LE MAL DES AÉRONAUTES
tilé pour entretenir la combustion vitale à son degré ordinaire, les troubles respiratoires apparaissent.
Cette remarque a eu pour conséquence un moyen facile de
Fig. 68. La calaslrophe du Zénith, le 1.5 avril 1875.
combattre le mal des montagnes, aussi bien que le mal des aéronautes. Il suffit, selon M. Paul Bert, d'augmenter la proportion de l'oxygène dans l'air respiré, à mesure que la pression diminue, pour remédier aux troubles occasionnés par l'altitude.
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]\1. Paul Bert a expérimenté sur lui-même l'efficacité de ce moyen de parer aux dangers de la raréfacliou de l'air.
Il s'est enfermé dans lapparcil qui lui sert à faire ses expériences sur l'air raréfié, et qui se compose d'une cloche métallique, à l'intérieur de laquelle on fait le vide, au moyen dune puissante machine pneumatique.
a A 2 h. 30, dit-il (pression extérieure 758 millimètres), j'entre et je m'installe assez à mon aise dans le cylindre, ayant avec moi un sac rempli d'air extrêmement riche en oxygène; à côté de moi un moineau dans une cage. A 2 h. 37 la porte est fermée; la dépression commence sous l'action de la machine pneumatique. 2 h. 58 : pression 590 millimètres, pouls 70; je suis à une dépression correspondant à peu près à la hauteur de Mexico, 2150 mètres; 3 h. 19 : 450 millimètres, pouls 84; c'est la dépression de Calamarca, par 4150 mètres; j'ai quelques sentiments de nausées. 3 h. 14: 450 millimètres, le pouls s'abaisse à 80, les nausées disparaissent ; j'ai le ventre un peu gonflé, je me sens la face congestionnée, avec quelques légers éblouissements. 3 h. 17 : 430 millimètres, pouls 84 ; je respire trois fois de l'oxygène, mon pouls tombe à ""-S, j'ai quelques éblouissements. A 3 h. 21 la pression n'est plus que 418 millimètres, ce qui correspond à la hauteur du Mont-Blanc, 4800 mètres: mon pouls a continué de descendre après quelques respirations d'oxygène, il n'est plus qu'à 70 ; à chaque respiration un éblouissement. »
Dans cette expérience, les inspirations d'oxygène étaient intermittentes; leur effet, au contraire, était instantané. Le bien-être revenait avec la disparition des nausées.
M. Paul Bert, ainsi que nous l'avons dit, conseille donc, i)Our conîbattre les cllels de la diminution de pression, quand on s'élève très-haut, de respirer de l'oxygène pur.
« J'ai la conviction, dit M. Paul Bert, que Grocé-Spinelli et Sivel vivraient encore malgré leur séjour si prolongé dans les hautes régions, s'ils avaient pu respirer de l'oxygène. Ils auront malheureusement perdu brusquement la faculté de se mouvoir; les tubes adducteurs de l'air vital auront subitement échappé de leurs mains paralysées. »
Nous ne savons si la respiration de l'oxygène pourrait suffire, comme le pense M. Paul BcrI, à garantir la vie des aéronautes dans les régions d'une hauteur excessive, c'est-à-dire à 8000 ou 9000 mètres. Mais comment l'individu pourrait-il respirer l'oxygène quand les muscles de sa poitrine ne peuvent plus soulever ses côtes, et que son diaphragme est impuissant à refouler ses viscères abdominaux distendus par les gaz? M. Paul Bert ne tient pas compte de la diminution de pression opérée brusquement, et qui cause des hémorrhagies nasales, pulmonaires, cérébrales, etc.
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Ne sait-on pas combien est dangereux, foudroyant, l'arrêt subit de la respiration. Qu'une quinte de toux suspende, pour quelques secondes seulement, la respiration, et l'on voit quebjuetois l'individu tomber sans connaissance. Quand la respiration vient à manquer à l'homme pour le plus petit espace de temps, il n'a plus conscience de lui-même, et il est hors d'état d'accomplir le plus simple des mouvements, qui pourrait être son salut.
