QUATRIÈME SÉANCE, VENDREDI 13 SEPTEMBRE
DEUXIÈME VISITE A l'eXPOSITION
Les membres du Congrès au nombre de près de 80, appartenant aux diverses sections, se réunissent, vers 9 heures du matin, au Paxnllon de la Société technique du gaz à l'Exposition, mis gracieusement à la disposition du Congrès par cette Société.
Les membres du Congrès sont reçus par M. Cornuault, président de la Société technique de Tindustrie du gaz, qui explique le but que se sont proposées les compagnies du gaz dans leur Exposition collective, savoir : réunir toutes les applications du gaz, et présenter, installés et fonctionnant dans les conditions pratiques de la vie domestique, les appareils les plus variés et les plus parfaits pour Téclairage, le chauffage, la cuisine, la force motrice et la ventilation.
M. Cornuault insiste sur les points qui peuvent intéresser plus spécialement le Congrès des accidents du travail :
Il signale à Tattention les « lampes à gaz à récupération », lampes fermées de toutes parts^ et dont Tun des avantages est d'éviter tout contact, des étoffes par exemple, des poussières inflammables, etc., avec des flammes libres telles que celles des becs papillon ; d'éviter encore le filage des lampes constituées par des becs à verre, de diminuer en un mot les causes d^ accident.
Les « lampes à récupération » affectent des formes diverses, et prennent des noms différents selon leurs constructeurs (lampes Siemens, Wenham, Cromartie,etc., etc.), mais leur principe reste toujours le même, et c'est à F. Siemens que revient l'honneur d'avoir présenté, en 1879, les premières lampes à récupération utilisant la chaleur des produits de la combustion du gaz pour élever la température de l'air d'alimentation, augmentant ainsi considérablement l'intensité lumineuse.
Des lampes de ce genre, outre l'économie et la sécurité qu'elles procurent, peuvent également servir à ventiler les pièces qu'elles éclairent ; il suffira alors d'établir, dans l'épaisseur des planchers, des conduits spéciaux recevant les produits de la com-
bustionet les menant au dehors. Non seulemeniles produits de la combustion ne vicieront pas alors ratmosphère des pièces éclairées, mais encore l'aspiration produite parle courant ascensionnel du gaz pourra être utilisée pour effectuer, naturellement et sans frais, la ventilation et lassainissement du milieu habité.
M. CoRisuAULT montre les dispositions prises au pavillon du gaz pour réaliser ces conditions dans les pièces : grill room, salle d'Exposition rétrospective de Téclairage, cuisine, etc., et rappelle que la maison salubre de l'Exposition de la ville de Paris montre aussi des dispositions analogues.
Rappelant ensuite les accidents produits par les allumoirs à gaz formés de perches plus ou moins longues, portant à leur extrémité des mèches allumées, M. Gornuault présente aux membres du Congrès des allumoirs électriques d'origine anglaise, qui permettent de produire sans piles^ par un simple frottement obtenu en poussant un bouton à ressort, une étincelle électrique, susceptible d'allumer tous becs de gaz. De nombreux accidents pourraient être évités, en substituant ces allumoirs très simples aux perches barbares promenant de véritables petites flammes au milieu de magasins d'étoffes, par exemple.
Une visite sommaire de la luxueuse construction constituant le pavillon du gaz est faîte par les membres du Congrès à la suite de ces explications.
Après cette visite, les membres du Congrès se dirigent vers la galerie des machines sous la conduite de M. Thareau, ingénieur-inspecteur de l'Association des Industriels de France pour prévenir les accidents.
M. Thareau leur fait d'abord examiner les transmissions générales, qui peuvent passer pour un modèle d'installation au point de vue préventif. La principale condition, de n'avoir aucune saillie pouvant donner prise aux vêtements des ouvriers, y a été complètement réalisée; les manchons sont à frettes ou à boulons noyés ; les poulies sont en deux pièces et par conséquent sans clavettes ; les têtes de vis des bagues d'arrêt sont noyées ; les paliers sont à graisseurs continus pour éviter une visite fréquente ; l'écartement des paliers, qui est d'environ 3™,50 et les diamètres des arbres largement calculés donnent une très grande sécurité, au point de vue de la résistance.
M. Thareau montre ensuite quelques-unes des machines à vapeur exposées, en expliquant les mesures de sécurité qui
ont été OU auraient dû être prises à chacune d'elles. Il fait remarquer que presque tous les constructeurs ont reconnu la nécessité de munir le volant d'un appareil de mise en marche manœuvré par levier ou roue d'engrenage, afin d'éviter que les ouvriers ne le fassent tourner à bras, ce qui a occasionné des accidents graves. Le système par roue d'engrenage de M. Farcot, appliqué à l'énorme volant de sa machine de 4,000 chevaux, est particuUèrement bien combiné et donne toute sécurité.
