L'Eucuanisrir, REMEDE DIVIN
Notre Seigneur lui-même, dans ses promesses de l'Eucharistie, et après lui les Pères et les Docteurs et la Sainte Eglise dans ses prières liturgiques, nous obligent de croire à l'entière efficacité de la Communion contre toutes les causes de déchéance morale.
Qu'il s'agisse de Prévenir une première chute contre l’action de la convoitise originelle, ou d'en extirper les restes après que
rendus plus audacieux par leurs victoires, le remède le plus efficace, le remède nécessaire et toujours sous la main, le remède inépuisable et sans cesse renouvelé par Je Sauveur, c'est la sainte, l'active et l’'amoureuse communion.
La démonstration de cette doctrine s'appuie sur les Pères de l'Eglise, — je n'en citerai qu'un, — et sur l'enseignement des Docteurs. Il suffira de la seule argumentation de saint Thomas commentée par Suarez.
“Quiconque, dit saint Jean Damascène, reçoit dignement et avec foi ce Sacrement le voit tourner à la rémission de ses péchés, à l'acquisition de la vie éternelle et à la protection
efficace de son âme et de son corps: il refoule toutes les maladies spirituelles, il a cette vertu de nous laver de toutes nos souillures; quand il est en nous, le Christ ne regarde pas sous quel fardeau des chaînes de nos anciens péchés nous succombons, mais comme le bon Pasteur qui a donné sa vie pour ses brebis, il guérit tous nos organes malades, reconstitue tous nos membres brisés, il nous rélève enfin de toute chute et répare en nous toute pérte.'”’
Et la théologie avec Suarez s'exprime ainsi:
“Ce n'est pas assez de dire que l'Eucharistie agit indirectement sur le corps par une conséquence de l'opération qu'elle exerce sur l'âme. Il est certain, en effet, que l’Ame étant plus embrasée de l'amour divin, la sensibilité en éprouve un heureux contre-coup. Ce n'est pas assez. 11 faut dire encore que la Communion agit directement sur le corps, d’abord par une sorte de débordement des bons effets produits dans l'âme et qui descendent jusque dans la sensibilité, sous la pression de la grâce du Sacrement, pour y tempérer la convoitise et l'appétit des plaisirs terrestres.
Un second effet, c'est l’action que la communion exerce directement sur l'imagination et la sensibilité, y produisant des images, des impressions, des mouveinents favorables aux nobles fins de sanctification auxquelles prétend le Sauveur, en se donnant à l’homme par la communion.
Il y a plus encore, et l’on peut affirmer que la communion agit sur l'organisme lui-même, sur la chair, sur le sang, les nerfs et les humeurs, qu'elle y produit d'heureuses modifications sur la constitution et le tempérament de l'homme.
Il est nécessaire qu'il en soit ainsi pour que l'Eucharistie justifie sa qualité de remède à la concupiscence, d'antidote du péché qui lui est universellement reconnu par l'enseignement des Docteurs.
Ce que la raison la plus sévère atimettra certainement, non moins que la piété, c'est qu’en raison de la présence du Christ opérée par ce sacrement dans le chrétien, et en vue du contact sacré du corps de Jésus avec le corps de l'homme, l'apaisement, la modération, la rectification du foyer de la concupiscence et
est l'antidote du péché et le remède à tous les maux qu'il entraîne: c'est qu'elle fait vivre, penser, agir, sentir comme Jésus-
Voilà pourquoi S. Augustin entendit un jour cette loi formulée ainsi par le Divin Maître: “Augustin, ce n'est pas moi qui serai changé en toi, c'est toi qui seras changé en moi. Non lu me mutaberis in te, sed tu mulaberis in me. Ets. Paul constatait la même loi quand il disait : “Non, ce n'est pas moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi.”
Comme question de fait, le réglement disciplinaire du Pé. nitencier permet aux forçats l'assistance à tous les offices religieux du dimanche. La confession et la communion hebdomadaires restent facultatives.
Une moyenne de trente à Quarante prisonniers s'approchent des sacrements chaque semaine, de manière que dans l'espace de onze mois, du milieu de mai 1912 au 31 mars 1913, date du dernier rapport annuel, nous avions enregistré 1500 communions.
Je ferai remarquer ici qu'il faut à ces hommes pour s'approcher des sacrements, dans un milieu comme la prison ou le Pénitencier, une certaine somme de courage et la force de résister au respect humain qui exerce ici plus qu'ailleurs de véritables ravages. Il n’est pas rare,en effet, que des détenus revenant de la sainte table et descendant les allées de la chapelle, sont attaqués au passage par les quolibets, les railleries et même les injures de ceux qui n'ont pas le courage de les imiter. Plusieurs nous ont avoué qu'ils éprouvaient beaucoup de peine à lutter contre ces obstacles, et que, n'était leur immense besoin de consolation et l'expérience qu'ils avaient faite de plus
de calme et de tranquillité d'âme trouvés dans la communion, ils ne se sentiraient pas la force de surmonter toutes ces diffcultés. = Cependant il y en a qui communient chaque semaine depuis leur incarcération—pour quelques-uns, cela veut dire des années durant.— “Je crois, disait l’un d’entre eux à l'aumônier, que si je n'avais l’avantage de réciter chaque jour mon chapelet et si je n’entrevoyais de loin la visite du dimanche à la chapelle et ma communion de chaque semaine, je me serais, il y a longtemps, accroché par le cou aux barreaux de ma cellule.”
Nous en avons vu d'autres se débattre péniblement sous l'étreinte des plus terribles tentations, pleurer de découragement, perdre le manger et le sommeil, durant des semaines et des mois, et cependant se préserver de toute chute, grâce, disaient-ils eux-mêmes, à la prière assidue, au chemin de croix pratiqué dans leur cellule même, ur un crucifix indulgencié à cet effet, et à la communion hebdomadaire.
Pour compléter cette étude, nous avons voulu consulter les autorités du Pénitencier, pour savoir comment étaient notés dans l'institution, ceux qui font partie du groupe des Communiants. Et à notre grande consolation, nous avons appris que ceux désignés individuellement par nous qui se confessent et communient chaque semaine ou du moins assez souvent, ont les meilleurs rapports de conduite, sont doux, soumis à l'autorité qu'ils respectent dans chacun des gardiens, travaillent consciencieusement et, en général, sont les soutiens de l'ordre et de la discipline
Ce sont là des faits que je me contente d'exposer simplement, convaincu qu'ils peuvent servir à glorifier davantage la Sainte Eucharistie.
Il serait bien à désirer, cependant, que le nombre des communiants dans les prisons et les pénitenciers s’accrût davantage. Cela ne pourrait-il pas faire l'objet des prières ferventes de tous ceux qui ont le zèle du salut des âmes et le désir de procurer la gloire de Jésus-Hostie. L'Hostie qui est le bon Samaritain et le bon Pasteur, le Guérisseur des Ames et des corps, Celui qui accueillit Madeleine pénitente et le larron mourant, l'Hostie qui porte en elle la vie immortelle et éternelle, cette Hostie peut toute résurrection, toute guérison, toute conversion, toute perfection. Elle est l'Hostie du pécheur repentant, et quiconque recourra à sa puissance ne périra pas.