DEUXIÈME SÉANCE, MERCREDI 11 SEPTEMBRE
Présidence de M. LINDER
La séance est ouverte à 9 heures et demie.
M. PoAN DE Sapincourt demande la parole, au nom des secrétaires, pour remercier MM. les membres de la section de Thonneur qu'ils leur ont fait en leur confiant cette fonction. Il donne ensuite lecture du procès- verbal de la précédente séance.
M. Délaissement croit devoir faire observer, à l'occasion du procès-verbal de la séance précédente, que c'est bien à tort qu'on considère les accidents dans l'agriculture comme assez rares.
Les accidents arrivés dans l'agriculture me paraissent, dit-il, au contraire, assez fréquents. Mon impression résulte des nombreuses statistiques que j'ai eues sous les yeux. La fréquence de ces sortes d'accidents s'explique de la manière suivante :
i® Les machines employées dans l'agriculture ont rarement leurs organes dangereux protégés ; par économie ou par habitude, les constructeurs ne mettent pas tous les appareils protecteurs nécessaires ; les machines à battre, par exemple, ont occasionné de graves accidents * ;
2® En général, le personnel employé au fonctionnement des machines agricoles a moins d'expérience et d'aptitude que les ouvriers employés dans l'industrie ;
3° La surveillance administrative des machines-outils employées dans l'agriculture n'existe pas ; elle est difficile ou très incomplète pour les moteurs à vapeur.
Telles sont, à mon avis, les causes de la fréquence des accidents dans l'agriculture.
* Nous signalons, à cette occasion, que l'Association de Mulhouse a été amenée récemment à s'occuper de ces machines agricoles ; elle a publié une étude complète des appareils de protection pour les machines à battre dans le compte rendu de son 21' exercice (1888), qui vient de paraître.
M. Harlé croît que le chiffre proportionnellement élevé d'accidents agricoles tient à ce que ces accidents sont plus régulièrement signalés que ceux survenus dans les usines ; car là et surtout à Paris, les patrons ont la tendance à ne pas déclarer les accidents survenus chez eux.
M. LE Président confirme les observations de M. Délaissement, relativement au nombre considérable d'accidents graves que cause, dans l'exploitation agricole, ren^)loi des machines. Il constate que les associations d'appareils à vapeur ont elles-même une grande difficulté à exercer une surveillance active et régulière sur les locomobiles employées dans l'agriculture ;^ ce qui est d'autant plus grave que les chauffeurs sont généralement peu instruits et ignorent tout ce qui regarde l'entretien des machines et des chaudières. Il insiste sur la nécessité qu'il y aurait à rendre obligatoire la déclaration de tous les accidents graves.
Personne ne demandant plus la parole, le procès-verbal de la précédente séance est adopté.
M. LE Président donne la parole à M. C. Walckenaer, ingénieur au corps des mines, sur la question de V installation des générateurs à vapeur,
M. C. Walckenaer présente sur cette importante question un travail considérable qu'il résume comme suit :
Les accidents d'appareils à vapeur, s'ils sont relativement peu nombreux, ont un caractère particulièrement néfaste ; car 50 p. 100 au moins des personnes grièvement atteintes par ces accidents sont tuées sur le coup ou ne survivent pas à leurs blessures.
Comme causes des accidents qu'elle a eus à examiner dans ces dernières années, la Commission centrale des machines à vapeur a relevé, dans 28 cas sur 100, des vices de construction ; dans 34 cas sur 100 des défauts d'entretien, dans 53 cas sur 100 des imprudences ou négligences d'emploi. Le patron soucieux de la sécurité doit donc attacher une importance de même ordre, d'une part aux conditions de construction et d'entretien de ses appareils à vapeur, d'autre part à la manière dont ils sont conduits.
Choix du tîjve de chaudière, — La nature du service auquel un générateur donné est affecté, influe grandement sur le degré de sécurité qu'il présente. Ce que j'appelle ici degré de sécurité,
au point de vue humanitaire, vise indistinctement la somme des dangers courus par les chauffeurs et par les personnes étrangères au service. Ce n'est pas tout à fait le point de vue auquel on est généralement placé, lorsqu'on parle de sécurité en matière de chaudières à vapeur ; on vise plus spécialement la sécurité des constructions avoisinant le générateur et des personnes étrangères au service, parce que les récentes extensions qu'a reçues la production de force motrice, au milieu des villes, ont fait une condition sine quà non de ce genre spécial de sécurité.