M. Edouard Simo:*, vice-président du Comité d'installation de la classe 54 (matériel et procédés de la filature), introduit les membres du Congrès près de M. Hofer, représentant de la Société Alsacienne de constructions mécaniques*, qui a créé des ateliers à Belfort, après la guerre franco-allemande.
Avant de procéder à l'examen des machines exposées, au point de vue des moyens préventifs contre les accidents, M. Simon demande la permission de faire remarquer que les dispositifs dont il s'agit sont aujourd'hui très répandus dans les industries textiles; qu'aucun constructeur, toutefois, ne s'est plus préoccupé que la Société alsacienne d'allier à la praticabilité des moyens, l'élégance et la solidité de la construction.
M. Simon ajoute que l'application des engins de nature à assurer la sécurité du personnel, l'observation, dans les ateliers, des meilleures conditions hygiéniques, l'adoption, pour les ouvriers des deux sexes, d'une tenue appropriée à leurs travaux, (tenue qui doit être changée, à l'entrée et à la sortie, dans des vestiaires séparés des salles de travail), sont toujours conformes à l'intérêt des chefs d'industrie. Non seulement la responsabilité effective et morale des patrons se trouve ainsi dégagée, mais le fonctionnement de l'outillage et la qualité des produits sont utilement influencés par de semblables mesures.
Passant à l'inspection des machines, les membres du Congrès constatent tout d'abord l'application sur la transmission générale de la galerie, qui tourne à 150 tours par minute, d'un montecourroie Baudouin. Ce monte-courroie, employé dans nombre d'établissements, se compose d'une douille en fonte, passée librement sur l'arbre de transmission et armée d'un bras en bois, ou planchette, de même rayon que le rayon intér^^urde la poulie,
* Anciens établissements André Kœchlin de Mulhouse et établissements de Graffenstaden réunis.
de largeur égale à la largeur de la courroie et d'épaisseur proportionnée. L'extrémité libre du bras se termine par un plan incliné vers la jante de la poulie et porte latéralement, sur le bord le plus éloigné de cette dernière, un bouton métallique, dont le but sera indiqué plus loin.
Dès que Tappareil ne fonctionne pas, le bras, en vertu de la pesanteur, pend verticalement au-dessous de la transmission. Lorsque l'ouvrier doit remonter la courroie, il saisit, àTaided'une perche terminée par un crochet de forme particulière, le bouton métallique de la planchette, de manière à relever ce bras progressivement avec la courroie qu'il supporte. Au moment où le plan incliné vient affleurer la jante de la poulie, l'adhérence delà surface métallique détermine l'entraînement de la courroie et l'ouvrier n'a plus qu'à dégager la perche ; le bras retombe dans sa situation initiale. Le monte-courroie Beaudouin offre le triple avantage de se loger aisément, d'être simple et peu onéreux.
Parmi les dispositifs communs aux machines de filature et de tissage, les membres du Congrès remarquent Tenveloppement de tous les pignons de rechange au moyen de couvercles à charnières, en fonte polie ; les autres engrenages sont également protégés par des panneaux en métal ajouré, facilement démontables.
Avec le batteur à coton, la plupart des accidents résultent de ce que les ouvriers soulèvent le couvercle des battes avant l'arrêt complet de la machine et se font ainsi saisir par les organes en mouvement.
Pour y obvier, les constructeurs fixent audit couvercle un doigt métallique qui pénètre à travers l'unique encoche d'un disque à recouvrement annulaire, solidaire de l'arbre du batteur. Une fois le doigt engagé dans la gorge du disque et aussi longtemps que les battes évoluent, il est impossible à l'ouvrier d'amener l'encoche du disque en regard du doigt fixe, par conséquent de découvrir le batteur.
L'un des organes dangereux des cardes était l'arbre h orizontal placé à l'arrière de ces machines, afin d'actionner Y appareil de sortie de la nappe ou du ruban; il arrivait fréquemm ent qu€ les vêtements de la soigneuse, pour peu qu'ils fussent flottants, s'enroulaient autour de cet arbre ; on- a paré à ce grave inconvénient en enveloppant l'arbre tournant d'une gaine fixe ou fourreau tubulaire.
