Moyens a employer
Mais comment s'y prendre, quels moyens emploj'er pour accomplir cet apostolat et réaliser ce bel idéal ? Devrez-vous donnera vos petits enfants un cour régulier de catéchisme, leur expliquer longuement les grandes vérités de notre foi ? Point du tout. Ces cours de catéchisme ou de religion viendront plus tard, et c'est alors que commenceront l'action du maître ou du
la maîtresse et celle du prêtre. Vous prendrez soin cependant de vous assurer ce concours en envoyant vos enfants à l'école et au catéchisme. Pour l'âge dont il s'agit, quatre ans, cinq ans, six ans, voici, je crois, ce qu'il y a de plus simple, de plus pr atiqueet de mieux à faire. Vous montrez à prier à vos enfants, n'est-ce pas ? Pas une de vous, en bonne mère chrétienne, ne l'oublie. Vous leur apprenez de bonne heure le Notre Père, Je vous salue, Marie, Je crois en Dieu et autres prières. Alors, à mesure qu'ils apprennent ces belles prières ou en même temps, expliquez-leur chacune des paroles. Quelques explications seulement: explications simples, nettes, avec des mots qu'ils comprennent, des expressions à eux. N'allez pas trop loin ; ne cherchez pas à leur apprendre tout ce que vous savez vous-mêmes; ce serait surcharger leur jeune intelligence, les embrouiller, les décourager. Traitez-les, quant à leur esprit, avec la même mesure que pour leurs forces corporelles. Vous ne leur imposeriez pas un fardeau qu'ils seraient incapables de porter, n'est-ce pas? Ce serait inutile et cruel. * Permettez-moi, en terminant, de vous donner quelques exemples pour cet enseignement des tout petits. Ce qui leur faut, ce sont des leçons de choses. Servez-vous d'objets qui tombent sous les yeux de l'enfant et découvrent à son esprit des vérités qu'il retiendra mieux, ayant le secours des sens. Vous avez, je suppose, une image religieuse dans votre maison, l'image de la sainte famille par exemple, devant laquelle vous priez le soir en famille. Montrez à votre enfant les personnages représentés sur cette image, avec quelques explications sur chacun d'eux. Vous pouvez prendre aussi votre crucifix, celui de votre chapelet, et faites de même. Vous amenez votre enfant à l'église, tous aiment tant à y aller, dites-lui que c'est la maison du bon Dieu; faites-lui remarquer particulièrement l'autel, le tabernacle, en lui apprenant ce que c'est. Puis un jour où le prêtre donnera la sainte communion, ou que le saint Sacrement sera exposé dans l'ostensoir, et que l'enfant aura vu la divine hostie, vous lu-i expliquerez que cette chose blanche qu'il a remarquée dans les mains du prêtre ou dans le bel ostensoir, c'est Jésus luimême qui a tant aimé et qui aime toujours les petits enfants.
Et l'enfant vous croira, il acceptera toutes \'os paroles avec la plus grande confiance. Son intelligence s'illuniineri» petit i\ petit des clartés célestes, son cœur s'échauffera de l'amour divin, et vous aurez bientôt un ange de prière, un cher petit ami de Jésus dans l'Eucharistie.
Vous le voyez, "Mesdames, cette éducation eucharistique n'a rien de difficile ni de compliqué. Elle peut être faite à tout enfant parvenu à l'âge de discrétion et par n'importe quelle mère de famille. Il n'y en a certainement pas une seule parmi vous qui ne puisse la donner, et vous reconnaissez franchement que ces moyens que nous venons de suggérer sont, non seulement à la portée de toutes, mais encore de nature à produire les résultats désirés. Voilà pourquoi je vous le répète: c'est à vous, Mesdames, à vous les gardiennes de nos foyers, qu'est dévolue la tâche de former l'esprit et le cœur des tout petits enfants, de les préparer à recevoir la sainte communion respectueusement et fructueusement dès l'âge de six ou sept ans.
Quel spectacle plus touchant que celui d'une mère qui tient son jeune enfant devant elle, à l'imitation de Sainte Anne, son modèle et sa patronne, et qui, les yeux dans les yeux, avec une tendresse religieuse, verse dans la petite âme le meilleur de son âme à elle, sa foi, sa piété, son amour de Jésus. L'enfant s'imprègne des sentiments maternels comme la plante de la rosée du ciel; son cœur bat à l'unisson avec celui de sa mère, de sa mère qui a compris la pressante invitation du bon Jésus : « Laissez venir à moi les petits enfants. ))
Monseigneur Gauthier félicite M. le Rapporteur de son beau travail. « Vous souscrivez toutes. Mesdames, ajoute Sa Grandeur, à ce rapport si intéressant et si instructif. Puis Monseigneur demande si quelqu'un a des remarques à faire sur le rapport de M. Comtois.
