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peuple demaiulailavcc fureur leur supplice. Le j)rince peruiit de faire des compositions pour les moins coupables (i). On cria clans Paris l'ordre de saisir les partisans du prévôt desmarchands, mais sans toucher à leurs biens, à leurs femmes, à leurs enfans. L'échevin Consac et Joseran de Màcon, trésorier du roi de Navarre , furent décapités; leurs corps restèrent exposés pendant quelque temps sur la place de Grève , et furent jetés ensuite dans la rivière. A quelques jours d'intervalle, un chevalier, nommé Pierre Caillarl, plusieurs bourgeois et deux avocats , Pierre de Puisser et Jean Codart, subirent la même peine (2). Un d'entr'eux s'écria, pendant qu'on le menait au lieu de l'exécution : O roi de Navarre , plut à Dieu que Je ne t'eusse jamais connu (5) / L'évèque de Laon s'était enfui. La dignité épiscopale le mettait à l'abri tl'une juste vengeance.
ItTS au Parlement ; Giiillaimie île Brunes , t)allli de Trojes el de Meaiix, el Guillaume Stuise, jirévol de Paris.
(1) Ancieniie coutume que les peuples a;rrmaîus apportèrent dans la tiaule. Gliez eux tous les délits étaient taxés et acquittés par une amende. (Tac. d« Morih. Gerin. — Recueil des Lois des peu])lcs barbares.)
(2) Mcm. îs\iv., pag. 3o3, Soi.
(3) C. Nang. , pug. 620.
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(xj Les corps de Marcel et de ses compagnons avaient été dépouillés , et on les avait traînés dans cet état au val des Ecoliers, où ils furent livrés à toutes les insultes pendant plusieurs jours ; et l'on remarquait que le sang innocent était retombé sur eux ; qu'ils étaient morts eux-mêmes comme ils avaient fait mourir le maréchal de Champagne et celui de Normandie , et que leurs corps avaient été pareillement outragés.
Le Navarrois, qui ne se doutait point du malheur arrivé au prévôt des marchands, s'était avancé pour se rendre maître de la première bastille. Quand il vit les remparts garnis de nouvelles troupes préparées à le repousser, il entra en courroux , voulut livrer un assaut. Sa tentative ajant échoué, il se venirea sur les malheureux habitans des campagnes voisines , qu'il dévasta pendant plusieurs jours , avant de s'éloigner de Paris (2).
( 3 août. ) (5) Le dauphin ne tarda pas à revenir dans sa capitale, et à jouir de la vue de ses sujets, charmés de revoir leur prince.
(1) Chr. St.-Den., fol. i84, V.
(2) Vill., ch. 91.
(3; Mém. Nav. , pag. 3o3, noie i.
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Nobles et bourgeois, tous confondus cnsem- ])le, rivalisaient d'empressement et de zèle. La loule inondait les plaees , les rues , les chemins en dehors de la ville ; les uns couraient à la rencontre du régent , les autres l'altciulaient avec impatience. Toutes les maisons et tous les édifices étaient remplis d'une multitude qui se pressait, se penchait pour découvrir de plus loin l'arrivée du ])rince. Il entra au milieu des témoignages de la plus tendre aflcclion. Devant lui, autour de lui niarohaicnl messire Arnout d'Andreghen, maréchal de France, et le seigneur de Roye , et le comte de Tancarville , et d'autres chevaliers, et les députés Simon Maillard , messire Jean Alphons, et maître Jean Pastoret , heureux médiateurs entre le prince ollensé et les sujets repenlans. Une troupe de religieux ou d'autres habitans (jui avaient souffert des ravages de la guerre et dont le malheur tlevail être ré])aré par ses dons et ses secours (i) , l'accoaipaguait en bénissant son nom. On vojait aussi l'évêque de Paris et le clergé , qui rachetaient un égarement passager par de justes actions de grâces et par des prières pour le monar •
( 1 ") Mém . Kav. , pag. :2 7 1 , 3 15.
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que et pour son fils ; et l'Université , qui n'avait failli qu'un instant , et qui «tepuis avait mérité, par ses efforts pour rétablir la paix , de reprendre son titre de fille aînée des rois de France ; et les notables de Paris, dont les sentimens n'avaient pas varié, tandis qu'ils étaient opprimés par la faction. En tète s'avançaient , sous leurs différentes bannières et conduits par leurs majeurs, tous les corps de métiers ,qui semblaient renaître avec l'ordre et la tranquillité. Aucune fêle, aucune solennité ne pouvait offrir un spectacle plus touchant et plus magnifique, et faire briller une plus vive allégresse. Partout le cortège poussait des cris d'amour et de joie; partout le peuple j répondait , ou les prévenait par ses acclamations. Le régent auraitdù être complimentéparles magistrats de la ville; mais ils n'existaient plus. Les libérateurs de Paris , les sires Desessarts et de Charnj, et Jean Maillard, les remplacèrent glorieusement dans cette occasion. Le dauphin leur montra toute son estime, et Maillard put voir que le prince ne se souvenait que du dernier jour.
