‹ Connais-toi toi-mêmeChapitre 34 sur 77 · ILiiJ. page · texte numérisé non relu

ILiiJ. page

rience, de 65 à 120 pulsations, dans la seconde de 75 à 164, dans la troisième de 80 à 224 par minute. Delaroche et Berger constatèrent la même accélération de leur pouls.

On a également noté, mais d'une manière moins constante, l'accélération des mouvements respiratoires et un sentiment d'oppression. Ce n'est qu'à la fin des expériences faites dans les étuves sèches que les sujets ont éprouvé de l'angoisse et de la gène dans la respiration.

La résistance opposée par l'homme à l'action des chaleurs extrêmes n'est donc pas absolue. La vie est menacée par celte lutte, que l'on ne pourrait prolonger quelque temps sans péril. Une cause toute physique, l'évaporation du liquide de la transpiration, permet sans doute à l'homme de se maintenir audessous de la température élevée d'une atmosphère sèche ou humide. Le refroidissement qui résulte de la transpiration est l'arme que nous accorde la nature pour défendre notre existence contre l'action du calorique ambiant. Mais celte résistance a des bornes. Il existe certainement un puint critique, une limite, que la température de noire corps ne peut atteindre, même momentanément, sans que la vie soit sérieusement menacée. Ce terme critique de température pour l'homme paraît être + ^5°.

Les cas de mort par excès de chaleur sont rares dans nos climats tempérés, mais ils sont fréquents sous certaines latitudes. Dans la traversée de la mer Rouge, qui est réputée le parage le plus chaud du globe, beaucoup de i)assagers succombent par celte cause. Lèvent chaud du désert africain, le simoun, dont la température peut s'élever, pendant son court passage, jusqyx'h -\- 50 degrés, amène souvent la mort des hommes ou des bestiaux.

Franklin, dans sa Lettre au docteur Linnitig, que nous avons déjà citée, dit que dans les campagnes de la Pensylvanie il n'est pas rare que des moissonneurs tombent frappés de mort par la chaleur.

A New-York, les étés sont si brûlants que, chaque année, un certain nombre d'habitants des campagnes ou de la ville succombent à l'excès de la chaleur. C'est par ce genre de mort que fut enlevé, dès son arrivée à New-York, Prévost-Paradol, rédacteur du Journal des Débats, envoyé, en 1870, par le gouverneuient impérial, comme ambassadeur aux Étals-Unis, et qui succomba à peine débarqué.

Le missionnaire Gaubil rapporte qu'en 1743, à Pékin, 11450 personnes moururent subitement par l'etTet d'une clialeur qui parut extraordinaire. Le tliermomètre ne marquait cependant que + 43°.

Nous pouvons ajouter que les morts par suite de chaleur excessive frappent assez souvent les animaux dans nos pays, et que l'on ne connaît pas bien la cause de ces accidents. L'asphyxie, la syncope, la congestion pulmonaire, la congestion cérébrale, sont souvent ici associées, comme causes de mort.

Par les fortes chaleurs, des chevaux tombent sur le pavé de Paris, et ne se relèvent pas toujours.

Unpetitanimalexposéausoleil,unlapin parexemple, peut être tué dans les mêmes conditions, s'il est condamné à l'immobilité.

L'homme possède contre le froid extérieur des moyens de résistance plus puissants que ceux qui le défendent de l'action des atmosphères trop chaudes. Nous allons examiner celte nouvelle question, c'est-à-dire étudier l'influence qu'exerce sur nous le froid du dehors.

Le voyageur Delisle a vu à Korengo, en Sibérie, en 1738, l'homme et les animaux supporter un froid de — 70'^. A lénisséi, le 16 janvier 1735, le thermomètre descendit au même degré, et en 1760 il descendit à — 71", 5. Dans tous ces cas, la température de l'homme et des animaux se maintenait au degré normal, c'est-à-dire à -|- 37".

Le capitaine Parry, dans son voyage aux régions polaires, prit avec soin la température de plusieurs animaux par des froids excessifs. Pendant que le thermomètre marquait — 35«, il trouva que la température d'un renard était de -|- 4r,I, celle d'un loup de -I- 40V2.

Par des températures aussi basses, le mouvement est absolument nécessaire à l'homme et aux animaux. Dans l'immobilité, l'animal gèle comme une statue, et l'homme périt infailliblement s'il s'abandonne à un sommeil , dont malheureusement le besoin est souvent alors presque irrésistible.

C'est pour s'être abandonnés au sommeil que périrent, dit-on, pendant l'hiver de 1709 , deux mille soldats de l'armée de Charles XII, roi de Suède.