Le R. P. Plantier, S. J., se lève et rapporte plusieurs anecdotes qui viennent confirmer admirablement les idées exprimées par M. le Rapporteur. « Rien de mieux fondé que l'assertion de M. le Curé de Terrebonne, dit-il. L'éducation doit commencer dès le premier éveil de l'intelligence chez l'enfant. On a fait sur cette question des études très précieuses, et l'on a pu se rendre compte que de tout jeunes enfants, bien avant l'âge de raison, retenaient quantité de choses qui avaient échappé à l'attention des parents eux-mêmes. Un de ces enfants, devenu jésuite, me racontait qu'étant encore au berceau, il avait sous les yeux, suspendu aux murs de sa chambre, le tableau d'un
jeune saint souriant aux caresses de l'Enfant-Jésus. L'enfant se fit expliquer plus tard ce qu'était ce petit saint: c'était saint Stanislas Kostka, Je veux aller avec lui, disait l'enfant à sa mère, je veux me faire religieux comme lui. » La vocation avait donc germé dans son cceur avant l'âge de raison.
M. le Rapporteur a fait encore remarquer l'influence de la mère sur le tempérament et le caractère de l'enfant. Rien de plus exact. Avant sa naissance, saint Dominique avait été sanctifié par sa mère.
Pourquoi Napoléon 1er avait-il le génie de la guerre ? — Parce que, dit-on, dès avant sa naissance, sa mère avait gagné des batailles, en servant à l'armée pour la défense de son pays. Aussi Napoléon avait-il comme une intuition innée de l'art de la guerre, parce qu'il avait gagné des batailles avant de naître.
Une influence semblable existe au point de vue de l'orientation de l'enfant vers Jésus dans l'Eucharistie. Il se portera vers lui avec d'autant plus de facilité, qu'il aura été formé dans une atmosphère plus imprégnée de la grâce eucharistique. Aussi les mères doivent se faire un plaisir d'amener souvent à l'église leurs petits enfants. Grâce aux opérations cachées mais réelles de l'Eucharistie sur les âmes pures, les enfants profiteront sans le savoir de ces visites au chaud soleil eucharistique.
Le fait suivant se passait, il y a quelques années, à l'île Maurice, le jour de l'exposition du T. S. Sacrement. Le Curé se sent tout à coup ému, et fermant le livre des oraisons, il regarde attentivement la Sainte Hostie et se dit à lui-même :"N'ai-je pas une illusion ?" Il dit à son enfant de chœur:(( Regarde s'il n'y a pas quelque chose d'extraordinaire dans l'Hostie.))— « Mais certainement, Mr le Curé, il y a comme un visage doré.» On ferme les lumières, pour faire disparaître tout rayonnement, et, au grand étonnement et bonheur de tous, on reconnaît la réalité du miracle. Plus de vingt-cinq mille hommes affirment le fait. Un vieux magistrat, qui avait oublié les pratiques de religion, se fait cette réflexion: « Je vais prendre mon enfant de trois ans, et s'il reconnaît le présence de Dieu, je croirai. )) Il se rend donc à l'église, mais à peine était-il arrivé au sommet de l'escacalier que l'enfant, avant d'entrer dans l'église, s'écrie: «Oh ! le beau Jésus, qu'il est beau! » preuve que cet enfant comprenait déjîi le mystère de l'Eucliaristie suffisamment pour y croire.
Un dernier fait qui montre bien l'intelligence précoce des choses de Dieu chez les petits enfants. Il s'agit d'une enfant morte à l'âge de quatre ans et dem.i.
Elle avait coutume de dire à sa maman : « Vous communiez vous, vous consolez Jésus, eh bien! j'obtiendrai de communier avant de mourir. » Elle sentait seulement à la présence d'une personne, si elle avait communié ou non. Un jour qu'elle était malade, la sœur n'étant pas là, ce fut une petite servante qui vint. « Voyons, Catherine, dit-elle, vous n'avez pas communié ce matin, » et c'était la vérité. Elle ne portait pas Jésus dans son âme, et voilà pourquoi elle n'était pas si angélique. Ce qui vous prouve que cette enfant de quatre ans était bien capable de communier: tous les jours, elle faisait un petit sacrifice pour obtenir de faire sa première communion. Dans la souffrance, elle demeurait tranquille pour mériter que Jésus vînt plus tôt. Le Seigneur exauça ses vœux. Elle faisait sa première communion le 8 décembre de la même année et s'endormit dans la paix des saints le 2 février. Pie X, à ce propos disait: « Je sais que Dieu donne une connaissance suffisante aux petits enfants pour qu'ils puissent le visiter. »