et grand est le pouvoir de Celui qui opère des choses si sublimes.”

“Ecce Deus vester!” Voici votre Dieu! N'est-ce pas l’idée qu'éveille tout naturellement ce Congrès, celle qui s'en dégage, de même qu’elle en a été l’inspiratrice. C'est le Dieu de l'Eucharistie qui nous attire vers lui et nous rassemble à cette heure au pied de: son aute!

Le sentiment de sa présence parmi nous remue si profondément nos âmes que nous sentons le besoin de chanter avec force notre foi, de chanter sans crainte à tous ceux qui nous entourent: Ecce Deus vester! Voici votre Dieu!

lo ‘’Exalta in fortitudine vocem tuam.” Dieu est partout. Il est au ciel éternellement réjoui de ses perfections-et du mouvement de sa vie, danslaquelle les trois personnes divines s'envoient de l’une à l’autre des louanges dignes de leur beauté et de leur bonté. Dieu pouvait se contenter de cette splendide demeure, rien ne l'obligeait à chercher d'autre lieu: mais comme le souverain Bien ne cherche qu'à se répandre et à se donner, il a ouvert les trésors de son amour et il a daigné communiquer à d’autres êtres sa vie et ses perfections.

Créateur du monde, Dieu ne l'& pas abandonné à lui-même, mais il en a fait sa demeure immense Il y est partout présent en tant qu'il est la cause et le soutien de tous les êtres, en tant que tout est soumis à sa souveraine volonté.

L'univers est son palais, et toutes les voix de la nature, voix des astres qui d’un mouvement harmonieux parcourent les espaces, voix des forces mystérieuses qui meuvent tout sur la terre et dans le firmament, voix des montagnes, des vallées, voix des champs en culture et des moissons qui tombent sous la faux des moissonneurs, voix de tous les êtres vivants ou inanimés, toutes chantent ce pe: Détuel cantique: “Nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes, c'est Dieu qui nous a faits.” Culte grandiose qui parle si éloquemment de l'existence de Dieu qu’il est insensé de ne point le reconnaître et de ne point lui rendre des hommages publics de louanges et d’adoration.

Cette présence de Dieu dans l'univers eut été suffisante, si Dieu eût borné nos destinées au seul bonheur naturel de la connaître et de l’aimer. Mais sa bonté a voulu plus encore, elle a voulu nous communiquer la vieetles perfections divines dans une vision et une possession surnaturelles où nous devons être éternellement heureux.

Cependant, s'élancer de la vie naturelle jusqu'à l'union immédiate avec Dieu est aussi impossible à l'homme, être rai. sonnable, qu'à la vie animale d'atteindre la raison. Ce n'est Pas par sa propre force, fut-elle portée par la multiplication des siècles et le concours de tous les génies à sa millième puissance, que l’homme peut franchir l'espace qui le sépare de Dieu. Dieu seul a le Pouvoir, par sa grâce, de livrer le secret de sa gloire. Voilà pourquoi, au milieu des temps, le Verbe de Dieu a fait retentir le ciel de cette miséricordieuse parole: “Ecce

jo!” Voici que je viens! Et du fond de son inaccessible gloire il est descendu jusque parmi nous où il s'est revêtu de notre chair. Pendant trente-trois années, sous l’humble vêtement de notre humanité, il a réjoui de sa présence ceux qui ont eu le bonheur de vivre en son intimité. ‘‘Ce qui était avant toutes choses, s'écrie saint Jean, nous l'avons entendu, nous l'avons vu de nos yeux, nous l'avons regardé, nos mains Ont touché le Verbe de Dieu, la vie s'est manifestée et nous est apparue.'’

Mais le temps de la visite du Fils de Dieu et de son immolation rédemptrice, définitivement clos par le double triomphe de sa Résurrection et de son Ascension, ne doit-il plus revivre que dans le souvenir des hommes, perpétuellement résignés à ne plus communiquer avec la personne et les mérites du Christ que par la foi ?

