‹ Conjuration d'Étienne Marcel contre l'autorité royale; ou, Histoire des Étatsgénéraux de la France pendant les années 1355 a 1358Chapitre 3 sur 9 · DE LA PUISSANCE ROYALE AU COMMENCEMENT DE LA TROISIEME RACE · texte numérisé non relu

DE LA PUISSANCE ROYALE AU COMMENCEMENT DE LA TROISIEME RACE

Lorsque îa rJace Carloviogienne s'éteignit, un seigneur plus entreprenant, plus habile tjue les autres, s'éleva et se fit roi : ses titres étaient la possession d'un vaste domaine et de la capitale de la France, l'exemple de Ses aïeux, qui avaient ennobli l'usurpation de la dignité royale par un grand courage, et la laveur des évêques et du clergé, qui s'empressèrent de récompenser son respect pour la religion , et surtout sa générosité (envers l'Eglise, en le sacrant avec son iils dans la cathétlrale de Reims (i}.

Ce caractère dont Hugues Capet et sa famille venaient d'être revêtus, leur assuraitil autant de puissance que d'iionneur ? Sou-

(i) La race de Hugues Capet remontait jiis([u'à CIo- TÏs; mais 11 ne fit pas valoir dans ce temps cet avan-

2 liNTRODUCTION.

rerain diins ses terres, mais sans autorité sur tout ce qui ne relevait pas de ses fiefs, le roi n'avait d'abord qu'une supériorité de nom; el la lîcrlc des seiyneurs français, qui allcclaient Findépendance et léyalilé, lui ticniandait d'où il tenait sa prééminence.

Autant de grands fiefs, autant d'états séparés et subdivisés eux-mêmes en une infinité d'autres petits états ou arrière -fiefs, tous armés les uns contre les autres par la jalousie, la rapine et la vengeance.

L'épée faisait tout le droit politique et civil. Des seigneurs, des ecclésiastiques et des serfs composaient la nation. Tout ce qui était libre, était despote; tout ce qui était soumis , était esclave : l'ignorance gouvernail.

Le système judiciaire, qui ne donnait aux suzerains aucune domination directe sur leurs arrière-vassaux, le sjstcmc militaire, qui n'obligeait les vassaux qu'à un service très-limité pour le temps et pour les lieux, tendaient à entretenir l'égalité des forces et à les écarter d'un centre commun , où elles devaient se réunir pour former une monarchie.

Cependant, comme le désordre venait d'une fierté inquiète et d'une liumeur farouche, mais non pas de la corruption des mœurs; au milieu de cette discorde de tous Icsmeinhres de l'élat, on voyait encoredans certaines occasions un esprit national et un intérêt public : on s'opposait à l'agrandissement du roi ; on défendait la France. Louis VI, menacé par rEnij)ereur et parle roi d'Angleterre, se trouve à la tête d'une armée formidable, et les principaux seigneurs se rangent sous sa bannière. Les ennemis se retirent sans tenter le combat. Louis veut se servir de celle armée pour envahir les possessions du roi d'Angleterre en France; il reste avec les seules troupes de son domaine : on ne voulait pas que la ligue féodale perdit un soutien si grand et si fort.

Le plus souvent, les Français n'étaient vaillans que pour se faire la guerre entre eux. Il fallait que la puissance rojale abaissât peu à peu toutes les puissances qui s'élevaient contre elle et la séparaient du peuple. Cette entreprise paraissait plus hardie qu'elle n'était difficile. Tous ces seigneurs, jaloux

de leurs privilèges , avaient encore plus d'ignorance et de paresse , que de valeur et de fierlc. Seuls juges, seuls gardiens des lois, ils ne savaient ni éviter les pièges tendus k leur avarice et à leur orgueil, ni prévoir les suites des innovations, si elles ne leur faisaient pas sentir une incommodité ou une offense dans le moment. Leur force n'agissait que par fougue et que par impétuosité, et devait succomber à une force mieux réglée et plus constante.

