‹ Connais-toi toi-mêmeChapitre 38 sur 77 · TEMPER.^TUBE · texte numérisé non relu

TEMPER.^TUBE

de Tair.

17 août.

26 août.

de pulsations par minute en marchan

0. Ce refroidissement n'est évidemment pas dû à l'évaporation et au courant d'air froid qui passe rapidement, pendant la marche, dans les voies aériennes. En restant immobile et en respirant aussi vite que si l'on montait, le même courant d'air froid se produit dans les fosses nasales et la trachée, et pourtant aucun refroidissement n'est perceptible au thermomètre placé sous la langue.

« Pour que ce phénomène remarquable de l'abaissement de la température intérieure du corps se produise, il n'est pas nécessaire de s'élever à une grande hauteur. Depuis mon retour à Lyon, j'ai constaté qu'en montant

rapidement une des nombreuses rampes ;i escaliers qui conduisent à Fourvières ou à la Croix-Rousse, on a régulièrement, si l'on a soin de ne mettre en place le thermomètre qu'après avoir marché quelques minutes, un abaissement qui varie presque toujours de 3 à 7 dixièmes de degré centigrade.

« Cesdonnéesne sont plus vraies pendant le travail de la digestion. Alors, malgré les efforts que l'ascension nécessite, la température se maintient ;i 36 degrés et atteint même 37", 3, comme j'ai pu le constater au col du Géant. L'influence de la nourriture ne se fait pas sentir très-longtemps. Une heure à peine après avoir mangé, le corps se refroidit de nouveau par les efforts.

« D'où provient cet abaissement de température? — A l'état de repos et à jeun, l'homme brûle les matériaux de son sang, et la chaleur développée est employée tout entière à maintenir la température constante au milieu des variations de l'atmosphère.

« En plaine et par des efforts mécaniques modérés, l'intensité des combustions respiratoires, comme l'a montré M. Gavarret, augmente proportionnellement à la dépense des forces. Il y a transformation de la chaleur en force mécanique; mais, à cause de la densité de l'air et de la quantité d'oxygène inspirée, il y a assez de chaleur formée pour subvenir ;i cette dépense.

« Dans la montagne, au contraire, surtout à de grandes altitudes et sur des pentes neigeuses très-roides, où le travail mécanique de l'ascension est considérable, il faut une quantité de chaleur énorme pour être transformée en force musculaire.

0 Cette dépense de force use plus de chaleur que l organisme ne peut en produire; de là le refroidissement du corps et ces haltes fréquentes qu'il faut faire pour se réchauffer. Quoique le corps soit brûlant, quoiqu'il soit souvent tout en transpiration, il se refroidit en montant, parce qu'il use trop de chaleur et que la combustion respiratoire ne peut en fournir une quantité suffisante, à cause du peu de densité de l'air; cette raréfaction de l'air fait qu'à chaque inspiration il entre dans les poumons moins d'oxygène à une grande hauteur que dans la plaine.

« La rapidité de la circulation est encore une cause de refroidissement, le sang n'ayant pas le temps de s'oxygéner convenablement dans le? vésicules pulmonaires.

« Les expériences de M. Béclard établissent nettement que, lorsque la contraction musculaire exécute un travail mécanique, il se produit dans le muscle une quantité de chaleur plus faible que lorsqu'une contraction de même nature n'est point accompagnée d'effets mécaniques extérieurs. »

Ainsi, la force musculaire, et on pourrait presque dire toutes les forces des êtres vivants, ne sont que de la chaleur transformée.

Nous ajouterons que le système musculaire est un appareil de conversion de la chaleur en mouvement bien supérieur aux meilleures machines à vapeur. Nos machines à vapeur n'utilisent, en effet, d'après Hirn {Théorie mécanique de la chaleur), que les douze centièmes de la chaleur communiquée à la chaudière,

CONVERSION DE LA CHALEUR. 327

tandis que le corps humain utilise, d'après Helmiioltz, les 25 centièmes de la chaleur développée dans son organisme. Une machine cà vapeur perd inutilement 88 pour 100 de son charbon; les 12 pour 100 restants sont seuls convertis en action mécanic|ue, tandis que le corps humain ne perd que 75 pour 100 de calorique transformé en travail extérieur.

Le muscle est donc le producteur de forcé le plus économique que l'on connaisse. L'organisation animale est plus savante que nos savants !

Disons, en terminant, que la source de cette chaleur provient originairement des végétaux. En effet, les végétaux forment une partie de notre nourriture, et les aliments que nous fournit le règne animal ont eu leur source première dans les plantes dont se sont nourris les animaux. Mais ces plantes, à leur tour, à quelle source avaient-elles emprunté leur formation, leur naissance? A la lumière, au soleil. Dans l'obscurité toute vie végétale s'éteint; au contraire, en présence des rayons solaires, la végétation s'établit, se développe et parcourt le cercle de ses phases régulières. Les plantes viennent du soleil, les plantes nourrissent les animaux, les animaux et les plantes nous nourrissent. Donc c'est le soleil qui est la cause primordiale de la chaleur propre à l'homme et aux animaux.

