L ENCÉPHALE ET LES NERFS QUI EN DEPENDENT
On désigne sous le nom d'encéphale la masse nerveuse contenue dans la cavité du crâne.
Nous commencerons par donner la description, toi)Ographique, pour ainsi dire, de l'encéphale. Nous aborderons ensuite l'étude des fonctions physiologiques de cet organe. Après tout ce qui concerne l'encéphale, nous passerons aux nerfs qui partent de cet organe, ou à ce qu'on nomme les nerfs crâniens.
L'encéphale, ou la masse de tissu nerveux enfermée dans la cavité du crâne, est distribuée en deux groupes distincts : le cerveau et le cervelet. La même masse se prolongeant en forme de cordon cylindrique, et sans aucune discontinuité, donne naissance à la moelle allongée et à la moelle épinière.
Le cerveau forme la portion la plus volumineuse de l'encéphale. Il occupe toute la partie antérieure et supérieure du crâne, depuis le front jusqu'à l'occiput. Il est composé, comme est
composée d'ailleurs la moelle épinière, de deux substances, l'une grise, à l'extérieur, l'autre blanche, à l'intérieur.
La substance 'j^^ise^ ou corticale, et la substance blanche, ou interne, du cerveau, présentent les caractères déstructure que nous avons fait connaître comme propres au tissu nerveux en général, c'est- à-dire sont constituées par des tubes nerveux et des cellules nerveuses, réunies, d'après les histologistes, dans le cerveau, par une substance spéciale, granulée, pointillée, et simplement par du tissu cellulaire, dans les nerfs.
La forme du cerveau humain est celle d'un ccuf, dont la grosse extrémité serait tournée en arrière (tig. 83 et S^i). Sa face supé-
r«tiME:<
Fig. 83. Enccpliale vu j)ar sa face supéricuie. A, A. Grande scissure. — B. Hémisphère cérébral droit. — C. Hémisphère cérébral gauche.
rieure, convexe, répond à la concavité du crâne; sa face inférieure, aplatie, repose sur la base de cette boîte osseuse.
Le cerveau étant l'organe le plus important du corps humain, le Créateur a multiplié les soins pour le mettre à l'abri des lésions extérieures. Une enveloppe osseuse, d'une extrême résistance (le crâne), l'enserre de toutes parts. La forme arrondie de la boîte crânienne lui permet de résister très-efficacement aux violences extérieures, en répartissant sur toute la masse le choc
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reçu sur un quelconque de ses points. Les nombreuses arlil'ulations au moyen desquelles s'agrafent, pour ainsi dire, toutes les parties de la voûte crânienne, atténuent encore l'efTet des chocs et des coups, en plaçant autant de petites résistances secondaires à chaque point d'articulation, en interrompant, en brisant, pour ainsi dire, la force à chacune de ces jointures.
La peau qui recouvre le crâne est plus épaisse et d'un tissu plus serré que celle des autres i)artiesdu corps. Le nom de cuir chevelu donné au tégument cutané, c'est-à-dire à la peau du €ràne, déhnit parfaitement la cohésion particulière de la peau
Fig. 84. Encéphale vu par sa face inférieure.
A. Lobe antérieur du cerveau. — B. Lobe postérieur du cerveau, — C. Lobe occipital du cerveau. — D. Lobe latéral du cervelet. — 2. Corps pituitaire. — 3. Pédoncule cérébral. — 4. Protubérance annulaire. — 7 et 8. Origine du nerf olfactif. — 9. Origine du nerf pathétique. — 10. Origine du nerf trijumeau- — 11. Origine du nerf moteur oculaire commun. — 12. Entrecroisement et origine des nerfs optiques. — 13. Origine du nerf moteur occulaire externe. — 14 et 15. Origine du nerf facial. — 16. Origine du nerf acoustique. — 17. Origine du nerf glosso-pharyngien. — 18. Origine du nerf pneumo-gastrique. — 19. Origine du nerf grand hypoglosse. — 20. Origine du nerf spinal, — 21. Bulbe rachidien.
€n ce point de notre corps. Ajoutons que les cheveux forment pour l'encéphale un abri tulélaire. ^Mauvais conducteurs du calorique et de l'électricité, les cheveux défendent la masse encéphalique de l'impression du froid extérieur, ainsi que de l'éleciricité atmosphérique, quand celle-ci est surabondante.
Mais c'est à l'intérieur que la nature a multiplié les moyens de protection de l'encéphale. Cet organe est d'une structure si délicate, que le moindre ébranlement troublerait son action. Trois membranes superposées, et d'une consistance différente, enveloppent l'encéphale, se moulent sur ses contours, et le protègent contre les secousses extérieures, en même temps qu'elles contriluient à séparer les unes des autres ses différentes parties, à maintenir leur l'orme propre, à les empêcher de se toucher et à prévenir leur atraissement.
Les trois membranes qui enveloppent Tencéphale, sont, en al-
Fig. 8.T. Eiicépliale vu de profil.
A. Hémisphère droit du cerveau. — B. Protubérance annulaire, ou pont de Varole.
— C. Cervelet. — D. Moelle allongée.
lanl de dehors en dedans : la (Jure-mère, V arachnoïde et \dt. pie-mère.
On appelle méninges l'ensemble des trois membranes qui enveloppent l'encéphale ; d'où, pour le dire en passant, le nom de méningite qui sert à désigner la maladie dont le caractère principal est rinflammation des membranes du cerveau.
La dure-mère^, la plus résistante des trois membranes, est essentiellement fibreuse. Revêtant toute la cavité du crâne, tout en adhérant à sa voûte et à sa base, elle plonge dans la masse
1. L'origine de ces noms dure-mère et pie-mère a beaucoup eml)arrassé les physiologistes. Le nom de mère, emprunté à la médecine arabe, vient, dit-on, du mot mère, qui désigne, dans la langue arabe, l'enveloppe d'un corps quelconque.
cérébrale, qu'elle partage en deux parties égales, en formant ce cjne l'on nomme la faux du cerveau, véritable cloison qui part de la base du crâne et s'élève entre les deux hémisphères cérébraux. Le sommet de la scissure qui sépare les deux hémisphères cérébraux, circonscrit, en haut, un canal prismatique, que l'on nomme le sinus longiiudinal supérieur, canal qui reçoit une grande masse de sang veineux, et à la partie inférieure, le 8/n?<ft^ longiiudinal inférieur, qui a la même destination.