Louis \T fut le premier qui sentit que la puissance rojale ne pouvait cire fondée que sur la délivrance des opprimés; qu'elle devait être protectrice pour devenir dominante, et que la nation n'avait besoin que d'être tirée du néant, pour augmenter l'aiitorllé du monarque en cherchant auprès de lui un secours et un refuge contre la Ijrannie des puissances intermédiaires. II essaja d'établir l'appel des justices des seigneurs aux juges rojaux; et les habitans des villes et des campagnes commencèrent à racheter leur liberté et à former des communes.

Louis \1 mérite d'être compté parmi les-

grands rois , plus pour avoir conçu de grandes idées que pour avoir l'ait de grandes choses.

La supériorité de la juridiction rojale était un vain nom , tant qu'elle manquait de force pour se faire respecter. La politique de Philippe-Auguste, la mauvaise conduite de Jean , roi d'Angleterre, idéalisèrent les projets de Louis VI; et les arrière -vassaux concoururent avec empressement à poser cet obstacle à la juridiction arbitraire des suzerains.

Philippe fut le premier qui tint sur pied perpétuellement une armée soudoyée. On jugera quel avantage il tira de ce nouvel établissement, si l'on réfléchit que, dans le système féodal, les suzerains n'avaient le droit d'exiger de leurs vassaux que quinze, ou trente ou quarante jours de service, et sans pouvoir les emmener hors du fief dont ils relevaient.

Le premier usage de ses forces est la desti'uction d'une partie des Brabançons, Jirigands sans lois, sans patrie, ne connaissant que le massacre et le pillage. Le roi cam-

« TNTROl^lTCTION.

uiciicail à cire en élal de soiilniii' sadig'nilo et d'exercer ses droits. Le comte de N'erfjiy vient demander justice à PIiilij)[)e contre le duc de Bourgo^me, son suzerain, cl il oi)lient salisfaclion. Les comtes d'I'^u et de la Marche , })oiir tirer venyeancc du roi d'Angleterre, qui a enlevé l'épouse de ce dernier, portent leurs plaintes à Pliilippe. Philippe reçoit raj>pel de la mère du jeune Arthur de Bretagne qui venait d'être assassiné par le même roi d'Angleterre. Tons les biens que le coupable possède en France sont confisqués et acipiis par les armes. La Normandie est reunie pour toujours à la couronne; l'Anjou, le Maine el la Tourainc sont envahis. Alors les domaines de Philippe lui donnent une supériorité réelle. Les comtes de Flandre, de Blois el du Perche, pour se dérober à la colère de Philippe , sont réduits à se réfugier sous l'étendard de la croisade. Ce n'était pas ainsi que les petits seigneurs du Pujset et deMontIhérv cherchaient à se garantir des entreprises de Louis-le-Gros.

Cependant cettesouveraineté n'était encore que lalerreur de la puissance do Philippe, et

non un principe de droit public de la nation. Y avail-il un droit public etdes principes? la barbarie régnait. Le duel était permis dans un procès pour une dette assez légère. On se battait de baronnie à baronnie, on se battait de maison à maison, on se battait d'homme à homme. Fallait-il réclamer un héritage, 1 exécution d'un contrat, la possession d'un bien, on se battait. La citation en justice était une provocation; la défense, un démenti ; le tribunal, un champ clos; et l'on prenait, pour soutenir sa cause, des champions, comme on va aujourd'hui aux avocats. Le droit universel, le droit reconnu était le droit du

H'uerre.

Enfin parut Louis IX, le premier législateur de la nation, le réformateur du sjstème politique, des mœurs, de l'administration. Ses établisseracns firent une révolution dans le rojaume.

Il abolit dans ses domaines le combat judiciaire, et ordonna que l'on plaiderait, ainsi cjue la raison l'exigeait, sur des pièces et des témoignages; et l'exemple fut suivi par une grande partie des barons.

La loi de ramendeincnt tenta l'avarice des seigneurs (i) ; les justices royales furent en vigueur dans presque tout le rojaume.

L'ordre établi dans la justice, le code Justinien que l'on adopta, éloignèrent peu ù peu les gentilshommes et les barons des tribunaux. Comme les débals ne se réglaient ]i1ms par le point d'honneur et par l'épée; connue il fallait connaître, débrouiller, confronter des lois, '."orgueil de la jiaressc et de l'ignorance dédaigna ces plaidoiries paisibles, et se rebuta d'un travail trop difficile.