Personne n'ignore que la retraite de Russie, en 1812, fut terrible sous ce rapport. Combien de nos malheureux soldats suc-

combèrent pondant ce désaslreux retour, au milieu des plaines glacées de la Russie et de l'Allemagne! Le sommeil qui s'emparait des hommes arrêtés dans leur marche, était le prélude de leur mort. Aussi était-il expressément recommandé, par les ordres du jour de l'armée, de ne laisser aucun homme s'endormir quand le froid commençait à paralyser ses forces (fig. 74).

Les expéditions dans les régions polaires arctiques s'étant beaucoup multipliées de nos jours, on a pu observer, dans bien des circonstances, les effets qu'exerce sur Thomme un froid excessif. Nous trouvons résumées d'une manière concise ces observations dans une communication faite en 1876 à la Société de géographie de Vienne par un officier qui faisait partie de l'expédition du Téyettliolf, envoyée en 187 4, par le gouvernement autrichien, dans les parages du pôle nord.

Le lieutenant Payer vit, dans une de ses excursions en traîneau, le thermomètre descendre jusqu'à — 39%6.

Sous l'influence de ce froid, les voyageurs, quand ils voulaient boire du rhum, ne pouvaient toucher de leurs lèvres les coupes en métal : elles leur faisaient éprouver la sensation d'une brûlure. La liqueur alcoolique n'avait ni chaleur ni force; elle était sirupeuse comme de l'huile et fade comme de l'eau. Quand on voulait fumer, les cigares et les pipes se couvraient d'aiguilles de glace.

A ce degré de froid, la volonté est paralysée, la démarche incertaine. On bégaie en voulant parler ; les idées deviennent lourdes et lentes, et l'on est connue dans un étal d'ivresse. L'évaporalion qui s'opère à la surface de la peau, occasionne une soif ardente. Quand on avale de la neige, on éprouve la sensation d'un corps très-chaud ; mais il est dangereux de se désaltérer avec de ia neige, qui détermine des inflammations violentes de la fforge, du. palais et de la langue.

Des vapeurs formées par la transpiration enveloppaient les explorateurs lorsqu'ils traversaient des champs déglace. La condensation de ces vapeurs se faisait sous forme de paillettes de givre, qui, en tombant à terre, produisaient un léger bruissement. L'air était humide, et pourtant une sensation désagréable de sécheresse se faisait sentir.

On pouvait percevoir les sons à de grandes distances. A 80 mètres, on entendait aisément une conversation faite à voix ordinah*e. L'affaiblissement du goût etde l'odorat était très-sensible,

Fig. 74. La retraite de P.ussi

les forces élaienl diminuées ; les yeux se fermaient involontairement. La plante des pieds devenait insensible lorsqu'on s'arrêtait.

Quand le refroidissement des organes a atteint la limite à laquelle se solidifient leurs éléments liquides, celle solidification s'effectue presque subitement. C'est du moins ce qu'il faut admettre d'après le changement subit de couleur qui se montre dans les parties gelées.

Le capitaine Ross, dans le récit de son expédition aux régions polaires, a écrit ce qui suit :

« Après quelque si'jour dans une température qui ne peut nuire, il suffît de tourner un angle pour être exposé k quelque courant d'air, dont l'effet est aussi soudain qu'inévitable. La partie frappée de congélation change immédiatement de couleur. Celui qui éprouve cet accident est le seul qui ne s'en aperçoive pas. »

Le capitaine Ross faillit lui-même être victime d'un accident de ce genre, dans une excursion qu'il faisait en compagnie de plusieurs Esquimaux. Un coup de vent, arrivant d'une vallée, lui gela une joue. Un de ses compagnons de voyage s'en aperçut au changement de couleur de la face. Aussitôt il s'empressa de frotter avec de la neige la partie malade. Ross continua sa route, sans autre dommage, grâce à la précaution qu'il i)renait de tenir sa main appliquée sur sa joue.

A quel degré de froid l'homme est-il menacé de mort? Le chirurgien anglais Currie fit, en 1792, des expériences pour éclairer ce point.

Il fit placer un homme dans un bain de mer à + ^°- La température du corps du patient était de + 35"; dès qu'il fut plonge dans l'eau, elle descendit à. -}- 28". Elle remonta, treize minutes après, à -[- 33° et demeura stationnaire, à quelques variations près, pendant dix-neuf minutes. Alors elle recommença à descendre irrégulièrement, mais rapidement; en trois minutes, elle était à 4- 29". L'individu, étant resté trente-cinq minutes dans l'eau, était en proie à un violent frisson; on jugea prudent de le faire sortir du bain froid. Pour le ramener aux conditions normales, on le plaça dans un bain chauffé à -\- 35°, que l'on porta graduellement jusqu'à -|- 42". Il recouvra en vingt minutes sa chaleur première, et le séjour dans un lit bien chaud amena son retour à la santé.

