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eonsidérahle rang , il fut résolu d'amasser fies gens pour s'oppoâer aux voies de fait du consul, qui venoit de faii-e entrer dans la ville des troupes qui lui étoient dévouées. L'on ne douta plus dèslors des malheurs qui alloient arriver , surtout depuis que Cornélie, la mèi'e de Gracchus , l'eut exhorté elle-même en public à ne plus souflfrir les insultes du consul, et à se ressouvenir qu'un même esprit et uu même sort étoient réservés à son frère et à lui , et qu'il ne devoit point refuser au peuple opprimé une vie quelle ne lui avoit donnée que pour le bien et la liberté publique; q(ie pour elle , quelque grande que fût la douleur que sa perte lui causeroit , ainsi qu'avoit été celle de son frère , elle ne se croiroit pourtant pas trop malheureuse d'avoir mis au jour deux enfants qui auroient vécu et seroient morts les protecteurs de la liberté publique. Liberté 1 nom équivoque dont tous les factieux se servirent toujours !
Les choses étoient dans cet état quand, le jour fixé pour la révision des lois étant arrivé , chacun des deux partis se trouva dès le grand matin au Capitole. Le consul Opimius y sacrifia; et l'un de ses licteurs, portant les entraillts de la victime, dit à Fulvius , en passant auprès de lui : Mauvais citoven, faites place aux gens de bien. Il accompagna ces pai'oles de quelques gestes menaçants , qui irritèrent Fulvius, et le peuple encore plus que lui; de sorte que, se trouvant tous indignés des insolences du licteur, qui avcit osé s'en pren-
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dre à un homme consulaire, ils se jetèrent tous sur lui , et il fut tué dans cette émeute. Gains Gracchus en reprit aigrement le peuple; mais Opimius n eut aucun égard à ce désaveu, etreprésenta , avec sa vivacité ordinaire, que rien ne pouvoit"^tre paisible sous les magistratures des Gracques, puisque les sacrifices les plus saints étoient souillés par le meurtre de ceux qui v servoient. Une grande pluie qui survint tout à coup, et qui sépara nûrcssairement tout le monde , empêcha qu'on ne vit dans ce jour la fin de cette affaire.
Mais le lendemain Opimius assembla le sénat dès le grand matin , et il prît soin défaire paroître à la porte de la salle le corps sanglant du licteur , sur quoi le consul demanda justice au sénat.
Il ne laissa pas de se trouver dans ce corps quelques personnes sages et dépouillées de passion , qui représentèrent cjue , quoique l'attentat commis en la personne d'Antvllus fut très-blâmable, on devoit pourtant considérer que le tribun n'y avoit eu aucune part, et qu'il avoit au contraire repris très-durement ceux qui Tavoient commis ; que d'ailleurs le licteur s'étoit attiré son malheur par une insolence punissable à l'égard d'un homme consulaire tel que Fuivius ; et qu'après tout, l'on avoit vu depuis peu tuer Tiberius Gracchus, tribun du peuple , et jeter son corps dans le Tibre ,' sans procédure et sans information , sans que pouxtant on t;ùt songé à venger cette mort , et que
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cevant une juste horreur pour tout le sang qu'on alloit si cruellement lépandre , persuada à Fulvius d'cnvojer au consul le plus jeune de ses enfants , avec ordre de demander des propositions de paix et d'accommodement. Cet enfant, qui étoit de la plus grande beauté , arriva effectivement au sénat avec uu caducée à la main, marque de sauve-garde qu'on donnoit aux hérauts. Il se présenta ù Opimius avec beaucoup d humilité; et, après avoir marqué par ses larmes la douleur que sdft^arti rcssentoit des désordres présents , il leur dit qu'il venoit pour recevoir des paroles de paix et de réconciliation.