L'étude des dix accidents notables de chaudières, survenus pendant les trois dernières années dans le département de la Seine, ne permet pas de préciser encore les chiffres qui caractérisent la probabilité des accidents de détail pour les chaudières à grand volume d'eau d'une part, et d'autre part pour les générateurs à petits éléments, remarquables par leur innocuité sous le rapport des effets dynamiques extérieurs.
Construction des chaudières. — En ce qui concerne la construction des appareils , la question de sécurité se confond avec celle de perfection technique. Il faut disposer les chaudières en tenant compte du jeu des dilatation, soutenir les faces planes, donner de grands congés aux pièces embouties, soigner les rivures. On doit munir, non de têtes en fonte, mais de fonds en tôle emboutie, les extrémités des bouilleurs. Dans les générateurs à petits éléments, la circulation doit être bien assurée ; l'emploi de la fonte est à condamner pour les boîtes ou collecteurs.
11 importe beaucoup, pour la sécurité des chauffeurs, de tenir solidement fermées les ouvertures par lesquelles la bouffée de vapeur et d'eau, chassée en cas de déchirure, peut être projetée vers eux. Il faut en même temps que les ouvertures dangereuses que Ton ferme, cessent bien nettement d'être le point le plus faible offert à Tissue de cette bouffée.
Dispositions des chambres de chauffe. — La bonne disposition des chambres de chauffe importe, d'une part pour épargner aux
chauffeurs des conditions de travail pénibles et malsaines, qui peuvent réagir même sur la sécurité proprement dite, en compromettant la bonne exécution du service, d'autre part pour leur offrir des issues faciles en cas d'accident. A ce dernier point de vue, ce qui importe, c'est qu'au moment d'une explosion le chauffeur puisse d'un bond, pour ainsi dire, se jeter provisoirement en un
point d*abri relatif, d'où il puisse ensuite poursuivre son chemin de retraite.
Appareils de sûreté. — Les soupapes ont été Tobjet de perfectionnements intéressants. Mais les appareils de sûreté dont il est surtoutbesoin d améliorer Tefflcacité sont les indicateurs du niveau de l'eau. Le tube en verre est un appareil précieux, mais dont la <;onsultation est trop souvent négligée. Il est regrettable que les indicateurs du niveau de Teau, dans leurs dispositions actuelles, ne se prêtent pas facilement à l'enregistrement automatique de leurs indications ; il importerait de marcher dans la voie ouverte sous ce rapport par plusieurs constructeurs.
Entretien et réparation, — La surveillance par visites intérieures périodiques, prescrites par le règlement, est trop négligée en dehors des associations de propriétaires d'appareils à vapeur et des grands établissements. Les piquages et nettoyages ne sont pas toujours faits aux intervalles convenables ni avec les soins voulus.
Pour les réparations, l'industrie offre maintenant de grandes ressources ; mais le développement si général de l'emploi des appareils à vapeur a conduit, dans bien dès endroits, à la création de petits ateliers qui parfois ne présentent pas toutes les garanties de bonne exécution ni comme construction, ni comme réparation. Le succès de l'épreuve officielle peut ne pas être une garantie suffisante. A ce point de vue, le réemploi d anciennes chaudières présente souvent de réels dangers.
Organisation de l'alimentation et du chauffage. — Pour une conduite sûre de l'alimentation, le chauffeur manque parfois d'instruction professionnelle, et la sévérité excessive des patrons, s'il jette son feu bas, faute d'eau, l'incite trop à alimenter imprudemment pour essayer de masquer une faute commise.
Dans les usines qui emploient des générateurs groupés par batteries, il n'est pas à recommander de faire une alimentation continue et simultanée de toutes les chaudières, soit d'ailleurs que ce service soit confié aux soins d'un alimentateur spécial, soit que l'on rende chaque chauffeur responsable de l'alimentation du générateur confié à ses soins.
En ce qui concerne enfin la conduite du feu, il importe sur- Jtout d'éviter les coups de chauffe, et à cet égard les foyers à -combustion méthodique présentent des garanties qui en rendent la
vulgarisation désirable au point de vue de la sécurité. (Applaudissements.)
M. Périsse tient à s'associer aux paroles de M. Walckenaer au sujet des services que rendraient,- au point de vue des accidents de chaudières, des appareils enregistreurs du niveau de Teau, comme il en existe pour la pression.