Non! mes Frères, le Christ n'a pas voulu faire mentir son nom d'‘“‘Emmanuel"', Dieu parmi nous, et jusqu'à la consommation des siècles son amour nous le garde dans l'Eucharistie. C'est le signe sensible qui précise et fixe sa présence parmi nous, c'est le signe que nous Pouvons voir de nos yeux, toucher de nos mains, savourer de nos lèvres, c'est le signe qui contient infailliblement la réalité qu'il représente,

L'Eucharistie, c'est le Christ vivant, c'est votre Dieu! Et vous vous apprêtez à le dire aujourd’hui, non plus dans ces nefs devenues trop étroites, non plus sous ces voûtes qui ne suffisent plus à vos cœurs: vous voulez élever la voix de toutes vos forces, ‘“‘in fortitudine"” à travers les rues, sur les places publiques, dans les grands espaces créés par Dieu même, sans autre voûte pour arrêter vos cris de foi et d'amour que celle du firmament, et, tous ensemble, chrétiens de tout âge et de toutes

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conditions venus des Comtés de Terrebonne, Laval, Deux- Montagnes, Argenteuil, vous redirez aux tièdes, aux indifférents, aux timides :‘‘Ecce Deus vester! Voici votre Dieu!”

Dieu est là! vous le dites avec l'Eglise infaillible.

Dieu est là! vous le répétez après la Vérité même: “Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang."

Dieu est là! C'est une vérité absolue qui doit être acceptée à la lettre et non pas comme une manière de comprendre ou de parler. Nous n'entendons pas qu'il soit présent comme un fantôme que notre imagination construit, un souvenir que notre mémoire rappelle, mais comme une réalité indépendante de notre foi, de notre existence même.

Dieu est là! comme la raison première et la fin dernière de la naissance, de la marche et de la consommation de toutes choses, comme le centre éblouissant où viennent converger tous les rayons de l’ordre de la nature et de la grâce, comme le sommet de l'univers où le corps et l'esprit viennent, sans

se perdre, se transfigurer dans la divinité. j

Dieu est là! dans la Très Sainte Eucharistie, vous le croyez de toutes les puissances de votre foi, vous donneriez vos vies pour l'affirmer. Jamais vous n'avez senti sa présence adorée sous les Saintes Espècescomme en ces jours de lumière, de grâces et d'enthousiasme religieux.

20 ““‘Exalta, noli timere.” En face de la présence eucharistique, de l'amour eucharistique, il doit exister pour nous un devoir eucharistique, car Dieu ne peut rien donner à l'homme sans que surgisse pour l’homme le devoir correspondant de donner à Dieu. Or ce devoir peut venir de l’homme en tant qu'individu, (on vous en a parlé dans les séances privées du Congrès), ou il peut venir de l'homme en tant qu'être social, c'est la reconnaissance publique de la royauté du Christ.

Le Christ est la tête de l'humanité, parce qu'il a pris la nature humaine pour l’élever en lui à l'union la plus intime jusqu'à être la nature d’une personne divine. Il est à la tête de l'humanité, parce qu'en souffrant pour nous avec un mérite humain et divin tout ensemble, il nous a refaits enfants de Dieu, le Sang qui a coulé sur le Calvaire a renouvelé le sang de l’hu-

manité. Le Christ est notre Roi par droit de conquête parce qu'il a vaincu la mort, et qu'en ressuscitant, il a conquis pour la nature humaine condamnée à mourir, les honneurs de la résurrection. En lui il fait asseoir l'humanité à la droite du Père céleste et convie tous les hommes, devenus ses membres, à prendre place dans la gloire. Ce conquérant rédempteur de l’homme, cet introducteur à de pareilles destinées pour lesquelles aucune royauté humaine ne peut rien, est le Roi suprême de toutes puissances, et nous sommes ses sujets avant d'être les sujets d'aucun pouvoir civil, car le titre de membres d'un corps divin est bien au-dessus de tous les titres civiques des patries de la terre.