La plupart des assistants étoient d'avis qu'on envoyât des députés au tribun et à Fulvius, et qu'on traitât , pour épargner le sang romain ; mais Opimius , qui , à cette marque de soumission, reconnut leur foiblesse , lui répondit avec l'autorité dont il étoit revêtu, que ce n étoit point à des criminels et à des rebelles à traiter de paix ni de réconciliation pour amuser le sénat ; mais que s'ils venoient eux-mêmes en état de suppliants se soumettre à la justice, peut-être le sénat pourroit s'adoucir à leur égard, et leur pardonner une partie de leur attentat; qu'au reste il lui défenrloit de plus venir porter de parole qu'aux conditions qu'il venoit de lui prescrire.'
Le tribun vouloit aller lui-même remontrer au sénat ses injustices et ses violences; mais il fut retenu par tout son parti : si bien qu'on se contenta
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d'y renvoyer le jeune fils de Fulvius , que le consul fit arrêter sans vouloir l'entendre; et , ne cherchant qu'à combattre , il marcha contre Fuivius avec ses troupes , dont quelques Candiots faisoient la ttte. Celui-ci vit avec la dernièie douleur sa conduite et sa valeur inutiles , par la lâcheté des siens , qui ne purent soutenir un moment l'attaque du consul ; de sorte qu'il fut contraint de se sauver comme il put; et ajant été trouvé dans une petite étuve où il s'étoit caché , il y fut tué avec son fils aillé.
Ce bon succès d'Opimius épouvanta tout le parti du tribun ; et l'amnistie que le consul fit publier pour tous ceux qui l'abandonneroient acheva de faire abandonner Gracchus par tous les siens : si bien que le défenseur du peuple , cet homme qui avoit tant de mille citoyens sous sa protection , resta seul avec quelques-uns de ses amis , qu'il ne voulut point commettre à un combat si inégal. Il est cependant peu concevable combien cet homme, qui avoit montré tant de vivacité et tant de valeur en diverses occasions , marqua d'indolence et d'insensibilité dans celle-ci. Il entra dans le temple de Diane : <( Dées«e , lui dit-il , ♦< que le peuple , pour qui je me suis sacrifié, sente i< à jamais l'effet de son ingratitude ; et que les (( fers qu'on lui fera porter soient tels qu'il ne « sorte jamais de son esclavage! » Souhait qui fut depuis très-exactement accompli. Se saisissant ensuite de son épée, il voulut s'en frapper, quand
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ce seroit marquer trop de partialité de prétendie venger celle d'un homme vil , tel qu'un licteur.
Ce discours ne fit aucun effet sur la plus grande partie du sénat, animée par Opimius , qui , a^ant fait prendre les voix, fit rendre un décret, ou sénatus-consulte , par lequel , eu égard .à l'urgente nécessité, le sénat donnoit tout pouvoir au consul, et lui permettoit d'agir souverainement et sans procédure en tout ce qu'il croiroit convenable pour sauver la république et pour exterminée les tvrans.
Tel fut le décret du sénat, ou, pour mieux dire , tel fiit le signal du combat et le commencement du carnage; car Opimius, qui avoit résolu la perte de Gracchus , se servant de tout le pouvoir qu'on venoit de lui donner, ordonna à tous les sénateurs de prendre les armes, et à tous les chevaliers romains qu'ils eussent à se trouver le lendemain matin au Capitole , avec deux de leurs serviteurs armés, pour y être employés aux besoins de la république.