(i) Parmi ce concert de louanges et ces
(i) Christ, de Pisau
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marques unanimes de respect , un seul lioiunic , poussé par une rage insensée, dit à haute voix en s'approchant du daupliin : Par Dieu , Sire, si j'en feiisse cru, vous n'y fussiez jà entrez. 3f(iis ait fort, on i fera penpour vous. Le coiule deTancarvillceouraildéjà l'épëe nue surcet insolent, le prince 1 arrêta, et répondit en souriant ; Ij'ori ne vous en croira pas , beau sire; faisant adniiler sa modéralion , lorsqu'un meurtre à son eulrée aurait pu laisser dans les esprits une impression sinistre.
(i) Aussitôt le prince convoqua une assenihloe générale à l'hôtel de ville ; et, dans un discours éloquent , il exprima son amour pour le peuple , et assura <jue tous ceux qui tenaient à lui, barons, gentilshommes, chevaliers, étaient animés de la même bienveillance envers les bourgeois de Paris. Il exhorta le jieuple à étouflér toulesles semences de querelles et d'inimitiés , en oubliant comme lui le passé , et en déposant tout esprit de parti. Dans celte même assemblée, il nomma un prévôt des marchands; ce lut ^icnticu Tristan. Et, pourdontier au peuple
(0 Villani, chap. 90. — Ti-és. des Cb, , reg. 86, pièce -yn. — Muta. Kay. , pag. 3io.
i3:)8) CONTRE L'AUTORITE ROYALE. Si/ une marque de sacoiiliarice et de son estime, il remit au jugement des bourgeois six liommes connus entre les principaux conjurés.
(i) Voulant confirmer, par des actes de l'auloritc souveraine, la foi de ses promesses et la persuasion de ses paroles , il donna des lettres d'abolition à la ville de Paris, pour ceux qui s'étaient déclarés en laveur du roi de Navarre et de Blarcel. (2) Il prononça encore une amnistie pour tout ce qui s'était lait dans la guerre de la Jacquerie, soit par Jcs nobles, soit par les non nobles. Il ramenait ainsi au devoir par la douceur tous ceux qui n'étaient pas entièrement corrompus par le crime, et se hâtait de prévenir les séditions qu'aurait pu causer encore l'inquiétude des coupables. (5^ Il imposa aux autres la loi qu'il s'était imposée à lui-même j et, par une prudente conciliation entre le ressentiment et la clémence , il défendit expressément toutes les vengeances par voie de lait , de guerre privée , d'incendie , de pillage ou de toute autre violence , accor-
(2) Ord. , vol. IV, pag. 34G.
(2) Très, des Çh., reg. 86, pièce a4x.
(3) Ibid.
Siii CONJURATION (i558
dant la faculté de recourir aux Iriliunaux , si l'on voulait obtenir justice des dommages ou des injures. Enfin il offrit à ses sujets l'exemple de la générosité , en rendant aux veuves des deux chefs les plus ardens de la l'action , une partie de la confiscation de leurs n aris fi).
(2) On ne doit pas oublier les lettres que le roi Jean écrivit d'Angleterre aux Parisiens , et qui pcio-nent si bien son caractère. Il les remerciait de leur fidélité, de leur amour , de leur loyauté ; il excusait la révolte , qu il imputait à la séduction ; les assurait de sa reconnaissance , et finissait par déclarer que son intention était qu'on n'usât pas envers eux de rigueur , et qu'on leur donnât , s'ils en avaient besoin , des lettres de grâce et de rémission.
C'est ainsi qu'à vingt-et-un ans, le dau])hin commençait àassoupir le leu desguerres civiles. Le déficit des finances , l'audace de quelques sédilieux avaient failli perdre l'Etat. Le légenl triompha ])ai" celle longue patience et cette résistance calme qui n'appartiennent qu'à la bonne cause. Les réformateurs , qui
(0 (Marcel et Consac.) Mém. Kav, , png. 3i4. (u) IbuL, pag. 3 12.
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ne manquaient pas d'habilelé et de lumièves, périrent, malgré plusieurs idées ut les, par le défaut de verlu et d'amour du bien public. Cependant le roi de Navarre ne cejisa point de lomenler des troubles, niènie au sein delà paix ; le roi d'Angleterre , soit dans la guerre , soit pendant les tièses , cherchait tous les mojens de nuire à la France; les divisions d'intérêts et d'opinions aftaiblissaient le royaume ; les provinces étaient épuisées, beaucoup de villes occupées par l'ennemi , beaucoup de pajs dévastés. Il fallait une sage admnistrafion pour arrêt! r le cours de tant de maux et pour les guérir ; la France avait le régent , depuis Charles V. Il fallut combattre pour conquérir la paix ; Charles V eut Duguesclin et des Français.