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RESUME

DES

TRAVAUX DE LA SECTION TECHNIQUE Par M. L. FAUCHER, président.

Les hommes éminenls qui ont organisé le Congrès international des accidents du travail, en créant trois sections distinctes pour faciliter et régulariser les discussions et les travaux du Congrès, ont donné à la section technique pour mission spéciale d'étudier les mesures préservatrices générales et les dispositifs spéciaux appliqués ou projetés^ pour prévenir les accidents ainsi que les résultats obtenir. Il est permis d ajouter, qu'en mettant la section technique au premier rang, avant la section de statistique et la section économique et de législation, nos savants organisateurs ont voulu accuser cette pensée, que la première préoccupation, dans la question des accidents du travail, doit être de supprimer ou de diminuer en nombre et en gravité ces accidents mêmes.

Les accidents ne doivent pas, en effet, être regardés comme une conséquence fatalement inévitable du travail. L'étude attentive des conditions mêmes, dans lesquelles le travail s'effectue, permet au contraire d'en écarter de nombreuses causes d'accidents, par des dispositifs spéciaux ou des mesures préservatrices d'une installation et d'une réalisation faciles. En tout cas, ce problème doit se poser pour tout ingénieur, constructeur ou industriel, qui se trouve en présence d'une machine à construire ou fonctionnant, ainsi que d'un travail industriel à installer ou à surveiller. Il faut même affirmer que, pour tout esprit élevé, également inquiet de la prospérité de Tindustrie et de la solution dès problèmes sociaux, l'idée de préservation doit dominer toute la question des accidents du travail.

Avant même l'ouverture du Congrès, cette pensée a conduit

Tun des premiers adhérents, M. Engel-Gros, le digne continuateur de son père, M. Engel-Dollfus dans ses œuvres de haute philanthropie, à faire préparer, à ses frais, une édition spéciale de la Collection de dispositions et d'appareils destinés à éviter les accidents de machines^ publiée par Y Association pour préve-nir les accidents de fabrique^ dont le siège est à Mulhouse, dans le but d'en offrir généreusement un exemplaire à chacun de ses collègues du Congrès. Pour tous 'ceux qui ont feuilleté avec quelque soin cette importante publicatioji dans TExposition d'Economie sociale, il est certain qu'elle sera accueillie avec le plus vif intérêt et qu'elle sera le point de départ et l'occasion d'installations et d'études nouvelles, particulièrement fécondes en heureux résultats. La section technique a donc le devoir de se joindre au comité d'organisation, pour remercier très vivement M. Engel-Gros de son initiative généreuse.

Dans le même ordre d'idée, le comité d'organisation a eu soin de mettre en tête de l'ordre du jour de nos discussions, après les avoir soumis par avance à notre lecture attentive, les deux rapports de MM. Emile Muller, H. Mamy et Danzer, sur Y Exposition générale allemande de prévoyance contre les accidents et de M. Alfred Toqué, ingénieur au corps des mines, sur les Dispositifs techniques propres à prévenir les accidents.

Nous ne pouvons oublier l'exposé si net et précis, fait par M. Mamy, au nom de M. Emile Muller, de l'organisation de l'Exposition de Berlin, et la description si claire, mais malheureusement trop limitée, que nous a faite cet habile ingénieur, de quelques-uns des plus importants dispositifs de préservation des accidents, qu'il a remarqués à Berlin. Nous avons tous compris, grâce à M. Mamy, que cette Exposition de Berlin avait un mérite incontestable, celui de réunir, dans des conditions particulièrement favorables à l'étude, un ensemble de mesures de précaution, dont quelques-unes sont extrêmement intéressantes et dont l'application peut éviter de grands dangers. Nous attendons avec impatience le compte rendu officiel illustré de cette Exposition de Berlin, qui doit être publié dans quelques mois, car il y a là un exemple fécond pour tous, industriels et ingénieurs, et sur lequel nous devons particulièrement appeler l'attention des Associations des industriels contre les accidents du travail, ainsi que des Associations de propriétaires de machines à vapeur. Il serait digne en efiet de ces associations, qui ont déjà rendu de si grands ser-

vices à rindustrie, de compléter ces services en organisant le plus tôt possible, soit à Paris, soit dans les centres industriels les plus importants, une Exposition analogue à celle de Berlin.

