‹ Connaissance de la déesseChapitre 7 sur 7 · CONNAISSANCE DE L'EXALTATION · texte numérisé non relu

CONNAISSANCE DE L'EXALTATION

Pour retrouver tes origines, Et pour élucider tes fins, Tu as tout consulté en vain :

Socrate, Pythagore et Pline,

Mais les témoignages humains Depuis les métopes d'Egine, Jusqu'aux caissons de la Sixtine N'ont pas révélé leur dessein.

A ta réflexion chagrine,

Les vieux temples sur les collines

N'ont offert que des ballerines

Dansant au rythme des svrinx Et la sagesse alexandrine Évoque en souriant le sphinx !

Or un soir vide et sans pensée.

Toi-même à toi-même ravi, Lasse de dispute insensée Et des chemins longtemps suivis,

Ton âme captive et blessée, Nostalgique des paradis, Rêvait d'un merveilleux Persée...

Mais les demi-dieux de jadis

Sont retournés à la matière :

D'eux, n'espère plus la lumière.

Les flots lourds des spleens triomphants

Te noient de muettes cohortes, Leurs nénuphars sur tes eaux mortes Dorment un sommeil étouffant.

oo

0 proie des passions extrêmes, Par quel sublime enchaînement De l'effort et du tremblement, Te recherchas-tu en toi-même?

Dans cette retraite suprême, Tu connus le recueillement .

Tu méditas si longuement Du soir ardent au matin blême,

Que tu pressentis le soleil ; Longeant les étangs du sommeil Tu fis surgir des gouffres glauques

Le double obscur qui test pareil :

Vous eûtes d'émouvants colloques !

Mais tu redoutes le Réveil.

Déjà, au fond de ta pensée,

Ton image ressuscitée,

Pâlissante, te dit adieu :

C'est qu'elle m'infuse sa vie,

Je suis autour de toi, ravie,

Et tu te retrouveras mieux

En moi, puisque tu m'as fait naître

Je suis l'essence de ton être

Qui se condense sous tes yeux.

Soufflant la poudre do tes ailes Par quoi s'assure ton contact Avec les choses éternelles Que ne peut atteindre ton tact.

Tu vas connaître la lumière, Comme Adam de la nuit première, Etre réveillé par un Dieu !

Voue aux ténèbres de la fable Les vieux regrets agonisants ; \ oici des amis adorables, De beaux désirs frais et luisants :

L'un deux t'offrira les présents Qui rendent les dieux favorables, Écoute son vol impalpable ; Délicieux et bienfaisant,

De tes caprices qu'il devine Ourdissant la trame divine, Il fomente un enchantement

Afin que ton àme revienne. . .

Déjà elle tend ses antennes Et s'éveille en s émerveillant !

Et moi qui dois être ton guide, Je tourne autour de ta maison ; Dégageons le logis sordide Interdit à ma pâmoison

Et fécondons le sol aride ; C'est une demeure putride, C'est l'asile de la raison; Balayons ses exhalaisons,

Oublions ses calmes démences :

Un vent brûlant dans le silence Souffle l'haleine du divin ;

Frissonnante comme un devin,

Ton àme a soif de violence

La solliciterai-je en vain?

oo

Cette minute est éternelle, Essuie ces pleurs diamantins :

Voici que dans le cœur contraint La volonté battant de l'aile

Rallume les foyers éteints Où venaient se rejoindre en elle La Providence et le Destin ; Cette minute est éternelle,

Sous l'étreinte des passions, Ton âme s'accroît en courage ■ Cultive l'Exaltation

Car je vais t'amener au fond Des ineffables Paysages

Où notre essence se confond.

Voici qu'en nappe progressive Je te pénètre en t' émouvant. Je suis un fluide mouvant, Je te détache de tes rives,

Tu vas avec ravissement, Indifférent au grondement Des ondes qui se font plus vives Et dont la densité croissant

Au creux de ton âme attentive

Jetant, des vagues successives

Le troupeau toujours plus pressant

Vers des pays éblouissants Veut t'entraîner à la dérive, T' entraîner en te soulevant !

Mystérieuse jouissance !

Mes ardentes réflexions Aux nouvelles tentations Joignant de vieilles souvenances

Accroissent de leur résonance L'ouragan des émotions...

Mais parfois surgit le Silence D'où jaillit l'inspiration.

C'est le signe de Perséphone Sur l'Exaltation aphone, Bondis, car c'est l'instant divin;

D'amours et de douleurs mêlée Vois : de ma torche échevelée, Tu peux éclairer ton Destin î

Profite de cette minute Puisque j'illumine le noir, Ma flamme comme un ostensoir Eperdu ment t'éclaire ; scrute,

Sache regarder, sache voir:

Sous les vapeurs et les volutes Qui veulent ternir le miroir, Sous les apparences hirsutes,

Les vagues destins ont frémi...

Vois ce que ton cœur inutile Glacé du silence ennemi,

Offre aux baisers de ces reptiles ; Vois... ce qu'un jour tu reverras, Lorsque ton cœur s'arrêtera !