Si le Christ est le Roi de l'univers, si, d’une façon plus précise encore, il est Roi de l'humanité, où son règne sera-t-il plus direct, plus intime et plus fort que sur les peuples dont il a marqué le front par le sceau du baptême et qu'il a nourris de sa Chair divine ? Ils sont par excellence les élus du genre humain pour former sa garde royale et faire mieux éclater, avec la fécondité de son règne, les splendeurs de son diadème éternel.

A nous donc, mes Frères, qui avons été traités si libéralement par le Christ, à qui nous devons tous les biens dont nous jouissons dans l'ordre spirituel, comme dans l'ordre temporel, incombe le devoir de reconnaître sa bienfaisante autorité et de publier sans crainte les relations naturelles qui en découlent, non seulement pour notre vie privée, mais pour notre vie publique. “De votre vie individuelle que l'esprit de Notre Seigneur rayonne sur tous vos actes publics, disent les Pères du Concile de Québec, car c'est une erreur trop commune aujourd'hui, et extrêmement ruineuse pour les âmes, de croire que l'on peut servir deux maîtres et plier sa conscience à deux morales différentes.”’

Voilà pourquoi vous devez voir dans les manifestations d'aujourd'hui la protestation solennelle contre le mal qui gagne de plus en plus l'âme populaire et qu on appelle le dédoublement de la conscience. Notre siècle de progrès et de bienêtre matériel nous porte à regarder toutes choses au point de de vue exc'usivement terrestre, à reléguer le culte de Dieu dans les profondeurs des temples, à restreindre l'action de Notre Seigneur Jésus-Christ au domaine de la piété individuelle. Nous établissons entre le monde surnaturel et le monde physique une séparation non moins contraire à la vérité que nui-

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sible à notre félicité suprême. Se réclamer du titre de chrétien, tout en faisant un choix parmi les obligations qu'il comporte, observer les commandements dans sa vie privée, mais s'en débarrasser dans sa vie publique, croire que l'assistance à la messe et la communion constituent les seules relations avec le Christ, lui dire: “O Christ! demeure dans le lieu qu'il t'a plu de choisir pour me témoigner ton amour, et laisse-moi à mes affaires, à mes plaisirs, à mes amusements; entre toi, le divin, et moi, l'humain, il n'y a pas de rapport nécessaire quand je traite avec les hommes:"” voilà une situation étrange du catholicisme où l'on voudrait continuer d'être catholique sans vivre sa foi. On n'y fait peut-être Pas assez attention, mais notre vie sociale prend de plus en plus cette tournure qui l'amollit dans la mesure où ses principes religieux s’amoindrissent, à ce point que nous la voyons quelquefois accueillir comme une chose digne d'admiration cet esprit d'indépendance religieuse que soufflent l'intérêt, la crainte ou l'orgueil.

Et par un renversement coupable de la vérité, on appelle même de la fermeté et du caractère l'audace de celui qui affir-

me hautement que la religion est une affaire d'église ou de foyer et qu’elle ne doit pas intervenir dans les relations politiques ou sociales des hommes.

Méfiez-vous de ce langage, il est outrageant pour Dieu et pernicieux pour la société, d'où vous attendez la protection et la vie temporelle. La société n’est pas l'œuvre des hommes, elle est de création divine et, comme toute créature, elle doit reconnaître sa dépendance de Dieu qui seul est pleinement souverain.

Comme l’homme et avec l'homme, la société a été atteinte, dans le principe, par le péché originel; comme lui et avec lui, elle a été rachetée par l'Homme-Dieu. Elle a été tirée des basfonds païens et attirée sur les hauteurs où domine la croix, dans les splendeurs de la civilisation ch:étienne.

