‹ Connais-toi toi-mêmeChapitre 65 sur 77 · LE CHANT · texte numérisé non relu

LE CHANT

voix de fausset comparé à celui de la voix c?e7)Oî>»2e. Cependant l'observation directe elle-même a été impuissante à trancher la question. On voit, pendant rémission de la voix de fausset, les lèvres de la glotte, c'est-à-dire la distance entre les deux rubans vocaux, se rétrécir beaucoup ; mais cette diminution de la fente gloUique est propre à tous les sons élevés de la voix de poitrine, et l'on ne voit pas bien en quoi, dans le registre supérieur, le rétrécissement de la glotte peut donner tantôt la voix de poitrine, tantôt la voix de tête. La figure 165 représente, d'après l'inspection au laryngoscope,

Fig. 165 La glotte et les cordes vocales.

A et B.'Ouvertures de la glotte dans la voix de poitriae. — C. Ouverture de la glotte dans la voix de fausset.

l'état de la glotte pendant l'émission de la voix de poitrine A et B) et pendant l'émission de la voix de fausset (C).

Yoilà tout ce que laisse voir le larynx examiné au laryngoscope pendant l'émission comparée des voix de tête et de poitrine. On comprend combien il est difficile d'édifier des théories sur d'aussi faibles différences de rapports d'organes.

On ne sera donc pas surpris d'apprendre que, malgré les nombreux travaux publiés sur la cause de la voix de tête ou voix de fausset par le docteur Fournie et par le chanteur Bataille, la question soit encore indécise.

Suivant le docteur Mandl, la voix de fausset tiendrait à une tension supplémentaire, anormale, pour ainsi dire, des rubans vocaux produits par les cartilages aryténoïdes, et non par les muscles propres aux rubans vocaux'.

•Outre la voix de poitrine et la voix de fausset, on distingue quelquefois la voix mixte, c'est-à-dire la transition entre les deux voix, expédient dont se servent les chanteurs pour adoucir

1. Hygiène de la voix, in-12. Paris. 1870, chez J. 1!. Baillière.

la Iransition entre les deux registres, et rendre presque insensible le passage d'une voix à l'autre. C'est une ressource précieuse pour le virtuose. Rubini en faisait usage avec un art infini, et Capoul est, sous ce rapport, son digne émule. Le chanteur Faure pousse aux dernières limites l'art de l'émission de la voix mixte.

Comment expliquer la voix mixte? Les différences entre la voix de poitrine et la voix de fausset sont déjà tellement difficiles à justifier, dans leur mécanisme physiologique, que nous ne nous hasarderons pas à aborder cette nouvelle difficulté, c'està-dire à essayer d'expliquer en quoi la voix mixte diffère des deux autres.

Le chant est l'expression la plus naturelle des passions agréables, telles que l'allégresse, la joie ou l'amour, plus rarement des passions violentes, telles que l'emportement, la guerre ou la fureur. Certains animaux ont reçu le chant en partage. Les oiseaux célèbrent leurs amours par des chanls, qui commencent avec le printemps et s'arrêtent à la froide saison. La parole modulée remplace, chez ces doux chanteurs aériens, la parole articulée, don particulier à l'espèce humaine.

La musique est pour nous une cause d'émotions profondes. Quelestl'être assez insensible pour se soustraire à son empire? La musique instrumentale nous émeut et nous ravit, mais les accents d'une belle voix nous impressionnent plus délicieusement encore. Aucun instrument n'égale la pureté, le charme, la douceur des sons de la voix humaine, tantôt graves et tantôt pénétrants, tantôt éclatants et tantôt veloutés. Aucun ne peut, au même degré, exciter en nous les sentiments de la mélancolie, du bonheur, de l'ivresse, de l'extase. Aucun ne peut réveiller au même degré les souvenirs, les impressions, les vagues rêveries, qui nous arrachent au sentiment des pénibles réalités de l'existence. Si les instruments de nos orchestres sont le chef-d'œuvre de l'art, la voix humaine est le prodige de la nature.

Le sommeil est le repos du système nerveux central, avec persistance de l'action du nerf grand sympathique. — Le sommeil n'est pas l'image de la mort, mais l'expression de la vie. . — Une suspension périodique de Texercice des fonctions de l'encéphale est indispensable pour la réparation de nos forces. — Pendant le sommeil, les fonctions non soumises à la volonté et qui sont sous la dépendance du nerf grand sympathique, continuent de s'exercer, et même s'exercent quelquefois avec plus d'énergie. — Phénomènes précurseurs du sommeil. — Ordre successif dans lequel les organes de l'économie sont envahis par le sommeil. — On doit dormir sur le côté droit dans l'état de santé. — La durée moyenne du sommeil est de sept heures. — Le sommeil chez l'enfant, chez l'adulte et chez le vieillard. — Circonstances qui influent sur le sommeil. — Le sommeil provoqué par les agents anesthésiques. — Le réveil. — Phénomènes qui accompagnent le réveil. — Circonstances qui influent sur le réveil. — Qu'est-ce que le rêve ? C'est un travail imparfait del'àme, pendant lequel l'intelligence, à demi maintenue, associe et combine des idées, mais sans jugement et sans suite. Le sens intime dévoyé enfante des images bizarres. — Dans certains cas exceptionnels, l'intelligence suit, dans les rêves, un ordre logique, et l'on peut, en rêvant, accomplir des opérations d'esprit difficiles. — Exemple de ces rêves intelligents. — M. Alfred Maury donne trop d'importance à l'influence des causes agissant présentement sur le dormeur pour provoquer le genre de rêves. — Les songes prophétiques chez les anciens. — Si le rêve est poussé très-loin, et que le système musculaire continue d'obéir aux impulsions du cerveau, on a le somnambulisme naturel. — Le somnambule est un rêveur en action. — Exemples de somnambulisme. — En général, les somnambules sont maladroits et sont exposés, en cet état, à de grands dangers. — Le somnambulisme naturel peut être provoqué par des manœuvres agissant à la fois sur le physique et sur le moral, et l'on produit ainsi chez l'homme l'eiaf magnétique. — Explication du magnétisme animal par Vctat hypnotique, découvert, en 1841, par le médecin écossais Braid. — Identité de l'état magnétique et de l'état hypnotique. — Travaux de MM. Azam, Broca, Cloquet, Giraud-Teulon, Follin, établissant que l'état magnétique est identique à l'état hypnotique. — Comparaison de ces deux états. — Le phénomène des tables tournantes expliqué par l'hypnotisme. — Les Tnédiums sont des individus en proie au somnambulisme naturel provoqué. — L'état hypnotique explique d'autres phénomènes prétendus merveilleux : les opérations chirui-

