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Congrès eucharistique régional de Sainte-Thérèse, diocèse de Montréal, 12-14 septembre 1913

Le Congres Eucharistique Régional de Sainte-The- RESE, le beau volume que nous avons la joie de présenter aux lecteurs, et qui fait tant honneur à l'esprit d'observation et au savoir-faire élégant des éditeurs, les Pères du Saint-Sacrement, intéressera, nous en sommes certain, de lui-même et par lui-même, tous les croyants de notre cher pays, auxquels il s'adresse indistinctement. Mais les paroissiens de Sainte- Thérèse et de tous les centres environnants, et aussi, et peutêtre surtout, les élèves du collège-séminaire qui fait l'orgueil et la gloire de l'important village, nous voulons dire les Térésiens des anciennes et des nouvelles générations, s'y attacheront sans doute plus que personne. Pour eux, il aura sa place, ce nouveau volume, aux rayons des bibliothèques, tout près de la collection des Annales térésiennes, ces huit ou dix petits livres, qu'on relit si souvent avec émotion, parce qu'on y retrouve quelque chose de sa propre vie d'antan mêlé à la vie féconde de VAlma Mater, toujours aimée. D'aucuns même penseront, comme nous, que cette belle page de la vie térésienne, ce sont les Annales ressuscitées qui auraient dû la publier.

Les circonstances ne l'ont pas voulu, et nous devons être tous reconnaissants aux chers Pères du Saint-Sacrement de nous avoir donné un si substantiel et si exact compte rendu des séances d'étude et des manifestations publiques de ce Congrès. Ces fêtes, en effet, ont marqué, au mois de septembre 1913, la vie térésienne, et, on peut bien le dire, la vie cana-

dienne-française catholique tout entière, d'une expression ou d'une note de foi, en l'honneur de la sainte Eucharistie, qui convient si admirablement à notre vocation nationale.

Si la plus belle page, voulons-nous dire, de nos annales de collège manquent aux Annales térésiennes, il est heureux au plus haut point qu'elle ait trouvé place, et qu'elle vibre de toute la foi de nos âmes, dans ces autres annales, si estimées de tous, qui s'appellent les A finales des Prêtres-Adorateurs.

Nous ne nous attarderons pas à exposer ici ce que le volume que nous (( préfaçons » raconte beaucoup mieux que nous ne saurions le faire. Nous nous contenterons de rappeler ce que nous avons eu l'honneur d'écrire déjà dans la préface du Canada Ecclésiastique pour l'année 1914. « Le Congrès de Sainte-Thérèse, disions-nous, a été comme un écho du Congrès Eucharistique de Montréal en 1910. Ce Congrès régional s'est ouvert le 12 septembre (1913) au soir, pour se clore le 14, jour de l'Exaltation de la Sainte Croix. Mgr l'Archevêque Bruchési et son auxiliaire, Mgr Georges Gauthier, présidèrent les séances d'étude, qui furent très belles. Il y fut question de la sainte Eucharistie et des œuvres d'éducation eucharistique. Il y eut des réunions spéciales pour les prêtres, pour les hommes, pour les femmes, pour les instituteurs et institutrices et pour les enfants. Mgr l'Archevêque, Mgr l'auxiliaire, M. le chanoine-curé de Sainte-Thérèse, l'abbé Jasmin, M.- le maire Deschambeault, M M. les curés Comtois, de Terrebonne, Paiement, de Sainte- Adèle, Picotte, de Lachute, Coursol, de Sainte-Anne des Plaines, Cousineau, de Saint-Eustache, M. le Supérieur Chaumont et son frère, l'abbé Chaumont, professeur au séminaire, M. l'abbé Lafontaine, p. s. s. , de la cure d'Oka, et enfin M. Damien Leclair, citoyen de Sainte-Thérèse, et M. Roch Aubry, élève finissant du séminaire, portèrent successivement la parole aux diverses séances. M. l'abbé Noël Fauteux donna le sermon, en plein air, à la grand'messe de clôture. Les manifestations publiques furent magnifiquement réussies. Et l'on peut aftirmer que ce Congrès régional, tout à l'honneur de la foi catholique de notre peuple et du zèle de son clergé, a laissé dans toute la région un souvenir impérissable. »