82 GOiNGRÈS DES ACCIDENTS
Sur les étirages^ Tadaptation d'un débrayage électrique n'a pas seulement le mérite d assurer la régularité des doublages^ la machine s'arrètant aussitôt qu'un ruban fait défaut. Dans le cas d'un accident personnel, l'ouvrière se dégage elle-même en coupant l'un quelconque des rubans ; la matière fibreuse qui, au cours de la marche normale, sert d'isolant, laisse alors le contact s'établir entre les fractions de la machine reliées séparément aux deux pôles de la source électrique ; le circuit fermé détermine l'attraction et la mise en action immédiate du débrayage.
Au banc-à-broches y le mouvement différentiel destiné à régler Venvidage est constitué par un ensemble d'organes, qui doivent demeurer inaccessibles pendant le fonctionnement du métier. La solution est encore fort simple. Aussi longtemps que l'une des portes à charnières, qui limitent extérieurement la cage réservée au mouvement, reste ouverte, cette porte empêche une tige annexe de dégager le levier d'embrayage et, par suite, de mettre en marche le banc-à-broches. La fermeture assurée, le levier devient libre et l'embrayage peut s'effectuer.
Dans les filatures qui n'ont pas adopté un moyen préventif ad hoc, des enfants {rattacheurs) ^ surpris par la rentrée brusque du chariot du métier à filer renvideur, sont trop souvent saisis entre ce chariot et le porte-système fixe. De semblables accidents, toujours graves, entraînent parfois la mort de la victime ; ils sont dus à ce que le rattacheur, obligé de passer sous le porte-système et sous les fils de l'aiguillée, après la sortie complète et Xarrét du chariot, n'est pas toujours visible pour l'ouvrier fileur, placé du côté opposé et chargé de faire rentrer le même chariot, le nettoyage une fois effectué.
Le dispositif établi sur le renvideur selfacting de la Société alsacienne consiste en un véritable verrou de sûreté, que le rattacheur a soin de mettre au moment de passer sous le métier et de dégager, lorsqu'il se retire. Le verrou enclanche le levier de commande, qui actionne la rentrée du chariot et qui correspond à une tringle placée sous la main du fileur. Le rattacheur se trouve donc soustrait aux terribles effets d'une fausse manœuvre, sinon d'une imprudence de la part de l'ouvrier dont il est le collaborateur immédiat.
Enfin, pour terminer ce compte rendu nécessairement incomplet, il convient de rappeler qu'en raison de la vitesse imprimée
à certains métiers à tisser^ la navette saute quelquefois avec une force capable d'occasionner de sérieuses blessures.
Deux tringles parallèles fixées à lavant et à la partie supérieure du battant constituent Tun des moyens de protection les plus efficaces. La double tringle forme au-dessus du chemin parcouru une sorte de berceau, qui n'empêche par la navette de sauter, mais amortit le choc du projectile et le fait tomber sans vitesse au bord du métier.
M. Thareau conduit ensuite les membres du Congrès dans la partie de la galerie des machines, où sont exposées les machines-outils à travailler les métaux et le bois. Il leur explique les mesures préventives qu'on a prises et surtout celles qu'on devrait prendre, car il faut bien dire que jusqu'à présent les constructeurs se sont très peu préoccupés de rendre leurs machines inoffensives.
Les membres se dispersent vers 41 heures et demie, après avoir vivement remercié MM. Simon et Thareau de l'obligeance avec laquelle ils ont bien voulu les guider et leur donner les explications nécessaires sur les appareils visités.
CINQUIÈME SÉANCE, SAMEDI i4 SEPTEMBRE 1889 VISITE A LA GALERIE DES MACHINES
La section technique se réunit à neuf heures dans la galerie des machines, porte de La Bourdonnais.
Au début de la visite, M. Henri Many donne quelques détails sur la protection des machines d'imprimerie et des machines annexes.
En ce qui concerne les machines à imprimer proprement dîtes, il insiste sur la nécessité de munir le levier de débrayage d'une goupille de sûreté ou d'un taquet de calage, permettant de fixer invariablement la machine à l'arrêt. Il appelle l'attention des membres de la section sur la nécessité d'envelopper le volant de la presse ou, tout au moins, de le protéger par un garde-corps bien disposé ; de recouvrir la crémaillère de commande des cylindres, les engrenages de ces mêmes cylindres et ceux de la commande de l'encrier; de protéger le margeur par l'évidement des coussinets de la tringle porte-cordons et l'emploi d'escabeaux fermés du
côté de la presse. Protéger le receveur par un encoffreraent ou une tablette le préservant du choc de la bielle ; et munir les presses d'un frein agissant sur la jante du volant et permettant Tarrêt presque instantané au premier signal d'accident sont également des mesures nécessaires.