Incontestablement, c'est le manque d'eau qui est la cause la plus fréquente des accidents, mais ne lui a-t-on pas attribué quelquefois des explosions dont la cause, d'ailleurs incertaine, pouvait avoir une autre origine? Dans bien des circonstances, et les publications, depuis 10 ou 15 ans, en laissent trace, il y a tendance à attribuer au manque d'eau tout accident qui ne peut pas être mis à la charge de l'une des cinq à six causes principales nettement connues.
Mais les ingénieurs et les industriels ont-ils poussé assez loin leurs investigations, et n'y a-t-il pas des causes d'explosion, l'altération du métal en service, par exemple, qui mériteraient d'être étudiées de plus près? Il y a là un progrès à suivre, et on préviendrait ainsi bien des accidents, puisque les causes qui les amènent seraient mieux connues et les appareils mieux surveillés.
M. LE Président remercie M. Walckenaer du travail considérable qu'il a entrepris sur la demande du comité d'organisation, et s'associe pleinement à ses observations sur la nécessité de perfectionner la construction des générateurs à vapeur, d'assurer leur bon entretien et, pour cela, d'arriver à exiger de tout chauffeur ou mécanicien des garanties de capacité.
M. le président donne ensuite la parole à M. Mathet, ingénieur en chef des mines de Blanzy, pour exposer ses vues sur l'/nfluence de l'air compinmé dans les houillères sur les accidents de grisou.
M. Mathet. — Messieurs, mon intention n'est pas de vous entretenir longuement de tous les services que Ion peut attendre de l'emploi de l'air comprimé, dans l'exploitation complexe des couches puissantes et' grisouteuses.
Ces avantages ont été décrits dans un grand nombre d'ouvrages et de rapports, et plus récemment j'ai cherché à les mettre en lumière dans un nouveau travail : VAir comprimé aux mines
de Blanzy^y où un grand nombre de faits et de résultats pratiques sont consignés. Reprendre cette question, si intéressante pour les mines à grisou, de l'emploi et de la propagation de Tair comprimé, serait sortir du cercle que Ton doit s'imposer dans cette enceinte ; elle est bien plus du ressort du Congrès des mines et de la métallurgie, où des ingénieurs compétents l'ont du reste étudiée et discutée avec tout le développement et l'intérêt qu'elle comporte.
Je n'oublierai donc pas que je parle devant le Congrès desaccidents ; et c'est au point de vue seul des accidents que je désire vous entrenir de quelques applications spéciales de l'air comprimé qui peuvent vous intéresser.
La statistique prouve que la grande majorité des explosions de grisou dans les houillères est due à l'emploi des explosifs, et Ton sait d'autre part que les accidents de grisou sont de ceux qui font le plus grand nombre de victimes.
Eviter les explosions de ce gaz meurtrier est donc la préoccu^ pation la plus grande de Tingénieur dirigeant les travaux de mines grisouteuses ; et pour arriver à ce résultat, il n'est rien qu'il n'épargne ni dans ses moyens de ventilation, ni dans lapplication des règlements intérieurs, et particulièrement pour le tirage des mines. La ventilation, particulièrement dans les détails de l'aérage secondaire, et la substitution des moyens mécaniques à Fusage des explosifs, étant les deux solutions du grand problème de la suppression des explosions de grisou, je veux m' attacher en quelques lignes à décrire les procédés propres à se rapprocher le plus possible de ce desideratum en utilisant largement l'air comprimé.
Parmi les nombreux moyens mis en usage pour aérer une galerie ou un chantier en cul-de-sac, Tun des plus efficaces est l'emploi de petits ventilateurs portatifs mus à bras. Dans bien descas, ils ont rendu de réels services.
Cependant la Commission du grisou, s'appuyant vraisemblablement sur les causes déterminantes de certains accidents de grisou*, condamne l'emploi de ces petits appareils pour aérer ua
* VÀir comprimé aux mines de Blanzy, par F. Mathet, ingénieur en chef desmines de Blanzy, 1889. •
' Accident du puits Ravez de Blanzy du 22 décemb/e 1885.
ouvrage isolé * , comme constituant un mode d'aérage des plus précaires. Mais cette Commission ajoute avec raison :
« S'il faut forcément recourir à ces petits appareils, on pourra « avantageusement leur substituer de petits ventilateurs mus « par de petites machines actionnées, soit par de lair comprimé, « soit par de la vapeur amenée de l'extérieur, soit par des trans- « missions électriques. »
Cette appréciation est sans nul doute des plus saines, et quoique insérée dans les principes à consulter, à titre de recommandation de second ordre, elle représente, à mon point de vue, Texpression la plus nette et la plus formelle des moyens à employer pour éviter les explosions de grisou.
