‹ Congrès eucharistique régional de Sainte-Thérèse, diocèse de Montréal, 12-14 septembre 1913Chapitre 37 sur 51 · Développer les Vocations · texte numérisé non relu

Développer les Vocations

Vous préparerez les vocations, vous les préserverez, enfin, vous les développerez. Par quels moyens? J'en indiquerai six: la prière, la pénitence, la sainteté personnelle du maître, la bonne discipline, la direction chrétienne, la piété dans les écoles.

Je m'inspire des pensées et des paroles de l'abbé Guibert, prêtre de Saint-Sulpice, pour parler de ces moyens de développer la vocation.

lo. La Prière. — Comment ne pas mettre en première ligne le moyen même que le Sauveur nous a recommandé ? "La moisson est abondante, dit-il, et les ouvriers sont rares; priez donc le maître du champ qu'il envoie des travailleurs dans sa moisson."

Or, ce puissant moyen, est peut-être celui que nous prenons le moins, "Jusqu'ici, dit Jésus, vous n'avez rien demandé", — ' 'Vous n'obtenez rien, disait l'Apôtre saint Jacques aux premiers fidèles, parce que vous demandez mal". Je crains que

vous n'ayez jamais sérieusement demandé à Dieu des vocations. N'oubliez pas que vous êtes des maîtres chrétiens, que l'œuvre des vocations est excellente entre toutes, que les ouvriers sont rares partout et enfin que la prière est toute-puissante sur le cœur de Dieu.

2o. La Pénitence: — Plus puissante encore que la prière est la pénitence. Car la générosité de Dieu est proportionnée à la générosité de nos désirs et de nos demandes. C'est par une sorte de violence que nous prenons possession du royaume de Dieu, de toutes les faveurs divines en général. Des désirs qui vont jusqu'à la parole nous coûtent peu; mais des désirs qui nous rendent forts contre nous-mêmes et nous font vaincre nos répugnances, résister à nos passions, pratiquer des devoirs pénibles, supporter les défauts du prochain, de tels désirs font violence au bon Dieu. Je ne vous dirai pas de faire comme ce religieux qui jeûnait toutes les semaines, qui portait le cilice et se donnait de sanglantes disciplines pour obtenir que Dieu multiplie les vocations, mais je vous dirai: offrez vos travaux, vos peines, vos humiliations pour la même fin.

3o. La Sainteté personnelle du maître et de la maîtresse. Les vocations se recrutent parmi les enfants vertueux. Un enfant sera réellement vertueux quand il aura fait des actes de vertu pendant plusieurs années. Or, la formation des enfants est entre les mains des éducateurs pendant tout le temps de la jeunesse. Ils doivent donc enseigner la vertu et l'enseigner en la pratiquant eux-mêmes d'abord.

Qui n'a senti les douces influences de la vertu ? Qui n'a senti son cœur plus chaud, son esprit plus éclairé, ses passions plus calmes, ses désirs plus chastes et son zèle plus ardent dans la société des hommes vertueux ? L'histoire raconte que jamais personne n'approchait sainte Catherine de Sienne sans devenir meilleur; de même jamais l'enfant ne fréquente un maître vertueux sans être épris du désir de l'imiter et de s'attacher à lui. Quelle en est la cause ? Est-ce la récompense que Dieu donne à la vertu ? Est-ce l'impression produite par la vue d'un front paisible, d'un regard plein de bonté, d'un sourire plein de mansuétude, d'un corps assujetti par la pénitence, d'une démarche bien réglée ? Je ne sais; peut-être est-ce tout cela à la fois.

4o La Bonne Discipline des Classes. — Les enfants indisciplinés peuvent-ils faire de bons prêtres, de saints reh'gieux ?

Il faudrait un miracle pour faire de ces enfants des prêtres et des religieux obéissants, laborieux, zélés, mortifiés.

La bonne discipline donne aux écoliers l'occasion de pratiquer continuellement l'obéissance, la mortification, l'humilité, et de combattre la paresse, la nonchalance, l'amour-propre.

Or, le premier caractère de la discipline, c'est l'obéissance au maître; qu'il soit obéi quand il commande le silence, quand il impose un travail, quand il réprimande un écolier; qu'il soit respectueusement écouté dans les avis qu'il donne et dans les leçons qu'il explique. — Cette domination du maître sur ses élèves est difficile à acquérir. Pourrions-nous découvrir le secret d'exeixer cet empire qui tient les âmes en respect ? Ce n'est pas la sévérité, car souvent elle décourage au lieu de corriger. Ce n'est pas la bonté, car souvent elle ferme les yeux sur les vices au lieu de les réprimander. C'est la fermeté de caractère qui dompte les enfants. La fermeté est la constance de la force. Le maître ferme est celui qui ne se laisse jamais vaincre par l'enfant.

5o La Direction Chrétienne de la Classe. — C'est là le moyen extérieur le plus puissant pour favoriser dans les cœurs l'éclosion des germes de vocation.