M. TiiAREAU montre ensuite la machine à papier de M. Darblay, d'Essonnes, qui peut passer, à juste raison, pour un modèle au point de vue de la sécurité des ouvriers. Tous les organes dangereux sont en effet recouverts avec soin, sans qu'il puisse en résulter aucune gêne pour le travail.
Les membres de la section ont ensuite examiné les machines d'apprêts d'étoffes exposées par M. Dehaitre.
M. Thareau leur explique les mesures préventives qui ont été appliquées avec beaucoup de soin à ces machines, principalement aux calendres et aux essoreuses qui sont les plus dangereuses.
Les membres du Congrès sont reçus à leur entrée dans la classe 48, par M. MxVthet, ingénieur en chef des miihes de Bunzy, qui attire surtout leur attention sur l'aérage secondaire et le filet de sûreté.
Aérage secondaire. — M. Mathet résume en quelques mots la communication sur l'influence de l'air comprimé dans les houillères sur les accidents du grisou, qu'il a faite à une précédente séance du Congrès. Il rappelle qu'il a insisté sur l'avantage de Taérage par petit ventilateur ; non seulement l'ouvrier est beaucoup plus en sûreté, si les moyens d'aérage mécanique cessent ou se ralentissent, que dans le cas d'une dérivation du courant principal au moyen de portes et canards ou cloisons; mais, ce qui est plus important encore, l'aérage secondaire mécanique favorise le courant général, tandis qu'un courant dérivé ne peut que lui nuire en apportant des entraves à l'aérage, en augmentant les résistances et en n'utilisant qu'une très faible partie du courant principal.
Les membres du Congrès ont pu se rendre compte de la justesse de ces indications par l'examen du très beau modèle d'exploitation du puits Jules Chagot exposé par les Mines de Blanzy.
Us y ont vu comment était prise, sur le conduite générale d'air comprimé installée dans la mine, la force motrice nécessaire pour la mise en mouvement des petits ventilateurs servant à l'aérage des culs-de-sacs formés par les galeries en traçage dans les tranches en préparation.
Ils ont facilement apprécié que ces ventilateurs, aspirant Taîr dans la galerie de circulation générale, aidaient à cette circulation par un petit supplément^de dépression ; et qu'enfin le volume qu'ils débitaient était largement suffisant pour diluer le grisou au front de taille, de façon telle que le mélange soit inexplosif.
Filet de sûreté. — Quelles que soient les précautions, il peut arriver que des chariots et même des hommes soient précipités dans le puisard qui se prolonge au-dessous de l'accrochage. Aussi a-t-on eu l'heureuse idée de fermer les puits au-dessous des taquets d'arrêt de la cage par un filet en câbles de fils d'acijer galvanisés. Ce filet est très maniable et on a organisé en arrière des guides des planchers qui permettent de le rabattre le long de la paroi du puits, lorsque la cage doit descendre au-dessous de l'étage.
Il a 3"',30 sur 2",70; il est formé de câbles de fils d'acier résistant à 150 kilos par millimètre carré.
Le cadre du filet est formé par un câble de 27 millimètres de diamètre, composé de 7 torons de 18 filsn*' H avec âme formée d'un pareil fil et âme principale en chanvre.
Les mailles sont carrées; elles ont 0",10 de côté et sont formées par deux câbles distincts ; chacun d'eux est replié autour de deux côtés opposés du cadre en lacets successifs à 0",10 d'intervalle, de façon à obtenir les côtés parallèles des mailles. Pour assurer la réunion de ces câbles aux points de croisement, l'un d'eux, composé de 4 torons de 5 fils n** H, passe dans l'autre qui, à cet effet, est composé de 6 torons de 4 fils ; de plus, de fortes ligatures sont faites avec des fils d'acier, aux points de jonction de ces câbles, ainsi qu'aux points où ils contournent le cadre.
Cinq pièces en acier portant deux œillères sont enfilées dans chacun des côtés du cadre, qui ne doivent pas se trouver contre les guides et servent à fixer le filet dans des verrouillères boulonnées contre les pièces^ de bois du châssis des taquets d'arrêt de la cage.
Le poids de ce filet est de 150 kilos.
Pour le rabattre, il suffit d'enlever les verrous de Tun des côtés.