La dure-mère enveloppe également le cervelet, et le sépare des lobes cérébraux, en formant ce que Ton appelle la tenle du cervelet.
Le nom (ï arachnoïde, en rappelant la toile de l'araignée ^du
Fig. 86. Coupe verticale de Tencéphale sur la ligue médiane. A, A. Hémisphère cérébral. — B. Coupe du corps calleux. — C. Couche optique. — D. Protubérance annulaire, au-dessous de laquelle se voit, X, le bulbe rachidien. — E. Coupe de la moelle ép;niere. — F. Coupe du cervelet, montrant l'arbre de vie. — G. Hémisphère
gauche du cervelet.
grec apît/.vr,, araignée;, fait comprendre la ténuité de cette membrane. L'arachnoïde n'est pas fibreuse, comme la dure-mère, mais séreuse. Elle secrète un ]i(|uide qui sert à luljrifier le cerveau.
L'arachnoïde se moule sur le feuillet interne de la dure-mère, et la suit dans tout son parcours. Elle est interposée entre la dure-mère et la pie-mère.
Le liquide sécrété par le tissu cellulaire qui unit le feuillet mterne de l'arachnoïde aux parties sous-jacentes, se nomme le liquide sous-arachnoïdien ou céphalo-rachidien. L'encéphale est, de cette manière, toujours baigné dans un liijuide, qui le pro-
tège, en amortissant l'effet des mouvements et des chocs et en prévenant le frottement mutuel de ses parties.
La pie-mère, qui repose directement sur la masse cérébrale, est moins une membrane propre qu'un réseau, un Jacixde vaisseaux sanguins artériels et veineux, reliés par du tissu cellulaire, vaisseaux sanguins qui servent à nourrir la substance du cerveau et celle du cervelet. La pie-mère suit toutes les circonvolutions de l'encéphale, pénètre dans tous les replis des hémisphères cérébraux, ainsi que dans les circonvolutions et les lames du cervelet. C'est cette membrane qui, en devenant plus dure autour de la moelle et des nerfs, forme leurenveloi)pe, c'est-à-dire le névrilcme. La Oure-mère, pénétrant dans la masse nerveuse centrale, la sépare, avons-nous dit, en deux moitiés égales : les héinhphère^ cérébraux. La scissure que l'on nomme (jrandc scissure divise la masse cérébrale dans toute sa hauteur, en avant et en arrière ; mais elle s'arrête au milieu, à une sorte de plancher qui réunit, comme un pont, les deux hémisphères. On appelle ce plancher le corp-^ calleux (B, (îg. 86).
Chaque hémisphère cérébral (AA, fig- 86 ; HG, fig. 87) est partagé en deux lobes : l'un antérieur, le plus petit, répond au front; l'autre postérieur, bien plus grand, est subdivisé en deux par une scissure transversale, la scixsare de Sijlrius (Se, fig. 87). Plusieurs cavités, nommées ventricules du cerveau, — la cloison qui forme une partie de la paroi dis ventricules et que l'on nomme la couche optique (C, fig. 86; Co, fig. 87), parce que l'on croyait autrefois qu'elle servait d'origine au nerf optique, — le corps strié, masse grisâtre, portant quatre petites éminences, nommés les tubercules quadrijurneaux, — la glande pinéale, petit corpsen forme de pomme de pin (d'où son nom de pinéale)^ dans lequel Descartes plaçait le siège de l'âme, — deux gros cordons blancs que l'on nomme les pédoncules cérébraux \pcb, fjçr, 87), — enfin le mésencéphale ou ïisthme de Vencéphale, triple point d'union du cerveau, du cervelet et de la moelle épinière, — telles sont les parties principales que les anatomistes distinguent, en dehors des lobes cérébraux. Nous insisterions davantage sur ces parties, si l'on savait quelque chose sur les usages auxquels sont destinés les divers fractionnements de la masse encéphalique.
Disons seulement, parce qu'on leur a assigné un rôle dans les usages physiologiques, que la surface du cerveau est creusée d un
assez grand nombre de sillons tortueux, que l'on nomme an fractuofiités, plis, ou circunvolulions.
Le cerveau est un organe symétrique, comme les membres, comme les os et comme presque tous les viscères de l'économie, c'est-à-dire que les mêmes parties se répètent à droite et à gauche. C'est ce qui explique que cet organe continue à fonctionner malgré la lésion d'une de ses parties. Dans le cas d'altération pathologique ou de blessure d'un des côtés du cerveau,
Fig. 87. Encéphale vu en coupe horizontale et en dessus.
Hc, Hc, Hc. Hémisphères cérébraux. — Ce. Portion antérieure du corps calleux. — V. Partie antérieure du ventricule latéral gauche. — Cit. Cloison transparente ou septum Lucidum. — Co. Couche optique gauche. — pcb. Un des pédoncules du cerveau. — pa. Pédoncule antérieur du cervelet. — pi, pi. Pédoncule latéral du même. — pp. Son pédoncule postérieur. — Se. Scissure de Sylvius, divisant latéralement les hémisphères cérébraux. — M. Moelle épinière.
du côté droit, par exemple, le côté gauche continue à exercer ses fonctions normales. Les parties symétriques sont toutefois réunies et mises réciproquement en action par des fibres nerveuses transversales, que l'on nomme les coiiunissure.-<.
De cette description topographique du cerveau il faut retenir surtout les deux hémisphères, dont les travaux modernes ont particulièrement éclairé les usages physiologiques.
Le cerveau est parcouru par beaucoup de vaisseaux sanguins, qui s'y subdivisent en canaux nombreux, d'un très-faible cali-
bre, et qui, finissant par devenir d'un diamètre capillaire, constituent le réseau capillaire du cerveau. Il faut que le sang arrive toujours avec abondance à l'encéphale pour que ses fonctions s'exécutent avec intégrité, et que les forces qu'il dépense soient constamment réparées par un sang fortement oxygéné. Aussi des modifications dans la quantité et dans la nature du sang amènent-elles promptement une perturljation dans l'activité de cet appareil organique.