Reconnaître son Sauveur et son Maître toujours présent près d'elle: tel est son devoir, telle est la condition nécessaire de son existence et de sa gloire, parce que là seulement se trouve le soutien de la conscience morale sans laquelle toutes les lois humaines sont impuissantes à produire le bonheur durable et la saine prospérité des peuples.

Puisque nous admirons le courage de ceux qui veulent avoir

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la liberté de leurs opinions, nous, qui voulons être catholiques et qui en faisons aujourd’hui une profession solennelle, ayons donc toujours le courage des nôtres. D'autant plus qu'il ne s'agit pas pour nous d'opinions incertaines, mais de convictions immuables, de principes contre lesquels rien ne prescrit depuis 2,000 ans. Nous avons la vérité et par conséquent le droit réel, et non seulement apparent, de la produire au grand jour, de vivre et de défendre ce que nous croyons. Ah! Chrétiens, ne soyons donc jamais de ces catholiques timides, dont les principes religieux fléchissent devant le respect humain. A l'église, au foyer, sur la place publique et devant les tribunaux des hommes, c'est la même conscience qui règne sur nous, parce que nous sommes tous les membres d'un même corps, dont la tête est le Christ immuable et indivisible comme la justice et la vérité.

Obéissant aux paroles du prophète: élevez la voix avec force, élevez-la sans crainte, aujourd’hui surtout, pour faire un acte public et solennel de foi où notre religion, s’affirmant à l’encontre des incertitudes, des reculades, des scandales et des

blasphèmes, sera comme un sacrifice de réparation et un encens d'agréable odeur, qui purifiera l'air que nous respirons et réjouira le Cœur de notre divin Maître.

Puisque des âmes ingrates oublient, méconnaissent ou méprisent la personne et les droits de ce Maître, travaillons à sa gloire avec une ardeur plus généreuse. Encourageons toute œuvre qui a pour but de mieux faire connaître le Christ-Roi dans son Sacrement d'amour. Recrutons-lui des prêtres et des adorateurs, donnons-lui des fêtes splendides de foi et de reconnaissance: entraînons par nos exemples les tièdes et les timides: donnons au monde le spectacle de nos Âmes transformées par leurs rapports intimes avec l'Eucharistie: faisons revivre dans la société tant de fois scandalisée les édifiantes vertus de Celui dont nous avons mangé la chair; que le Christ soit le roi de nos âmes, de nos foyers, de nos lois et de la conscience publique; que nos hommages fassent sans cesse autour de lui une immense auréole dont le monde entier puisse voir les radieuses clartés, en attendant que lui-même, déchirant le voile du mystère qui nous le cache, nous apparaisse enfin dans toute la splendeur de sa divinité, et nous pénètre de gloire, de joie et d'allégresse dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Procession Solennelle du . T. S. Sacrement.

Durant toute la matinée jusqu'à 1.30 heure de l'après-midi, des trains spéciaux venant de toutes les directions se sont succédés sans interruption, déversant un flot toujours grossissant de pélerins. Toute cette foule, que les rues trop étroites pouvaient à peine contenir, vint se masser devant l'église. C'est de là que devait partir la procession du Très Saint-Sacrement, pour défiler par les rues Blainville, Turgeon, Dubois, Saint- Jean, Saint-Charles et s'arrêter au reposoir en face du collège.