Les membres du Congrès ont été très vivement frappés par les résultats déjà obtenus avec ce filet :
Le 18 mai 1887 une cage pesant 2,700 kilos est tombée sur
le filet de 70 mètres de hauteur. Il Ta retenue sans qu'un seul de ses câbles se soit rompu. La cage était moins endommagée que si elle était tombée au puisard.
Le 6 août 1888, un chariot, plein de remblais pesant 1 ,300 kilos, est tombé du jour, c'est-à-dire de 334 mètres de hauteur sur le filet et il n'y eu à y refaire que quelques ligatures.
Quelques pas plus loin, les membres du Congrès arrivent à l'Exposition des Mines de Somorrostro ; leur attention est attirée sur les freins à ailettes, agissant les uns dans l'air, les autres dans l'eau, destinés à régulariser le mouvement sur les plans inclinés auto-moteurs.
Pour relier les travaux des mines, situées h flanc de coteau, au chemin de fer établi au fond de la vallée, on construit deux grands plans inclinés qui servent aa\ transports du minerai et même du personnel.
Il était essentiel d'y prévenir toute accélération dangereuse; si on avait voulu neutraliser la force vive au moyen de freins à rubans, il se serait produit des frottements considérables pouvant causer l'inflammation et la destruction rapide des sabots, et en outre une grande fatigue des appareils ; en cas de rupture des bandes d'acier ou d'inattention des ouvriers, les plus graves accidents étaient à craindre.
Tous ces dangers ont été évités par l'emploi de freins à ailettes, qui empêchent toute accélération et assurent une régularité parfaite de marche, à la seule condition d'être construits avec une solidité suffisante pour pouvoir annuler des forces vives de 372 et 4128 chevaux-vapeur.
Les plans en relief montrent tous les détails de ces plans inclinés ; des dessins très bien faits montrent le réseau de chaînes flottantes, pour lesquelles les mêmes régulateurs ont été employés avec un plein succès. Là encore des freins à rubans et à contrepoids eussent pu présenter des dangers.
Pour maintenir la vitesse dans les limites normales, on a établi, en un certain nombre de stations, un régulateur à eau agissant sur l'arbre des poulies à empreintes mobiles qui supportent la chaîne.
Des régulateurs à air avaient tout d'abord été employés ; mais ils sont volumineux, lourds, encombrants, et ne peuvent agir que s'ils prennent une vitesse considérable ; les régulateurs à eau ont été peu à peu préférés aux régulateurs à air à cause de
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leur faible volume et de leur action énergique, même sur des transmissions à marche lente.
Les appareils à eau ont donné d'excellents résultats ; ils sont très sensibles et il suffit de remplir plus ou moins la caisse à eau pour faire varier la vitesse des trains dans des limites très étendues. Grâce à luniformité de marche ainsi obtenue, les dangers et les causes d'accidents ont presque disparu.
En s'avançant dans la classe 48, les membres du Congrès arrivent à l'exposition des Mimes de Lens, où tout méritait leur attention, parce que tout y répondait à la préoccupation de prévenir les malheurs, dans la mesure de ce qui est permis à la prévoyance humaine.
En raison du peu de temps dont on disposait, M. Dlrassier s'est surtout attaché, dans ses démonstrations, aux appareils de sécurité de M. Reumeaux et aux lampes de sûreté très heureusement combinées ou modifiées par M. Dinoire,
I. Appareils de sécurité. — 1** An*êt automatique de la machine d extraction. — On a spécialement sous les yeux les appareils employés dans les machines actionnées par l'air comprimé. Sur la conduite d'air comprimé et contre le modérateur est disposé un cylindre alésé, dans lequel se meut un piston double, dont l'un fait office d'obturateur ; en marche normale, les deux faces de piston sont en communication avec l'air comprimé par deux tuyères de petite section, orientées de façon que le courant d'air comprimé ait pour effet de maintenir les pistons au repos. Aux deux extrémités du cylindre se trouvent des soupapes, grâce auxquelles on peut mettre alternativement les deux faces du piston double en communication avec l'atmosphère.
Lorsqu'une cage arrive à quelques mètres de la surface, un mécanisme spécial soulève, pendant un court instant, l'une des soupapes; l'air comprimé renfermé s'échappe, le piston obturateur prend vivement la position fermée, étrangle l'arrivée d'air comprimé, de manière et réduire la pression dans les cylindres de la machine d'extraction à la valeur strictement nécessaire, pour empêcher la cage chargée de redescendre dans le puits; une vis permet de régler une fois pour toutes l'étranglement approprié à chaque machine.