Nous disions, au commencement de ce chapitre, que les anciens philosophes de llnde avaient vu dans le soleil la cause de la chaleur des êtres vivants, et que les religions, ainsi que la poésie antique, considéraient la chaleur comme le signe, le caractère de la vie, comme la vie elle-même, que pour eux le froid était le caractère de la mort et la chaleur le symbole de la vie. Ainsi, une science approfondie nous ramène aux conceptions des peuples primitifs, et les physiciens modernes se rencontrent avec les premiers penseurs de Thumanité.

Le système nerveux est rinslrument de Tàme humaine. — Le tissu nerveux comprend l'encéphale, les nerfs et la moelle épiniére. — Constitution anatomique du tissu nerveux : tubes nerveux et cellules nerveuses. — Examen des théories émises pour expliquer la nature de l'agent nerveux. — Les ondulations nerveuses. — La théorie électro-vitale. — Galvani.en 1786, découvre le phénomène de la contraction des muscles de la grenouille par le contact d'un arc métallique double, et fonde sur cette observation la théorie qui assimile l'agent nerveux à lélectricité. — Accueil favorable fait ù cette théorie. — Les poissons électriques. — Objections à la théorie électro-vitale résultant d'expériences faites par des physiologistes modernes. — La théorie qui identifiait l'agent nerveux à l'électricité est aujourd'hui abandonnée. — La nature de l'agent nerveux est un problème insoluble. — Division du système nerveux en deux groupes : 1° l'encéphale et les nerfs qui en dépendent ; 2° la moelle épiniére et les nerfs quien dépendent.

L'excéphale. — Description anatomique du cerveau humain. — L'encéphale.

— L'encéphale, organe de l'intelligence. — Faits qui démontrent cette proposition.

— La fatigue du travail intellectuel est ressentie par le cerveau — Dans l'enfance, où la masse encéphalique est molle et sans consistance, les idées sont rudimentaires. — Les maladies du cerveau amènent des désordres intellectuels. — Le développement de l'intelligence est en rapport avec le développement du cerveau. — Mesure des dimensions de la tète chez les savants et chez les individus illettrés. — Le crâne de l'idiot. — Ce que c'est que l'angle facial, manière de le déterminer. — Le volume et la forme du crâne servant à distinguer les races humaines. — Les races dolichocéphales et les races brachycéphales. — Ce que c'est que le prognathisme et l'orthognathisme. — Le poids du cerveau peut-il être considéré comme le signe de la valeur intellectuelle? — Les cerveaux de Cromwell, de lord Byron, de Cuvier, de Dupuytren, de Napoléon \". — Poids comparé du cerveau de l'homme et de la femme. — Remarques de Gratiolet sur les circonvolutions cérébrales. — Peut-on localiser les facultés et les instincts de l'homme dans certaines porlioas de l'encéphale? — Discussion critique des faits mis en avant par les auteurs, concernant la localisation cérébrale. — La localisation des facultés intellectuelles dans les lobes antérieurs du cerveau est le seul résultai

positivement acquis à la science. — Lencéphale ai:il-il par sa masse entière ou seulement par quelques-unes de ses parties? — La phrénologie. — Justesse du principe qui sert de base à cette conception. — Vie et travaux de Gall, créateur de la phrénologie. — Gall et Spurzheim. — La tète plirénologi(iue d'après Spurzhcini. — Travaux deCubi i Soler. — Tête phrénologique d'après Cubi i Soler. — Une tête phrénologique illustrée.

Les nerfs crâniens. — Action centripète de l'encéphale s'exerçant par les nerfs crâniens. — Enumération des douze [)aires de nerl's crâniens. — Par l'encéphale et les nerfs, c'est-à-dire par l'action cenlralcel \mr l'action centripète^ l'encéphale est l'instrument de la pensée, des sensations et des sentiments moraux. — Théorie de la formation des idées. — Théorie des facultés de l'âme. — La mémoire, lien indispensable de nos facultés. — Derrière l'organisme cérébral se trouve l'âme. — Conclusion concernant la mvstérieuse essence de r.îme humaine.

L'homme possède deux: nobles attributs : les sensations et la pensée. D'où nous viennent les sensations ? d'où nous vient la pensée'? Telle est la question que s'adressent, dans leur inquiète curiosité, ceux qui se préoccupent des mystères de l'économie vivante. C'est à ces deux questions que nous allons essayer de répondre dans ce chapitre.