Fait assez curieux, et que l'on ne soupçonne pas généralement, le cerveau exécute une sorte de mouvement, que l'on a expliqué par les battements des artères qui se distribuent dans sa masse, mais qui peut-être aussi dépend de quelque autre cause, encore inconnue. Ce mouvement, qui embrasse la totalité du cerveau, devient visible sur les sujets auxquels on pratique le trépaa, opération chirurgicale qui consiste à enlèvera la boîte crânienne des rondelles de substance osseuse, soit pour ouvrir un abcès survenu dans le cerveau, soit pour toute autre indication. Quand l'instrument d'acier a ainsi pratiqué une sorte de fenêtre ronde dans un des os du crâne, on voit le cerveau s'élever et s'abaisser, suivant un rhythme qui correspond, pour le mouvement d'élévation, à chaque battement du cœur, et pour le mouvement d'abaissement, à chaque expiration effectuée par les muscles de la poitrine.
On peut percevoir d'une manière plus simple le mouvement du cerveau en appliquant le doigt sur la futUanelle de l'enfant nouveau-né, c'est-à-dire sur le sommet de la voûte du crâne de l'enfant, partie non encore complètement ossifiée et demeurée à l'état cartilagineux. Grâce au peu de résistance que présente encore, en ce point, l'enveloppe osseuse du cerveau, il est facile de sentir sous le doigt les mouvements d'élévation et d'abaissement de la masse encéphalique.
Chez l'enfant, la masse cérébrale est molle: elle a la consistance d'une gelée. Le cerveau ne prend sa consistance normale que vers la septième année. Ce n'est donc qu'à partir de cet âge que l'on peut, sans inconvénient, imposer à l'enfant un travail intellectuel.
On n'a remarqué aucune différence quant à la structure et à la consistance du cerveau considéré chez l'homme et chez la femme. L'aptitude aux travaux intellectuels est certainement égale dans l'un et l'autre sexe.
M. Sappey, professeur d'anatomie à la Faculté de Médecine de Paris, a pesé, comparativement, des cerveaux d'homme et de femme. Le poids total de l'encéphale de la femme ne diffère que fort peu, d'après les recherches de M. Sappey, de celui de l'homme. L'encéphale de l'homme pesant 1358 grammes, celui de la femme pèserait 1256, ce qui ne donnerait qu'une différence de 102 grammes en faveur de l'homme. En comparant, chez l'homme et la lemme, le poids de toutes les parties qui composent l'encéphale (le cerveau, le cervelet, l'isthme et le bulbe rachidien), M. Sappey a trouvé dans le poids du cerveau une différence de 94 grammes en faveur de l'homme, et de trèsfaibles différences entre l'homme et la femme, si l'on considère le cervelet, l'isthme et le bulbe rachidien.
Le tableau suivant résume les résultats obtenus par M. Sappey :
Encéphale. Cervpau. Cervelet. Isthme. Bulbe.
Homme 1,358 1,187 0,143 0,0215 0,0080
Femme 1,256 1,093 0,137 0,0200 0.0075
DifTér. en faveur de l'homme. 0,102 0,094 0.006 0,0015 0,0005
Ainsi, le cerveau pèse un peu plus chez l'homme que chez la femme; mais pour les autres éléments de l'encéphale les différences sont insignifiantes.
Pendant la vieillesse, la substance cérébrale se durcit, devient plus coriace; le cerveau se ratatine, pour ainsi dire.
Le cervelet est la partie de l'encéphale qui est située à la partie postérieure du cerveau, dans la région occipitale, c'est-à-dire la région qui surmonte la nuque.
Le volume du cervelet est beaucoup moindre que celui du cerveau : la proportion est à peu près d'un septième. Sa forme est celle d'un œuf qui serait un peu applati de haut en bas. Ses parties sont symétriques, comme celles du cerveau.
Le cervelet (fig. 881, qui est, comme semble l'indiquer son nom, un petit cerveau, un diminutif de cet organe, se partage, comme le cerveau, en deux lobes latéraux, ou hémisphères, et en un lobe moyen. Sa surface est sillonnée de lignes courbes, à peu près concentriques, mais qui diffèrent d'aspect de celles du cerveau. Ce ne sont plus des sillons proprement dits, mais des lames appliquées les unes contre les autres, comme les feuillets d'un livre.
CONN.ilS-TOI TOI -MÊME. 23
Me
Nous avons signalé, en parlant du cerveau, le corps calleux, c'est-à-dire la partie qui relie ensemble les hémisphères cérébraux , au moyen de prolongements que l'on nomme pédoncules du cer- . veau.
Nous ajouterons seulement que l'on nomme p'otuhéravce annulaire une sorte d'anneau qui embrasse les pédoncules cé- Fig. 88. Coupe du cervelet. rébraux. L'anatomiste ita-
V. Partie moyenne du cervelet. - C,C'. Lobes latéraux i: V.irrili ai-ant I.'/mi,' du cervelet; l'un d'eux, C, a été coupé, pour mon- '^" \dlUIl, dJdHl IIOUVL trer X'orbrc rfc tif, produit par les irradiations de fnig cette partie du CCrla substance blanche. — PV. Protubérance annu- '
laire, ou pont de Varole. — Me. Prolongement des VClct rCSSCmble àuU pOUt, faisceaux de la moelle à travers la protubérance. , , ,. • , ,
on donne quelquelois à la protubérance annulaire PV le nom de pont de Varole.
Le cervelet se compose, comme le cerveau, de substance grise à l'extérieur, et de substance blanche à l'intérieur.
Si l'on pratique une coupe du cervelet verticalement, d'avant en arrière, ainsi que le représente une partie de la figure 88, on voit, à l'intérieur de cet organe, les substances blanche et grise, qui représentent, avec un peu de l)onne volonté, les divisions et subdivisions des branches d'un arbre. On a donné le nom à'arhre de vie [C) à la ligure que semble former la section du cervelet ainsi pratiquée.
Nous venons de faire, pour ainsi dire, la géographie de l'encéphale. Il s'agit maintenant de savoir ce qui se passe dans cette république anatomique, dans ce chef-lieu du système nerveux.
Pour sentir, pour concevoir, pour former des idées, pour rapprocher ces idées et les comparer entre elles, pour en tirer des inductions, des déductions, des délibérations, des actes de volonté et de liberté morale, l'àme, avons-nous dit, a besoin d'un instrument matériel, qui lui serve d'intermédiaire entre sa suprême essence et le monde du dehors. Cet instrument matériel, cet intermédiaire visible et palpable entre l'âme sensible et le monde extérieur, entre le moi et le non-moi, c'est, à n'en pas douter, l'encéphale.
Celui qui aime à pénétrer les mystères de la nature et à scru-
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1er les secrets ressorts de notre machine, ne peut se délendre d'une vive émotion, lorsqu'il porte, pour la première fois, un regard attentif sur l'encéphale humain.