Le mécanicien, sans se préoccuper du nouvel appareil dont il peut ignorer l'existence, ferme, comme d'habitude, son modéra-
leur ; le levier, qu'il manœuvre à cet effet, ouvre l'autre soupape du petit cylindre ; Tair comprimé, renfermé dans l'autre espace, s'échappe à l'instant et le piston obturateur reprend sa position ouverte qu'il conserve jusqu'à l'ascension de la cage suivante.
Mais si, par inadvertance, le mécanicien oublie de fermer le modérateur, l'obturateur reste fermé, la machine d'extraction s'arrête et aucun accident n'est à craindre.
L'appareil, fonctionnant à chaque ascension de cage, est toujours en état de service; et le {mécanicien ne connaît son existence que par les indications d'un manomètre, grâce auxquelles il peut •s'assurer de son bon fonctionnement.
2** Serrage automatique du frein. — La conduite, qui réunit les réservoirs de la surface au moteur souterrain, est exposée à être brisée subitement.
Le mécanicien inattentif peut enlever la cage au-dessus de la recette supérieure.
Dans l'un et Tautre cas, un malheur esta redouter, si le serrage du frein n'est pas automatique.
C'est encore en utilisant la brusque dépression créée sur l'une des faces d'un piston, soit par la rupture même de la conduite, soit par la levée mécanique d'une soupape, que l'on a pu obtenir le serrage automatique du frein.
La face inférieure d un piston, enfermé dans un cylindre alésé, est en communication habituelle avec Tair comprimé qui alimente la machine, tandis que la face supérieure du même piston reçoit aussi la pression du fluide, mais par l'intermédiaire d'un réservoir de faible capacité que Tair traverse, en soulevant, pour y entrer, une soupape de retenue. En marche normale, le piston est donc en équilibre ; mais que la conduite principale vienne à se rompre ou que la soupape, qui met la face inférieure du piston en communication avec l'atmosphère, vienne à être levée, la pression disparaît brusquement, tandis que, grâce au réservoir d'air, d'où le fluide retenu par la soupape ne peut s'échapper, le piston reçoit la pression de l'air comprimé sur sa face supérieure, s'abaisse et serre le frein.
3® Enclenchement des taquets et signaux. — L'appareil appliqué successivement dans tous les sièges de la Société des mines de Lens a pour objet d'établir une certaine solidarité entre les
signaux, d une part, et les manœuvres d ouverture et de fermeture des taquets ou barrières de plan incliné, d autre part.
Si le mécanicien, croyant avoir entendu le signal du départ, soulève, par erreur, la cage au moment de l'entrée du personnel, les plus graves accidents peuvent se produire.
Éviter tout départ anticipé de la cage, tel est le but du système d'enclenchement appliqué.
Le dispositif est de la plus grande simplicité : c'est le cordon de la sonnerie qui tire le verrou enclencheur, de façon que les taquets sont condamnés jusqu'à ce que le signal soit donné.
Et pour éviter tout oubli, toute cause d'erreur, le même mécanisme enclenche les barrières du fond, de telle sorte que les taquets ne sont libres que lorsque les barrières sont condamnées, et réciproquement.
II. Lampes de sûreté. — Ce qui caractérise la lampe de sûreté des mines de Lens, c'est l'adoption de la fermeture à rivet de plomb qui permet de voir, presque à coup sûr, si la lampe a été ouverte.
La fermeture par rivet de plomb, qui parait, à première vue, demander beaucoup de temps pour être appliquée aux lampes, est en réalité d'un emploi très facile avec le dispositif imaginé aux mines de Lens.
Il consiste en une petite boite indépendante contenant un verrou et un ressort. Lorsque cette boite est placée contre le montant plat de la lampe et rivée sur ce montant, on peut visser, mais non dévisser la cheminée sur le réservoir.
Les deux têtes du rivet portent chacune une lettre imprimée par la pince ; c'est le cachet. L'ouverture s'obtient en coupant le rivet entre le montant et la petite boite.
Et il n'est besoin pour les diverses opérations de pose et de dépose du rivet que de trois outils :
Une pince pour river à la main ;
Un petit coup de poing pour couper le rivet ;
Un couteau pour faire sauter la tête du rivet après le coupage.