Une première réponse à cette questioii est simple et facile ; mais elle ne doit être qu'un prélude à des recherches ultérieures, qu'une introduction à Tétudc du fond de la question. Ce qui sent, ce qui pense en nous, c'est Inme, ou le sens intime.

L'existence de l'ùme est incontestable, et n'a pas besoin de démonstration. C'est un fait évident que nous pensons et que nous sentons; nous appelons ùme^ ou sens intime^ ce qui sent et ce qui pense en nous, car la matière ne sent pas, ne pense pas; cela résulte de la simple définition de la matière.

Ainsi, l'àme est ce qui nous fait percevoir les sensations et la pensée. Ce principe est de toute évidence ; il découle du sens commun, et ce serait faire injure cà nos lecteurs que de chercher à prouver l'existence de l'âme immatérielle.

En sa qualité de substance immatérielle, l'àme se dérobe à toute investigation de notre part. Elle ne peut se voir ni se toucher; on ne saurait dire exactement où elle réside. On peut énumérer ses attributs, c'est-à-dire ce que l'on nomme les facultés de l'âme, et étudier, comme l'ont fait les philosophes, depuis Pythagore jusqu'à nos jours, le nombre, les degrés, les caractères de ces facultés. On peut analyser, distinguer entre elles ces facultés; mais quant à la nature et au siège de l'âme, on ne peut hasarder même des conjonctures. Il faut se contenter de dire que c'est l'âme qui perçoit en nous les impressions et

les sensations extérieures, qui produit les manifestations de la pensée,' de la conscience et de la volonté ; — que c'est d'elle qu'émane le pouvoir de rapprocher, de comparer les impressions, les sentiments, les sensations, et d'en tirer des raisonnements ; — qu'en elle résident la puissance ou les simples qualités de l'esprit, qualités que l'éducation perfectionne, et qui donnent à l'être humain la connaissance de ce c[ui l'entoure, ainsi que le privilège de dominer par sa force intellectuelle et morale le reste des êtres vivants et la nature entière.

Pour exercer ses facultés, l'âme a besoin d'un instrument matériel, qui la mette en rapport avec le monde extérieur, qui lui transmette, après les avoir reçues, les impressions du dehors. Il faut, selon l'heureuse expression de Descartes, adoptée par l'école philosophique de Damiron, Laromiguière et Cousin, que le Dwi soit en rapport avec le non-moi.. L'àme, substance immatérielle et divine, ne peut sentir et concevoir des idées, des sentiments et des sensations, user de sa volonté, comprendre les mouvements de sa conscience, qu'à la condition d'être frappée, éveillée, excitée, par les touches diverses d'un clavier organique matériel.

L'instrument matériel, le clavier aux touches multiples qui met en jeu l'àme humaine, c'est le système nerveux, ou. pour parler suivant les idées des histologistes modernes, le tk>iu nerveux.

Qu'est-ce que le tissu nerveux? C'est une agglomération de fibres et de cellules, dont les anatomistes ont fixé les caractères propres. Ce tissu est distribué en diverses parties du corps. On le trouve en masse volumineuse dans la cavité du crâne et dans le canal que forme l'intérieur de la colonne vertébrale. Dans le premier cas, on l'appelle encéphale; dans le second, moelle épinière.

L'encéphale et la moelle épinière reçoivent le nom commun de centres nerveux.

Le tissu nerveux qui se trouve dans les parties du corps autres que l'encéphale et la moelle épinière, constitue le système nerveux périphérique, ou les nerfs proprement dits.

Les nerfs sont des filets continus de tissu nerveux, qui se distribuent, en se ramifiant, dans l'épaisseur de presque toutes les parties du corps, et principalement à la peau. Les nerfs sont constamment en rapport avec le centre nerveux d'où ils tirent leur

origine. Ils s'unissent les uns aux autres, en formant des anses. Ils se perdent, à leur extrémité périphérique, dans'la plus

fine trame des divers organes ; ou bien ils se terminent isolément par de petiîs renflements, que l'on nomme papilles nerveuses, dans la peau et les membranes muqueuses. Les extrémités des nerfs, sous l'une quelconque de ces formes, se perdent ou dans les organes de mouvement, c'est-à-dire dans les mus- <:les, ou dans des organes d'action nutritive, c'est-à-dire dans les (jlawJes.

La figure 79 représente l'aspect ordinaire d'un nerf, avec les rameaux anastomotiques qu'il envoie toujours surf son trajet.

N'oublions pas dire que le trajet de certams nerfs est quelquefois coupé, de distance en dislance, par des renflements, durs, noueux, grisâtres, résultant de la condensation, de l'accumulation, du tissu nerveux. On donne à ces nodosités le nom de ganglions.