J'irai même plus loin ; et rejetant Temploi de la vapeur, de l'électricité, ou môme deTeausous pression, pour actionner les ventilateurs secondaires, moyens qui ne peuvent rendre de vrais services que dans quelques cas particuliers, je dirai que le seul agent susceptible, dans Tétat actuel des connaissances du mineur, d'être utilisé avec entière sécurité et économiquement pour faire mouvoir les petits ventilateurs portatifs, c'est Yair comprimé.
Mais pour faire mouvoir des ventilateurs avec Tair comprimé, il faut un compresseur, des conduites depuis le jour jusqu'aux points d'application des ventilateurs, etc., en un mot tout un attirail qui ne se crée pas du jour au lendemain et qui exige surtout une assez forte somme d'argent.
Ceci est très vrai, mais on aurait tort d'exagérer la dépense nécessaire à l'installation d'un groupe de compression, et si l'on réfléchit, si Ton calcule d'une part ce qu'une pareille mise de fonds peut éviter d'ennuis de toutes sortes et de perte de temps, et d'autre part la sécurité qu'elle doit forcément apporter dans l'exécution rapide des travaux les plus délicats, il n'est pas douteux que chaque compagnie houillère ne se fasse un devoir de s'outiller convenablement sous ce rapport.
Des capitaux immenses ne sont-ils pas consacrés journellement pour installer des machines colossales nécessitées par l'épuisement des eaux, par le développement de l'extraction, parle désir d'améliorer la classification des produits, par l'édification de logements confortables pour les ouvriers, de maisons d'écoles, de chemins de fer, etc., etc., toutes dépenses qui, prises séparément,
* Commission du Grisou : Principes à consulter, p. 23, § 9.
sont bien supérieures à celles que nécessiterait Tinsiallalion modeste d'un groupe de compression ?
La dépense n'est donc pas, il faut le reconnaître, Tunique raison de cette résistance qui se produit encore chez un certain nombre d'exploitants, pour adopter lair comprimé et le faire entrer dans les travaux, non pas seulement pour quelques applications restreintes de percement de galeries, mais d'une manière générale et particulièrement, pour Taérage secondaire.
Les plus grands progrès dans la science des mines ne se sont pas réalisés en un faible espace de temps, et chaque amélioration qui s'est produite successivement dans les divers services de l'exploitation a mis un long temps pour se généraliser.
11 est dans la nature humaine de n'accepter les nouveaux procédés que sous bénéfice d'inventaire, et ce n'est pas seulement pour les mines que l'on peut faire cette observation.
Il y a juste cinquante ans que Triger, ingénieur français, après avoir fait la première application de l'air comprimé dans son sas à air, indiquait dans un rapport adressé à l'Académie des sciences, les applications diverses que son appareil pouvait recevoir dans les mines *.
C'est, en 1845, que le même ingénieur fit, dans les mines de Chalonnes, le premier essai de transports de la force à de grandes distances au moyen de l'air comprimé.
Ainsi, il y a un demi- siècle que les premières applications de l'air comprimé ont été faites dans les mines, et Ton peut compter encore aujourd'hui les sièges qui sont pourvus de compresseurs.
J'ai indiqué dans un travail récent ' tous les avantages, et ils sont nombreux, que Ton peut retirer de l'emploi généralisé de l'air comprimé dans les mines à grisou. Je n'y reviendrai pas ; mais à côté de ces avantages, il y a sans doute des inconvénients et il faut croire qu'ils sont sérieux, pour être la cause du ralentissement remarqué dans la généralisation des applications.
M. Pernolet dans son ouvrage déjà cité, les indique de la manière suivante :
' Â. Pernolet : L^Air comprimé et ses applications, p. 9. ~ 1876. * VAir comprimé aux mines deBlanzy, — 1889.
58 CONGRÈS DES ACCIDEiNTS
1® Élévation des prix de premier établissement et de production , élévation due à la nécessité d'établir une machine spéciale pour comprimer Tair ;
2" Le faible rendement de ce mode de transmission.
Or, ce qui pouvait être vrai, dans une certaine mesure, il y a 13 ans, a perdu aujourd'hui beaucoup de sa valeur, particulièrement pour le premier inconvénient signalé.
