PÉRIODES NOMBRE DE TUÉS ANNUELLEMENT
Par 10,000 traTailleors. Par 1 ,000,000 toaaes de houille eitraite.
dont le nombre a suivi une progression croissante, à mesure qu'augmentait la profondeur d'exploitation. De nouvelles dispositions dans les installations et dans la conduite des travaux ont heureusement conjuré, en grande partie, ce danger qui, d'après les termes d'un éminent membre de la Commission française du grisou, semblait déjouer toutes les précautions que la science et la prudence cherchent opiniâtrement h opposer au fléau.
Le même danger atteindra probablement un jour certaines exploitations du Nord de la France. Mais dans le vieux payshouiller de Belgique, nous sommes fatalement, par lancienneté de l'exploitation, les pionniers-éclaireurs à la rencontre des nouvelles difficultés qui surgissent dans l'exploitation des couches de faible ou de moyenne épaisseur.
Le nombre des mines belges sans grisou a considérablement diminué à mesure que les exploitations se sont approfondies. Ainsi, à ces nombreuses exploitations sans grisou et à faible profondeur, en ont succédé d autres, établies dans des faisceaux de couches à dégagements de gaz inflammable. C'est là une circonstance de plus à envisager dans le commentaire des résultats de la statistique.
Alors que, pour la période 1861-1870, le nombre des travailleurs occupés dans les mines à grisou peut être estimé à 66 p. 100 de tout le personnel ouvrier de l'industrie charbonnière belge, la proportion s'élève à près de 80 p. 100 pour la période de 1881- 1888; et cela, indépendamment de la nature, aujourd'hui beaucoup plus dangereuse, des anciennes mines à grisou.
La profondeur moyenne des sièges d'extraction en activité qui, en 1830, malgré des exploitations plus que séculaires, n'était que de 210 mètres, est actuellement de 460 mètres. Dans le Hainaut, elle est de S26 mètres ; dans cette même province, quarante-sept puits sont à une profondeur de 600 à 700 mètres, onze se trouvent entre 700 et 800 mètres ; il en est onze dont la profondeur varie de 800 à 900 mètres ; enfin, deux ont atteint ou dépassé 1,000 mètres.
Les difficultés et les dangers qui résultent de la présence du grisou, semblent donc s'aggraver rapidement. Aussi est-il consolant de constater que le nombre des victimes ne s'est pas accru proportionnellement au péril et qu'il est de nouveau en décroissance.
L'assainissement de nos mines ne s'obtient que par une éner-
gîque ventilation. Les chiffres suivants font apprécier les progrès accomplis dans cette voie. En 1860, il y avait pour ventiler les mines belges, outre les cheminées d appel, 218 machines d'aérage d'une force de 3,354 chevaux- vapeur ; à la fin de 1888, la statistique mentionnait 375 ventilateurs, d'une puissance de 16,104 chevaux-vapeur. D'oîi résulte que le nombre de chevaux-vapeur de ces appareils pour 10,000 ouvriers du fond occupés s'est élevé, entre ces deux années, de 559 à 2,064. Des améliorations notables ont été apportées en outre au tempérament, c'est-à-dire à la complexion des mines, par de plus grandes sections données aux puits et aux galeries.
Un fait des plus remarquables, c'est la diminution des accidents provenant des éboulements.
Peut-être, faut-il voir/ [la cause de ce progrès, en partie du moins, dans l'accroissement du nombre des mines à grisou.
Nous savons que c'est surtout dans ces mines qu'il importe d'éviter les accidents de l'espèce. De même que les exploitations à grisou exigent plus que les [autres une ventilation énergique,» elles réclament aussi de meilleurs soutènements. Et cette considération renforce encore ce que je disais, il y a quelque vingt ans, dans un Mémoire sur Faérage des mines et les ventilateurs. Permettez -moi de rappeler mon impression d'alors. « Nous « avouerons, disais-je, dût l'idée semblerjparadoxale à première « vue, que nous nous sommes parfois pris^à regretter qu'il existe tât des couches de charbon ne donnant pas de grisou ; et l'on « ne se méprendra pas sur le degré d'opportunité de ce regret « si l'on est convaincu, comme nous le sommes, que dans les « mines sans grisou dont l'aération est incomplète, Tanémie et « l'emphysème ont causé plus [de ravages que le gaz détonnant « dans les autres mines. »
Evidemment, si le grisou a pour effet heureux de provoquer des mesures qui éloignent la maladie et certains dangers, pas trop n'en faut non plus.
La situation révélée, en Belgique, par la statistique est donc encourageante, surtout pour le bassin de Liège où, il est vrai, les profondeurs d'exploitation sont moins grandes que dans ceux du Hainaut et oîi les dégagements de grisou ne se produisent, ni avec la même violence, ni avec la même abondance que dans ces derniers.
Il est à remarquer que, pour les périodes décennales comprises
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entre 1831 et 1880, le nombre des ouvriers tués dans les charbonnages liégeois était proportionnellement plus grand que dans les exploitations du Hainaut, et que l'inverse s'est dénoté pour la période récente de 1881 à 1888, pendant laquelle le nombre d'ouvriers tués annuellement dans lesdits charbonnages liégeois est descendu à 19,67 par 10,000 travailleurs occupés.
Malgré les dangers nouveaux résultant de l'accroissement des profondeurs et de la grande concentration des extractions, — concentration exposant à la fois plus d'ouvriers que jadis aux conséquences d un même sinistre, — il est à espérer que, grâce aux efforts persévérants des exploitants comme à ceux de l'administration, grâce aussi à l'étude scientifique des accidents, dont l'organisation première, datant de 1881 et complétée depuis, est due à M. Sainctelette, alors ministre des travaux publics, le progrès dans la diminution du risque professionnel de l'ouvrier mineur en Belgique, déjà marqué dans nos tableaux, s'accentuera encore.
J'aurais désiré m'é tendre sur notre organisation de l'étude scientifique des accidents. Afin de gagner du temps, je déposerai une note rédigée, à ce sujet, par M. le directeur général Arnould*. Elle pourra être annexée au compte rendu de . ma communication.
Je viens d'établir les chiffres relatifs au risque professionnel de l'ouvrier bouilleur en Belgique. Voici, en regard, ceux qui concernent les pays miniers voisins. Ils m'ont été fournis par M. Roberli-Lintermans, ingénieur principal chargé du service de l'étude des accidents à l'administration centrale, et j'en retrouve plusieurs dans le travail si lucide, si lumineux, de M. l'ingénieur en chef Relier.