C'est surtout dans le nerf grand sympathique, c'est-à-dire dans l'ensemble du système nerveux de la poitrine et de l'abdomen, préposé à l'entretien des fonctions inconscientes de la digestion, de la circulation, de la respiration et des sécrétions, qu'abondent les ganglions, dont le rôle est resté problématique depuis que Ton a renoncé à y voir autant de petits cerveaux. Au point de vue de la structure, toutes ces divisions du système nerveux offrent bien peu de ditférences. Elles sont d'ailleurs mutuellement reliées par un grand nombre de filets nerveux, qui forment des anastomoses, lesquelles sans doute ne ressemblent en rien aux anastomoses du système artériel et veineux, mais qui ont pourtant pour etïet d'établir, comme le font les anastomoses artérielles et veineuses, une communication dun système à l'autre.

Fig. 79. Nerf, vu de grandeur naturelle.

Qu'elle est la composition intime du tissu nerveux? Le tissu nerveux résulte de la réunion, opérée par du tissu cellulaire, défibres, qu'on appelle tubes nerveux ou fibres nerveu-

ses, et de cellules, que l'on désigne sous le nom de cellules nerveuses ou corpuscules ganglionnaires.

La figure 80 représente les tubes nerveux et les cellules nerveuses.

Les tubes nerveux, ou fibres nerveuses [a], constituent des fdets fins, ronds, mous et d'une épaisseur variable, qui tantôt sont vides, et tantôt renferment une substance pulpeuse. Les tubes nerveux contenant une pulpe sont composés d'une enveloppe lâche, que l'on nomme névrilèrne, et d'une fibre située au

Fi?. 80. Tubes nerveux et cellules nerveuses.

centre, ronde ou aplatie, molle, mais élastique. Une substance demi-liquide, blanche, visqueuse, contenant beaucoup de graisse et qu'on a appelée moelle nerveuse, ou névrine, remplit l'intérieur du tube, dont la fibre occupe le centre. Il est rare d'ailleurs que les tubes nerveux ne contiennent pas de pulpe.

Les tubes nerveux forment la partie principale des nerfs proprement dits, de la substance blanche du cerveau et de la moelle épinière.

Les cellules nerveuses, ou corpuscules ganglionnaires (6), forment des cellules de différentes grandeurs, renfermant un grain un peu dur, souvent coloré, et qui contient lui-même un noyau, en forme de vésicule.

Les cellules nerveuses sont de forme assez variable. Elles sont tantôt rondes, tantôt en forme d'étoile ou de fuseau.

Le rôle physiologique des cellules nerveuses est beaucoup moins connu que celui des tubes nerveux. Quelquefois les cel-

lulcs nerveuses se transforment en lubes nerveux, ce qui ferait croire qu'elles ne sont qu'un état de transition ou de passage aux tubes nerveux ; mais le plus souveni elles ont une existence indépendante, et se relient entre elles j)ar des prolongements qu'elles s'envoient réciproquement.

Les cellules nerveuses sont la partie constituante principale de la substance grise, ou corticale, qui enveloppe la substance blanche du cerveau et de la moelle épinière.

Le tissu nerveux, c'est-à-dire l'élément essentiel du système nerveux, est l'instrument des relations entre notre sens intime et le monde extérieur. Et comme le cerveau, la moelle épinière et les nerfs sont composés au dedans de substance grise, on s'est demandé quel était le rôle spécial de ces deux substances dans la transmission des impressions de l'extérieur à l'âme. On croit que la substance grise des nerfs, c'est-à-dire la substance extérieure, joue le rôle principal dans cette transmission. La substance blanche, ou intérieure, ne remplit qu'un rôle secondaire et encore mal défini.

On ne sait absolument rien sur la manière dont les impressions, les sensations, se transmettent le long des nerfs, en partant de la périphérie du corps, pour aboutir au centre nerveux, c'est-à-dire à l'encéphale, (|ui doit les transmettre à l'àmc. 11 y a voyage, transport, conduction, selon un mol nouveau que nous trouvons dans les ouvrages récents de i)hysiologie, il y a conduction de l'extrémité du nerf au siège central du système nerveux. Mais par quel mode précis se fait la communication entre ces deux points ? Voilà ce qm est ignoré.

On a dit d'abord qu'il s'établissait dans la continuité du nerf des vibrations, des ondulations, analogues aux vibrations de l'air qui produisent le son, ou aux ondulations de l'éther qui font naître la lumière et la chaleur. Les vibrations, les ondulations le long des nerfs pourraient être admises s'il était prouvé que les nerfs i)cuvent vibrer, ou que leur substance peut subir des ondulations ; — si l'on avait déterminé, par l'expérience, en quoi les vibrations de la douleur dilTèrent de celles du plaisir, comment un nerf spécial vibre pour transmettre l'impressiDn de la lumière, un autre pour transmettre celle du son, — si l'on avait enfin expliqué pourquoi tous les nerfs ensemble ne vibrent pas, n'ondulent pas de la même façon, à la suite de la même sensation extérieure. La lumière qui agit sur le nerf op-

liquc, transmet à l'encéphale Timpression lumineuse, mais elle est sans action sur le nerf acoustique, et ce dernier ne transmet au cerveau que l'impression des sons. Les émanations odorantes agissent sur le nerf olfactif, mais elles sont sans influence sur le nerf optique ou acoustique.