Cette expérience avait été exécutée par le chirurgien Currie, en 1792, pour expliquer ce qui avait pu arriver pendant le naufrage d'un navire anglais aux hommes de l'équipage. Yoici ce qui sélait passé. Une partie de l'équipage était demeurée plongée dans l'eau, dont la température était de+ 3° à + 4°, celle de l'air étant de 0%56 à l^ll. Tous ces hommes, bien que plongés dans l'eau, avaient été tourmentés par la soif, mais, malgré le froid qu'ils ressentaient, ils n'avaient pas éprouvé de tendance à l'assoupissement, ils ne s'étaient pas laissés aller au sommeil, précurseur de la mort. Ils avaient, au

Vis. T.'). I 11 naiilri::'

contraire, combattu par des mouvements incessants l'engourdissement qui envahissait leurs extrémités inférieures. Au contraire, le capitaine du navire, le maître d'équipage et le cuisinier se trouvaient placés de manière à être tour à tour plongés dans l'eau ou à découvert, et exposés ainsi à la pluie et au vent ifig. 75). Glacés par le froid, ils n'avaient pas lardé à s'affaiblir, à être pris de troubles intellectuels et de mouvements convulsifs, cl à succomber,

Currie a conclu d'autres expériences rapportées dans son mémoire que la température de — 19" dans l'air est déjà menaçante pour la santé, et qu'à — 25» la mort serait presque inévitable si

Fig. 76. Accoutrement des deux lieutenaiils autrichiens Payer et Weyprocht. dans leur vovaffe de découvertes au pôle nord en 1874.

l'individu n'élait pas soustrait promplemeiil à rinfluence réfrigérante, et récliauifé par des moyens énergiqnes el soutenus ^

On sait pourtant que les voyageurs des régions polaires résistent à de plus basses températures; mais c'est au prix de beaucoup de soins, et grâce à des précautions de tout genre en ce qui concerne la nourriture et l'habillement. Un habit de fourrures épaisses, des bottes garnies de laine, un bonnet de fourrures, couvrant la plus grande partie de la face, en même temps que la tête, et toute sorte de précautions prises à l'intérieur des cabines, pour se préserver du froid extérieur, ne réussissent pas toujours à défendre les explorateurs des mers polaires duprodi gieux abaissement de température du milieu environnant.

Le lieutenant Payer, dans son Voyage de découvertes à 80"-83° de latitude nord, fait avec le lieutenant Weyprecht, de 1872 à 1874, voyage relaté dans le Tour du monde, sous ce titre, VOdyssée du Tégellhoff, décrit en ces termes l'accoutrement que doit revêtir l'explorateur des régions polaires.

« Voici, sans fausse honte, la tenue qu'il est indispensable d'adopter.

« Pour la marche, il suffit d'un long corsage en pure laine de brebis, avec une ceinture abdominale, deux fortes chemises de toile, un ou deux caleçons de laine, une bonne culotte de drap, une paire de mitaines ordinaires et un léger capuchon ; rien de plus, quelle que soit la température. Pour les bourrasques de neige et pour la nuitée, il faut revêtir une redingote fourrée garnie d'un capuche, deux paires de gants de laine, une large muserolle de flanelle adaptée au capuchon, et un abat-vent de cuir solide destiné à préserver le visage de la congélation. Le masque de flanelle, avec échancrures pour le nez et la bouche, n'est que d'une faible efficacité, attendu qu'au bout de .quelques heures la glace l'a rendu rigide ; le meilleur moyen de se garantir du vent sans gêner la respiration, c'est de s'appliquer un châle sur la bouche. Comme la barbe, si courte qu'elle soit, se revêt bientôt, grâce à la buée de l'haleine, de solides cristalisations en forme de stalactites, il importerait de la couper entièrement avant le départ ^ , »

La figure 76 représente les deux lieutenants autrichiens revêtus du costume qui vient d'être décrit. Le lieutenant Payer est le même dont nous avons rapporté plus haut (page 3C8) les observations physiologiques sur les elîets du froid.

Pour passer à un autre ordre d'idées, nous nous demanderons

1. Longet, Traite de pliysiolot/ie, lome II, page .î04, 3= cJitioii; 1873.

Page 1