ALLOCUTION DE SA GRANDEUR
Messieurs.
Ces beaux travaux qui viennent de vous être lus, ressemblent un peu aux discours qui vous sont prêches dans nos églises, et vous n'en êtes pas surpris; c'est pour les entendre que vous vous êtes réunis ici. On aime à rappeler les bienfaits d'un être qui nous fut cher. Or, personne ne nous a aimés comme Jésus- Christ. Le bienfait de son Cœur, c'est l'Eucharistie; c'est donc pour nous entretenir de l'Eucharistie que nous sommes en Congrès et c'est dire que nous parlons de Dieu seul.
Nous reconnaissons le Christ pour notre Maître, et nous avons nos devoirs envers Lui. Ces devoirs nous devons nous les rappeler souvent. J'étais ému jusqu'au fond du cœur, lorsque je vis un citoyen de cette ville, un zouave, faire écho aux enseignements de la sainte Eglise, pour nous prêcher, quoi ? non pas le patriotisme, non pas le dévouement aux intérêts de votre ville, mais la communion fréquente. C'est qu'en efifet, il ne suffit pas de rendre au Christ la gloire sociale, de l'adorer, de le prier, de recourir à lui dans nos besoins, dans nos peines, d'unir à celui de nos frères notre hommage par le culte extérieur; il faut plus que cela, il faut obéir à ses préceptes et nous rendre à ses pressantes invitations. Or l'invitation du Christ, c'est la communion à sa Chair et à son Sang.
Lorsqu'il annonça aux Juifs le Mystère de l'Eucharistie qui devait se réaliser plus tard, quand il leur disait ces paroles: "Je suis le Pain vivant descendu du ciel, ma Chair est vraiment une nourriture, mon Sang un breuvage. . . Celui qui mange ma Chair a la vie. . . Si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon Sang, vous n'aurez pas la vie en vous:" Les Juifs se récrièrent et se disaient entre eux: "Ce discours est trop dur et qui peut l'entendre ?" Messieurs, croyez- vous que Jésus, va se reprendre et être moins sévère dans ses conditions de salut ? Non, entendez-le affirmer davantage ce qu'il a proféré: "En vérité, en vérité, je vous le dis: si vous ne mangez la Chair du Fils de l'homme, vous n'aurez pas la vie." C'est alors, nous dit l'Evangile, que les Juifs se dispersèrent, abandonnant lâchement Jésus. Et vous. Messieurs, dirai-je avec Jésus, voulez-vous vous en aller ? voulez-vous ne pas croire à la vérité
du mystère eucharistique ? voulez- vous refuser de vous en nourrir et d'en vivre ? Oh, répondez plutôt avec Pierre: "Seigneur, à qui irions-nous ? vous avez les paroles de la vie éternelle." Dans la bouche de l'Apôtre, cela voulait dire qu'il croyait à la manducation de la chair de son Maître, à la manifestation de son amour.
Messieurs, si nous nous contentons de communier une fois l'an, ou très peu souvent, c'est que nous ne croyons au Christ qu'une fois en passant. La conclusion s'impose: c'est que vous devez communier souvent, très souvent, même tous les jours, si possible. Messieurs, nous savons maintenant la théorie, il s'agit de la pratiquer. Quand il est question de fortune, d'afïaires, de jouissances, vous n'êtes jamais satisfaits; votre devise c'est: Encore plus, encore plus! Après un festin copieux, vous courez à un festin nouveau; et quand il s'agit des choses les plus nobles, quand c'est notre salut qui est en jeu, nous ne voudrions pas la théorie du plus possible ? Contradiction, erreur! Allez à l'Eucharistie; c'est là que vous trouverez tous les secours pour vos besoins; participez à ces communions générales du dimanche. Vous êtes chefs de famille, à ce titre vous devez l'exemple. Voici ce que vous devez savoir : vous voulez que vos enfants soient justes plus tard, qu'il soient honorables, honnêtes, pour cela vous pratiquez vous-mêmes la justice, l'honnêteté, vous vous montrez honorables dans tous vos actes; vous désirez qu'ils soient pieux, vous les conduisez à l'autel en votre compagnie; qu'ils soient sobres, vous vous faites les apôtres de la tempérance. Eh bien! est-ce que vous ne voulez pas qu'ils soient de fidèles enfants de l'Eglise par la pratique de la communion fréquente ? Puisque vous êtes leurs pères, conduisez-les à la Table de famille; il fait si bon communier ensem!:!:, s'assoir, à la même table.