Donner à sa classe une direction chrétienne, c'est montrer le Christ partout dans l'enseignement de la doctrine chrétienne dont il est l'Auteur, dans les faits de l'histoire qui convergent tous vers le Christ, dans le travail qu'il sanctifie, dans l'Eglise catholique qui est son épouse, dans les prêtres qui sont ses représentants, dans les religieux qui ont embrassé la vie parfaite qu'il a prêchée. Ramenez vos enfants en face de leur âme et de leur avenir. Vous leur direz que la vie est un incomparable trésor, plus riche que tous les héritages; qu'il ne faut pas la gaspiller comme font la plupart des hommes; qu'elle doit servir à une noble cause et concourir au bien de la société; qu'il n'est point de plus haut emploi pour une vie que de se dépenser pour les autres, principalement pour les instruire et les rendre meilleurs ; que de toutes les carrières, aucune n'est plus grande que celle de l'apostolat, de l'enseignement. Ces choses dites souvent, sous des formes différentes, tombent goutte à goutte sur le cœur des enfants, les imbibent peu à peu, et donnent précisément au germe divin da la vocation la rosée fécondante dont il avait besoin pour briser l'enveloppe et se révéler.

6o. — La Pieté dans nos Ecoles. — Si je mets la piété en dernier lieu, ce n'est pas que j'en méconnaisse l'influence dans la culture des vocations. Mais pour être sincère et solide dans les enfants, elle doit avoir pour fondement l'exemple de la vertu des maîtres, l'ordre que prouve la discipline et les convictions sérieuses nées de la direction chrétienne des classes. La piété est tellement essentielle que, d'un enfant pieux, vous pouvez toujours attendre la vertu et espérer une vocation, tandis que l'enfant sans piété ne promet rien de pareil.

Qu'est-ce donc que la piété ? Elle consiste moins en pratiques religieuses qu'en une certaine disposition du cœur. Cette disposition est faite d'amour tendre et de dévouement généreux. La piété filiale est un amour fort qui inspire aux enfants de se dévouer envers leurs parents. Le sentiment du cœur et la générosité des actes sont comme les deux facteurs essentiels de la piété.

Ainsi doit être notre piété envers Dieu; elle lui donne nos cœurs par l'amour, elle lui donne nos bras par le dévouement.

Les maîtres et maîtresses doivent donc apprendre à leurs enfants à aimer Jésus-Christ, la Sainte Vierge et les Saints, à se dévouer à leur service. L'enfant qui sent le désir de se dévouer entièrement à Dieu, celui-là sera appelé à la vocation sainte. Car la vocation, ce n'est pas autre chose qu'un attrait pour le dévouement total.

Vous savez qu'il faut accoutumer les enfants à bien prier, à prier du cœur, qu'il faut préparer souvent leur confession, profiter de toutes les fêtes pour expliquer les mystères de notre sainte religion. Celui ou celle qui ferait chanter les beaux cantiques de l'Eglise, qui expliquerait les cérémonies du culte, développerait la piété et favoriserait ainsi les vocations. Ce que l'on oublie trop souvent, c'est de demander aux enfants des sacrifices pour l'amour du bon Dieu. Garder le silence par amour pour Dieu, s'appliquer au travail plutôt pour plaire à Dieu que pour obtenir des récompenses, éviter de manger des friandises surtout dans les temps de pénitence, supporter une injure, soulager un pauvre avec ses petites économies afin de ressembler au Divin Maître. Voilà des choses qui sont rarement recommandées et qui cependant préparent l'enfant au dévouement complet, à la vocation.

Je termine en vous disant un mot de l'inlluencc de l'éducation eucharistique sur les vocations. Il est vrai qu'un viutrc

rapporteur doit traiter ce sujet, mais iJ faut bien dire à tous les instituteurs qu'ils ont dans l'Eucharistie un moyen excellent de préparer, de conserver et de développer les vocations et qu'il est en leur pouvoir d'utiliser ce moyen à la portée de tous les enfants.

"Semons des hosties, disait le Père Durand, S, S. S., l'apôtre de l'Education Eucharistique des enfants, semons des hosties, nous récolterons des héros, nous récolterons aussi, nous récolterons des prêtres."

"Le dépeuplement du sanctuaire, continue-t-il, voilà encore un désastre sur lequel les esprits bien pensants gémissent à bon droit. Aussi on cherche partout les moyens de parer à ce qu'on a si bien nommé la crise des vocations. Ce remède c'est encore, c'est toujours l'usage fréquent et quotidien de la Sainte Eucharistie. Voulons-nous avoir de nombreuses et solides vocations ? Poussons les enfants à la Sainte Table; c'est dans la fréquente communion qu'ils puiseront le goût des choses saintes; c'est dans leurs actions de grâces qu'ils rêveront de faire quelque chose pour Dieu et pour les âmes. C'est alors qu'ils entendront l'appel du Divin Maître."