De notre aventure posthume Des oncles sur le miroir plan Qui s'éclaire de leur écume T'offrent le visage navrant :

Exalte-toi dans l'amertume.

Fais une torche du bitume :

Usé du spleen qui vous consume Vois, ton fantôme déchirant

Se meurt de tes propres discordes; Cet unisson où je t'accorde Ne saurait-il durer qu'un jour?

Tremblant d'une agonie si proche.

Il murmure un frêle reproche, Et s évanouit sans retour...

A Léon-Paul Fargue.

Je suis l'Arabesque sublime Qu'admis au contact de l'intime, Les plus grands parmi les humains.

En des périodes de transe.

Ont façonné de leur substance Comme un ouvrage de leurs mains.

Mille destinées merveilleuses Près de ma ligne prometteuse Tourbillonnent comme un essaim

Consolant les humains fugaces Qui les poursuivent dans l'espace Et les emportent dans leur sein.

Tantôt la destinée commence.

Le peuple, éperdu d'innocence, Marche, les veux levés au ciel, Tantôt la destinée s'achève Et le peuple épuisé de rêve Se console auprès du réel.

Ainsi l'art qui est espérance, Soucieux de cette cadence, Va du réel à l'idéal, Ce flux et ce reflux tragiques Font l'alternative harmonique Qui joint le mortel au vital.

Je t'attendais, ô Solitaire...

En échange de mon mystère, Chargé des débris de ton cœur, Tu viens m' offrir toute la terre, Tes amours avec leurs misères El tes joies avec leurs douleurs,

Tu palpites de mon haleine,

Ma courbe t'attire et t'entraîne,

Tu es l'éternel délaissé,

Tu voudrais prolonger mes rives

Et sur ma ligne fugitive

Lier l'avenir au passé.

Eh I bien, écoute ta hantise,

Car elle seule réalise

Ce qu'un calcul ne peut oser ;

L'amour des volutes graciles Incite aux méthodes subtiles Mais il ne fait qu'analyser.

Si le sourire des Charités Te manque, si ta main hésite, Abandonne-nous en plein vol ; Rien ne m'attire vers mon terme, Qu'importe qu'un cycle se Terme Quand on plane au-dessus du sol !

Plus belle que toutes les Belles Entre mes rives parallèles.

Torrent de vie canalisé, Vois la passionnante irise Qu'en songe chacun réalise Mais que nul n'a réalisé!

De mes rives horizontales L'une est une vie qui s'exhale Et tend au repos éternel, L'autre est la femme qui s'étale.

Oui veut la caresse brutale Afin d'engendrer le réel.

Je vais de l'une à l'autre couche, Et si mon allure te touche, C'est que tu sens confusément Que c'est l'image de ton être.

Que je ne meurs que pour renaître Comme l'homme, éternellement.

Le cvcle expire et recommence Au point d'adorable tangence Où ses rives l'ont embrassé :

Comme Antée la courbe maligne Puise, au contact des rectilig-nes, L'élan nouveau du nuance.

Cette résille d'intégrales Fait fi des promesses verbales, Seul le geste entante l'essor.

Mais l'harmonie la plus savante Roule une courbe enveloppante De l'apogée jusqu'au point mort.

Je fais mon arme du silence Où tout s exprime et se balance Mieux que par les meilleurs discours Tour à tour, ardente ou languide.

Je forme les pleins et les vides Et le volume et son contour.

Le difficile est le passage. . .

Yois-tu par quel divin message.

Quel lien gracile et subtil.

La foule d'idées et d'images Se fait entendre sans langage, D'un bout à l'autre de mon fil?

Entre les groupes qui la tentent, Vois : mon arabesque oscillante Satisfaisant à ton plaisir.

Crée des attirances nouvelles ; Des formes immatérielles Peuplent les Aides de désirs.

Je recherche la vie tremblante.

Elle me fuit comme Atalante Traçant un dangereux seniier ;

Si je dévie de la spirale, Je m'égare dans un dédale, J'entends sonner un rire altier.

Cette proie je te la destine, C'est la nourriture divine, Mélange de terre et de ciel, Ma recherche te passionne î Ton esprit serpente et tâtonne :

(( Est-ce idéal, est-ce réel? »

Ta méditation épuise Le suc de ces transes exquises ; Tandis que le recueillement Te fait goûter toute ma grâce, L'instant voluptueux s'efface Et te dévore tendrement.

Ah ! donne-toi. beau Solitaire, Vois : j'ai la douceur d'une mère Et la tendresse des amants; Mon trait dessinera tes veines, Si tu dis tes joies et tes peines, Si tu les traces de ton sang. . .

Vois : tu as prolongé ma ligne...

Tu fus vraiment marqué du signe !

Ton cœur a longuement erré :

J'ai pris le meilleur de toi-même.

Je te rejette, vide et blême....

Que t'importe, tu as créé !

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