gicalcs accomplies dans Vélat »*esmér/(/ue, la calalcpsio des moines du mont Aliios, l'immobilité prolongée des fakirs indiens, l'immobilité des Arabes de la tribu des Beni-Aiaoussas. etc.

Il n'est pas de question qui embarrasse davantage l'homme du monde, l'homme étranger aux sciences naturelles, que celle du sommeil. En quoi consiste cet étrange état de l'économie dans lequel nous perdons toute conscience, tout sentiment de nous-mêmes, dans lequel l'intelligence et la volonté sont suspendues, où nous sommes abandonnés, comme une chose inerte, aux influences du dehors, livrés à tous les hasards des événements extérieurs, et pendant lequel néanmoins une grande partie de nos fonctions, la respiration, la circulation du sang, de la lymphe et du chyle, la digestion, l'absorption, les sécrétions, l'innervation, s'accomplissent avec une régularité parfaite? Et les rêves qui viennent souvent traverser notre sommeil, et pendant lesquels nous saisissons des lambeaux flottants de notre intelligence, de notre conscience et de notre volonté, comment les expliquer? Quelle est la cause, quelle est la signification de ces obscures manifestations du sens intime, alors que tout paraît suspendu dans l'être intelligent? Autant de questions aussi embarrassantes les unes que les autres pour le vulgaire.

Eh bien, chers lecteurs, ce problème qui paraît si compliqué, si peu accessible, si obscur, pour les personnes qui ne possèdent aucunes notions des sciences naturelles, qui ignorent la structure du corps humain et les forces qui le régissent, se résout facilement avec les connaissances que nous fournit la physiologie. Celui qui a suivi avec attention les développements de ce livre. Jouira ici de l'une des i)lus grandes satisfactions de l'esprit, en ce sens qu'il fera l'application des connaissances qu'il a acquises pour élucider une des questions les plus intéressantes de sa propre existence.

Nous avons étudié, dans un des chapitres précédents, le système nerveux. L'application des principes posés dans ce chapitre va nous expliquer quel est l'état de léconomie vivante que l'on nomme le sommeil, et nous donner la clé des phénomènes secondaires qui s'y rattachent, tels que les rêves et le somnambulisme.

Il existe, avons-nous dit, deux ordres de svstèmes nerveux :

celui qui préside aux actes volontaires, système ayant pour siè^-e anaiomique le cerveau et la moelle épinière, et celui qui préside aux fonctions inconscientes et involontaires, telles que la digestion, la circulation, la respiration, les sécrétions, etc., système ayant pour siège anatomique la poitrine et l'abdomen, et pour organe cette sorte de cerveau multiple intérieur, ce réseau sensitif qu'on nomme le nerf grand sympathique.

Le sommeil est l'acte qui établit avec le plus de netteté la séparation de ces deux ordres de système nerveux. En elTet, les fonctions qui s'accomplissent sous l'innuence du nerf grand sympathique, n'ont ni cesse, ni repos; elles représentent, pour ainsi dire, le mouvement perpétuel de la machine animale. La circulation, la respiration, les sécrétions, etc., ne subissent aucun temps d'arrêt depuis la naissance jusqu'à la mort. Le système nerveux du grand sympathique est comme une sentinelle immuable, qu'on ne relève jamais; mais le système nerveux central, qui préside aux fonctions de la c aiscience, de la volonté et des sens, se repose par intervalles. Le sommeil esiVéiai de repos du système nerveux central, c'est-à-dire du cerveau, avec permanence de l'exercice du système nerveux ganglionnaire.

On peut définir le sommeil : la suspension temporaire de l'action du système nerveux qui préside aux fonctions dépendant de la volonté et à l'exercice des sens, système qui a son siège dans le cerveau et dans une partie de la moelle épinière, avec persistance de l'action du nerf grand sympathique, qui continue de diriger les fonctions de l'économie vivante, en l'absence momentanée de son chef de file, le cerveau.

Il faut donc écarter bien loin cette idée, empruntée aux anciens, que le sommeil est l'image de la mort :

.... Quid est somnus gelidce nisi mortis imago*.?

Contemplez le sommeil calme et tranquille de l'enfant, ses joues animées d'un doux incarnat; suivez les mouvements de sa respiration douce et régulière, et l'instinctive agitation de ses lèvres entrouvertes, qui, sous l'empire d'un rêve léger et charmant, semblent chercher le sein maternel, et vous ne direz pas, comme les anciens, que le sommeil est l'image de la mort. Vous direz, avec les physiologistes modernes, que le sommeil n'est que l'interruption momentanée des fonctions de l'encéphale, c'est-à-

Page 1