Fulvius , de son côté , employa ce temps à rassembler ses partisans ; mais le peuple , sur lequel il sembloit (fu'on devoit compter, avoit disparu depuis le dernier décret du sénat. Gracchus , considérant la lâcheté ^e ceux qu'il avoit soutenus avec tant de chaleur, ne put s'empêcher d'exprimer sa douleur; et s'étant arrêté devant la statue de son pèie : «Vous m'avez donné le jour, lui « dit-il, pour soutenir ce peuple que vous avea
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« VU iibie. Je ii ai lien omis pour lui conserver <( cette liberté : mon frère a péri pour cette cause, (( je vais périr de même , avec le chagrin de voir (! l'insensibilité où l'on est pour ce cj^uime coûtera (c la vie. »
Cette action touchante ranima un peu la populace endormie; et plusieurs s'étant joints aux troupes que le tribun avoit dans la ville, il fut fait une garde exacte à la maison de Gracchus et à celle de Fulvius; les partisans du consul Opimius environnèrent aussi la sienne, et l'on vit à Rome l'image de la plus vive guerre , sans qu'il v eût d'autres ennemis que ses propres citoyens.
Les troupes de Fulvius s'armèrent des dépouilles des Gaulois que Fulvius avoit vaincus l'année de son consulat, et qui étoient attachées aux parois de sa maison, et, après de grands cris , elles allèrent s'emparer du mont A'ventin.
Caîus. au contraire, sortit en robe longue et sans armes , pour ne rien changer à sa coutume , et pour ne point paroitre avoir part aux fore ui'S de la sédition. Il s'échappa des mains de sa femme Liciuia, qui voulut en vain l'arrêter, et qui , revenue de lévanouisscment que sa fuite lui causa: (( Il part, dit-elle, pour une guerre où il périra « infailliblement,' sans que je puisse espérer la <( ressource de pouvoir me Consoler de sa perte K par la gloire qu'il j aura acquise. »
Le Iribun cependant , se faisant une idée de tous les malheurs qui alloient commencer , et coa-
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»cs deux plus fidèles amis la lui arrachèreat et l'encouragèrent à fuir. Il suivit leur avis ; et ce fut dans cette fuite que Pomponius et Licinius firent tant de belles actions ^ur empêcher la prise du tribun que ses ennemis poursuivoient. Enfin, ne pouvant plus être secouru . voyant tous ses amis morts ou pris , avec la douleur d un homme abandonné et trahi par ceux dont il défend la cause , il se jeta dans un bocage consacré aux furies , où son serviteur Philocrates le tua , et se tua luimême aussitôt après.
Ceux qui le poursuivoient coupèrent sa tête ; comme Opimius avoit promis de la pajer au poid# de 1 or , ainsi que celle de Fulvius , un certain Septimuleius s'en empara, et en ayant tiré secrètement la cervelle, il y fit couler du plomb , ce qui la fit peser dix-sept livres et demie. Le corps et ceux de trois mille qui périrent dans ce malheureux désordre furent jetés dans le Tibre; Licinia, femme de Gracchus , fut privée de son douaire ; et , pour comble d'inhumanité , on fit mourir le jeune fils de Fulvius , qu'on avoit arrêté , et qui n'étoit coupable que d'être le fils malheureux d'un ami du tribun.
Après toutes ces cruautés , Opimius , glorieux de ses exploits , osa faire bâtir un temple qu'il dédia à la Concorde. Quelle concorde que celle qui coûtoit à la ville tant de saagi Bientôt après il fut accusé de concussion , et convaincu d'une trahison dans une ambassade du roi Juirmtha. Il
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mourut bientôt après , dans l'ignominie publique, et chargé de la haine du peuple, qui, revenant de «a longue ingratitude , éleva d inutiles statues aux deux Gracques , et consa^a vainement les lieux de leur mort.
Telles furent les entreprises et la mort des deux fils de Tiberius Sempronius Gracchus , petits-fils de Scipion , qui , par un effet de leur destinée , moururent dans les désordres civils , du vivant de Cqrnélie leur mère. On a dit d'eux qu'ils auroient pu obtenir sans peine, et par leur mérite propre, tout ce qu'ils tâchèrent vainement d'acquérir par la force et par la sédition; et il n'est pas encore décidé s'ils étoient coupables d'ambition , ou purement zélés pour la liberté du peuple.
riy DE LA C0:«Ji;llATI05 DES GIXACQUES.