Préserver les vocations
Préparez les vocations et préservez-les. Mais de quoi faut-il les préserver ? Préservez-les du vice, de la mollesse, de l'esprit du monde et de l'indififérence religieuse: du vice, en exerçant une continuelle surveillance en classe et en récréation, en conjurant le mal partout où il se rencontre; de la mollesse, en exigeant l'exactitude dans les devoirs, l'application dans leur accomplissement, la fidélité à vaincre leur humeur; de l'esprit du monde, en prêchant d'exemple et de parole contre les modes et les maximes du monde; de l'indifférence religieuse, en ne soufïrant jamais que l'on fasse une prière, un signe de croix avec négligence, en parlant toujours avec le plus grand respect de Dieu et des choses saintes.
Ce sont les âmes énergiques qui sont la seule vraie ressource pour l'Eglise. Ce sont de ces âmes qu'il faut former chez nos enfants. C'est contre tout ce qui amollit l'enfant qu'il faut combattre.
Quand je dis que je suis curé à Ste-Anne des Plaines, il m'arrive souvent d'entendre faire la réflexion suivante: C'est une paroisse qui a donné beaucoup de prêtres et de religieux. C'est la vérité. Mais pourquoi est-il sorti un si grand nombre de vocations ? Parce que les parents ont donné à leurs enfants une éducation virile, chrétienne; parce que le bon Dieu a donné à cette paroisse un prêtre zélé qui a prêché contre tout ce qui amollit la jeunesse. Je veux nommer M. Edouard Demers.
Quelques faits nous mettront en état de juger de sa manière de conduire sa paroisse. Il avait fait prêcher un jour une grande retraite. Il fit demander, par le Père Missionnaire, aux femmes et aux filles de la paroisse de déposer aux pieds de la Sainte Vierge toutes les roses et fleurs qui ornaient leurs chapeaux. Le curé n'avait pas seulement l'intention de former une couronne à la Sainte Vierge, mais il voulait encore ramener ses paroissiennes à la modestie et à la simplicité chrétienne. Toutes se
rendirent à la demande du Père Prédicateur. Il fit promettre encore à ces dames déjà si généreuses de porter toujours une collerette sur leurs épaules. Vous pouvez par ces traits juger des mœurs qui régnaient alors dans la paroisse. C'est justement à cette époque que les vocations ont été les plus nombreuses.
Un autre trait aussi typique. Les enfants se préparaient à la Première Communion. Le Curé Demers voulait que ces enfants fussent bien préparés. Il avait prêché contre le vol et sur la nécessité de la restitution. Si un enfant avait commis quelques vols dans les jardins ou ailleurs, il devait restituer ou du moins se présenter devant le propriétaire pour demander ce qu'il avait pris. Une petite fîlle, qui est devenue plus tard religieuse de la Providence et qui est maintenant Provinciale, avait eu le malheur de voler des cerises dans les jardins, et c'est elle qui me racontait cela dernièrement: Son curé l'obligea d'aller demander la remise de ces fruits volés. Les autres enfants en firent autant.
Tout cela nous paraît exagéré; mais il faut bien admettre que les enfants étaient meilleurs, et que les vocations étaient plus nombreuses. Dans tous les cas, les maîtres et maîtresses ont le devoir de préserver leurs enfants de la mollesse et de la sensualité. Ils doivent combattre l'usage de la cigarette et des boissons enivrantes, les modes indécentes. Une maîtresse qui suivrait ces modes serait loin de remplir son devoir.
En toute justice pour la mémoire du curé Demers, je dois ajouter qu'il ne se contentait pas de prêcher contre les modes du jour. Il avait véritablement le zèle des âmes et des vocations sacerdotales. Pour cela, il instruisait ses enfants. Je me rappelle bien qu'il nous faisait assister au catéchisme durant les mois d'été pendant les quatre années qui suivaient notre Première Communion. Il faisait l'appel tous les dimanches, et nous faisait une bonne heure de catéchisme, de une à deux heures. Il prêchait continuellement la confession et la communion fréquentes. Il entretenait la piété, la véritable piété parmi ses paroissiens. Il s'élevait énergiquement contre tous les désordres. Il instruisait son peuple. Il travaillait à l'œuvre des vocations. Je puis bien vous rappeler un souvenir tout personnel : J'étais pauvre et orphelin de père et de mère. Je vivais avec un de mes frères qui était marié, mais qui n'avait pas d'enfants. Il insista auprès de lui pendant un an pour le faire con-
sentir à me placer au Séminaire de Ste-Thérèse. Il sut donner des raisons capables de convraincre: « Le bon Dieu, disait-il à mon frère, ne vous a pas donné d'enfants, vous allez faire une œuvre pour le bon Dieu ; vous allez faire instruire votre frère, et quel bonheur si un jour ce frère devient prêtre.» Ce petit orphelin est devenu prêtre. J'en remercie le bon Dieu, et après Lui, ce bon et saint prêtre à qui je dois ma vocation.
Nous tous, prêtres, religieux, maîtres laïques, nous devons retenir ceci; que les saintes vocations ne germent et ne se développent que dans les âmes fortement trempées, car quand vient le moment pour le jeune homme ou la jeune fîlle de prendre une décision, de faire le choix d'un état de vie, quels obstacles se dressent devant celui ou celle qui sent l'appel du bon Dieu! Ce sont ses mauvaises habitudes qu'il n'a pas corrigées, cet orgueil de l'esprit qu'il n'a pas su détruire, cet amour du plaisir qu'il n'a pas refréné. Si les parents et les éducateurs avaient combattu sans relâche tous ces mauvais penchants de la nature humaine, l'enfant se sentirait capable de se donner au bon Dieu, de faire les vœux de la religion, de soumettre sa volonté à celle de ses supérieurs, de mortifier sa chair par la pratique de la chasteté et de renoncer aux richesses et aux maximes du monde.