‹ Congrès eucharistique régional de Sainte-Thérèse, diocèse de Montréal, 12-14 septembre 1913Chapitre 44 sur 51 · Causes de déchéance · texte numérisé non relu

Causes de déchéance

La déchéance morale, c'est le péché considéré comme état d'âme, et les causes de cette déchéance comme les causes du mal physique et corporel, sont, d'après Saint Thomas, internes et externes: "interiora corrupHva, exteriores imptcgnaiiones" . Les causes internes se résument toutes dans ce grand mot: la concupiscence, qui est dans l'homme né d'Adam pécheur, un état permanent de tendance au mal et de résistance au bien, résultant du péché originel. C'est un état de désordre et de

désorganisation intérieurs, où les sens et les facultés sensibles se tiennent en révolte contre la raison, et où la raison ellemême et la volonté raisonnable sont en rébellion sourde, sinon déclarée, contre Tordre surnaturel, surtout contre la lumière de la foi et les inspirations de l'amour divin.

Saint Paul l'appelle formellement le péché. Non le péché actuel, qui n'éclôt que d'un refus d'accomplir, en matière grave ou légère, un Commandement de Dieu, mais le péché matériel, ou la matière du péché, portant et incitant au péché, en offrant les matériaux et les moyens, et à quoi il ne manque pour produire le péché positif que le consentement de la volonté.

Peine du péché d'origine, la concupiscence, dit saint Augustin, est cause du péché actuel. Saint Paul l'appelle, tantôt la chair, la loi de la chair; tantôt l'homme terrestre, l'homme animal, le vieil homme et le corps du péché; non pas qu'elle n'afïecte et n'infecte aussi l'esprit, mais parce que son action la plus directe s'exerce surtout dans les sens du corps et dans les passions sensibles de l'âme.

Cette concupiscence est la destitution de la justice originelle, où la raison contenait dans un ordre parfait toutes les puissances inférieures de l'âme, parce qu'elle se tenait elle-même parfaitement soumise à Dieu. Rompant le lien de sa dépendance à l'égard de Dieu, l'âme a vu ses forces inférieures briser le lien de leur dépendance à son égard, et ainsi toutes les forces de l'âme, spirituelles et sensibles, demeurent destituées de l'ordre de leur création et de leur organisation pour le bien moral.

Cette destitution, ce désordre, cause la vulnération de la nature humaine. Dans la raison, la blessure est l'ignorance ou la facilité à errer; dans la volonté, c'est la malice ou l'inclination au mal, ou bien encore la faiblesse en face des difficultés du bien, ou enfin le désir désordonné de jouir sans frein de tout ce qui est délectable. Cette désorganisation, tous les hommes l'apportent en naissant,car le Baptême qui efface la tache originelle, ne reconstitue pas l'ordre primitif et laisse le mérite, la nécessité du combat.

Voilà bien ce que sont les causes internes de déchéance morale, interiora corruptiva, et l'on comprend facilement combien cet état de désordre et de faiblesse est favorable au péché.

Mais il y a encore contre l'homme blessé déjà et affaibli, l'assaut non moins dangereux de tous les agents exlérieîirs du péché, "exteriores imptignationes" . C'est le démon, l'éternel ennemi de tout bien, employant toutes les ressources de son génie pour détruire dans les âmes l'empire de Jésus-Christ; c'est le monde, suppôt de Satan, avec ses convoitises, le faux brillant des plaisirs, ses fausses maximes.

Tel est l'état de tout homme, ici-bas, du seul fait de sa naissance : on comprend que la vie soit un rude combat et une condition à ce point déplorable que saint Paul lui-même se considérait comme un malheureux esclave vendu au péché: "Venunidatus sum peccato'\ Il faut ajouter que cet état de déchéance où l'homme vient au monde,que la faiblesse native de la raison et des sens se trouvent singulièrement aggravés dans celui qui commet le péché actuel. Il est évident qu'alors la volonté et les autres facultés de l'âme, aussi bien que les puissances sensibles, se trouvent par l'acte du péché personnel, fixées et enfoncées davantage dans le mal, vers lequel la nature humaine viciée était dirigée déjà avec tant de force, et partant, les plaies de l'âme empirent, la raison s'obscurcit davantage, la volonté voit son énergie diminuée en proportion qu'augmentent l'audace et la confiance des ennemis extérieurs.

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