Toutes les impressions perçues parles organes des sens, ainsi que par les extrémités des nerfs qui se perdent dans la peau, sont transmises à l'encéphale. L'encéphale est donc le centre des impressions du dehors. C'est à lui que toutes les sensations arrivent; c'est de lui que part la cause de tous les mouvements volontaires. 11 est un centre pour les fonctions de relation, comme le cœur est un centre pour les fonctions de nu* trition, et Ton peut dire du cerveau, comme du cœur : Omnibus dat et ab omnibus accipit (il donne à tous et il reçoit de tous).
Nous disons que l'encéphale est l'instrument des opérations de l'àme, c'est-à-dire le siège de l'intelligence, de la conscience, des manifestations de l'esprit et de toute activité intellectuelle et morale. Les preuves de ce fait surabondent aujourd'hui.
Quand nous nous sommes livrés à un travail intellectuel excessif, où ressentons-nous de la fatigue? Est-ce au cœur, est-ce à l'estomac, est-ce dans les membres ou dans le tronc? Non; c'est dans le cerveau. Et puisque c'est au cerveau que la fatigue se fait sentir, si le travail d'esprit nous donne mal à la tète, ne fautil pas en conclure que la tête est le siège de l'effort intellectuel? Ce que l'on appelle pâlir sur les livres est une expression fort impropre. On sait bien, en effet, que la contention d'esprit que nous nous imposons pour étudier, ne fait point pâlir notre visage, mais que, tout au contraire, elle fait rougir la face et le front, par une congestion physiologique, résultant de l'afllux du sang vers la tète. Et que vient faire le sang déversé dans le cerveau en quantité anormale pendant l'efTort intellectuel? Il vient exciter, par son abondance et son rapide cours, les facultés de l'attention, de la comparaison, de la déduction, de la mémoire, qui sont les attributs de l'intelligence. Au lieu donc de dire que l'on pâlit sur les livres, il vaudrait mieux dire que l'on rougit. Mais, quel que soit le nom que l'on donne à cet appel temporaire du sang dans l'encéphale pendant le travail d'esprit, il n'en prouve pas moins que l'encéphale est le siège de l'intelligence.
Dans l'enfance, âge où la masse encéphalique est encore molle, sans consistance, sans organisation arrêtée, les idées sont rudimentaires; elle se perfectionnent avec le développement du
cerveau. Au conlrairo, dans la vieillesse, lorsque le cerveau est endurci par les progrès de l'âge, les idées perdent de leur vivacité, de leur durée et de leur puissance.
Le professeur Broca, discutant 347 faits, cités par Wagner, en a tiré les conclusions suivantes :
1*" L'encéphale de l'homme atteint son plus grand développement à 40 ans, dans les deux sexes ; 2° il varie à peine de 40 à 50 ans; 3° il commence à décroître vers cette limite d'âge. Cette diminution est d'abord lente, souvent presque nulle, et devient plus accentuée vers 70, et surtout de 70 à 80 ans.
Les maladies du cerveau amènent chez l'homme des désordres intellectuels, une suppression plus ou moins complète des manifestations de l'âme, ou l'idiotisme. La destruction des hémisphères cérébraux amène chez les animaux la suppression de l'intelligence.
Si le cerveau est engourdi par l'opium, s'il est désorganisé par une blessure, une fracture du crâne, par un épanchement de sang ou de sérosité, l'intelligence est altérée.
Le D"" Pierquin, médecin à l'Hôtcl-Dieu de Paris, eut à traiter, dans cet hôpital, en 1825, une femme chez laquelle la maladie avait détruit une grande partie des os du crâne et dé})Ouillé le cerveau de ses membranes. Quand cette femme était éveillée, on voyait son cerveau, coloré en rouge, s'agiter et se gonfler par la circulation du sang. Pendant le sommeil, le cerveau était affaissé et d'une teinte rosée. Au moment du réveil, la malade prononçait quelques mots : c'était le signe du retour de l'intelligence, et aussitôt on voyait le cerveau se soulever et reprendre sa teinte rouge. Si on lie, chez les chiens, l'artère carotide et les artères vertébrales, qui fournissent le sang au cerveau, ces animaux perdent toute sensation et semblent porter une tète morte sur un corps vivant. Mais si l'on dénoue les ligatures, le sang recommence à circuler dans l'encéphale, et l'animal revient à la vie.
La simple compression des deux artères carotides détermine un état de torpeur et d'insensibilité complète chez l'homme et les animaux. Faites cesser la compression, c'est-à-dire rendez un libre cours au sang qui abreuve le cerveau, vous verrez reparaître la sensibilité. La compression des artères carotides figurait au nombre des moyens qui avaient été proposés autrefois pour suspendre la sensibilité, pendant les opérations chirurgicales.
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La syncope n'est autre cliose quiin état d'insensibilité, une suppression des fonctions cérébrales, provoquée par l'arrêt des mouvements du cœur, lequel cesse d'envoyer du sang aux diverses parties de l'économie, et par conséquent au cerveau.
Chez les animaux supérieurs, le développement de l'intelligence est en rapport avec le développement du cerveau, ou, pour mieux dire, avec le nombre des éléments anatomiques du cerveau. L'immense supériorité de l'homme sur l'animal, sous le rapport intellectuel, s'explique quand on voit combien le cerveau de l'homme est plus volumineux que celui d'un animal quelconque, et surtout quand on remarque que le cerveau des animaux ne possède qu'un très-petit nombre de ces divisions de la masse cérébrale qui portent chez l'homme différents noms.
A mesure qu'on s'élève des animaux à l'homme, la pariie antérieure du cerveau s'accroît, et s'avance de manière à faire surplomber sur la face la masse encéphalique, et à rendre le front moins fuyant, c'est-à-dire à constituer une région frontale, laquelle manque aux animaux. Le développement de la masse encéphalique est particulièrement propre à l'espèce humaine.
On peut conclure de tous ces faits que le développement de l'intelligence est lié au développement de la partie antérieure du cerveau.
La coïncidence du développement de la partie antérieure du cerveau et de l'intelligence peut être constatée en comparant les crânes de races différentes, comme, par exemple , ceux d'un blanc et d'un noir. Chez le nègre, le front est bas et fuyant ; il est haut et droit dans les autres races humaines un peu privilégiées.