Les gens de loi prirent place à côté des seigneurs, et devinrent les dispensateurs de la justice.

Déjà la fierté des barons avait nui à leurs prérogatives. Les grands olficiers de la maison du roi avaient droit de séance dans le conseil des pairs. Ces barons altiers, qui croyaient leur noblesse compromise en se mêlant avec des gentilshommes au-dessous

(i) La pniiie appelante était condamnée à une umeadc au prolit du premier juge, si elle était iléT. boutée de son appel.

d'eux, ne venaient plus aux assises. Dans leur absence, on prit plus d'une décision contraire à leurs privilèges ; et les arrêts, revêtus des formalités ordinaires, et soutenus par une force imposante, furent exécutés. Il est à remarquer que Louis IX, avec tant de zèle pour la religion et de respect pour l'église , sut melti'e des bornes aux entreprises du pape et des ecclésiastiques, et, dans ces temps d'ignorance où la coutume confondait les abus avec le droit, rendit à chacun ce qui lui appartenait, mais rien de plus.

Si l'on jugeait avec les opinions et les luniières de notre temps les actions de ces temps-là , on donnerait dans un excès de sévérité, et on se révolterait de ce qui n'excitait pas alors de murmures. Comme on ne connaissait point les limites fixées à chaque état par la justice, la manie de l'usurpation agitait tous les esprits : se déclarer rebelle contre l'autorité légitime, c'était soutenir sa dignité; s'arroger de nouveaux privilèges, c'était défendre ses droits; et tous les états (le la société, ainsi conlinuellemenl aux pri-

SCS, ou pour arracher ou pour retenir ce qui excilail l'auibition, «levaienl s'iuquicler niuluclloiucnl, se troubler, se nuire, jusqu'à ce que la raison les eiil éclairés sur leurs intérêts véritables, et que l'autorité royale les eût renfermés dans leur devoir. Il l'aliait do grands dangers et de grands malheurs pour appiendre au\ Français qu'ils étaient cilo\ eus avant d'èlrc membres d'un corps particulier dans l'état.

Deux choses tentaient l'ambition des ecclésiastiques : la puissance et la richesse. Leur piridiclicn , dont les formes s'accordaient mieux avec la raison et riuimanité ( le duel était proscrit chez eux) , attirait à elle les faibles et les opprimés, et s'établissait sur les ruines des tribunaux laïcs.

11 n'y avait point de contrat et d'acte qui ne touchât à la religion et dont l'église ne revendiquât la cou naissance. Toutes les contestations pour dettes et pour le commerce exigeaient un serment ; l'église s'emparait de l'ailaire. Les testamens, les mariages, tout était soumis à l'église. Ainsi, prélevant sans cesse une jiarlic dotons les biens.

et ne resliliiaiit jamais rien, elle aurait fini par absorber toutes les propriëlcs et toutes les richesses, si l'on n'eût établi le droit traniortissement.

LonisIX ayant donné aux tribunaux laïcs l'autorité de la douceur et de la justice, restreignit beaucoup la juridiction des églises. Il diniiuua les abus des taxes religieuses pour tous les actes ordinaires de la vie. Le clergé respecta ses avertisseniens et ses volontcs, de même que la noblesse.

Si Louis IX étendit et fortifia beaucoup la puissance rojale , il ouvrit encore un champ plus vaste aux concpiètes de ses successeurs. Remettant à ses inlérieurs ce qu'un droit rigoureux lui aurait permis de garder , n'attaquant que ceux qui ne pouvaient se dissimuler à eux-mêmes Fin justice de leur cause, mais alors poursuivant les coupables avec une vivacité et une force auxquelles rien ne pouvait résister, il réunissait tous les caractères qui distinguent les législateurs des peuples, la sagesse et la vertu qui commandent le respect, la sagacité qui pro.fite des

pas!«ions des honiuies, et sait faire vouloir ce qu'on ne peut exiger ou comniander, la fennclc ([ui domple l'opiniàtrelé de la rébellion, l'cquilé, la bonne foi, la générosité qui inspirent la eonfiance. Enfin les grands , les prélats s'étaient accoutumés à voir dans les institutions et dans la conduite du roi des modèles à suivre ; ils reconnaissaient sans jalousie et sans inquiétude la supériorité du pouvoir consacrée par une si grande supériorité déraison; et ils étaient «lisposés à souffrir avec sécurité les progrès d'une dignité respectable et bienfaisante.