Il faut remarquer, en effet, avec M. Alfred Toqué, que notre grande Exposition si abondante, en documents et en richesses de toute nature, n'a pas été organisée, de manière à mettre en relief ce point de vue spécial de la protection des ouvriers contre les accidents. Les appareils de protection et les dispositifs ingénieux ne manquent pas, mais ils se trouvent forcément disséminés, dans des conditions qui ne peuvent donner une idée même suffisante des efforts faits dans la construction et dans l'industrie en général, pour augmenter la sécurité du travail. Telle est, du moins, l'impression finale résultant de nos visites à l'Exposition, malgré le zèle et le talent avec lequel nous avons été dirigés dans ces visites par MM. Mamy et ITiareau, si compétents en raison de leurs ionclions d'inspecteurs de l'Association des industriels de France, et par M. E. Simon, vice-président du comité d'installation de la classe 54 (matériel et procédés de la filature), auquel nous devons une visite particulièrement fruc tueuse de l'Exposition de la Société alsacienne de constructions mécaniques.

Il faut rappeler, au contraire, comme preuve des avantages de la concentration des objets similaires exposés, la visite faite au pavillon du gaz, et les intéressantes explications fournies par M. Cornuault, sur les appareils à gaz et l'emploi du gaz, considérés au point de vue de la sécurité. Mieux encore, il faut rappeler l'intéressante visite faite à l'Exposition d'Économie sociale, sous la direction de M. Cheysson. ingénieur en chef des ponts et chaussées. Doublement inspiré, comme savant et comme philanthrope, M. Cheysson a su, par sa chaude et persuasive éloquence, nous faire parfaitement comprendre les idées élevées qui ont inspiré les organisateurs de cette Exposition, ainsi que l'influence profonde exercée non seulement sur une élite de penseurs, préparés par leurs études et réflexions à une pleine appréciation de tous les documents exposés, mais sur la masse même du public, d'abord inattentive et inconsciente, mais bientôt retenue et profondément intéressée par ces mômes documents.

Pour en revenir au rapport de M. Alfred Toqué, cet ingénieur nous a signalé, comment il s'était trouvé conduit à faire une étude générale des dispositifs techniques propres à prévenir les

accidents, et non une élude de ces mêmes dispositifs adoptés dans l'Exposition, ce qui était la pensée première du comité d*organisation, et ce qui eût permis une très utile comparaison avec l'Exposition de Berlin. Nous ne pouvons regretter cette modification aux intentions primitives du comité d'organisation, car elle a conduit M. Toqué à nous faire une revue très précise et méthodique des mesures préventives prises contre les accidents par les diverses industries. Cette communication a été suivie d'une intéressante discussion, dans laquelle sont intervenus M. Ed. Simon et M. Roland, ingénieur en chef de l'Association normande des appareils à vapeur, puis M. Etienne, inspecteur fédéral des fabriques à Neuchâtel, ainsi que MM. Harlé et Délaissement, tous deux inspecteurs du travail des enfants employés dans industrie.

Il faut insister, dès maintenant, sur la part active prise par de nombreux Inspecteurs du travail dans les discussions du Congrès, car c'est là un fait important. On doit reconnaître et avouer courageusement l'insuffisance des lois et règlements, qui visent en France les établissements industriels et en particulier de la loi du 19 mai 1874, relative au travail des enfants et filles mineures employés dans Tindustrie, surtout par comparaison avec la législation similaire, dans les pays qui nous entourent, la Suisse, l'Allemagne et surtout TAngleterre. Le grand défaut de notre législation française, en pareille matière, c'est d'être toujours répressive, tandis qu'elle devrait être préventive, pour pouvoir améliorer les conditions générales de l'industrie, et surtout les relations entre l'ouvrier et le patron. Mais ce défaut pourrait être atténué dans une large mesure, si les inspecteurs du travail se trouvaient en mesure d'étendre leur action dans le sens technique, et par suite de servir utilement d'agents de propagation pour toutes les mesures préventives d'une efficacité reconnue. Cette action pourrait s'ajouter à celle des sociétés dues à l'initiative privée, telles que les Associations de propriétaires d'appareils à vapeur ou les Associations des industriels contre les accidents dans les conditions les plus fécondes. La participation assidue des Inspecteurs du travail aux séances de la section technique est donc pleine de conséquences heureuses.