Mais si nous laissons aux œuvres du Congrès de Sainte-Thérèse de parler par elles-mêmes, peut-être ne sera-t-il pas inutile de retracer ici le cadre naturel et historique dans lequel ces œuvres ou ces scènes de foi et de piété se sont déroulées. Un précis historique de Sainte-Thérèse et de sa vie paroissiale convient bien, croyons-nous, comme préambule, au récit que nous donne le présent volume des belles journées térésiennes de septembre 1913. Pour l'écrire, ce préambule, nous puiserons abondamm.ent dans les notes si précises, dues à la plume de l'un des professeurs du séminaire térésien, que La Presse de Montréal publiait dans sa livraison du 23 août 1913.

Le territoire où se trouvent situés la paroisse de Sainte-Thérèse et son prospère village — nous devrions plutôt dire la petite ville! — faisait autrefois partie de la seigneurie des Mille-Isles, qui fut concédée, en 1683, à Sidrac Dugué, parl'intendant De Meules. Ce Dugué, capitaine au régiment de Carignan, commanda, sous M. de la Barre et sous M. de Denonville, les milices canadiennes dans les expéditions contre les Iroquois. Il ne put guère par conséquent s'occuper de colonisation active, et il ne soupçonna probablement pas de quelle fertilité seraient plus tard les plaines qu'arrose aujourd'hui la Rivière-aux- Chiens de poétique mémoire. Dugué mourut en 1688.

Vingt-cinq ans plus tard, en 1714, sous M. de Vaudreuil, les deux filles de Dugué, Suzanne et Marie-Thérèse, obtinrent à nouveau concession de la seigneurie agrandie. Suzanne, mariée à Jean Petit, céda à sa fille, qu'avait épousée un M. Dumont une partie de la dite seigneurie des Mille-Isles — c'est aujourd'hui Saint-Eustache, paroisse et village, où l'histoire de 1837, comme l'on sait, a écrit une page héroïque. Marie-Thérèse, mariée à Charles-Gaspard Piot de l'Angloiserie, légua l'autre partie des Mille-Isles à sa fîUe, qu'avait épousée Jean-Baptiste Cloron de Blainville. — Et vous apercevez pourquoi l'on dit maintenant Sainte-Thérèse de Blainville ! Notons même que le nom de Sainte-Thérèse avait été donné également à la grande côte et à cette jolie rivière qui s'appelle, nous l'avons dit, d'un nom si baroque: la Rivière-aux- Chiens.

Les premières concessions à Sainte-Thérèse datent de 1740. Parmi les concessionnaires, on trouve des noms familiers aux générations actuelles: Charbonneau, Levert, Lemaire, Labonté, Maillé, Marié, Venue, Ouimet, Beauchamp, Desjardins, Lecomte... M. de Blainville n'eut pas de fils, et c'est encore par les filles que la succession se continua. Il semble que c'est dom-

mage, car le nom ainsi n*a pu se conserver. Les deux filles de M. de Blain ville partagèrent à leur tour la seigneurie, en épousant, l'une, Marie-Hughes-Hertel Chambly, et l'autre, Jacques Nolan Lamarque.

En 1785, Chambly et Lamarque demandaient à l'évêque de Québec, alors Mgr d'Esglis, l'érection de Sainte-Thérèse en paroisse, ce qui fut accordé. On commença tout de suite un presbytère, dont l'étage supérieur devait servir de chapelle. M. le curé Perrault, de Saint-Eustache, surveillait les travaux. La construction, de 36 pieds sur 32, s'érigea sur la terre d'un certain Pierre Cadieux. Elle coûta $500.00 environ. Le 15 octobre 1789 — l'année, là-bas, de la grande révolution — la nouvelle chapelle était livrée au culte et le premier curé, M. Hébert, était nommé.