Quant au second, qui relève beaucoup plus de la théorie que de la pratique, il conserve un peu de son autorité, je dis un peu, car je suis persuadé et je crois Tavoir démontré dans le travail cité plus haut, que la faiblesse du rendement de Tair comprimé utilisé comme moteur a été exagérée, et que Ton peut admettre en pratique pour ce rendement, 40 p. 100 de la force motrice développée.
Pour un ingénieur-directeur d^exploitation, qui est habitué à bien d'autres défections provenant de la nature elle-même (V allure des couches, des accidents géologiques, des affluences d'eau, des irruptions spontanées de gaz acide carbonique ou de grisou, des incendies, etc., etc.), être assuré de ne pouvoir utiliser, et cela, où et comme il le voudra, que les 40 p. 100 d'une force développée à la surface, c'est évidemment un inconvénient; mais un inconvénient très relatif et dont on doit facilement se consoler à côté des avantages que ces 40 p. 100 peilvent procurer.
Je crois donc pouvoir affirmer qu'une installation d'air comprimé ne peut offrir que des avantages et aucun inconvénient.
Du reste, c'est un instrument que l'on peut laisser reposer si les besoins ne s'en font pas sentir et que Ton sera bien aise de retrouver le jour où on sera appelé à l'utiliser.
La Commission du grisou, dans la rédaction des observations relatives à l'aérage au moyen de petits ventilateurs, citée plus haut, semble apporter une certaine réticence dans la recommandation de l'emploi des petits ventilateurs mus par l'air comprimé. Elle semble indiquer par l'expression introduite : c S'il faut forcément recourir à ces petits appareils, etc. », qu'elle ne les conseille que s'il n'y a pas moyen de faire autrement, craignant sans doute que l'emploi de ces appareils ne constitue un certain danger ou une gêne dans le courant d'air général.
Je veux examiner ces deux points, qui pourraient être un empêchement au développement de l'aérage secondaire.
1* Le petit ventilateur mû par l'air comprimé ne peut constituer un danger, que s'il s'arrête brusquement pai^ suite de la rupture d'une pièce, ou s'il ralentit sa marche par le fait d'une baisse dans la pression de lair.
Dans ces deux cas qui peuvent se présenter, les ouvriers occupés aux avancements en sont prévenus naturellement par la cessation du bruit que le ventilateur fait en tournant ou par sa diminution graduelle.
Les canards métalliques qui servent à conduire l'air aux avancements, servent également à transmettre le son et l'ouvrier est prévenu naturellement et instantanément de l'arrêt ou du ralentissement, indépendamment du courant d'air qu'il ne reçoit plus, et il y pourvoit immédiatement.
Dans le cas oîi le chantier n'est aéré que par une dérivation du courant principal au moyen d'une porte, si la porte reste ouverte, Taérage cesse non moins brusquement et aucun phénomène palpable extérieur ne vient en prévenir l'ouvrier qui continue à travailler, sans se douter que le grisou envahit son chantier, et que le danger est imminent.
2** Ainsi, au moyen de l'aérage par petit ventilateur, non seulement louvrier est beaucoup plus en sûreté, si les moyens mécaniques d'aérage cessent ou se ralentissent, que dans le cas d'une dérivation du courant principal au moyen de portes et canards ou cloisons; mais ce qui est plus important encore, l'aérage secondaire mécanique favorise le courant général, tandis que le second ne peut que lui nuire en apportant des entraves à Taérage, en augmentant les résistances et en n'utilisant qu'une très faible partie du courant principal.
Avec le ventilateur, non seulement on est assuré d'avoir au chantier un volume de 1,000 à 1,500 litres d'air par seconde, ce qui est généralement loin d'être obtenu avec des canards ou une gaine, et ce qui est très largement suffisant pour diluer de fortes proportions de grisou et aussi pour rafraîchir les surfaces et permettre à l'ouvrier d'obtenir le maximum de son effet utile ; mais encore, la force motrice employée apporte, en se détendant, une fraction d'air respirable et frais qui n'est pas à dédaigner.
Ainsi donc, à quelque point de vue que l'on se place, il sera toujours plus avantageux, pour aérer un ou plusieurs chantiers en traçage ou en cul-de-sac, de faire usage d'un ventilateur mécanique que d'adopter la disposition ordinaire, qui nécessite l'emploi
de portes et de canards et qui crée toujours une situation délicate sinon dangereuse.
Il est un second moyen, comme je Taî dit, d'arriver à éviter dans la mesure du possible les accidents de grisou, c'est de supprimer les explosifs dans Tabatage du charbon et même des rochers, toutes les fois que Ton aura à craindre la présence du grisou. Ce remède qui peut, à première vue, paraître héroïque, est-il applicable en pratique et le prix de revient, ce facteur avec lequel l'exploitant doit compter, n'en souffrira-t-il pas ?