Bien plus, on peut s'assurer que, dans la même race, des différences dans la portée de l'intelligence correspondent à des différences de volume du cerveau. Le professeur Broca a mesuré des tètes de savants et des têtes d'individus illettrés (infirmiers ou manœuvres), et il a trouvé que le crâne des premiers était toujours plus volumineux que celui des seconds, et que l'excès de volume était exclusivement du au développement de la région frontale. M. Broca n'est pas éloigné de croire que le cerveau se développe sensiblement par le travail et l'éducation.
Dans la séance du 20 août 1878 de l'Académie de médecine de Paris, MM. Lacassagne et Cliquet, médecins militaires, ont présenté une brochure iiditulée De rinfluence du travail intellectuel sur le volume et la forme de la tête.
Les auteurs ont opéré sur un assez grand nombre d'individus avec le con formateur dont se servent les chapeliers . Cet instrument prend exactement la forme de la tète, qu'il traduit par un tracé de réduction toujours en rapport avec la véritable circonférence donnée par rinslriiment. MM. Lacassa^yne et Cli(iuet ont convcnabicmenl modifié le conformatcur pour l'appliquer à leurs mesures.
La comparaison des dimensions du crâne, établie entre des docteurs en médecine et des militaires plus ou moins illettrés, a donné 'des résultats d'où les auteurs ont tiré les deux conclusions suivantes :
1° La tète est plus développée chez les gens instruits qui ont fait travailler leur cerveau (jue chez les illettrés ou les individus dont l'inlclligcnce est restée inaclive.
2° Chez les gens inslruils, la région frontale est rclalivement plus développée que la région occipitale, et si la différence entre ces deux régions existe au proUt de la dernière, cette dilTérencc est minime, alors que chez les illettrés elle est considérable.
Cette opinion nous paraît fondée. De même que chacun de nos sens se développe par l'exercice et s'entretient par l'habitude de son excitant naturel — la lumière pour l'œil, le son pour l'oreille, les saveurs pour le palais — deméme lecerveau,qui a pour excitant naturel la pensée, doit se développer par l'habitude de la pensée. Il s'accroît et se fortifie par un exercice ajjproprié à sa nature; il s'étiole en l'absence de sentiments ou d'idées.
Le cerveau de l'homme qui ne pense pas ou qui pense peu, perd de son excitabilité et de son activité ; tandis que chez l'homme dont les facultés intellectuelles sont constamment exercées, l'encéphale, grâce à une circulation et à une nutrition plus actives, prend plus de volume, de consistance et de force.
Chez les personnes qui ont renoncé à toute vie intellectuelle, dont l'àme est unicjuement absorbée par les choses matérielles, le cerveau subit un mouvement de retrait.
C'est pour cela que, selon la remarque du D"" Louis Cruveilhier, l'exercice de certaines professions qui emprisonnent l'esprit dans un cercle d'idées et d'habitudes étroites, mesquines, qui le dépouillent de toute initiative, de toute volonté, aboutit presque toujours à une atrophie intellectuelle '. C'est une pratique
I. Œuvres choinies du docteur Louia Cruveilhier. 1 vol. in-r2. avec une rrcfatc par Frcdciic Morin. PariS; 1862.
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très-répandue dans l'industrie moderne que de conlier à un ouvrier une seule et exclusive besogne. Dans les fonderies, lel ouvrier ne fait que percer des trous dans le fer, tel autre que tailler des rivets, un troisième que tirer la chaîne du marteaupilon à vapeur. Par cette exécution constante d'une seule opération, 1 ouvrier, dit-on, devient cxtraordinairement habile aans cette opération; et, d'après cette remarque, on multi})lie autant qu'on le peut, dans les ateliers, cette division du travail poussée à ses dernières limites. La coutume peut être bonne pour le travail ; mais que devient le cerveau de l'ouvrier occupé jjendant sa vie entière à percer des trous dans le fer, à tailler des rivets, ou à tirer la chaîne du marteau-pilon? A cet abrutissant métier son cerveau s'atrophie, son crâne même se rétrécit.
Le roi d'Angleterre Georges îil a olfert un frappant exemple de cette atrophie du cerveau et du crâne consécutive à la disl)arition graduelle de l'intelligence. La tètedecejjauvre monarque avait été moulée avant 17 87, pendant sa jeunesse, avant son premier acte de folie. Il mourut en 1820, et sa tète fut moulée de nouveau. On trouva alors que sa tète présentait une diminution notable de l'angle facial. Le docteur Fossali, savant phrénologiste, mortenl876, possédait ces deux bustes de Georges III, qui frappaient les yeux les moins prévenus par la ditîérence du volume du front.
L'anatomiste anglais EUiottson a trouvé que sur un idiot le cerveau ne formait (pie le cinquième du volume qu'il oIVre chez les autres hommes.
Cubi i Soler, dans son ouvrage sur la Phrénolugie, a donné le dessin exact de plusieurs crânes d'idiots ou d'imbéciles. Nous donnons ici (fig. 89), d'après l'ouvrage de cet auteur, les dessins de deux tètes d'imbéciles pris dans les hospices d'Amsterdam et d'Edimbourg.
Il est aujourd'hui reconnu (ju'un crâne d'homme aduUo dont la circonférence n'a pas plus de 0"\30 à 0"',35, loge la cervelle d'un imbécile: — que de 0"",40 à 0"',46, il y a de grandes probabilités pour une intelligence obtuse; — qu'à 0'",48 l'esprit est ordinaire, et qu'un crâne de 0",54à 0"',56 de circonférence appartient toujours à un homme bien doué sous le rapport intellectuel.
Il est parfaitement établi que les têtes exiguës, irrégulières, sans symétrie, appartiennent à des imbéciles, des crétins, des
idiots ou des hommes médiocres ; — que les lêlcs à front étroit, déprimé, fuyant en arrière ou évidé en forme de toit, comme la tête qu'Homère donne à l'ignoble Thersyte, sont le partage des hommes cruels, — et que les tètes en avant, les lélesà large froni, distinguent les hommes de talent ou de génie.
Les anciens avaient bien compris cette loi de l'organisation, puisqu'ils représentaient Jupiter avec une tête énorme et Hercule avec une petite tète.
Examinez les bustes qui représentent les tètes des grands liommes de tous les siècles, les têtes de Socrate, de Platon, de César, de Bacon, de Galilée, de Leibniz, de Napoléon \", de Mirabeau, de Cuvier, de Gall, d'Arago, de Broussais,de Lamartine, de
Fig. 89. Tètes d'imbéciles dcssinéos dans les hospices d'Amslerdam et d'Kdinihourcr.
