L'AIR CONFINÉ
poiie du cachot, vingt-trois hommes seulement étaient vivants. Cent vingt-trois cadavres jonchaient le sol!
Un fait analogue s'est passé en France.
Après la bataille d'Austerlitz |2 décembre 1805), trois cents Autrichiens, faits prisonniers, avaient été dirigés sur nos frontières. Pour leur faire passer la nuit, on les enferma dans une cave très-exiguë. Chose horrible à penser! Deux cent soixante de ces malheureux périrent asphyxiés, et les quarante qui respiraient encore le lendemain, furent trouvés si faibles qu'il fallut retarder de plusieurs jours leur départ.
Pendant l'insurrection de juin 1848, des prisonniers enfermés en trop grand nombre dans une cave des Tuileries y furent trouvés morts, au l)Our do douze heures, par suite de la rareté de l'air dans cet étroit réduit.
Un fait rapporté par le D'' Tardieu met bien en évidence le danger du séjour dans l'air vicié par la respiration d'un certain nombre de personnes. Pendant plusieurs années, une épidémie de fièvre typhoïde se manifestait régulièrement dans la garnison de Versailles au moment de l'arrivée du roi Louis- Philippe, et elle disparaissait, tout aussi régulièrement, après le départ du roi. La garnison habituelle de Versailles était de cinq cents hommes ; mais elle était portée à douze cents pendant le séjour du souverain. Dès lors, faute d'espace, les soldats étaient entassés dans les salles étroites de la caserne et leur accumulation dans ces salles finissait par donner naissance à l'épidémie que l'on constatait chaque année. La cause, c'est-à-dire l'encombrement, ayant disparu, l'elîet cessait de se produire. C'est ce que l'on finit heureusement par reconnaître.
La vcntUatloii naturelle, ou produite par des moyens artificiels, est le remède à ces graves inconvénients. Malheureusement, les méthodes pratiques pour "assurer la ventilation laissent encore beaucoup à désirer, et sont loin d'assurer à chaque individu la quantité d'air qui lui serait nécessaire. Les hygiénistes ont posé en principe que, pour l'exercice normal de nos fonctions, il fau drait fournir à chaque personne adulte 10 mètres cubes d'air par heure, soit 240 mètres cubes d'air par vingt-quatre heures : ce qui revient à dire que, pour respirer dans les conditions les plus favorables, il faudrait qu'une personne adulte pût disposer d'une pièce carrée de 6 mètres sur tous ses côtés. Quant à la chambre à coucher, dans laquelle on passe habituellement huit heures
de nuil, sa capacité devrait être de 80 mètres cubes, c'est-à-dire 6 mètres en long et en large, avec une hauteur de plafond de 2'", 50. On trouve de telles conditions réalisées dans bien peu de chambres à coucher. On sait, tout au contraire, que, dans les villes, deux ou trois personnes couchent dans une même chambre, de dimensions bien inférieures. Heureusement, par les joints béants des portes et des fenêtres, il s'établit un courant qui, après avoir balayé l'air de la pièce, s'échappe par la cheminée. La cheminée est donc, dans une chambre à coucher, la sauvegarde tutélaire. Elle assure un renouvellement constant de l'air. Donc, anathème au maladroit domestique qui clôt hermétiquement la trapjic de la cheminée, ou au tapissier trop zélé qui calfeutre et rembourre les jointures des portes avec des bourrelets ! Sachez supporter dans votre chambre quelque vent coulis, pour échapper à l'infection miasmatique et à la gêne respiratoire.
Nous venons de mettre en évidence les dangers de l'air confiné. Nous venons de voir qu'il peut amener la mort, ou provoquer des troubles palhologiques. Mais l'air raréfié^ c'est-à-dire pris à une hauteur toile que sa densité ait sensiblement diminué, est tout aussi redoutable.
Personne n'ignore que l'air diminue de densité à mesure que l'on s'élève dans les régions supérieures de l'atmosphère, ou, ce qui est la même chose, on sait que la pression que l'air exerce sur tous les corps est plus faible à mesure que l'on s'élève audessus de la terre. Pour faire absorber à nos poumons la quantité d'oxygène nécessaire à la respiration, il faut donc, si l'on se trouve sur un lieu élevé, respirer plus souvent. Au haut d'une montagne on fait plus d'inspirations et d'expirations que dans la plaine, et à plus forte raison qu'au fond d'une mine.
Lorsqu'on gravit une montagne, le mouvement et les efforts de la marche ajoutent leurs effets à ceux de la diminution de pression de l'air résultant de la hauteur. Si l'on franchit, en une seule journée, environ 2000 mètres en hauteur, on éprouve une accélération notable de la respiration et du pouls, accompagnée d'angoisse et de resserrement de la poitrine.
Ce malaise, qui est un véritable état pathologique, a de nos jours reçu un nom : on l'appelle lewaZ des montagnes.
Le phénomène le plus saillant du mal des montagnes, c'est une sorte de paralysie des jambes, qui se développe graduellement.