‹ Congrès eucharistique régional de Sainte-Thérèse, diocèse de Montréal, 12-14 septembre 1913Chapitre 35 sur 51 · TROISIEME RAPPORT · texte numérisé non relu

TROISIEME RAPPORT

La culture des vocations à l'école par les instituteurs et les institutrices: tel fut l'objet du troisième et dernier rapport. Il fut présenté par M. l'abbé E. Cour sol, curé de Sainte-Anne des Plaines.

La Culture des Vocations à TEcoEe

par les tostituteurs et les Institutrices.

Tel est le sujet que je dois traiter devant vous, chers et dévoués éducateurs de la jeunesse. Je suis heureux de le faire en présence de Mgr l'Archevêque qui rappelle en toutes circonstances l'impérieux devoir de trouver et de former des vocations sacerdotales et religieuses.

Avez-vous, au temps des semailles, considéré comment procède le laboureur ? Après qu'il a choisi le champ où il veut moissonner, il jette à pleines mains le grain sur les sillons ouverts. Il sait que plusieurs germes resteront stériles, que d'autres seront dévorés par les oiseaux du ciel ; il sait que, de toutes les herbes qui sortiront dé terre, beaucoup se dessécheront avant la saison de la fleur et du fruit. Mais il sait aussi que, moyennant une culture attentive, assez de germes lèveront pour assurer le fruit de son travail.

Dieu procède de la même manière. Pour parler d'une façon humaine, je dirai qu'il prodigue sans compter la grâce des vocations; dans un grand nombre d'âmes.il dépose, en les créant, le germe bienfaisant de la vocation religieuse. Ici, la semence ne germera pas, plus loin elle sera dévorée, ailleurs elle se desséchera en herbe, avant le temps de la moisson apostolique. Il sait tout cela, et précisément parce qu'il sait tout cela, il jette à pleines mains les vocations, de sorte qu'il en tombe des germes dans toutes les écoles et dans presque toutes les familles. • Oui, nous pouvons dire que dans toutes les écoles il y a des enfants et plusieurs qui sont appelés à devenirprêtres, religieux ou religieuses. Et vous avez le devoir, vous éducateurs de la jeunesse, de travailler avec les parents et le prêtre à la culture de ces vocations. N'ayez pas seulement en vue de former des chrétiens; ayez aussi à cœur de préparer, parmi les enfants que vous élevez, de précieuses recrues pour le clergé et les congrégations religieuses. Ne dites point; « Ce n'est pas à moi qu'il appartient de susciter des vocations, mais à Dieu seul. » Il est

vrai que Dieu seul est l'auteur des vocations. Mais il n'est pas moins vrai qu'il a résolu d'user de notre concours pour les faire germer et fructifier. Dans une vocation, il y a la part de Dieu et la part de l'homme.

La part de Dieu, nous la reconnaissons volontiers. Aussi nous nous appliquerons plutôt à vous faire connaître la part de l'homme.

Dieu n'agit jamais seul: il fait à l'homme l'honneur de réclamer son concours dans l'exécution de tous ses desseins. La moisson mûrit dans nos champs par l'union des labeurs de l'homme et des bénédictions du ciel.

Si l'on admet volontiers que la vocation est l'œuvredeDieu et de l'homme, on est porté à croire que cette œuvre c'est le prêtre seul qui peut la faire. C'est une erreur. La culture de la vocation est l'œuvre simultanée du prêtre, de l'enfant, des parents et des éducateurs.

Au confesseur revient la tâche de discerner les vocations religieuses et sacerdotales, d'indiquer la voie à suivre, une fois qu'il a connu son pénitent, ses dispositions, ses goûts, ses habitudes; mais souvent et presque toujours ce sont les parents et les maîtres et maîtresses qui font naître ces goûts, qui développent ces aptitudes, qui font contracter des habitudes de vertu, et surtout qui préservent l'enfant des vices qui viennent.comme les mauvaises herbes, étouffer le grain de la vocation sacerdotale et religieuse.

Mais il me semble vous entendre dire: « Qu'est-ce que nous pouvons bien faire dans l'œuvre des vocations. ?»

Vous pouvez préparer, préserver et développer les vocations.

lo. — Préparer les Vocations

Vous pouvez les préparer d'abord en faisant connaître à vos enfants les différentes vocations qui se présentent devant eux. Les enfants doivent savoir qu'ils peuvent être appelés à être prêtres ou religieux. Il serait donc à propos de leur dire : ne croyez pas que les prêtres et les religieux sont des êtres descendus du ciel, ni le curé, ni le vicaire; les Frères et les Sœurs qui vous font la classe furent enfants comme vous. A votre âge. ils fréquentaient les écoles comme vous. Savez-\'ous comment ils sont devenus prêtres ou religieux ? Comme ils étaient bons, obéissants, laborieux et pieux, leurs parents les ont placés dans un collège ou dans un couvent. Après plusieurs années d'études, ils se sont décidés a\ec leur confesseur à se consacrer au

Procession à la sortie de l'église

La Procession. — Escorte du T. S. Sacrement-

bon Dieu. Il est certain, mes enfants, que Dieu en appelle parmi vous à continuer leur œuvre. Soyez bons, obéissants, pieux, et Dieu ne manquera pas de vous donner le moyen de répondre à son appel.