Victor Hugo, vous reconnaîtrez, à première vue, le développement de la région frontale, signe révélateur de la proéminence du cerveau dans la région supérieure. Examinez les tètes des hommes éminenls, au barreau, dans la chaire, dans les chambres, au sein des académies, etc., vous leur trouverez toujours le front et la face marqués de ce signe extérieur des dons de l'esprit.
Le docteur Lélut a pesé, comparativement, un nombre égal de cerveaux provenant d'idiots et d'hommes plus ou moins intelligents, et il est arrivé à conclure que l'encéphale est, en général, plus pesant chez les hommes intelligents que chez les idiots, et que l'augmentation de poids et de volume est surtout marquée dans les lobes cérébraux. Le docteur Luys est arrivé, dans des recherches plus récentes, au même résultat.
On i)Ciit rappeler à ce propos que plusieurs hommes remarquables par la puissance de leur intelligence avaient un cerveau d'un poids et d'un volume considérables. Le cerveau de Cromwcll pesait, dit-on, 2 kilogrammes 231: celui de lord Byron 2 kilogrammes 238 ; celui de Cuvier 1 kilogramme 829 ; celui de Dupuytren 1 kilogramme 436. Celui de Napoléon I" était également d'un poids considérable. Maison a fait remarquer, non sans raison, qu'il aurait fallu peser seulement les lobes cérébraux et non tout l'encéphale, et que ce poids ne prouve rien par lui-même, puisqu'on y comprend, outre les lobes cérébraux, le cervelet et les portions qui constituent la base de l'encéphale, toutes parties qui paraissent étrangères aux manifestations de l'intelligence.
Il aurait fallu, du reste, connaître le poids total du corps, pour pouvoir tirer du poids de l'encéphale une conclusion sérieuse. Le poids de tout l'encéphale, chez l'homme adulte, est au poids du corps :: 1 : 30. Donc, pour décider si le poids considérable des cerveaux de Cromwell, de Dupuytren, de Cuvier, etc., prouve quelque chose, il faudrait pouvoir le comparer au poids total du corps, élément que l'on ne possédait pas dans les cas qui viennent d'être cités.
Serres (de l'Institut) aimait à raconter, dans sa clinique de l'hôpital de la Pitié, qu'à l'époque où l'on prit le poids du cerveau de Cuvier, un simple porteur d'eau mourait dans le même quartier. Le cerveau de cet homme, qui avait exercé sa profession pendant toute sa vie, ayant été mesuré et pesé, comparativement à celui de Cuvier, on trouva que son cerveau était encore plus volumineux et plus lourd que celui du grand naturaliste.
De nos jours, Gratiolet a pesé un grand nombre de cerveaux humains, en se conformant aux données exigées par la science, et il a trouvé une concordance réelle entre le poids du cerveau, comparé au poids total du corps, et le degré d'intelligence attribué à l'individu.
Il ne faudrait pas croire pourtant que le poids du cerveau ou le volume de la tête soit, chez tous les individus, la mesure exacte de leur intelligence. On voit des hommes fort spirituels et doués de grandes capacités avec une très-petite tête. Voltaire avait la tête petite. Et pourtant quelle n'était pas la puissance et surtout la variété de ses facultés intellectuelles !
C'est qu'une seconde loi préside à la perfection de l'encéphale; c'est, selon Gratiolet, l'aniplilude, le nombre et la profondeur des circonvolutions et des anfractuosités cérébrales. Un petit crâne permet de loger un cerveau offrant une surface considérable, si ce cerveau est creusé de sillons et d'anfractuosités ciui multiplient considérablement la masse du iis>iu nerveux Les fonctions du cerveau tiennent moins sans doute à la masse de l'organe lui-même qu'à l'organisation qui lui est propre, et qui lui donne l'activité.
Il faut ajouter que la substance cérébrale peut être, à divers degrés, imprégnée de graisse, d'albumine ou d'eau, ce qui diminue ou augmente relativement le volume ajjparent de l'encéphale. Sa masse ne mesure pas alors exactement celle du ti^su nerveux proprement dit, lequel seul est actif.
Ce n'est donc pas sans raison que le vulgaire donne le nom de tête de linotte, de tète d'oiseau, de tête sans cervelle, aux esprits superficiels, légers, incapables de réflexion ou de jugement.
La jjroéminence du front étant reconnue le signe certain de lintelligcnce, chez l'homme et chez les animaux, on a dû se préoccuper de mesurer exactement ce degré de proéminence du front. On appelle (oiijle facial l'ouverture plus ou moins grande de l'angle qui forme le surplomb du front sur la face.
Pour évaluer l'angle facial, le moyen le meilleur est celui qui a été indiqué, à la fin du siècle dernier, par l'anatomiste allemand Camper.
Abaissez une ligne du front un peu au-dessus de la lèvre supérieure, au-dessous du nez ; de ce dernier point, faites partir une autre ligne qui aille gagner chaque oreille, en coupant l'articulation do la mchoire inférieure : l'angle formé par la rencontre de ces deux lignes représentera la proéminence de la partie antérieure du cerveau, et conséquemment le degré relatif de l'intelligence. Plus l'angle que ces lignes forment est ouvert, plus le développement des hémisphères cérébraux est considérable; plus considérable aussi est le volume du crâne, comparé à la face.
On sait que la stupidité des animaux est d'autant plus marquée que les proportions, les volumes du crâne et de la face, s'éloignent davantage de celles de l'homme.
La figure 90 montre la manière de tracer l'angle facial sur une
L'E^XEPHALE.
lètc humaine. On a pris pour type le nègre et l'Européen de race caucasique.
L'angle facial est celui qui résulte de la rencontre des deux lignes ah, CD, tirées comme l'indique cette figure.
Chez l'Européen bien conformé l'angle facial est de 85 à 95; chez le nègre, il n'est que de 70. Chez le singe il n'est que de 65.
L'angle facial ne suffit pas cependant pour comparer entre elles, sous le rapport intellectuel, les diverses races de l'humanité. En etïet, l'angle facial ne nous apprend rien sur la forme du crâne, et par suite sur celle du cerveau. Il n'embrasse pas les parois latérales du crâne, et ne nous révèle point, par consé-
Fig. 90. Langle facial sur une lùte d Européen de race caucasique et sur une tète de nègre.
quent, des ditîérences de formes qui, au simple aspect, sont cependant profondes.