Il n'y a donc pas à s'arrêter sur l'explication physique des ondulations ou vihrations nerveuses

Pendant longtemps on a comparé, et même quelquefois identifié à l'électricité, l'agent qui produit les sensations nerveuses. Cette explication est, de tous points, inadmissihle. Toutefois, un certain nombre de médecins, un peu en retard sur le mouvement des idées scientifiques, la tiennent encore pour vraie. Ils identifient ce qu'ils appellent le fluide nerveux avec ce que l'on appelait autrefois, et ce que l'on n'appelle plus, le fluide électrique. Sans doute, la rapidité avec laquelle l'électricité se transporte le long d'un conducteur métallique rappelle la rapidité de transmission des impressions nerveuses. Il faut pourtant se hâter de dire que la vitesse des impressions nerveuses est beaucoup moindre que celle de l'électricité. En effet, l'électricité se transmet le long de ses conducteurs avec une si prodigieuse vitesse, que l'on peut considérer cette vitesse comme instantanée; tandis que, d'après les expériences de M. Helmholtz, qui a réussi à la mesurer par des moyens particuliers, la vitesse des impressions sensorielles serait seulement de 43 mètres par seconde, et elle serait, ajoute le physiologiste de Berlin, bien i)lus lente encore sous l'intluence du froid.

Au début de notre siècle, les expériences par lesquelles Galvani, Aldini, Xysten, Bichat, de Humboldt et tant d'autres expérimentateurs, ont mis en évidence les effets de l'électricité en mouvement sur les contractions musculaires de la grenouille, et sur les contractions des membres de quelques animaux supérieurs, peu après leur mort violente, avaient beaucoup frappé les esprits. Si l'électricité pouvait faire renaître sur des animaux morts les apparences de la vie, c'est-à-dire contracter les muscles, mettre les -• membres en mouvement, convulser les traits de la face, provoquer les phénomènes extérieurs de l'inspiration et de l'expiration, n'était-on pas en droit d'identifier avec l'agent nerveux l'électricité qui fait reparaître sur le cadavre le tableau extérieur de la vie? On ne saurait assurément faire un crime de cette assimilation physico-vitale à une foule de savants, pleins d'ardeur

et de foi, qui, depuis le commencement de notre siècle jusqu'à sa première moitié, ont développé, sous toutes les formes, cette théorie séduisante. Il y avait cependant un fait fondamental qui aurait dû, il nous semble, arrêter du premier coup sur la pente de cette assimilation, pente dangereuse, sur laquelle ont glissé tant de bons esprits, pour aboutir au ridicule. Ce fait le voici. Liez un nerf avec quelques tours de fd, vous supprimerez aussitôt son action sur le membre auquel ce nerf se distribue. Liez, par exemple, le nerf de la jambe [nerf sciatique), \ous Y)Q.VQ.\yserez la jambe, absolument comme si vous coupiez ce nerf. On sait bien, tout au contraire, que l'on peut poser sur un corps conducteur de l'électricité, sur le fd conducteur de la pile voltaïque, tous les liens imaginables; on sait bien que l'on peut serrer, presser, comprimer ce conducteur, sans empêcher jamais l'écoulement, le passage de l'électricité. Il n'est donc pas permis d'identifier l'agent nerveux avec l'électricité en mouvement.

Cette différence fondamentale entre le mode de transmission des impressions nerveuses et celui du courant électrique étail assurément connue du temps de Gai vani et de ses continuateurs. Comment donc ne fit-elle pas plus d'impression sur l'esprit des physiologistes et des médecins, qui, pendant un demi-siècle, croyaient avoir trouvé dans rélectricilé l'explication de tous les phénomènes de la vie? C'est que la théorie électro -vitale s'appuyait sur un ensemble de preuves très-spécieuses, qui avaient entraîné la conviction d'une foule d'hommes d'un rare mérite et d'un zèle scientifique sans égal. Un grand nombre de médecins et de physiologistes, au commencement de notre siècle, se consacraient à l'envi à la poursuite d'une théorie bien faite pour entraîner les esprits, à une époque où la passion de la science excitait tant de sincères enthousiasmes et poussait tant de nobles intelligences à la recherche du vrai.

