‹ Connaissance de la déesseChapitre 2 sur 7 · PAUL VALÉRY · texte numérisé non relu

PAUL VALÉRY

P>AVLO VALERY

POETAE DILEGTISSLMo

HAEG CARMINA

DIGANTVR

Le souvenir de l'innocence Enfuie aux grottes de l'été S'exhale dans le pur silence, Comme un remords. Cœur exalté,

L'indécision te balance ; Sache évoquer sans défaillance L amer parfum des voluptés :

Tu mourrais de l'avoir quitté ! . . .

Les oraisons des Crépuscules, Orgies ! vous l'ont des lendemains Désespérés ! Ce triste humain

Au sein d'un trouble rêve ondule Et joint aux baisers qu'il module L'horreur sacrée de mon chemin.

Moi je vis, pourpre Lys!... Calices Qui désaltérez mes caprices Et vous, Douleurs, sovez propices A m 'embellir : mou Iront impur

C barge d'enrayantes délices Se penche sous leur poids obscur.

Mais attentive aux chants futurs.

Je pressens des heures complices...

Les voici : le a eut puéril.

Embaumé du parfum des îles, Qui se joue dans l'air volatil.

Apporte à mon âme subtile L'écho d'une chanson futile Dont j'ai peine à suivre le fil.

Mais je sais des chansons pareilles:

Elles ont flatté mon oreille Qui frémit de leur timbre pur Et tend sa conque transparente Aux cris des voluptés errantes Mes sœurs! naufragées dans l'azur Vois : leurs images incertaines, Flottant sur cette mer lointaine Qui baise leurs pieds de corail, Forment un vaporeux sérail...

De ces visions, amollies, Vos âmes m'implorent, mortels; Les yeux cernés, les joues pâlies, \us. vous brûlez sur mes autels,

Un encens mélangé de fiel.

Ha! les voluptés abolies Xe sont pas tant ensevelies Que des souvenirs trop cruels

Apres d'absinthe et doux de miel, N'aillent au profond de leur ciel Les implorer... Voluptés saintes,

Venus de leurs sables mouvants, Voici que des vœux émouvants Montent à nous comme des plaintes

L'excès tremblant des douleurs feintes.

Pluie fragile, sur le jardin De pleurs et de roses éteintes, Mêlant les sons avec les teintes.

Jonche le marbre des gradins.

La peur d'éviter mes atteintes Et les stupres de mon eden Dévorant, vous ronge de crainte:

Ah ! mortels, cessez de gémir :

Aux mirages du souvenir, Craignez de voir épanouie

La Heur secrète évanouie

Où vont se fondre les langueurs

Oui s'accumulent dans ce cœur!

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