Ces différences sont assez prononcées pour que les anthropologistes aient pris cette particularité de l'organisation, c'est-àdire la forme du crâne, pour diviser l'humanité physique en groupes bien distincts. Les anthropologistes modernes distinguent les races humaines en dolichocéphales^ ou lêles allongées {de Zo\i/6'^, allongé, xïiaÀ/-;, tète), et hmchycéphales ou tètes courtes (de Ppaxuç, court, xscpaXr;, tète). Dans les races dites doUchoccphales, le crâne, vu par sa face supérieure, présente un ovale allongé, sa plus grande longueur l'emportant d'un quart environ sur sa plus grande largeur. Dans les races brachycéphales, la tête a la forme d'un ovale aplati en arrière : sa plus grande longueur ne dépasse pas sa plus grande largeur de plus d'un huitième.
Un autre caractère distinctif des races humaines a été tiré
de la proéminence de la mâchoire; ce c{ui fait enlrer en li^ne de compte l'angle facial. On appelle orUtognathes (de o^ôd;, droit, et yvaOo;, màclioirc) les têtes dans lesquelles le rebord alvéolaire des mâchoires est droit ou très-peu oblique, comme dans l'a race caucasicjue; e[ prognathes [de -^çô, en avant, et 7vâôoi;, mâchoire) les tètes dans lesquelles la mâchoire procminc en avant, comme dans la race nègre.
Disons, pour cclaircir, par quelques exemples, ce que peut avoir d'obscur cette nomenclature, que les Suédois, les Français, les Allemands du sud, appartiennent à la race doUcJtocéphale ortho- (jnathe; les Chinois, les Japonais, les Esquimaux, à larace dolichuccphale profpiatlic . Parmi les brachycéphalcs orthognalhes, nous citerons les Turcs, les Slaves, les Russes, les Hongrois, les Allemands du nord, les Persans, les Mexicains ; et parmi les hracinjcéphales prognathes, les Tartares, les Mongols, les Malais, les Nègres.
Les formes delà tête et de la face, c'est-à-dire leur crâne et leur physionomie, distinguent entre elles toutes ces races. Ces différences de structure anatomique ont, en effet, pour conséquence des différences correspondantes dans la portée intellectuelle. Le nègre et l'Australien sont impuissants à concevoir et à recevoir des idées que des Européens comprennent sans efforts.
Le fait général que l'encéphale est le siège de l'intelligence, de la pensée et de la volonté, est donc à l'abri de tous les doutes. Mais on a voulu aller plus loin. La science s'est proposé le problème audacieux de localiser les facultés et les instincts de l'homme dans les différentes parties de l'encéphale, de déterminer quelles sont, à l'exclusion les unes des autres, les régions qui présideraient à l'exercice de chacune de nos facultés intellectuelles et morales.
Nous voudrions pouvoir dire que ce problème a été résolu. Malheureusement il n'en est rien. La localisation cérébrale est comme une forêt épaisse, à travers laquelle on trouve à peine encore quelques sentiers tracés. Le reste est un impénétrable fouillis.
Ce que l'on sait d'à peu près rigoureux, c'est d'abord que les lobes cérébraux sont le siège des facultés intellectuelles; ensuite que la substance extérieure du cerveau, la substance grise, paraît le siège anatomique de nos facultés intellectuelles, la substance blanche, ou interne, restant étrangère à toute action de ce genre.
LES LOCALISATIONS CEREBRALES. 365
Ce qui semble prouver le rôle spécial des substances grise et blanche, c'est que dans l'idiotisme, dans la folie, quand le cerveau présente quelque altération de texture (ce qui arrive d'ailleurs assez rarement), la seule partie altérée c'est la substance grise; la substance blanche conserve son aspect habituel. Le ramollissemcnl du cerveau, qui a pour conséquence l'affaissement physique et moral de l'individu, la disparition graduelle de ses facultés intellectuelles et de sa volonté, ne consiste point, comme on se l'imagine généralement, dans le ramollissement de toute la masse encéphalique, mais seulement dans une altération de la substance grise, ou corticale, qui est désorganisée au point de se réduire, sous le doigt, en une gelée, en une pulpe demi-liquide, tandis que la substance blanche persiste dans son état normal.
Cette proposition que les travaux modernes sur la localisation cérébrale n'ont conduit à de résultats positifs qu'en ce qui concerne les fonctions des lobes cérébraux et les rôles respectifs des substances grise et blanche du cerveau, ne peut être acceptée sans preuves de notre part. Nous allons donc jeter un rapide coup d'œil critique sur les travaux relatifs aux localisations cérébrales, travaux qui sont en nombre considérable, car ils embrassent notre siècle presque tout entier.
S'il est un point en apparence bien établi (et pour notre compte, nous ne le mettons pas en doute), c'est que la région frontale des lobes antérieurs du cerveau est le siège des facultés intellectuelles. Cependant, combien de faits pourraient être cités en opposition avec cette théorie ! Combien de fois n'a-t-on pas vu, dans les ambulances, des blessés ayant eu une partie du crâne emportée par un fragment d'obus ou par un coup d'arme blanche qui leur avait enlevé la plus grande partie des lobes antérieurs du cerveau, et chez le -quels l'intelligence persistait dans son intégrité parfaite : On voit quelquefois le chirurgien, à la suite d'une plaie ou d'une fracture de la partie antérieure ou supérieure du crâne, enlever, avec une cuiller, d'assez grandes quantités de substance cérébrale, puis la plaie se cicatriser, sans que l'individu ait été un seul instant privé de l'intelligence ni de l'exercice intégral de ses sens.
Richerand cite le cas d'un malade qui avait perdu une grande partie de la substance cérébrale, en même temps que les os de la
voùle du crâne. On avait faljri(iué à ce malheureux un crâne en carton, qui remplaçait son crâne naturel. Quand le chirurgien voulait panser le cerveau, il ôtait tout honnement la calotte de carton, nettoyait, détergeait la masse encéphalicpie; puis il replaçait la calotte sur le cerveau. Et l'individu a vécu assez longtemps avec cette infirmité ce qui ferait croire à la légende de l'invalide à la tète de bois.
On a longtemps affirmé que. pour qu'un individu soit doué d'un bon jugement, il faut que ses deux lobes cérébraux soient parfaitement égaux, entièrement symétriques. Bichat avait contribué à propager celte opinion. Cependant il portail en luimême la preuve qu'un homme de génie peut avoir le cerveau inégalement développé : on trouva, à son autopsie, que ses lobes cérébraux n'étaient pas du même volume.