Tout le monde sait comment Galvani, à la fin du siècle dernier, fut mis sur la voie de sa découverte. En 1780, un de ses élèves était un jour occupé à disséquer une grenouille ; et dans le même laboratoire se trouvait une machine électrique à plateau de verre, qu'un autre expérimentateur mettait en activité. On reconnut, non sans surprise, que toutes les fois que l'on tirait une étincelle électrique de la machine, aussitôt les muscles de la grenouille subissaient de violentes contractions. On répéta un grand nombre

de fois cette expérience, et l'oii reconnut qu'elle présentait surtout une grande activité si l'on isolait les nerfs lombaires, de manière à les détacher des parties molles.

Cette première découverte de Galvani conduisit à une seconde, bien plus importante encore.

Le 20 septembre 1786, Galvani ayant préparé une grenouille comme il le faisait pour provoquer les contractions par la simple

Fi"-. 81. Galvani.

étincelle d'une machine électrique, c'est-à-dire ayant isolé les nerfs lombaires et laissé ces cordons nerveux comme seul moyen de communication entre les membres postérieurs et le tronc de l'animal, reconnut que le corps de la grenouille était pris de convulsions violentes lorsque l'on mettait tout simplement en communication les nerfs lombaires avec les muscles, au moyen d'un arc métallique.

C'est sur la terrasse du palais Zamboni, qu'il habitait, que Galvani constata ce fait fondamental. Il avait passé un crochet de cuivre à travers la moelle épinière d'une grenouille, et il avait suspendu, par ce crochet de cuivre, au barreau delà terrasse, la grenouille ainsi préparée, afin d'étudier l'influence de l'électricité de l'air sur ses nerfs. La journée entière s'était écoulée sans que le corps du batracien présentât aucun phénomène particulier. Vers la fin du jour, fatigué de la longueur et de l'inutilité de ses observations, Galvani saisit le crochet de cuivre implanté dans la moelle épinière de la grenouille, l'appliqua contre la balustrade de fer, et frotta vivement cette balustrade avec le crochet de fer, comme pour rendre le contact plus intime entre les deux métaux. Aussitôt les membres inférieurs de l'animal entrèrent en contraction, et ces mouvements musculaires se reproduisaient à chaque nouveau contact du crochet de cuivre et de la balustrade de fer. Cependant le temps était serein ; rien n'indiquait la présence de l'électricité libre dans l'atmosphère Tig. 82).

D'après cette expérience, qui a été variée de mille et une manières dans notre siècle, Galvani prétendit que les muscles des animaux, et par analogie ceux de l'homme, constituaient une sorte de bouteille de Leyde électrisée sur deux faces opposées, ces deux faces étant séparées par une couche isolante. Dans cette hypothèse, les nerfs avaient pour mission d'apporter aux muscles l'électricité élaborée par le cerveau et de provoquer ain>i leurs contractions.

La théorie de Galvani admettait un nombre trop exagéré d'hypothèses. Elle n'existe plus dans la science que comme un elîort très-ingénieux d'application à l'économie vivante d'une loi du monde inorganique. Cette théorie suppose, en effet, que le cerveau envoie de l'électricité aux nerfs, circonstance que toutes les recherches modernes infirment d'une manière complète. Person et Peltier ont d'ailleurs reconnu que les muscles sont tout aussi bons conducteurs que les nerfs, et des expériences plus récentes ont prouvé que les nerfs sont d'assez mauvais conducteurs de l'électricité. En admettant que de l'électricité circule dans l'économie animale, elle devrait donc se répandre tout aussi facilement dans la masse des muscles que le long du cordon des nerfs. Quant à l'enveloppe isolante dont parlait Galvani, elle n'a jamais été vue par personne.

Ainsi, les phénomènes de contraction musculaire provoqués

Kiii. 82. Dùcoiivcrte do l'eleclricilé animale par Gahanij le 20 seplembre 178l

>ur 1111 animal mort par un courant électrique ne prouvent en aucune façon que l'électricité soit la cause de ces phénomènes pendant la vie. Dans, ces expériences, l'électricité agit comme un stimulant actif, qui réveille, pour quelques instants, la sensibilité près de s'éteindre, chez l'animal récemment tué. En effet, ces phénomènes cessent de se manifester quelque temps après la mort violente de l'animal, et il faut, pour réussir, opérer sur des animaux vigoureux Des agents d'excitation purement mécaniques peuvent produire les mêmes effets. Déjà Haller avait reconnu que du sel marin, des acides, des matières irritantes, mis sur les muscles d'un animal récemment tué, ou que des instruments aigus, la chaleur, etc., peuvent provoquer dans ces mêmes muscles de fortes contractions.

L'existence incontestable de l'électricité dans les poissons électriques, dont les plus remarquables sont le Gymnote, la Torpille et le Silure, semble militer en faveur de la théorie de l'électricité comme cause des phénomènes vitaux. Il importe donc de réduire ces faits à leur juste valeur.