Cette poussée vers la Sainte Table vous la donnerez d'abord en donnant l'exemple. Communiez tous les jours, entendez la messe tous les jours, faites votre visite au Saint Sacrement tous les jours, si vous le pouvez, si vous enseignez dans une école du village. Si vous êtes plus éloignés de l'église, faites des efforts généreux pour communier toutes les semaines, tous les quinze jours, ou au moins tous les mois. Là où le curé vous le demandera, conduisez vos enfants à l'église, tous les aprèsmidi pour faire une petite visite en commun. Parlez de la communion du Premier Vendredi du mois. Enrôlez vos enfants dans les Ligues des enfants de la Sainte Table. Apprenez à vos enfants à faire la préparation à la Sainte Communion ainsi que l'action de grâces. Imitez cette maîtresse d'école de ma paroisse qui fait réciter tous les jours à ses enfants les actes avant et après la communion, afin qu'ils les apprennent par cœur, et les récitent toute leur vie. Préparez vos enfants aux exercices des Quarante-Heures. Expliquez-leur ce que c'est que le Salut du Saint Sacrement; montrez-leur comment faire une visite à Notre Seigneur.

En un mot, allez à l'Eucharisite, vivez de l'Eucharistie, poussez vos enfants vers l'Eucharistie, par des paroles pleines

de douceur, d'amour et de conviction, et Notre Seigneur vous donnera à vous et à vos enfants les lumières et les grâces pour connaître et suivre votre vocation.

Monsieur l'abbé Lecoq disait aux prêtres, lors du Congrès de 1910: "Que chaque prêtre fasse, toute sa vie, de ce recrutement une de ses œuvres, même son œuvre capitale".

Je dirai après lui: Que tous les instituteurs et institutrices s'associent au prêtre pour travailler pendant toutes leurs années d'enseignement ati recrutement sacerdotal et religieux.

C'est le vœu que je forme devant cette vénérable assemblée et que je soumets humblement à Monseigneur l'Archevêque.

Monseigneur. — Il ne saurait y avoir de doute: les vocations sacerdotales et religieuses sont avant tout l'œuvre du pasteur de la paroisse, témoin la paroisse de Sainte-Anne des Plaines. Je ne connais pas de paroisse dans le monde qui ait fourni plus de prêtres que Saint-Jacques de l'Achigan. Un jour j'y faisais la visite pastorale. Je voulus en faire l'expérience par moi-même. Pendant le sermon, je fis un appel et demandai à tous ceux des assistants qui avaient dans leurs familles quelque prêtre, religieux ou religieuse, de vouloir bien se lever: Toute l'assemblée se leva. Ah! c'est qu'il est passé là des prêtres saints et zélés, qui ont fait de la question des vocations leur œuvre de prédilection.

Mais cette œuvre doit être aussi celle des éducateurs. Il est des parents qui n'en parleront jamais à leurs enfants, sous prétexte de ne pas les influencer. Comme s'il était interdit d'influencer les âmes pour le bien, pour ce qu'il y a surtout de plus grand sur la terre! Est-il une vie mieux remplie, plus féconde que celle où l'on travaille pour Dieu, pour les âmes, pour la société ? Le grand mal est que le courage, l'esprit de sacrifice, l'esprit de dévouement manquent. Mettons-les dans l'âme de nos enfants, et nous aurons des vocations.

Il nous en faut pour répondre aux besoins pressants de notre pays. Sans doute, il faut en convenir, les vocations religieuses de jeunes filles ne sont pas rares. Il faut le dire à l'honneur de notre province. Les Frères enseignants se recrutent plus difficilement: l'esprit de foi manque chez les parents et ils ne comprennent pas assez l'honneur qu'il y a de donner leurs fils à

l'enseignement des petits enfants. Quant aux prêtres, ils ne sont pas assez nombreux: c'est là l'œuvre des collèges, des écoles prim.aires aussi, de la comm.union fréquente surtout.

Puis, Sa Grandeur invite le Révérend Père Plantier à dire un mot à l'assemblée.

"Après quarante ans d'enseignement, dit le Révérend Père, j'ai pu me rendre com.pte que le travail de l'éducateur consiste principalement en deux choses: détruire dans l'âme des enfants le double ferment de l'orgueil et de l'égoïsme, pour y faire fleurir à la place l'humilité et le dévouement.

Iliaut par tous moyens obtenir l'humilité de l'enfant, l'habituer à reconnaître ses fautes, à réparer ses torts, à renoncer à sa vanité. Et puis, l'habituer au sacrifice, au dévouement, à l'oubli et au don de soi. Ce n'est pas facile. On y arrive peu à peu. Et le Révérend Père nous cite à l'appui un de ces traits édifiants, fruit de sa longue expérience.

Enfin, Sa Grandeur termine la séance en demandant à Dieu de bénir et de récompenser le zèle et le dévouement des maîtres et maîtresses dans l'éducation de l'enfance.

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