M. Bouillaud place dans les lobes antérieurs du cerveau la faculté du langage, mais Flourens donnait un autre siège à cette faculté. Entre ces deux hommes illustres et d'une égale autorité scienti(i(iue, comment se prononcer?
Les médecins aliénistes ont multiplié les recherches d'anatomie pathologique sur le cerveau des aliénés, et à part une certaine altération de la substance grise, qui est loin d'être constante, la science n'a pu constater la moindre particularité anormale, soit dans le volume, soit dans la texture, soit dans la couleur, la vascularisation, etc., du cerveau de l'aliéné. L'encéphale du fou est presque toujours absolument semblable à celui de l'homme de bon sens.
Gratiolet a publié un travail très-savant dans lequel il établit que la profondeur des anfractuosités cérébrales, le nombre de plis et circonvolutions du cerveau, sont, plus que toute autre chose, la véritable mesure du degré d'intelligence chez l'homme et les animaux. Celle opinion de Gratiolet a trouvé quelque faveur; mais Longet la rejetait absolument.
Flourens avait affirmé que l'usage du cervelet était de coordonner les mouvements. Cette espèce d'abstraction physiologique avait fini par être acceptée, grâce aux affirmations de Flourens, qui s'appuyait sur ce fait que différents animaux auxquels il avait enlevé le cervelet, avaient présenté une marche incertaine et titubante. « L'absence du cervelet cause, disait Flourens, dans les mouvements des animaux, un trouble analogue à celui de l'ivresse. Cet organe est donc le réorulateur des mouvements. »
LES LOCALISATIONS CEREBUALES. 367
Cependant Anciral a publié des observations de maladies du cervelet dans lesquelles les mouvements s'exerçaient avec leur harmonie ordinaire, et l'on a constaté dans le crâne d'individus aux allures parfaitement normales une absence totale du cervelet. Duchenne (de Boulogne] a ensuite battu en brèche, par des expériences directes et convaincantes, la théorie de Flourens.
D'autres physiologistes ont décerné au cervelet le privilège d'influencer les passions physiques ; mais ici encore des observations d'anatomie pathologique ont complètement renversé ce roman.
Selon Flourens, c'est dans le bulbe rachidien que résiderait ce qu'il appelait le nonid vital.
« C'est, dit Flourens, au centre du V de substance grise de la moelle allongée^ dans une étendue d'une ligne à peu près, que se trouve le nœud vital, Torgane de la respiration, la clef de voûte de tout Torganisme. Un coup de scalpel en cet endroit, et la vie cesse. Toutes mutilations, ablations, incisions, etc., ailleurs qu'en ce point précis de la moelle allongée, sont curables, mais ici elles ne le sont pas. »
Ainsi, d'après Flourens, ce serait dans le bulbe radtidien que se trouverait le point précis, gros comme une tête d'épingle, qui tient sous sa dépendance le fonctionnement de tout l'appareil de l'innervation, et par suite l'existence de l'individu. C'est pour cela que Flourens appellait ce point de l'encéphale le nceud vital. Mais Longet a reconnu que le point du cerveau dont la lésion donne la mort, est situé plus bas, et le physiologiste Brown-Sequard, le successeur de Claude Bernard dans la chaire du Collège de France, a contredit formellement celte assertion de Flourens, même modifiée par Longet.
Des assertions aussi contradictoires, des résultats aussi opposés, obtenus par des observateurs également habiles et dignes d'une égale confiance, sont bien faits pour glacer la foi la plus robuste dans la physiologie expérimentale.
Il serait trop long de rechercher les différents attributs qui ont été accordés, comme conséquences des vivisections de diirérents physiologistes, au pont de Varole, — k\di protubérance annulaire,
— diXW pédoncules cérébraux, — aux tubercules qu adri jumeaux .
— aux couches optiques, etc., etc. Nous ne pourrions que répéter ce que nous venons de dire à propos du cervelet et du bulbe rachidien, à savoir que les affirmations de certains expérimen tateurs sont contredites par celles d'observateurs venus après eux, ou infirmées par des cas pathologiques.
Les recherches expérimentales concernant les localisations cérébrales continuent aujourd'hui en tout pays, avec un zèle infatigable, et chaque jour on se flatte de soulever une partie du voile qui couvre l'obscurité de cette question. Mais le voile retombe sans cesse. La vérité apparaîtra sans doute un jour, mais pour le moment le siège des facultés intellectuelles dans les lobes antérieurs du cerveau et l'attribution à la substance grise, à l'exclusion de la substance blanche, d'un rôle actif dans les phénomènes intellectuels, sont les deux seules conquêtes positivement acquises à la science, en ce qui touche la localisation des fonctions cérébrales.
L'encéphale agit-il, dans les manifestations intellectuelles et morales, par sa masse entière, ou seulement par quelquesunes de ses parties? En d'autres termes, faut-il attribuer nos facultés à autant de portions de l'encéphale distinctes et déterminées? Ce que nous avons dil du résultat des recherches des physiologistes concernant la localisation des fonctions cérébrales, recherches qui ont conduit à bien peu de résultats positifs, ne plaiderait pas en faveur de la localisation de nos facultés. Et pourtant, une doclrinequia ce principe pour base, a produit dans le monde philosophique et scientifique une impression qui est loin d'être encore effacée. Nous voulons parler de la phrénologie.
En France, la phrénologie est en défaveur, parce qu'elle a été vigoureusement battue en brèche par des savants d'une grande autorité, qui l'ont accablée sous le poids d'arguments de la plus grande force, tirés de l'anatomie et de la physiologie. ■ Leuret, Lélut et Flourens ont consacré des ouvrages ea;pro/'esso à démontrer que l'anatomie humaine, l'anatomie patbologiquc et l'anatomie comparée, a^ec tout le cortège de témoignages scientifiques que l'on invoque d'ordinaire contre une doctrine qui déplaît, sont contraires à la i)hrénologie. Les preuves qui ont été produites à ce sujet ont beaucoup de valeur; cependant on en juge autrement sans doute en Angleterre et en Améri'que; car, dans ces deux pays, la phrénologie est en grand crédit. On l'enseigne dans les cours publics des Universités, et la pratique judiciaire en tire parti pour la recherche des crimes, dts vices et des aptitudes chez les prévenus. A ce titre, et pour ne pas trop obéir aux préjugés nationaux, nous dirons quelque chose de la crâniologie, ou phrénologie.
D'après les phrénologistes, il est possible de connaître, par l'exa-