Pour répondre à cette question, je n'ai qu'à citer l'exemple des mines de Marihaye, en Belgique, où, depuis dix ans, il n'a pas été fait un seul coup de mine et où le travail mécanique de la bosseyeuse a été substitué, d'une manière absolue, à celui des explosifs *. Dans sa conclusion, au point de vue économique, l'auteur déclare que non seulement ses prix de revient n'ont pas été augmentés par les dépenses obligatoires des installations, mais qu'ils peuvent sans crainte rivaliser avec succès avec ceux des gisements voisins, qui n'utilisent pas l'air comprimé ; et il ajoute avec grande raison : « Et en plus nous avons la sécurité pour nos ouvriers. »
Comme second exemple, je citerai également les travaux du puits Sainte-Eugénie des mines de Blanzy, où, depuis 1872, il n'a pas été utilisé un seul kilogramme d'explosif pour l'abatage du charbon ou même du rocher en yeine, en remplaçant les explosifs par le travail mécanique de l' aiguille-coin d'abord, puis par la bosseyeuse et la hâveuse.
Le travail si remarquable de mon camarade et ami de Sinner, ingénieur, sur la suppression des explosifs par l'emploi de la bosseyeuse, montre encore que la solution du problème de la substitution des moyens mécaniques aux explosifs, dans le but de se prémunir contre les accidents de grisou, n'est pas chose impossible et est même très réalisable par l'emploi de l'air comprimé appliqué à Tabatage du rocher ou du charbon.
Je renverrai aux ouvrages cités pour les descriptions et l'utilisation de ces divers appareils et je concluerai, en répétant et en paraphrasant les paroles d'un ingénieur distingué : Pour se mettre à l'abri dans la mesure du possible des explosions de grisou, il faut de l'air et encore de Tair.
* VAir comprimé et les Bosseyeuses, par Mathieu Dubois. Liège, 1889.
J'ajouterai : Il faut de l'air comprimé et encore de Taîr comprimé.
M. Edouard Poillon, ingénieur de l'Association pour prévenir les accidents de fabrique pour les départements de la Somme et de rOise, présente ensuite une note Sur la vérification des cordages^ câbles et chaînes employés dans l'industrie; il s'exprime ainsi :
Comme délégué de la Société industrielle d'Amiens et comme ingénieur de TAssociation pour prévenir les accidents de fabrique dans les départements de la Somme et de TOise, j'ai pensé qu il serait utile d'appeler laltention des membres du Congrès sur les moyens à employer ou les règles à suivre pour la vérification de l'état des cordages, câbles, chaînes employés dans l'industrie et la détermination des conditions de leur mise au rebut.
J'ai déjà soulevé cette question au sein du Comité des arts et mécanique ,de la Société industrielle d'Amiens. Le président de ce comité, M. T. Schmidt, aussi délégué de la Société industrielle, et moi, nous avons recueilli quelques renseignements que je vais avoir l'honneur de vous communiquer.
Au chemin de fer du Nord, dans les gares, les chefs de service doivent faire procéder, pour tous les appareils de levage, sous leur responsabilité, à un examen sérieux, tous les mois; mais les chaînes et les câbles ne sont soumis à aucune épreuve particulière.
Le Bureau Veritas n'a pas de règle générale pour s'assurer du degré de solidité que présentent les chaînes, les câbles et les cordages au bout d'un certain temps. Tous ces objets sont visités régulièrement à l'occasion des visites périodiques que les navires classés dans son registre ont à subir. C'est à l'expert du bureau, qui les examine, de savoir s'ils peuvent servir sans inconvénient. En cas d'incertitude ou de désaccord entre l'expert et l'armateur, on peut soumettre les chaînes à une nouvelle épreuve constatant leur état. Cette mesure, cependant, ne s'applique que rarement. Elle serait superflue pour les cordages, pour lesquels un examen à l'œil suffit.
C'est le même expert qui décide si le temps est venu de mettre la pièce au rebut.
Enfin M. Dubousquet, ingénieur-inspecteur principal de la traction au chemin de fer du Nord, a bien voulu nous donner les indications suivantes :
62 CONGRÈS DES ACCIDEiNTS
Conditions de mise en service et d'entretien des chaînes^ élingues
et câbles pour appareils de levage.