Chez le Gymnote, la Torpille, le Silure, et même chez certaines variétés de Raie, l'électricité existe et se renouvelle sans cesse. La volonté dirige les mouvements de cette électricité. Les poissons électriques et leurs curieux effets sont assez connus, par la description qu'a donnée de Humboldt, au commencement de notre siècle, df la pêche du Gymnote dans les eaux de l'Orénoque, à Calabozo, dans la province de Caracas. Mais les terribles commotions que distribuent à leurs ennemis les poissons électriques, n'apportent aucun argumenta l'appui de la théorie électro-vitale. De ce qu'il existe un courant électrique dans le corps du Gymnote, il ne s'ensuit point que chez tous les autres animaux, et chez l'homme, l'électricité doive représenter la cause de la vie. Breschet, Jobert (de Lambalie) et d'autres anatomistes ont étudié avec beaucoup de soins l'organe électrique du Gymnote, de la Torpille, du Silure et de la Raie. Ces poissons présentent une constitution anatomique tout à fait semblable à celle des animaux de leurs espèces relatives, mais ils possèdent, en outre, un organe spécialement destiné à la sécrétion électrique. L'ablation de la glande qui engendre l'électricité, fait disparaître leur puissance foudroyante. La section des nerfs qui se rendent à cet appareil, ou l'ablation de la partie du cerveau qui lui envoie ses nerfs, abolit également tout effet électrique

Il faut donc considérer les poissons électriques comme des animaux auxquels la nature a confié une arme pour l'attaque ou pour la riposte, arme qui difTère, par sa disposition et ses propriétés, des moyens habituels de défense accordés aux autres animaux.

On i)eut d'ailleurs concevoir jusqu'à un certain point comment la nature a pu doter les poissons électriques de l'organe qui leur est propre. Si l'électricité qui se dégage, à n'en pas douter, dans toutes les actions chimiques circcluées dans notre corps, ne se trouvait pas, à chaque instant, dissimulée par larecomposition incessante des deux électricités contraires, recomposition qui s'effectue sur place, à cause de la mauvaise conductibilité des substances animales, elle se manifesterait par ses effets ordinaires, et s'accumulerait en grande quantité dans notre corps. Tout porte à croire que, dans les poissons électriques, la nature a trouvé le moyen d'empêcher cette incessante recomposition des électricités contraires, et que telle est la seule dilTérence qui existe entre les poissons électriques et le reste, le servwn jjecus, de la gent aquaticpie.

Un seul fait, disions-nous plus haut, sullit pour démontrer la diiîérence fondamentale qui existe entre le lluide électrique et le fluide nerveux. Quelques détails complémentaires ne seront pas de trop avant d'en finir avec cette question.

Une ligature arrête le passage de l'agent nerveux, tandis qu'elle laisse s'écouler librement l'électricité. Il est facile de reconnaître, en eiîet , que si l'on fait passer un courant électrique dans un nerf interrompu par une ligature, ou bien dans un nerf coupé, mais dont les bouts soient maintenus en rapport de continuité, le lluide électriciue circule toujours et peut aifecter l'aiguille aimantée.

Le physiologiste allemand J. Mûller a fait l'expérience suivante, dont les conséquences sont aussi logiques que rigoureuses. Il lia le nerf lombaire d'une grenouille, et ensuite il y lit passer un courant électrique. L'électricité existait dans tout le trajet du nerf; et pourtant, ni au-dessus ni au-dessous de la ligature on ne pouvait provoquer la moindre contraction musculaire. La ligature, qui n'interrompait pas le courant électrique, arrêtait le courant nerveux.

Il faut conclure de cette expérience que, lorsqu'un muscle se contracte sous l'influence d'un courant vollaïque, cela tient seu-

lement à ce que rirritatioii physique déterminée par le passage de l'électricité excite le nerf et que cette excitation physique seule détermine la contraction.

Après un fait aussi décisif, à peine est-il nécessaire de faire remarquer que l'on n"a jamais réussi à mettre en évidence la présence de l'électricité dans un nerf. Si, sur un animal vivant, on isole et irrite un nerf par divers moyens, et qu'on le mette en rapport avec le lil d'un galvanomètre, on ne constate aucunement la présence de l'électricité dans ce nerf.

En résumé, la théorie qui identifiait l'agent nerveux à l'électricité, doit être abandonnée.

Que faut-il cependant mettre à la place de cette explication, qui a joui d'une si longue fortune? Hélas! rien. Nous ne savons absolument rien sur la nature de l'influx nerveux, et il ne faut pas craindre de proclamer notre ignorance en cette matière.