Veut-on savoir à quel point il avait amené les esprits? Qu'on voie les actes de son fils à l'égard des grands vassaux et du duc de Foix en particulier.

En parlant de l'accroissement dt; la puissance rovale, nous n'avons pas considéré une des principales causes, les Croisades. Une foule de seigneurs s'expatria , vendit ses domaines pour subvenir aux frais de l'expédition, fut enlevée par une mort prématurée. Ees fiefs passèrent dans les mains du

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roi, ou se divisèrent clans d'autres mains, et les forces rivales du souverain furent affaiblies.

Il s'éleva, quelque temps après, un roî fier, audacieux, violent, opiniâtre, capa-" ble de grandes choses, mais peu scrupuleux dans le choix des mojens ; pas assez mesuré dans sa conduite ; trop peu éclairé dans le choix des hommes qu'il emplojait. Il avait assez d'énergie pour réprimer la révolte; mais son imprudence prépara une révolution qui éclata sous le règne de ses successeurs, et qui aurait perdu la France, si des crises terribles, qui paraissaient devoir être funestes, n'avaient rétabli l'autorité rojale et l'état en même temps. Philippe -le -Bel reçut , sans en être ébranlé , les foudres de Pvome. Il j opposa le vœu unanime de la nation pour l'indépendance de la couronne. Il réunit la ville de Lyon à son domaine ; il conquit la Flandre rebelle; et, après avoir retenu captif jusqu'à la mort le souverain de celte province, il la rendit au fils, en lui imposant les conditions que dicte à son sujet un maître irrité. Il força le roi

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d'Anglclerre à lui rendre hommage avec tous les devoirs de la vassalité pour la Guienue. il lut le premier qui donna de la stabilité au parlement, devenu désormais le remparl et le soutien de la royauté. Il fut le premier qui appela le peuple aux Etals- Généraux.

Cependant, avec cette indomptable Uerté qui ne laissa jamais fléchir la majesté royale, avec ce prodigieux accroissement de domination sur les plus grands vassaux, avec de si brillantes victoires, avec des innovations si avantageuses dans le sjslème politique, il se vit menacé d'un soulèvement universel ; et il semblait être monté au faite d'un édifice éclatant cl mugniilque, mais ruineux.

Le vice de son gouvernement , cause de sesinquiéludeseldu malheurdeses peu]iles, source des maux de l'état sous les rèt>nes suivans, est déclaré par sescontcaqiorains, qui ont chargé sa mémoire du surnom de faux monnoyeur.

Jusqu'alors les rois avaient semblé dire aux |)euplcs : Tout ce que vous ajouterez à

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noire puissance, augmentera la garantie de vos droits et de votre liberté. Philippe dit à ses sujets : J'ai la puissance qui réprime, et vous n'aurez plus rien qui ne soit à moi.

Le peuple, qui juge par ce qu'il sent et par les résultats , était l'orcé de conspirer avec la noblesse contre le roi.

Ni les décimes pour la croisade projetée, qui ne se fit pas, ni les dépouilles des Templiers, ni les taxes imposées sur tous les biens, ne suffirent aux dépenses : on altéra les monnaies, et les fortunes furent ébranlées et renversées.

Philippe -Auguste ayant, dans le commencement, de petits domaines et peu de revenus, avait conçu le projet et trouvé le moyen d'entretenir une milice perpétuelle, dans un temps où l'on crojait qu'un roi de France ne pouvait réunir que les secours précaires et momentanés de ses vassaux.

Après de grandes conquêtes qu'il sut conserver, il avait laissé l'état florissant.

Philippe-le-Bel, qui envahit pour un temps la Guienne et la Flandre, «pii eni-

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})lova la ruse, la violence el la fraude potif enller ses trésors, laissa l'otat épuisé, la couronne appauvrie, le peuple souffrant et indiqué.