Nous croyons donc, dans un intérêt d'humanité, qu'il faut conseiller aux aéronautes, non de se munir de ballonnets pleins d'oxygène pour braver les altitudes de 8000 à 9000 mètres, mais tout simplement de ne pas commettre la témérité d'atteindre à ces hauteurs. La catastrophe du 15 avril 1875 est une leçon funeste qui doit être constamment présente à l'esprit des voyageurs aériens.
Si l'air ou l'oxygène raréfié produisent des phénomènes pathologiques très-graves, l'oxygène condensé, — fait bien étrange, et en apparence contradictoire, — produit des etïets tout aussi redoutables. Ce" résultat inattendu a été mis hors de doute par les expériences de M. Paul Bert. Ce physiologiste a reconnu que l'oxygène condensé exerce sur l'économie vivante une véritable action toxique. Si l'on place un chien dans de l'oxygène pur, à la pression de 5 ou 6 atmosphères, ou, ce qui revient au même, dans de l'air ordinaire, à la pression de 2 atmosphères, l'animal présente des symptômes véritablement effrayants. Il est en proie à des convulsions analogues à celles que produit la strychnine.
Ces accidents se manifestent dès que le sang artériel du chien, au lieu de la proportion normale de 18 à 20 centimètres cubes d'oxygène par 100 centimètres cubes, en contient 28 ou 30. La mort de l'animal arrive si la proportion atteint 35 centimètres cubes. L'oxygène condensé est donc un véritable poison.
Les êtres inférieurs qui provoquent la fermentation des matières organisées, sont également détruits par l'oxygène condensé, et c'est ainsi que M. Paul Bert est arrivé à cette découverte remarquable, que, pour prévenir la putréfaction des matières animales, celle des viandes par exemple, il suffit de les conserver dans l'air ou dans l'oxygène comprimé. L'air comprimé tue les ferments vivants qui auraient provoqué la putréfaction, et toute putréfaction est ainsi prévenue.
M. Paul Bert s'est appliqué à rechercher la nature de l'altération produite dans les phénomènes nutritifs sous l'inHucn'^e d'un
excès d'oxygène. Ce que l'on constate souvent, c'est une diminution des pliénomènes d'oxydation occasionnés par une moindre absorption d'oxygène et un abaissement de la proportion d'acide carbonique contenu dans le sang.
M. Paul Bert a été ainsi amené à cette conclusion, que l'air comprimé à un certain degré tue tous les êtres vivants, et que cet effet résulte, non de la pression de l'air, considéré comme agent physico-mécanique, mais de la tension de l'oxygène comprimé. En effet, sous l'influence de l'oxygène à forte tension, les combustions corrélatives au mouvement vital sont diminuées ou même supprimées ; en un mot, une oxygénation trop forte des tissus en empêche l'oxydation.
L'asphyxie peut arriver, avons-nous dit, par l'inspiration de gaz autres que l'oxygène. L'asphyxie par les gaz délétères a pour type l'asphyxie par Voxyde de carbone. C'est le gaz oxyde de carbone qui joue le rôle essentiel dans l'asphyxie par la vapeur de charbon.
Le globule du sang subit le premier l'action du gaz oxyde de carbone. Ce gaz toxique vient prendre la place de l'oxygène dans l'hémoglobuline, et l'hémoglobuline combinée à ce gaz délétère est impropre à entretenir la combustion des tissus.
Ajoutons que certains gaz agissent directement comme principes toxiques sur les tissus vivants. Il ne s'agit plus alors d'asphyxie proprement dite, au point de vue de la respiration , c'està-dire de privation d'oxygène, mais d'un empoisonnement produit par un gaz. Les composés du cyanogène sont des poisons gazeux de cet ordre.
D'autres gaz ont sur la vie de l'homme la même influence fatale. Citons d'abord l'hydrogène sulfuré, l'hydrogène arsénié. Ces deux gaz, mêlés à l'air, exercent sur l'économie une action éminemment délétère. Signalons encore le gaz hydrogène carboné, si souvent fatal aux mineurs, le chlore, le gaz nitreux, le gaz ammoniac à l'état libre ou combiné, qui fait partie de l'atmosphère des fosses d'aisances. L'asphyxie est promplement déterminée par la respiration de l'air contenant de faibles proportions de ces agents méphitiques.