Les anciens, qui n'avaient aucune idée de l'agent nerveux, — car ils prenaient les tendons des muscles pour des nerfs, — n'avaient pas eu à s'inquiéter de la nature de cet agent. L'àme leur suffisait pour tout expliquer. Quand l'anatomie vint révéler l'existence et les fonctions des nerfs, on attribua leurs effets à une vapeur subtile qui parcourait l'intérieur des tubes nerveux. Ce fut la théorie des médecins du moyen âge. Descartes, qui s'occupa, pendant toute sa vie, de recherches sur le corps humain, précisa les idées admises avant lui. 11 appela esprits animaux ce que les médecins du moyen âge avaient appelé vapeur subtile. Descartes croyait que le cerveau sécrétait les esprits animaux, en les retirant de la partie la plus déliée du sang, et que le cerveau réparait continuellement la dépense d'esprits animaux que faisait l'économie. Selon Descartes, c'étaient ces esprits animaux circulant dans les nerfs qui étaient les agents de la sensibilité et du mouvement.

Descartes nous montre les esprits animaux parcourant les canaux nerveux et produisant tout à la fois les mouvements musculaires, la perception des idées, l'imagination et la mémoire. Il décrit leurs voyages à travers le corps humain et toutes leurs opérations, comme s'il en avait été le témoin oculaire.

Nous en sommes fâché pour la science moderne, mais la théorie conçue il y a deux siècles par l'illustre philosophe français serait encore de mise aujourd'hui. Elle vaudrait tout autant

que la théorie électro-vilale, s'il fallait absoluniont une théorie. Mais la vérité est qu'aucune explication plausible de la nature intime de l'agent nerveux ne peut être formulée, et que Vhinervation, c'est-à-dire le genre de rapports qui s'établit, par l'intermédiaire de l'encéphale, de la moelle épinière ou des nerfs, entre notre âme et le monde extérieur, demeure toujours un des grands mystères de la nature, et il est bien probable, disons-le, qu'il ne nous sera jamais permis de pénétrer un aussi grand arcane.

S'il en était autrement, si l'on était fixé sur la nature de l'agent nerveux, les maladies nerveuses seraient d'une cure facile, tandis qu'il n'est aucune atTection qui résiste avec plus d'opiniàtreté aux rcssouces de l'art. Nous entendions, cette année même, un médecin dire, chez un malade affecté de scialique (maladie du nerf sciatique), que depuis quarante ans il traitait des sciatiques et ne savait pas encore ce que c'est qu'une scialique. Il existe toute une classe de médicaments que l'on appelle antispasmodiques, c'est-à-dire propres à combattre les affections nerveuses ou les symptômes nerveux. Tels sont 1 ether, l'assafœlida, la valériane, le musc, le camphre, le bromure de potassium, le chloral, etc. Or certains antispasmodiques produisent l'effet inverse sur quelques personnes : ils les excitent, au lieu de les calmer. La classe des médicaments antispasmodiques ne peut être rigoureusement déterminée par les médecins, puisqu'ils ne savent rien sur la nature de l'agent nerveux.

Étudions maintenant le tissu nerveux selon sa distribution dans le corj)s humain.

Le système nerveux, considéré chez l'homme, est d'une élude si difficile, si compliquée, qu'il faut nécessairement y introduire desdivisions, pour préciser les attributs de ses différentes parties.

Bichat créa, au commencement de notre siècle, la distinction du système nerveux en système nerveux de la vie animale, ou de relation, et système nerveux de la vie organique, ou végétative. Cette division, obscure dans ses termes, est un mauvais guide pour l'étude anatomique du système nerveux et pour la délimitation de ses divers usages physiologiques. Après avoir été beaucoup encensée par l'école de Paris, et suivie dans tous les ouvrages classiques , la division de Bichat est aujourd'hui en sensible défaveur. Les fonctions du nerf grand sympathique

étaienl le pivot sur lequel reposait la dislinction de la vie animale et de la vie végétative; mais du moment où l'on a découvert que le nerf grand sympathique a de nombreuses connexions avec la moelle épinière, depuis que l'on sait que des filets nerveux volumineux rattachent ces deux systèmes l'un à l'autre, on a fait du nerf grand sympathique une simple dépendance, une annexe de la moelle épinière, et la distinction du système nerveux de la vie animale et du système nerveux de la vie végétative, n'ayant plus de base anatomique, est fort négligée dans les ouvrages récents de physiologie.

Pour nous, qui, en face d'une question scientifique compliquée, cherchons, avant tout, une division nette et claire, se prêtant bien à la vulgarisation, nous diviserons le système nerveux, pour l'étudier conuiiodément, sans rien sacrilier de l'exactitude des faits, en deux groupes :

1" L'encéphale et les nerfs qui en dépendent (cerveau, cervelet et nerfs crâniens);

2" La nnoelle épinière et les nerfs qui en dépendent (moelle épinière, nerfs rachidiens et nerf grand sympathique).

Page 1