Tant il est vrai que la prospérité des empires ne suit pas les accroissemens du fiscj et que la bonne administration des finances ne consiste pas dans cet art si nialhcureusemenl ingénieuxd inventer de nouveaux prétextes pour des taxes nouvelles : c'est faire couler par de plus larf,fes canaux les fortunes des citoyens dans les trésors du prince , d'où elles sont détournées par des mains avides. Mais qu'un soin viyilanl, qu'une sage économie appliquent aux besoins réels la juste portion que chacun doit pajer sur ses biens pour la défense de l'Etat , dans laquelle sa sûreté particulière est comprise : le prince est toujours riche, sans appauvrir les citojens.

Le règne de Philippe-le-Bel eut une influence funeste sur le règne de ses successeurs. La conquête de la Flandre alluma une guerre oii pendant quarante ans la France perdit des Ilots de sang el du plus pur de

son sang ; et l'épiiisenierit du trésor força daugrnenler le poids des impôts.

Le premier acte de Louis X fut de demander des avances, el de contraindre les habitans de la campagne, encore serfs, à racheter le droit de franchise. Ainsi la servitude fut abolie dans les villes de France, excepté dans quelques provinces.

Ce prince n'ajant laissé en mourant d'autre enfant qu'une fille, son frère fut déclaré roi par la décision unanime des trois états, et la loi salique reçut une sanction solennelle.

Jusqu'alors, ce qu'on appelait les étalsgénéraux n'était pas les états de la nation. On s'assemblait par provinces, par bailliages , par sénéchaussées. Mais dans cette circonstance , les députés des trois ordres de l'état, pris dans toutes les provinces, furent convoqués à Paris. Le peuple en corps confirma par son suffrage, comme la noblesse et le clergé, la loi fondamentale du royaume.

Le sjstèrne féodal croulait de toutes parts ;

iS INTRODUCTION.

les justices royales e.xercécs par les baillis, par les ^cncchaux, pur les lieuleiians, prononçaient souverainement. Dans le conseil du roi , et clans le parlement composé de inagistrats nommés par le moiiarcpie, résidait la puissance législative et polilitpie, de même qu'autrefois dans rassemblée des pairs et des premiers vassaux. Les granils ollîces, jatlis héréditaires , et dont les droits s'élevaient contre les droits de la couronne, maintenant devenus amovibles, étaient dans la main du roi. Le domaine cndjrassail la plus grande partie de la France, et la force était jointe à la dignité. Lne multitude de Tilles et de communes, indéi^cndanles des barons, et gouvernées par des consuls ou des baillis, reconnaissaient le roi comme leur seigneur et maître, avaient des capitaines élus par les bourgeois , et ne tendaient qu'à l'affaiblissement des grands et des seigneurs, au joug desquels elles venaient d'écl)ap|)er. (i) Les monnaies des barons s'étaient anéanties peu à peu, et Philippe VI déclara qu'il n'y avait cjue le prince à qui

(i) Bolzard, pag. 53, 54. — Lublaac, pag. a36.

appartînt le droit de fabriquer, de taxer, et d'émettre dans le public toute espèce de monnaie; droit trop dangereux par la facilité des abus et par les résultats funestes de ces abus 1). C'est dans le moment on la puissance royale parvenait au plus liaut point de grandeur , qu'elle reçut les plus rudes atteintes. L'audace et la violence, poussées jusqu'aux derniers excès, en outragèrent la majesté, et tentèrent, en renversant cette barrière élevée contre la tyrannie des particuliers et cette garantie de Tordre public , de faire succéder à la confusion du despotisme féodal, les orages de l'anarchie populaire.

Plusieurs actes d'autorité sur des grands ■vassaux alarmèrent la noblesse. Le peuple, qu'on avait affranchi par intérêt, commençant à jouir d'une liberté nouvelle etd'un pouvoir inconnu , lorsque la modération devait être si difficile , était irrité par la perte de ses biens. 11 se livra soudain à des eraporte-

(i) Mém. Insc , tome XXIV, p.. . — Ord., tom.III, pag. 57, art. 9, lo; pag. 62, art. 10 j p. 15/, art. 2,3j pag. 198, art. 1, etc.

mens inouïs; et à peine sorti de l'esclavage el de l'oppression, non content d'être libre, il voulut usurper et dominer : il sentait qu'on avait besoin de lui dans les dangers prcssans de la guerre.

FIN DE l'introduction.

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