Dans les travaux de la section technique, nous devons rappeler encore la très intéressante communication de M. Walckenaer, ingénieur au corps des mines, sur Viiis lallation des appareils à

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vapeur. La commission centrale des machines à vapeur signale comme causes des accidents examinés par elle dans ces dernières années, dans 28 cas sur 100, des vices de construction; dans 34 cas sur 100, des défauts d'entretien ; dans 55 cas sur 100, des imprudences ou des négligences dans remploi. Ces chiffres démontrent que rindustriel, dans l'intérêt de la sécurité, doit attacher une importance égale, d'une part, aux conditions de construction et d'entretien de ses appareils à vapeur, d'autre part, à la bonne conduite de ces mêmes appareils. De là, la haute valeur des conseils très précis et pratiques donnés par M. Walckenaer sur le choix du type de chaudière, sur les diverses parties de la construction, sur l'entretien et les réparations, ainsi que sur l'instruction professionnelle, sur la surveillance et l'assiduité des chauffeurs et des mécaniciens.

Il resterait encore à signaler bien d'autres travaux, tels que le remarquable travail de M. Malhet, ingénieur en chef des mines de Blanzy, qui traite de Yinfluence de Pair cotnprimé, dans les houillères^ sur les explosions de r/risou, ou encore l'intéressante note de M. Thareau sur Fairêt rapide des transmissions^ ainsi que le substantiel travail de M. Arthur Henry, ingénieur civil des mines sur les accidents par intoxication dans les industries chitniques, et les intéressants renseignements donnés par MM. Edouard Poillon, et Roland, tous deux ingénieurs des arts et manufactures, su)^ la vérification des cordages, câbles et chaînes employés dans rindustrie.

Mais il faut se reporter pour tous ces travaux, à la publication qui en sera faite dans le compte Vendu du Congrès, pour arriver à la conclusion de ce trop long résumé.

Notre conclusion, c'est que la section technique n'a pas trop souffert, en somme, de la concurrence redoutable que lui faisaient les discussions, d'un intérêt plus actuel et direct, poursuivies dans les autres sections. De plus, ses travaux ne resteront pas stériles et contribueront à l'extension el au perfectionnement des dispositifs de préservation contre les accidents. Il faut d'ailleurs répéter encore, que les accidents ne doivent pas être considérés comme une conséquence fatalement inévitable du travail, et qu'il est possible, par des dispositifs appropriés et des mesures raisonnées, de les réduire notablement en nombre et en gravité. Il sera même sans doute permis à un ingénieur des poudres, de signaler comme un exemple caractéristique les chiffres décroissants

des accidents survenus dans les poudreries nationales françaises, dans les trois périodes successives suivantes :

Nombre des accidents mortels par année et par 1,000 ouvriers.

De 1820 à 1872 3,63

De 1873 à 1883

période d'un dèTeloppement considérable^ 9 ^^

de la fabrication, compris celle de la dynamîlc.

De 1884 à 1887

période de la fabrication de la mélinite [ ^i^^

et des poudres sans fumée.

On voit, en effet, que la fabrication des poudres, malgré ses dangers essentiels, comporte maintenant dans les poudreries nationales, moins de victimes que Texploitation des houillères ou carrières, ou celle des chemins de fer, ou même que les travaux de maçonnerie et de charpenterie.

En remerciant très vivement les membres de la section technique de Thonneur qu'ils ont bien voulu lui faire en l'appelant à diriger leurs travaux, le président pense que cet honneur doit être reporté au corps des ingénieurs des poudres et salpêtres, qui a pu obtenir des résultats si satisfaisants, dans une lutte de chaque instant contre des dangers particulièrement graves.

Il croit d'ailleurs pouvoir affirmer, en terminant, que des résultats de même valeur ne tarderont pas à ressortir des études persévérantes, dont la section technique a pour ainsi dire recueilli les premiers fruits dans cet important Congrès des accidents du travail, au grand bénéfice des intérêts si directement et si intimement liés, malgré toutes les affirmations contraires, du travailleur et du patron.

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