Mais, dites-moi, pourquoi communier si rarement ? Vous savez l'histoire du Prophète Elle. Il fuyait sans trêve la haine de la reine Jézabel ; fatigué, découragé, il s'aflFaissa sous un arbre, croyant y trouver la mort, l'appelant de tous ses vœux. Or, voici qu'un ange s'approche de lui, le réveille et lui dit:"Prends et mange de ce pain." Et le Prophète se nourrit de l'aliment mystérieux; il se leva une première fois, mais retomba bientôt de lassitude et de faiblesse. L'ange du Seigneur revint une seconde fois et le Prophète mangea et but; et cette fois, fort et robuste, il reprit sa marche avec joie et reconnaissance vers le
mont Horeb, où Dieu lui parla. Nous sommes tous, Messieurs, ce voyageur à travers le désert de la vie. Que de fois, harcelés par l'ennemi, découragés de nos défaites, nous appelons la mort ou nous nous laissons aller au désespoir, ou encore à l'entraînement des passions. C'est alors qu'il faut nous fortifier, il ne suffit pas de manger une fois à de longs intervalles, mais souvent, tous les jours, s'il se peut. Et puis, vous avez vos sollicitudes, vos peines morales et physiques, des épreuves et des souffrances ; vous avez besoin de consolations; eh bien! venez, venez auprès de Celui qui a dit: "Venez tous à moi, vous qui souffrez et je vous soulagerai." Et ainsi toujours forts, vous continuerez à monter vers le calvaire de la vie jusqu'à la porte du ciel.
Que la conclusioïi soit donc que vous communierez souvent, vous, hommes chefs de famille, vous, jeunes gens, l'espoir de l'Eglise et de la Patrie.
J'ai fini. Messieurs ; vos prêtres continueront votre éducation eucharistique pour votre grand bonheur. Vous avez communié quand vous aviez dix ans, et vous avez ressenti alors toutes les joies, les émotions de vos petits enfants; sachez revivre ces beaux jours d'autrefois; qu'en ceci au moins, vous restiez toujours petits enfants.
Enfin, un jour viendra où ce sera la communion dernière, ce sera l'heure du départ; qu'entre ces deux communions, celle de dix ans et celle du bord de la tombe, vous semiez une abondante moisson de communions fréquentes. Oui, que le Christ vienne souvent en vous. Il sera le gage assuré de votre persévérance dans le bien ; il apportera le bonheur dans vos familles et le succès dans vos entreprises.
Demain, ce sera le jour des belles manifestations religieuse et civile. Vous avez donné généreusement au Christ de votre amour, de votre temps, pour offrir au Roi de l'Hostie un triomphe d'un goût parfait. Eh bien ! demain, il passera luimême devant vos demeures, il bénira vos familles, vos femmes et vos enfants. Ainsi soit-il.
C'est avec l'attention la plus soutenue et une sympathie marquée par des applaudissements répétés, que tout ce bel auditoire d'hommes et de jeunes gens avait écouté les divers orateurs exposer les gloires et les bienfaits de l'Eucharistie,
rappeler le grand devoir qui en découle pour tout chrétien digne de ce nom: la pratique de la communion fréquente et quotidienne. Les applaudissements qui soulignèrent les paroles de Monseigneur l'Archevêque en particulier témoignent qu'elles sont allées droit au cœur de ses nombreux auditeurs et ne resteront pas lettre morte.
Influence de l'Eucharistie, contre les causes de déchéance morale
Rapport de M. l'abbe Anatole Martin,