Il se prêche une retraite dans la paroisse, vous profitez aussi de l'occasion pour faire connaître l'œuvre des Pères missionnaires et pour ajouter: quelques-uns d'entre vous sont peut-être appelés à prêcher un jour, à évangéliser les nations infidèles, des pays de missions. Pensez-y bien et priez pour que le bon Dieu vous éclaire.

Il arrive aussi que des Sœurs de charité viennent solliciter des aumônes pour l'œuvre des missions, des hôpitaux, des orphelinats, etc. L'occasion est favorable pour dire aux enfants en quoi consistent ces œuvres, et pour ajouter le mot : Quelquesunes d'entre vous,mes petites fiUes.auront peut-être le bonheur de se consacrer au soin des pauvres et des malades, aux œuvres des missions étrangères. Si vous êtes religieux, vous ne devez pas manquer de parler de votre communauté, de vos œuvres, etc..

Il me semble important de répéter dans les écoles que les pauvres comme les riches, les enfants moins intelligents comme ceux qui le sont plus, peuvent arriver au sacerdoce et à la vie religieuse. Dites à vos enfants que, s'ils veulent sincèrement se consacrer au bon Dieu, on trouvera les moyens de leur faire l'éducation nécessaire. Parlez des Juvénats où l'on reçoit les enfants pauvres. Parlez des Frères enseignants qui ne jouissent pas dans notre pays de l'estime qu'ils méritent. Parlez des Frères et Sœurs convers pour ceux qui n'ont pas d'aptitudes pour les études et l'enseignement, en ajoutant que cette vie est bien méritoire aux yeux du bon Dieu, et que tous ces sujets occupés aux travaux manuels ont tous les avantages de la vie religieuse. Citez l'exemple de ces Frères convers qui sont parvenus à un haut degré de sainteté, qui ont fait de nombreux et éclatants miracles, bien qu'ils aient été toute leur vie d'humbles cuisiniers ou jardiniers.

Préparer les vocations, c'est attirer l'attention des enfants sur ce sujet, le plus important de leur vie. Une maîtresse d'école n'atteindrait-elle pas ce but en disant tous les jours à ses enfants : « Nous allons réciter la première dizaine de notre cha-

pelet pour que vous ayez tous le bonheur de connaître et de suivre votre vocation. »

Préparer la vocation, c'est encore profiter de l'enseignement du catéchisme et de l'histoire sainte pour donner aux enfants une haute idée du sacerdoce et de la vie religieuse. En expliquant, au catéchisme, les chapitres traitant de l'institution de l'Eglise, des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, et surtout du sacrement de l'Ordre, vous direz un mot de la grandeur, de la sainteté et de l'efficacité du sacerdoce.

Vous préparerez la vocation, en inspirant à l'enfant un grand respect pour le prêtre et les Religieux. Vous attendez la visite du curé dans votre école, saisissez l'occasion de leur dire que le curé est le père de tous, qu'il est le représentant de Notre Seigneur Jésus-Christ; que c'est à lui, après Dieu, que vous devez les bienfaits du baptême qui vous a fait enfants de Dieu et de l'Eglise, des grâces du pardon accordées dans le sacrement de Pénitence et des grâces encore plus abondantes du sacrement de l'Eucharistie. Dites-leur bien d'écouter ses conseils, comme ils écouteraient ceux de Notre Seigneur. Indiquezleur dans le détail comment ils doivent recevoir le prêtre, le saluer, lui répondre.

Voulez-vous vous mettre en état de parler souvent et à propos de ces sujets de la vocation, du sacerdoce et de la vie religieuse ? Faites le sacrifice de quelques sous pour recevoir une revue comme est le Messager du Très Saint Sacrement, le Bulletin eucharistique (1). Vous trouverez là des traits édifiants, des paroles capables d'élever l'esprit et le cœur de vos enfants vers cet idéal de la vocation religieuse et sacerdotale.

Il y a quelques années, un Frère Mariste passait dans ma paroisse pour recruter des vocations. Ce bon religieux commence par entretenir les enfants de l'œuvre pour laquelle il travaillait. Il fit passer devant leurs yeux la journée du religieux avec tous ses exercices de piété, ses heures de travail, de récréation. Il raconta plusieurs histoires relatives à l'état religieux, il leur apprit et fit chanter des cantiques. Après ce premier entretien, cinq à six enfants se disaient prêts à se rendre au juvénat. Il est vrai qu'un seul persévéra. Mais une vocation par école, c'est quelque chose, c'est même beaucoup. Si

(1) Le prix de l'abonnement au Petit Messager est de 50 cts, celui du Bulletin Eucharistique est de 25 cts. S'adresser au Bureau des Oeuvres Eucharistiques, 3GS Avenue Mont-Royal Est.

tous nos maîtres et maîtresses faisaient comme ce religieux, ils feraient éclore dans chacune de nos écoles certaines vocations qui sans eux n'existeraient pas. Calculez combien de prêtres et de religieux de plus nous aurions, si ce travail se faisait par tous et toujours. C'est ce que nous vous demandons. Préparez des vocations.

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