Nature de l'Education Eucharistique
En quoi consiste, Mesdames, cette éducation eucharistique que vous devez donner à vos petits enfants ? Elle consiste à leur faire connaître ce que c'est que la sainte Eucharistie, et à leur inspirer le goût, le désir de la recevoir. Vous tournerez donc, vous dirigerez leur esprit et leur cœur vers le Dieu du tabernacle. Vous les préparerez à s'approcher de la table sainte avec une connaissance suffisante et par suite à accomplir cette action avec respect, avec dévotion, avec amour. La communion ainsi faite remplira leur âme de joies et de bénédictions, de grâces surabondantes. V'^ous travaillerez donc sur l'esprit et la volonté de vos enfants.
L'enfance, Mesdames, est une terre de fertilité incontestable et de production certaine. C'est un jardin qui peut produire les plantes les plus exquises de même que les fruits les plus succulents. La culture en est facile. L'enfant se porte de lui-même vers ces vérités que vous manifestez à son esprit par votre enseignement. Il les accueille sans hésiter, s'y attache et y croit avec toute la sincérité de son âme ingénue. Plus d'une fois, j'en suis sûr, vous l'avez remarqué, on dirait que l'enfant cherche Dieu, qu'il éprouve un besoin de la Divinité. Voyez: à la maison, vous vous mettez à genoux pour faire la prière, l'enfant s'agenouille auprès de vous; vous faites le signe delà croix, l'enfant essaye de vous imiter; vous prononcez des fornuilos tlo
prières, l'enfant écoute et balbutie les paroles à sa manière. Vous partez pour l'église, l'enfant veut vous suivre. Vous savez combien les petits enfants aiment à aller à la messe. La messe pour eux, c'est le bon Dieu. Ah ! soit dit en passant, si l'on trouvait le même empressement, le même attrait chez toutes les grandes personnes, que Dieu serait glorifié, combien serait sanctifié le jour du dimanche !
L'enfant se tourne donc instinctivement vers Dieu. Il semble obéir à cette foi infuse qu'il a reçue au baptême et qui lui donne le sens divin. Il n'est pas nécessaire que vous preniez bien des précautions pour lui parler de Dieu. Ce seul mot attire immédiatement son attention. Vous lui dites qu'un Dieu existe et tout de suite il admet cette existence. Vous lui parlez de sa bonté et déjà il l'aime. Vous le mettez en garde contre le mal parce que Dieu le punit, et l'enfant tremble devant le péché. C'est comme une cire toute préparée que vous façonnez à la manière que vous voulez.
Alors dites-lui que cette petite hostie, que cette blanche hostie qu'il aperçoit au moment de l'élévation, au moment de la communion, qu'il voit dans l'ostensoir, que cette hostie c'est le bon Dieu, Jésus lui-même. Celui qui l'a créé, qui l'a racheté et qui veut le sauver, et l'enfant vous croira sans hésiter; il aura trouvé celui que recherche sa foi naïve.
Mais il ne suffit pas, Mesdames, que vous produisiez la connaissance de Dieu dans l'esprit de votre enfant, il faut de plus qu'il soit entraîné vers ce même Dieu, qu'il ait du goût pour la sainte Eucharistie, qu'il la désire avec ardeur, qu'il s'y porte de toute sa volonté. Ici encore le travail est facile; l'âme de l'enfant est si impressionnable ! Comme il s'émeut à cette pensée que Jésus l'aime, qu'il aime tous les petits enfants! Comme il déploie de l'énergie et surmonte les répugnances et la mollesse de la nature! C'est au point que nous en sommes tout surpris et parfois confus, car l'enfant est plus ardent que nous, avouonsle franchement. On peut dire que la sainte Eucharistie produit sur les yeux de l'intelligence de l'enfant, le même effet qu'un objet précieux sur ses yeux du corps. Si vous lui montrez un objet brillant qui frappe ses regards, il le saisit aussitôt de ses petites mains, s'en empare et le garde pour lui; ainsi en estil de la sainte Eucharistie; quand il a découvert ce mystère d'amour, qu'il y voit Jésus par la lumière de sa foi, il désire ce
Jésus, il le veut dans son cœur. Il est heureux de le posséder au tabernacle, et son contentement sera encore plus grand, plus complet, quand il saura, par sa propre expérience, qu'il peut s'approcher de la table sainte, qu'il peut participer au festin eucharistique, non seulement une fois, mais souvent et même tous les jours.
Oui, Mesdames, la communion fréquente est le moyen le plus efficace pour former la volonté, le cœur de l'enfant. Que faut-il en efïet à cet enfant ? Il lui faut le goût et l'habitude de la vertu qui doit être le but principal de l'éducation. Pour toute chose, vous le savez, le goût, l'habitude ne peuvent s'acquérir que par une application continuelle, par des efïorts constants, qu'il s'agisse du développement des forces du corps ou des actes de la volonté. Vous voulez parvenir à faire m.archer votre petit enfant, vous le faites essayer tous les jours et même plusieurs fois par jour; vous lui apprenez à lire en lui faisant répéter les lettres, les mots et les phrases. Pour que l'enfant devienne ce que Dieu veut qu'il soit, c'est-à-dire pieux, obéissant, doux, généreux, en un mot bon chrétien, il lui faudra combattre et combattre sans cesse les vices de sa pauvre nature déchue, toutes ses mauvaises inclinations encore naissantes, il est vrai, mais qui croissent rapidement avec les années. Et ce travail efficace qui fortifiera la volonté de l'enfant, qui remplira son âme de saintes dispositions, ne peut s'opérer que par la réception fréquente de la sainte Eucharistie, qui est la véritable nourriture de l'âme, et par là, sa force, sa vie.
Le Décret que nous a donné le Souverain Pontife sur la communion des enfants nous dit en effet: « Tous ceux qui ont charge des enfants doivent mettre tous leurs soins à les faire approcher souvent de la sainte Table, après leur première communion, et si possible, mêm.e tous les jours, comme le désirent le Christ et notre Mère la sainte Eglise; qu'on veille à ce qu'ils le fassent avec la dévotion que comporte leur âge ». Ainsi votre petit enfant croîtra dans l'amour divin en aimant Dieu, et cet amour progressif il le trouvera dans la communion fréquente.