Le domaine seigneurial se fractionna encore par la suite. La partie nord passa à M. M. -Lacroix, qui la vendit à un M. Monk; la partie sud échut à un M. Closs, qui la céda à un M. Morris; et enfin le centre devint la propriété d'un M. Turgeon, dont vraisemblablement le nom désigne aujourd'hui l'une des rues principales du village de Sainte-Thérèse. L'auteur des notes intéressantes que nous résumons remarque que tous ces seigneurs avaient chacun leur moulin. On en comptait six dans la paroisse. «Hélas! ajoute- t-il mélancoliquementet il y a là tout un poème qui devrait tenter la plume des humanistes térésiens! — les grandes ailes de ces moulins ne tournent plus et les murs eux-mêmes, pour la plupart, n'ont pas trouvé grâce devant la pioche du démolisseur. » Le progrès, en effet, est souvent l'ennemi de la poésie des choses!

M. Hébert fut curé de Sainte-Thérèse de 1789 à 1792; ^L Arsenault, de 1792 à 1802; M. Taschereau, de 1802 à 1809; M. Lajus, de 1809 à 1814; M. Besserer, de 1814 à 1816. En 1816 arriva M. Ducharme, qui devait rester curé jusqu'en 1849. C'est lui le vrai fondateur de la prospérité du village, puisque c'est lui qui fonda, en 1825, dans son pauvre presbytère, le collège classique qui devait faire la gloire de Sainte-Thérèse. M. Duquet lui succéda, comme curé et supérieur du collège, et il dirigea la paroisse de 1849 à 1857. Vient alors M. Dagenais, qui fut lui aussi, supérieur et curé, de 1857 à 1868. Enfin, et ce sont les temps que nous avons connus, M. Charlebois fut curé de 1868 à 1892, et M. Vaillancourt. de 1892 à 1911. M. le chanoine Jasmin, après avoir été supérieur du collège une dizaine d'années, recueillait, il y a trois ans, l'honorable succession tio

cette lignée de bons et saints prêtres, et c'est lui, cent-vingt cinq ans après la fondation, qui devait être l'âme de ce Congrès de septembre 1913, qui restera, sans aucun doute, l'une des «journées glorieuses » de la vie térésienne.

Ce qu'il s'est fait de grandes choses en ces cinq quarts de siècles à Sainte-Thérèse! Comme il y a loin du modeste presbytère de M. Ducharme, et de la maison jaune qui le remplaça, au superbe collège-séminaire, où quatfe cent cinquante élèves reçoivent maintenant, chaque année, le bienfait de l'instruction classique, sous la direction de pas moins de vingt-cinq à trente prêtres! Que penseraient les quelques concessionnaires de 1740, et même ceux de 1816, s'il leur était donné de revenir faire visite aux trois mille sept cent quatre-vingt-huit âmes qui peuplent aujourd'hui le territoire qu'ils ont, les premiers, mis en culture ? Et la petite chapelle de 36 pieds sur 32, quelle figure ferait-elle près de cette magnifique église à vaste nef, que surplombent d'imposants jubés, et dont, au dehors, la flèche élancée porte si haut vers le ciel l'œil et la pensée des hommes ? Puis, non loin de la belle église et du superbe collège-séminaire, voyez le couvent des Sœurs de la Congrégation, l'hospice que dirigent les Sœurs de la Providence, et les écoles, et les édifices publics, et les manufactures, qui donnent de l'ouvrage à trois cents hommes et paient cent quatre-vingt-mille dollars de salaire par année, enfin la campagne avec ses rangs, où l'on sent vivre l'aisance et la prospérité. Voyez tout cela, considérez tout ce progrès, et dites si, demain, Sainte-Thérèse se réveillait jeune ville et siège d'un évêché, aurait-on lieu d'en être surpris ?

Il est certain, à tout le moins, on s'en convaincra en lisant les pages si substantielles de ce volume, que Sainte-Thérèse a heureusement et dignement fait les choses au Congrès régional de septembre 1913. Tous ses anciens élèves et tous ses amis, ces jours-là, étaient fiers d'elle. Quel spectacle que celui, par exemple, de la messe en plein air, le 14 au matin! Ah! si nos « anciens » ont vu de là-haut, comme nous en avons la confiance, ce déploiement triomphal en l'honneur du Dieu de l'Eucharistie, qu'eux aussi, selon la discipline du temps, ils ont jadis noblement servi, comme ils ont dû être contents de leurs cadets!