Les avantages de ce dispositif sont :
1*" Rivure après nettoyage, ce qui permet, en premier lieu, de faire le travail à main reposée et sans précipitation et, en second lieu, de procéder, le lendemain, à un allumage au dernier moment et à une distribution rapide ;
2^ Fermeture automatique en vissant, pour prévenir tout oubli volontaire ou non de la part du lampiste ;
3"* Serrage continu jusqu'au contact complet du verre et du tissu avec le réservoir. On évite ainsi l'emploi des rondelles ou de la bague anglaise, ou bien encore des ressorts sur le disque du haut du verre : systèmes qui ont de très graves inconvénients ;
4° Rivet bien apparent avec têtes éclairées par la flamme de la lampe, placé à Tabri de tout choc et de dépôt de poussière, ce qui rend la vérification facile et par un simple* coup d'œil: d'abord par l'ouvrier, en acceptant sa lampe des mains du lampiste ; puis par les chefs dans les travaux ; ensuite par le lampiste principal à la remise de la lampe par l'ouvrier ;
5** Fraude impossible, la boite s'échappant de la lampe lorsque le rivet est coupé;
Q"" Application faite et à très peu de frais, à tous les systèmes de lampes;
7"* Enfin faible entretien de la boite et de la lampe elle-même, qui n'a plus un seul organe de fermeture dans son réservoir.
Les membres du Congrès ont également examiné la lampe Pieler, modifiée à Lens.
Cette lampe est employée comme grisoumètre par les agents chargés de faire les dosages journaliers prescrits par les règlements.
La modification porte, non pas sur le mode d'emploi de l'alcool, imaginé par MM. [Mallard et Le Chatelier pour constater les faibles quantités de grisou , mais sur la construction de la lampe elle-même, en vue d'assurer la sécurité dans la mine.
Dans les courants d'air animés d'une grande vitesse, la lampe Pieler primitive ne peut être employée. Elle est alors, comme la lampe Davy, très dangereuse; l'auréole se couche, se modifie et ne peut plus se modifier exactement.
Aux mines de Lens, on a adapté, à cette lampe, une cuirasse, un tissu et une fermeture.
Sur le tube de la mèche, un arrêt règle le bord supérieur de l'écran à 30""" de hauteur au-dessus de la mèche ; puis un verrou, placé en équerre sur ce môme tube, empêche de mettre la cuirasse avant le tissu.
Le tissu a une bague filetée, qui se visse sur le réservoir vers l'intérieur.
La cuirasse porte des guichets régulateurs : à la partie inférieure pour l'entrée de Tair et, à la partie supérieure, pour la sortie des fumées.
Une échelle de dosage est inscrite derrière la porte, dont le bas correspond avec le bord supérieur de Técran.
La fermeture au rivet de plomb, comme celle de la lampe de sûreté, est placée sur le chapeau, pour être bien visible et préserver des coups dans la mine.
En résumé, il y a sécurité par l'adaptation :
V D'un tissu solidement soudé et rivé h une bague vissée sur le réservoir;
2"* D'une cuirasse de protection qui permet d'étouffer la flamme, lorsqu'on ferme les guichets; disposition utile, pour le cas où, en s'introduisant trop avant dans une zone dangereuse, le porteur jugerait que la combustion du grisou devient inquiétante dans le tissu ;
3* D'une fermeture ;
4** D'un système de verrou à ressort, qui oblige à mettre le tissu avant la cuirasse.
Pour obtenir une plus grande sécurité, un second tissu à maille, de 225 par centimètre carré, peut être vissé dans l'intérieur du premier. Dans ce cas, on le munit d'un dispositif analogue à celui du premier pour que l'on soit tenu de le mettre en place.
En continuant, les visiteurs arrivent aux Mines de Saint- Etienne. Ils avaient vu dans l'Exposition précédente des lampes à fermeture morale. M. Durassier leur montre ici une lampe à fermeture effective, c'est-à-dire dont l'ouverture ne puisse être faite dans la mine, grâce à une fermeture électro-magnétique ou magnétique. Cette fermeture est automatique. L'ouverture ne peut avoir lieu qu'en abaissant par un courant électrique, ou par un aimant, un verrou qu'un ressort à boudin tend toujours à tenir fermé. L'aimantation par courant électrique est obtenue par l'emploi d'une petite machine Gramme, que le lampiste fait mouvoir avec le pied. Ces machines, dont quelques-unes ont déjà fonctionné 15 ans, sont encore employées; mais il y a tendance à s'en passer et à agir sur le verrou à l'aide d'aimants puissants.
C'est une disposition de ce genre qui figure dans l'exposition des mines de Saint-Étienne.
92 COiNGRÈS DES ACCIDENTS
Les membres du Congrès, continuant à suivre la galerie des machines, s'y réunissent enfin devant l'exposition collective des Associations françaises des Proprié tailles d'appareils à vapeur.