Comme tout est bien prévu et organisé, rien ne retarde le départ. Aussi dès 1.30 heure commençait le défilé des paroisses. Il dura jusqu’à 3 heures, moment précis où un coup de canon et les cloches sonnant à toute volée annonçaient que le Saint- Sacrement, porté par Monseigneur Georges Gauthier, auxiliaire de Montréal, apparaissait sur le seuil de l'église. Vingt paroisses étaient représentées et figuraient en corps dans ce défilé, sans compter les gardes Ville-Marie, Duvernay et du Saint- Sacrement, les sociétés de secours mutuel et les zouaves de Montréal, jeunes et anciens: Mgr l’Archevêque et Mgr Forbes, un nombreux clergé en habits sacerdotaux, les élèves du Séminaire en surplis escortaient le dais. Partout sur le parcours, les femmes, les enfants sont rangés sur les trottoirs, garnissent les estrades dressées pour la circonstance. On entend résonner les airs des fanfares, le pas cadencé des bataillons, le bruit des prières et des chants. C'est une harmonie qui monte, s'éteint, renaît pour se prolonger sans fin. Le spectacle est pieux, édifant, consolant pour les yeux et pour les cœurs.

A 4 heures, l'ostensoir était déposé sous le baldaquin. Il y avait là une foule de plus de 30,000 personnes. Jamais Sainte- Thérèse ne fut témoin de spectacle plus grandiose et plus imposant. Au loin, ce sont les curieux en grand nombre et venus de très loin; c'est la partie agitée du groupe; plus près, ce sont les paroisses prenant part au Congrès, serrées autour de leur bannière qu'agite un léger vent: enfin, autour du reposoir, les élèves en surplis, les zouaves, les gardes en brillants uniformes. Tous les regards convergent vers ce petit point blanc qu’on aperçoit sur l'autel, dans l'ostensoir d'or. Tous

croix avec l'ostensoir qui

sonnent, et bientôt la foule rele-

vée crie les invocations: “Dieu soit béni! — Béni soit son

saint Nomletc.…” Le Congrès va se terminer. Monseigneur

Bruchési d’une voix vibrante d'émotion crie et la foule répète après lui avec un indescriptible élan :

Jésus-Hostie, nous croyons en vous!

Jésus-Hostie, nous espérons en Vous!

Jésus-Hostie, nous Vous aimons de tout notre cœur!

Jésus, nous Vous adorons!

Jésus, nous Vous remercions de tous vos bienfaits!

Jésus, nous serons vos disciples fidèles!

Jésus, nous Vous visiterons souvent dans vos Tabernacles!

Jésus, souvent nous Vous recevrons dans la sainte Communion!

Bon Mattre, ayes pitié de nous et bénissez-nous!

Bénisses notre bien-aimé Pontife Pie X, le Pape de votre Eucharistie.!

Bénisses nos Evêzues et nos Prêtres!

Bénisses nos Communautés religieuses!

Bénisses notre chère patrie!

Bénisses ce diocèse!

Bénisses cette paroisse!

Bénissez nos familles!

Bénisses nos enfants!

Cette dernière acclamation en particulier, lancée avec conviction et enthousiasme, fut répétée avec un entrain inde:criptible par plus de 30,000 poitrines. L'émotion était à son comble, le spectacle unique: bien des yeux se remplirent de larmes.

Puis, au chant du Laudate exécuté par toute l'assistance, le Très Saint Sacrement fut transporté du reposoir à la chapelle du Séminaire. La foule se dispersa au son des fanfares et des clairons. On entendait crier: “Vive Pie X!— Vive Monseigneur Bruchési!”?

Le Congrès était terminé.

Le soir, nouveau défilé à travers les rues du village illuminé, zouaves en tête, et puis vers 9 heures, grand feu d'artifice sur

les côteaux voisins du Séminaire. Les démonstrations publiques étaient finies. Chacun reprenait le chemin de sa demeumeure. On entendait partout ces mots: ‘“‘C'est triste que des choses si belles durent si peu longtemps. Tout est fini.” Pourtant, tout n'était pas fini. Répétant une phrase de Sa Grandeur, il faudrait ajouter: ‘Le Congrès va se continuer dans ses bons résultats.” A l'occasion du Congrès, Jésus a été vraiment bien glorifié dans son Sacrement d'amour, et nul doute que bien des grâces ne soient descendues sur tous les Congressistes et sur toutes les paroisses qui lui ont préparé ce superbe triomphe.

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