Nous songions, en lisant le récit de ces fêtes grandioses, au sympathique et si convaincu curé Charlebois, le curé de notre temps. De quels accents n'eût-il pas salué ce superbe sursiim corda de sa paroisse et de son village! Par je ne sais quelle réminiscence, il nous semblait l'entendre, la première année de la

nouvelle église (1887 - 1888), faisant retentir les voûtes du temple de sa superbe voix; Qtiis mihi « dabo )) pennas... et volaho et reqiiiescam ? (1) Un curieux lapstis lui avait fait prononcer daho au lieu de dahit — et c'est sans doute ce qui a fixé le trait dans notre mémoire. Mais avec quelle éloquence et quelle puissance il demandait quand même des ailes pour nous élever tous avec lui jusqu'aux cieux! Eh bien! ces ailes, qu'il a tant contribué d'ailleurs à faire pousser larges et fortes, les voici données au peuple térésien: c'est l'esprit de foi, c'est la ferveur, c'est l'amour de l'Eucharistie, dont Sainte-Thérèse a tressailli d'une façon si vibrante au Congrès régional de 1913.

Le nom du vénéré curé Charlebois n'est pas le seul qui nous revienne à la mémoire. Après les Ducharme, les Duquet, les Dagenais et les Tassé, d'autres ont dirigé sinon la paroisse, au moins le séminaire de Sainte-Thérèse. Quelques-uns sont morts, d'autres se sont éloignés. Mais, dans les jours de réminiscence et de joie, on ne saurait les oublier: M. le chanoine Nantel,par exemple, Mgr Lorrain, Mgr Routhier, M. le curé Cousineau et tant d'autres. Honneur à tous ces anciens! Les générations actuelles leur doivent en grande partie d'être ce qu'elles sont. Si les manifestations de septembre 1913 ont pu se faire si brillantes, grâce à la prospérité des choses et des gens, il convient d'en rechercher la cause éloignée dans le zèle et le dévouement de tous ces anciens. Nous n'osons rien dire du zèle et du dévouement des directeurs actuels. Il faut craindre de trop louer ses amis. Mais, entre tous, M. le chanoine Jasmin a bien mérité qu'on le salue d'une spéciale mention d'honneur.

C'est la plume de Sim (2) qu'il nous eût fallu pour écrire cette préface. Du moins, y avons-nous mis quelque chose de notre cœur de térésien, resté fidèle. Pour la sincérité de l'intention, on nous pardonnera ce qui nous aura manqué.

A défaut des Annales térésiennes, il convenait admirablement, avons-nous dit déjà, que les Pères du Saint-Sacrement

(1) Qui me donnera des ailes... et je m'envolerai et je me reposerai [Ps. 54, 7].

(2) Disons pour ceux qui connaissent moins l'histoire de Sainte-Thérèse quç Sim, le plus spirituel chroniqueur des Annales Irrcsicnties, c'était le rcRrctté M. Siméon Rouleau, ancien professeur de Rhétorique et d'Hist«;ire.

acceptassent de publier le récit des fêtes du Congrès de Sainte- Thérèse. Dès la première heure de leur venue au Canada, les pieux fils du Vénérable Père Eymard ont eu à Sainte-Thérèse des admirateurs et des amis. Tel, pour n'en citer qu'un, cet ancien professeur, qui fut vingt ans à Sainte-Thérèse et qui vient de mourir à Suffern, près de New- York, religieux de leur communauté depuis dix ans: le regretté M. Pilon. Le culte eucharistique, à Montréal, doit beaucoup à ces excellents Pères. L'on sait notamment, la part, absolument remarquable, qu'ils ont prise à l'organisation et au succès du Congrès Eucharistique de Montréal en 1910. Leurs œuvres de zèle sont connues et font l'admiration de tous.

C'en est une — une œuvre de zèle — que de nous avoir donné le présent volume. Nous ne terminerons pas cette préface sans leur dire, au nom de tous les Térésiens, un vrai merci du cœur.

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