Le rapport si complet de M. Compère, ingénieur-directeur de TAssociation parisienne, qui a été distribué à tous les membres du Congrès, leur a retracé les origines, le mode d'action et les résultats de ces diverses associations.
C'est donc avec le plus vif intérêt qu'ils passent en revue cette exposition si curieuse des avaries plus ou moins graves, qui atteignent les chaudières, quand elles ne sont pas soumises à une' surveillance régulière.
Plusieurs membres reçoivent le volume qui contient la description méthodique, avec croquis et dessins à lappui, de toutes les avaries, que les inspecteurs des associations ont relevées dans le cours de leurs visites ou dans leurs enquêtes, à la suite d'accidents.
Les dangers que présentent les appareils à vapeur sont nombreux. Souvent, en cas d'explosion, une personne, peu compétente en la matière, serait tentée de conclure à une cause fortuite, tandis que, pour des inspecteurs expérimentés, bien peu d'accidents restent inexpliqués. Le plus souvent, il a fallu la coïncidence de plusieurs circonstances relativement secondaires pour amener l'explosion, et c'est l'analyse de ces causes diverses qui est souvent délicate.
Une chaudière à vapeur peut être dangereuse, dès le moment de sa construction, par exemple, lorsque ses tôles so7it pailleuses^ c'est-à-dire formées de deux ou trois couches non soudées ; cellesci se séparent dès la mise au feu; la feuille extérieure, léchée par la flamme etnon refroidie, se dilate, puis se fissure et les conditions normales de résistance cessent d'être réalisées. Les tôles employées peuvent être aigres, cassantes; elles se sont fendues, au moment du perçage ou du rivetage, ou bien elles se sont gercées dans les parties embouties; ces points faibles, qu'un examen attentif eût fait voir dès l'origine, deviennent rapidement dangereux. D'autres fois, les fonds et les trous d'homme sont en fonte de qualité médiocre et le rivetage a été exécuté sans les soins nécessaires ; une fissure se^déclare et le fond part.
Dans d'autres cas, la qualité des matières est suffisante, mais ces matières ont été emploijées dans de 7nauvaises conditions; le perçage a été mal fait et, par un brochage trop violent, la tôle a été arrachée entre les rivets; ou bien les trous n'ont pas été mis
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en regard et les rivets, déformés à la pose, n ont pas présenté la résistance prévue.
Il arrive aussi que les communications ont été mal placées ou faites trop petites, de sorte qu'il a pu se produire des magasins de vapeur et des surcharges de pression dans les bouilleurs.
Les appareils de sûreté, mal établis, mal choisis, n'indiquent pas les pressions réelles.
Ces causes généralement sont rares dans les chaudières de construction récente ; toutefois quelques échantillons caractéristiques de l'exposition se rapportent à des appareils qui ne remontent qu à quelques années.
La cause la plus fréquente, la plus grave, est peut-être le manque de soins dans V entretien des appareils à vapeur.
Ici, ce sont des tôles, dont l'épaisseur a été réduite à celle d'une feuille de papier par des corrosions extérieu?'es dues à des fuites le long des lignes de rivets, à des infiltrations d'eau le long des surfaces couvertes par la maçonnerie, etc.; là, ce sont des tôles corrodées intérieurement et considérablement affaiblies ; ailleurs, ce sont des coups de feu à des tôles, recouvertes d'accumulations d* incrustations^ déposées par l'eau au-dessus même du point, où l'ébullition est la plus vive ; ou bien encore ce sont des tubes d'alimentation bouchés par des incrustations et ne débitant plus d'eau, ou des robinets, des soupapes, rongés par la vapeur, etc.
Les chaudières ne sont pas seules dangereuses; on a là, sous les yeux, des tiges de tiroir, des tiges de piston corrodées par l'action simultanée de la vapeur et de certaines graisses ; des accumulations d'oxyde de fer provenant de ces corrosions, qui, à un moment donné, se réunissent en masse volumineuse et amènent la rupture des fonds de cylindres, etc.
Quelques minutes passées devant tous ces fragments informes, dont plus d'un a causé la mort, non seulement de chauffeurs, mais souvent de nombreux ouvriers ou voisins, justifient l'importance des associations d'appareils à vapeur mieavque tous les raisonnements.
C'est sous cette impression, et en se promettant de travailler chacun au développement de ces associations mutuelles de protection contre les accidents, soit d'appareils à vapeur, soit de machines en général, qu'a pris fin la dernière séance de la section echnique du Congrès des accidents.